L’âge d’or des Nuits Ar­vernes

Massif Central Patrimoine - - Vue De Paris / Ligue Auvergnate -

Les Au­ver­gnats de Pa­ris s’en sou­viennent en­core avec émo­tion : dans les an­nées 50, leur ban­quet an­nuel pou­vait ras­sem­bler plu­sieurs mil­liers de per­sonnes au Parc des ex­po­si­tions de la porte de Ver­sailles. Ce ras­sem­ble­ment de fin d’an­née qui al­lait de­ve­nir, à par­tir de 1957, la « Nuit Ar­verne », était une vaste réunion de fa­mille. « C’était aus­si un mo­ment où les af­faires se fai­saient, ex­plique un Avey­ron­nais. On ren­con­trait beau­coup de monde de notre mi­lieu pro­fes­sion­nel, on ap­pre­nait que tel res­tau­ra­teur avait be­soin de per­son­nel etc ». La soi­rée était, et est en­core au­jourd’hui, l’oc­ca­sion de l’élec­tion de la Pas­tou­relle, la « miss » des Au­ver­gnats de Pa­ris qui les re­pré­sen­te­ra toute une an­née.

Bon­net se trouve à sa tête un siècle du­rant : à Louis Bon­net suc­cède, en 1913, « Louis Bon­net II » puis, en 1953, « Louis Bon­net III ». En 1981, le Lo­zé­rien Ray­mond Tré­bu­chon as­su­re­ra la re­lève, jus­qu’en 2011, an­née où le Can­ta­lien Jean Ma­thieu pren­dra sa suite. Par­mi les ac­ti­vi­tés de la Ligue, son re­pas ras­sem­blant les Au­ver­gnats de toutes les ori­gines (Avey­ron, Can­tal, Cor­rèze, Haute-loire, Lot, Lo­zère, Puy-de-dôme) va s’im­po­ser pro­gres­si­ve­ment comme son point d’orgue an­nuel. Une dé­mons­tra­tion de force éga­le­ment, qui connaî­tra son apo­gée du­rant les Trente Glo­rieuses.

« Nous sommes au mi­lieu du gué »

Dans la masse des émi­grés, un groupe va, pro­gres­si­ve­ment, se dis­tin­guer par son dy­na­misme : les Avey­ron­nais. Preuve en est don­née jus­qu’à nos jours. Une col­lecte réa­li­sée au sein de la com­mu­nau­té (pour moi­tié à Pa­ris, pour moi­tié au pays) a per­mis la construc­tion, au mi­lieu des an­nées 90, d’un im­meuble au coeur du XIIE ar­ron­dis­se­ment pa­ri­sien. Il re­groupe no­tam­ment 89 ap­par­te­ments ac­ces­sibles aux jeunes Avey­ron­nais mon­tant à la ca­pi­tale pour un loyer lar­ge­ment in­fé­rieur au prix du mar­ché. De même, la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des ami­cales avey­ron­naise (FNA12) a lan­cé en 2000 un mar­ché des pays de l’avey­ron qui ras­semble, chaque an­née, pas moins de 50.000 per­sonnes dans le quar­tier de Ber­cy, au­tour des pro­duits du ter­roir. « Les Avey­ron­nais ? Ils sont puis­sants, c’est un peu un État dans l’état, glisse un Can­ta­lien. Il faut re­con­naître qu’ils ont réus­si à faire des choses fan­tas­tiques ! » A l’heure où l’ami­ca­lisme cherche à se re­nou­ve­ler, conscient de l’es­souf­fle­ment de cer­taines de ses struc­tures, le mo­dèle avey­ron­nais est ob­ser­vé de près. « L’ami­ca­lisme de de­main ne se­ra pas ce­lui d’hier, as­sure Gé­rard Pa­loc, pré­sident de la FNA12. Il pas­se­ra par les ré­seaux so­ciaux, nous me­nons donc ac­tuel­le­ment une ré­flexion en ce sens ». « Nous sommes au mi­lieu du gué », note pour sa part Jean Ma­thieu. Entre autres pistes d’évo­lu­tion, le pré­sident de la Ligue cherche au­jourd’hui à consti­tuer un vé­ri­table car­net d’adresses nu­mé­rique des Au­ver­gnats de Pa­ris, pour dé­ve­lop­per l’es­prit de ré­seau. Un ré­seau qui pour­rait per­mettre « cette en­traide qui nous a tou­jours dé­fi­nis et qui consiste à tendre la main aux jeunes ». A ses yeux, il convient éga­le­ment au­jourd’hui de mettre l’ac­cent sur « la re­ven­di­ca­tion de notre pou­voir éco­no­mique », afin de me­ner des ac­tions de lob­bying. Comme, au fond, du temps de Louis Bon­net. En­fin, face aux dif­fi­cul­tés ren­con­trées par cer­taines as­so­cia­tions, des idées fleu­rissent. Celles de Mi­chel Du­rand, par exemple. Ce Can­ta­lien de Pa­ris tente au­jourd’hui de re­lan­cer l’ami­cale de Mas­siac tom­bée en som­meil. « Nos as­so­cia­tions ne peuvent plus re­po­ser sur un ban­quet an­nuel, juge-t-il. Il faut se don­ner des ob­jec­tifs, pro­po­ser des pro­jets d’en­tre­tien du pa­tri­moine au pays, par exemple en fa­veur des sources ou des ca­banes de ber­ger ». Une dé­fi­ni­tion de prio­ri­tés al­lant de pair, se­lon lui, avec une ré­or­ga­ni­sa­tion des struc­tures. « L’ave­nir se­ra au ju­me­lage d’as­so­cia­tions, voire à la fu­sion. C’est en mu­tua­li­sant nos moyens qu’on pour­ra être plus forts et que les struc­tures les plus faibles s’en sor­ti­ront ». Un ap­pel à la so­li­da­ri­té tout Au­ver­gnat, en somme.

F Une fête en Lo­zère

La fête des 130 ans des Au­ver­gnats de Pa­ris au­ra lieu le 11 août pro­chain à Au­mont-au­brac, en Lo­zère. Pour mar­quer cet an­ni­ver­saire, et les 160 ans de la nais­sance de Louis Bon­net, la Ligue au­ver­gnate « a de­man­dé à la Ville d’au­rillac qu’une plaque soit ap­po­sée sur la mai­son na­tale du fon­da­teur du mou­ve­ment, ou qu’une rue porte son nom », ex­plique Jean Ma­thieu.

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