Vi­chy, un suc­cès crois­sant…

Massif Central Patrimoine - - Patrimoine / Architecture -

L’em­pe­reur Na­po­léon 1er s’était tout d’abord in­té­res­sé aux villes d’eaux, à com­men­cer par Bour­bon-lan­cy en 1805, puis à Vi­chy pour la­quelle il or­donne, en 1812, la créa­tion et l’amé­na­ge­ment d’une pro­me­nade qui de­vien­dra le parc des sources. Vi­chy connaît en­suite, du­rant la Res­tau­ra­tion, un suc­cès crois­sant. Dès lors, la ville, jus­que­là un peu som­no­lente, re­garde se pré­ci­pi­ter en ses murs les per­son­nages qui re­pré­sentent les people de l’époque : La­mar­tine en 1817 ou Alexandre Dumas de 1831 à 1834 n’en sont que des exemples. La créa­tion de la gare de SaintGer­main-des-fos­sés et la construc­tion de salles de spec­tacles, d’au­berges puis d’hô­tels, vont contri­buer à rendre la ville très at­trac­tive. Mais c’est bien Na­po­léon III et l’im­pé­ra­trice Eu­gé­nie qui marquent, pour long­temps, les villes d’eaux de lé­gi­ti­mi­té et de no­to­rié­té. En 1861, l’ar­ri­vée de Na­po­léon III fait bruis­ser la ville de toutes parts. Souf­frant de la goutte et de rhu­ma­tismes, l’em­pe­reur au­rait sui­vi les conseils de son mé­de­cin pour bé­né­fi­cier de trai­te­ments spé­ci­fiques is­sus de l’eau ther­male de Vi­chy. Bien que le plus illustre des cu­ristes, Na­po­léon III, se plie au rythme de la cure la plus sage, tout en trai­tant de temps à autre les af­faires de l’état, il se montre éga­le­ment par­fois aux bals or­ga­ni­sés à la Ro­tonde, si­tuée dans l’éta­blis­se­ment ther­mal, et lieu très en vue de la haute so­cié­té ve­nue prendre les eaux et se mon­trer.

As­so­cier les di­ver­tis­se­ments aux soins

Or, Na­po­léon III s’est pris au jeu de l’ur­ba­ni­sa­tion ini­tiée à Pa­ris avec le ba­ron Haussmann. A Vi­chy, il se lance très vite dans des pro­jets d’em­bel­lis­se­ment et de mo­der­ni­sa­tion de la ville. En s’ins­pi­rant de cer­taines sta­tions ou­treR­hin qui as­so­cient les di­ver­tis­se­ments aux soins, Na­po­léon III ima­gine une réelle re­struc-

tu­ra­tion com­pre­nant huit routes ther­males, un nou­veau parc de treize hec­tares, une église et un nou­vel hô­tel de ville. Sa cure ter­mi­née, l’em­pe­reur re­part en pro­met­tant un pro­chain re­tour. Et lors­qu’il re­vient en 1862, il avoue vo­lon­tiers se plaire à Vi­chy comme nulle part ailleurs. Du­rant ce nou­veau sé­jour, il or­donne la construc­tion d’un cha­let im­pé­rial, pre­mier des six construc­tions de pres­tige qui rayonnent très vite au bord de l’ac­tuel bou­le­vard des États-unis, ini­tia­le­ment bou­le­vard Na­po­léon. Puis, en 1863, l’em­pe­reur est re­joint lors de cette troi­sième cure par son épouse Eu­gé­nie. Ils de­meurent au cha­let im­pé­rial qui de­vien­dra la villa Ma­rie-louise. Mal­heu­reu­se­ment, hu­mi­liée par la dé­cou­verte pu­blique des in­fi­dé­li­tés de son époux, Eu­gé­nie re­part très vite de Vi­chy pour ne plus ja­mais y re­ve­nir. L’em­pe­reur, quant à lui, as­siste au lan­ce­ment des tra­vaux du Ca­si­no. L’an­née sui­vante, en 1864, Na­po­léon choi­sit de lo­ger au cha­let de l’em­pe­reur près de la villa Ma­rie-louise, pour cette qua­trième cure ther­male. C’est en ces lieux plus tran­quilles qu’il re­çoit le roi des Belges Léo­pold 1er. Mo­men­ta­né­ment souf­frant, l’em­pe­reur ne re­vient pas en 1865 et ce n’est qu’en 1866 qu’il pour­ra dé­cou­vrir l’abou­tis­se­ment de ses pro­jets d’ur­ba­nisme avec le Ca­si­no, l’église Saint Louis et la mai­rie.

