Re­tour à la vie sau­vage !

Massif Central Patrimoine - - Patrimoine / Vie Sauvage -

au Villa­ret le contexte na­tu­rel a été pri­vi­lé­gié : au­to­no­mie ali­men­taire, libre choix des par­te­naires, re­cons­ti­tu­tion des fa­milles afin de lut­ter contre la pré­da­tion, no­tam­ment celle des loups… « Une forte co­hé­sion so­ciale aug­mente les chances de sur­vie en li­ber­té. Au dé­but, quand les éta­lons voyaient un concur­rent à l’ho­ri­zon, on as­sis­tait à des pour­suites in­ter­mi­nables. Il y avait un stress ter­rible, des com­bats vio­lents. On a même no­té des cas d’in­fan­ti­cides de la part d’ani­maux tous nés en zoo. Les pou­lains ne connais­saient plus le geste de sou­mis­sion qui doit être fait le jour de la nais­sance, mâ­chouiller tête basse en re­trous­sant les lèvres, du coup ce­la sus­ci­tait de l’agres­si­vi­té de la part des aî­nés. » Ou­bli des ri­tuels de com­mu­ni­ca­tion, des pos­tures d’in­ti­mi­da­tion ou des codes de mar­quages, nom­breux étaient les mal­en­ten­dus entre in­di­vi­dus. « Au­jourd’hui, les jeunes mâles nés au Villa­ret sont de­ve­nus les éta­lons chefs de fa­mille. A 6 ou 7 ans, un éta­lon adulte est so­cia­le­ment mûr. Il a 2, 3 voire 4 ju­ments, les­quelles sont ac­com­pa­gnées de leurs pou­lains qui res­tent au­près d’elles du­rant 2 à 3 ans. Puis, il y a des groupes de jeunes mâles cé­li­ba­taires. A l’âge adulte, les do­mi­nants cherchent de jeunes fe­melles que les chefs de fa­mille laissent par­tir re­la­ti­ve­ment fa­ci­le­ment. Avant la ré­in­tro­duc­tion en Mon­go­lie, nous avons eu jus­qu’à 5 fa­milles, 55 in­di­vi­dus au to­tal. Au bout de dix ans, un apai­se­ment so­cial s’est ins­tal­lé. Nous dis­po­sons d’une po­pu­la­tion ré­ser­voir avec des che­vaux prêts à être ré­in­tro­duits, en Mon­go­lie, en Chine, voire en Rus­sie. » Quand l’as­so­cia­tion est ar­ri­vée au Villa­ret, les éle­veurs de bre­bis ont trou­vé le pro­jet pour le moins cu­rieux. « Éle­ver des che­vaux sans pou­voir les mon­ter ni les man­ger, avoir au­tant de mâles que de fe­melles, ne pas les nour­rir… » Tout ce­la éton­nait ! « Un réel par­te­na­riat a été mis en place avec la com­mune, qui nous a ai­ma­ble­ment four­ni 130 hec­tares de ter­rains sec­tion­naux. Rien n’est en­core ga­gné pour cette es­pèce fra­gi­li­sée par de mul­tiples fac­teurs : en­vi­ron­ne­men­taux, po­li­tiques, épi­dé­miques… Nous sommes in­ter­ve­nus in ex­tre­mis. » Ce pe­tit « dé­brous­sailleur na­tu­rel », 1,40 m au gar­rot pour 350 kg maxi­mum, a bé­né­fi­cié à l’éco­no­mie lo­cale ain­si qu’à tout un cor­tège de flore et de faune ty­pique de ce grand Causse. « Il contri­bue à main­te­nir le mi­lieu ou­vert. » Comme l'écri­vait Ed­ward Ab­bey dans Dé­sert so­li­taire : « Non, le monde sau­vage n’est pas un luxe, mais une né­ces­si­té de l’es­prit hu­main, aus­si vi­tale pour nos vies que l’eau et le bon pain( 3). »

F

faire des caisses de trans­port sur me­sure, ca­ré­nées et ren­for­cées de néo­prène, sans es­pace afin qu’ils ne se blessent pas. Nous les avons en­dor­mis une pre­mière fois un mois avant, afin d’ef­fec­tuer les tests liés aux ma­la­dies, in­dis­pen­sables aux au­to­ri­sa­tions d’en­trée dans le pays, et aus­si im­plan­té des puces de sui­vi. Puis le jour J, nous les avons gar­dés en ob­ser­va­tion du­rant 3 heures avant de prendre la dé­ci­sion de trans­port ou non. Le voyage a du­ré en­vi­ron 40 heures et, pour la der­nière étape, nous avons uti­li­sé un An­to­nov russe, une sorte de tank avec des ailes uti­li­sé à l’époque comme avion de ligne par les Mon­gols. Ce­la nous a per­mis de nous po­ser di­rec­te­ment dans la steppe à 10 km du site de lâ­cher. Une fois sur place, pour les ai­der du­rant les pre­mières an­nées, les che­vaux ont eu des abris pour les pro­té­ger du vent et des in­sectes pi­queurs, et quelques points d’eau amé­na­gés. Pour l’heure, le trou­peau a su­bi peu de pertes. Une équipe de gardes, em­bau­chés dans la po­pu­la­tion d’éle­veurs lo­caux, veille sur eux. Cette équipe est en train d’être

trans­fé­rée à une ONG mon­gole soeur pour fa­ci­li­ter l’ap­pro­pria­tion lo­cale du pro­gramme de ré­in­tro­duc­tion. En pa­ral­lèle TAKH se fo­ca­lise sur le sui­vi scien­ti­fique et le cô­té édu­ca­tif en cours de dé­ve­lop­pe­ment au Villa­ret. » Chaque été, le site cé­ve­nol voit pas­ser en­vi­ron 4.000 vi­si­teurs. Si le pu­blic ne peut pé­né­trer dans l’en­clos, en re­vanche, il peut ob­ser­ver les che­vaux sau­vages aux ju­melles ou à la longue-vue (prê­tées sur place) et dé­cou­vrir des ob­jets ar­ti­sa­naux fa­bri­qués par les femmes de Mon­go­lie. www.takh.org/fr/

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.