Une his­toire FRAN­ÇAISE du Cha­peau

Émo­tion dans l’an­cienne ca­pi­tale du feutre « Tout ce que vous avez tou­jours vou­lu sa­voir sans ja­mais oser le de­man­der. » A Cha­zelles-sur-lyon (Loire), un ate­lier-mu­sée donne fu­rieu­se­ment en­vie de se re­vis­ser un ga­lu­rin sur la tête.

Massif Central Patrimoine - - Patrimoine / Nostalgie - Textes / Na­tha­lie van Praagh / Pho­tos / Fran­cis Campagnoni /

Bri­gitte Bar­dot et son chi­gnon chou­croute ont tué la poule aux oeufs d’or, dit-on à Cha­zelles-sur-lyon. Dans cette lo­ca­li­té de la Loire, fron­ta­lière du Rhône, la lé­gende po­pu­laire at­tri­bue la dé­con­fi­ture de l’in­dus­trie du feutre à l’icône des an­nées soixante. Com­ment por­ter un cha­peau sur une pa­reille coif­fure ? À part un haut-de-forme… Pas­sée l’anec­dote, l’éman­ci­pa­tion de « Mai 68 » a bel et bien son­né le glas du couvre-chef. La gé­né­ra­tion de la pi­lule a mis à mort le cha­peau : trop bour­geois ! À Cha­zelles, les vingt-huit fa­briques, une à une – la der­nière en 1997 – ont pé­ri­cli­té, lais­sant un temps sur le car­reau une po­pu­la­tion « cha­pe­lière de père en fils ». Mais la ci­té des monts du Lyon­nais ne pou­vait se sé­pa­rer tout à fait de ce ga­lu­rin qu’elle fré­quen­tait dé­jà au Moyen Age. Le voi­là, re­ve­nu du diable vau­vert, pour nour­rir l’ate­lier-mu­sée du cha­peau, un lieu vi­vant ou­vert en 2013, qui re­noue avec l’âge d’or sans dé­pôt de plainte en nos­tal­gie pleur­ni­cheuse.

« Peau de la­pin ! » criaient les chi­neurs...

Ici, les fer­lots – « fiers et libres » – ont trans­for­mé et res­pi­ré du poil de la­pin de garenne, « la Rolls du feutre », de 1859 à 1976. La four­rure de l’ani­mal était ré­cu­pé­rée par les chi­neurs chez l’ha­bi­tant au cri de : « Peau de la­pin ! ». Il fal­lait 80 à 100 grammes de ma­tière pre­mière pour confec­tion­ner un cha­peau de femme, 120 grammes pour ce­lui d’un homme. La science de la mai­son Flé­chet s’ex­pri­mait dans la tein­ture. L’al­chi­mie se jouait du feutre, ré­pu­té im­per­méable, jus­qu’à pro­duire six nuances de rouge pour Her­mès et un flo­ri­lège d’im­pri­més et de cou­leurs fan­tai­sie pour d’autres fleu­rons de la haute cou­ture. L’usine, du nom d’un se­cré­taire d’état sous De Gaulle, Max Flé­chet, maire et sé­na­teur, était une lo­co­mo­tive de Cha­zelles-surLyon et ex­por­tait par­tout dans le monde. Bâ­tie en gra­nit, ce qui la dis­tin­guait du reste des usines en mâ­che­fer, la fa­brique, après une re­mar­quable res­tau­ra­tion, a conser­vé tout son jus : la charge poé­tique de son ar­chi­tec­ture in­dus­trielle, de sa che­mi­née éri­gée en 1902 et de ses pas­se­relles. Les ma­chines plus que cen­te­naires, d’une beau­té à cou­per le souffle, ont re­pris du ser­vice pour le pu­blic, ra­vi, sous les voûtes spec­ta­cu­laires des an­ciens ate­liers. Sans la cha­leur, épou­van­table, ni le bruit, in­sup­por­table, la du­re­té du tra­vail reste pal­pable : elle trans­pa­raît, au­tant que la

fier­té du mé­tier, dans les ul­times témoignages d’un film tour­né en 1983.

La gar­nis­seuse épou­sait l’ap­pro­prieur...

« Sa­vez-vous com­ment on dis­tin­guait une fou­leuse d’une gar­nis­seuse ? » ques­tionne Éliane Bo­lo­mier( 1), la conser­va­trice. L’une hur­lait, l’autre chu­cho­tait. » La pre­mière avait lais­sé l’ouïe dans le tin­ta­marre des rou­leaux mé­ca­niques pour as­su­rer la ré­sis­tance à la cloche ébau­chée, alors que la se­conde po­sait les cuirs et les ga­lons dans l’am­biance feu­trée des fi­ni­tions. La plu­part du temps, la­dite gar­nis­seuse se ma­riait avec un ap­pro­prieur, l’ou­vrier artisan le mieux ré­tri­bué, qui oc­troyait au cha­peau sa forme dé­fi­ni­tive. Il y eut ain­si dans les an­nées 1930, à Cha­zel­les­sur-lyon, jus­qu’à 2.500 em­ployés pour 5.000 ha­bi­tants. Et des sous-trai­tants à la pelle : des car­ton­niers, des do­reurs sur cuir pour la dé­co­ra­tion in­té­rieure des couvre-chefs, des im­pri­meurs… Un ate­lier de for­mier, co­pie conforme de ce­lui qui exis­tait, re­met l’ou­vrage sur le mé­tier : l’artisan y sculp­tait in­las­sa­ble­ment des blocs de bois en tilleul pour pro­duire des piles de moules en bord, ca­lotte et col­lier à la tête du client. A (1) À l’ori­gine de la créa­tion du mu­sée du cha­peau, de­ve­nu ate­lier-mu­sée, et eth­no­logue de for­ma­tion, son der­nier ou­vrage en date, Cha­peaux, mode et sa­voir-faire, est sor­ti en 2014 aux édi­tions De Bo­rée, 192 pages, 36 eu­ros.

Ten­dance

La crème des mo­distes se re­trouve, tous les deux ans, à Cha­zelles-sur-lyon pour les Ren­contres in­ter­na­tio­nales des arts du cha­peau. Pro­chaine édi­tion, pré­si­dée par Ste­phen Jones (qui a no­tam­ment tra­vaillé avec Ma­don­na), du 22 mai au 2 oc­tobre 2016 (dé­fi­lé puis ex­po­si­tion d’une cen­taine de pièces) sur le thème du ru­ban.

Vi­sites

On peut re­par­tir avec un cha­peau à sa tête, en vente à la bou­tique, as­sis­ter à la fa­bri­ca­tion d’un feutre, se res­tau­rer sur place , suivre les vi­sites com­men­tées. Ou­vert toute l’an­née, du mar­di au sa­me­di de 14 à 18 heures, di­manche et fé­riés de 14 h 30 à 19 heures (fer­mé les 25 dé­cembre, 1er jan­vier et 1er mai). La Cha­pel­le­rie (ate­lier­mu­sée du cha­peau) 31, rue Mar­tou­ret, à Cha­zelles-surLyon (Loire), A72/ sor­tie Mont­bri­sonMon­trond. Tél. 04.77.94.23.29. www.mu­see­du cha­peau.com

Ex­tra­va­gant

Par­mi les quatre cents pièces de la Ga­le­rie mode de l’ate­lier­mu­sée du cha­peau, de­puis le Moyen Age jus­qu’à Saint-laurent et Dior, men­tion spé­ciale au « pouf aux sen­ti­ments » sous Ma­rie-an­toi­nette. Quand les dames de cour se ba­la­daient avec leur ob­jet fé­tiche sur la tête, comme cette fré­gate

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