A la Belle Époque, les grands hô­tels de­viennent pa­laces

De 1880 à 1914, la dé­marche no­va­trice lan­cée pré­cé­dem­ment par l’em­pe­reur pour le dé­ve­lop­pe­ment des villes d’eaux prend tout son sens. Dé­sor­mais, on sait as­so­cier les plai­sirs aux soins. Le rayon­ne­ment cultu­rel in­ter­na­tio­nal de la France re­jaillit éga­le­ment sur l’es­sor dé­jà en­ta­mé par Vi­chy. Par ses mul­tiples éta­blis­se­ments comme le Grand Ca­si­no, le Ca­si­no des Fleurs ou en­core l’ély­sée-pa­lace, la sta­tion s’en­gage dans une pro­gram­ma­tion ar­tis­tique très di- ver­si­fiée et at­tire un pu­blic de toutes ori­gines. Pour Léa Le­moine, « les em­pires co­lo­niaux amènent dans les villes d’eaux un nou­veau pu­blic dé­pen­sier, plein de vitalité, en quête de loi­sirs. La ville ther­male ré­pu­tée voit ses grands hô­tels se trans­for­mer en pa­laces ». On se rend à Vi­chy non seule­ment pour s’y soi­gner dans un cadre ver­doyant mais aus­si pour pro­fi­ter de la sai­son théâ­trale, de mai à fin sep­tembre. Et de la sai­son ly­rique, de juin à sep­tembre, dont les pro­grammes n’ont rien à en­vier à ceux la ca­pi­tale. Le 2 juin 1901, l’opé­ra, ou Grand Ca­si­no, est inau­gu­ré avec une re­pré­sen­ta­tion d’aï­da de Ver­di. Ces re­pré­sen­ta­tions théâ­trales ou ly­riques, sou­vent ac­com­pa­gnées de bal­lets, at­tirent à Vi­chy la fine fleur de la scène et du Bel Can­to. Entre 1901 et 1914, des troupes de re­nom, comme celle de Sa­rah Bern­hardt ou de la Co­mé­die Fran­çaise, y sont ap­plau­dies. Sur scène, des co­mé­diens cé­lèbres comme Mou­net-sul­ly, Cé­cile So­rel, Al­bert Bras­seur, ou de grands chan­teurs comme Fé­dor Cha­lia­pine se suc­cèdent. Quant aux concerts, ils ont lieu plu­sieurs fois par jour grâce à un grand or­chestre per­ma­nent de quatre-vingt mu­si­ciens : l’après-mi­di aux kiosques, le soir sous la vé­ran­da ou dans la salle d’opé­ra pour les grands concerts clas­siques. L’as­so­cia­tion de la Route des villes d’eaux du Mas­sif cen­tral, par la voix de sa chef de pro­jet, com­plète cette ap­proche, mon­trant le lien in­dé­fec­tible entre le mo­der­nisme de l’ur­ba­ni­sa­tion, la ma­gni­fi­cence ar­chi­tec­tu­rale et la fré­quen­ta­tion ac­crue de per­son­nages cé­lèbres des villes ther­males : « La Bour­boule, Vi­chy ou Royat-cha­ma­lières illus­trent un ur­ba­nisme en­tiè­re­ment conçu pour le dé­ve­lop­pe­ment de l’ac­ti­vi­té ther­male en­ri­chie par une ar­chi­tec­ture Art Nou­veau ».

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