La to­mo­gra­phie nu­mé­rique dé­boule dans l’au­to­mo­bile

Pour la pre­mière fois, la tech­no­lo­gie de CND a été mise en oeuvre lors du dé­ve­lop­pe­ment, de la pro­duc­tion et de l’ana­lyse de pro­to­types chez le groupe BMW.

Mesures - - Sommaire - Cé­dric Lar­dière

Le construc­teur au­to­mo­bile al­le­mand BMW a an­non­cé, cou­rant juillet, avoir in­tro­duit la to­mo­gra­phie nu­mé­rique (Com­pu­ter to­mo­gra­phy ou CT) dans le dé­ve­lop­pe­ment, la pro­duc­tion et l’ana­lyse de pro­to­types, « une pre­mière dans l’in­dus­trie au­to­mo­bile », af­firme-t-il. Grâce à cette tech­no­lo­gie, dont l’ins­tal­la­tion se trouve au sein de l’usine pi­lote du Centre de re­cherche et d’in­no­va­tion (FIZ) de Mu­nich (Al­le­magne), la gamme com­plète de vé­hi­cules, de la Mi­ni à la RollsRoyce, peut dé­sor­mais être contrô­lée avec une très bonne qua­li­té, même aux pre­miers stades du dé­ve­lop­pe­ment. « L’uti­li­sa­tion de ce sys­tème de to­mo­gra­phie est un grand pas en avant, car il nous ai­de­ra à amé­lio­rer la qua­li­té de nos pro­duits. Nous pou­vons en ef­fet main­te­nant ana­ly­ser nos pro­to­types dans les moindres dé­tails, sans avoir à d’abord les dé­mon­ter », ex­plique Udo Hänle, res­pon­sable de l’in­té­gra­tion de la pro­duc- tion et de l’usine pi­lote chez BMW. Le nou­veau sys­tème per­met d’exa­mi­ner les vé­hi­cules d’une ma­nière qui ne se­rait pas pos­sible avec les sys­tèmes de to­mo­gra­phie nu­mé­rique clas­siques et sta­tiques. Comme d’at­teindre des positions de test sur des ob­jets aux formes com­plexes (car­ros­se­rie ou es­pace de tra­vail par­ti­cu­liè­re­ment large). « En fin de compte, ce­la nous per­met­tra d’in­té­grer en­core plus ra­pi­de­ment de nou­velles tech­no­lo­gies dans une sé­rie de vé­hi­cules », ajoute-t-il. Pour Mi­chael Koch, res­pon­sable de l’ana­lyse des ma­té­riaux et des pro­ces­sus chez BMW, « nous uti­li­sons les scan­ners CT et à rayons X pour vé­ri­fier les pièces de vé­hi­cules de­puis de nom­breuses an­nées, mais ce der­nier sys­tème amène l’as­su­rance qua­li­té à un tout autre ni­veau. Nous pou­vons dé­sor­mais ana­ly­ser nos vé­hi­cules jus­qu’au ni­veau du mi­cro­mètre. » Ce de­gré de dé­tail est né­ces­saire pour vé­ri­fier les sou­dures et les rac­cords à vis, vé­ri­fier l’état du corps avant et après la pein­ture, lorsque les tem­pé­ra­tures ex­trêmes peuvent af­fec­ter les liai­sons adhé­sives. Les ré­sul­tats de l’ana­lyse sont en­suite utilisés comme base pour ap­por­ter des modifications ci­blées à la pro­duc­tion en sé­rie.

Un par­te­na­riat avec le Fraun­ho­fer EZRT

Des­ti­née à l’ori­gine aux es­sais aé­ro­spa­tiaux, cette tech­no­lo­gie, fi­nan­cée à la fois par des fonds pu­blics et des pro­jets in­dé­pen­dants, a né­ces­si­té 13 ans de re­cherche. Les in­gé­nieurs du construc­teur al­le­mand et le centre de dé­ve­lop­pe­ment pour la tech­no­lo­gie à rayons X (EZRT), une di­vi­sion du Fraun­ho­fer Ins­ti­tute for In­te­gra­ted Cir­cuits (IIS), ont pas­sé deux ans à dé­ve­lop­per le Ro­botct. Il est consti­tué de quatre ro­bots co­or­don­nés, qui se dé­placent au­tour du pro­to­type – ils tra­vaillent par paires, l’un pour la source de rayons X et l’autre pour le dé­tec­teur – pour pro­duire plu­sieurs mil­liers d’images en coupe. Les don­nées col­lec­tées sont en­suite trans­mises à un pro­gramme in­for­ma­tique spé­cia­le­ment conçu pour cal­cu­ler une image en 3D à plu­sieurs couches. C’est la base d’une ana­lyse dé­taillée du fonc­tion­ne­ment in­terne du vé­hi­cule, of­frant des in­for­ma­tions sur des ob­jets aus­si pe­tits que 100μm. Contrai­re­ment aux sys­tèmes de CT cou­ram­ment utilisés dans l’in­dus­trie, qui tra­vaillent sur des ob­jets d’en­vi­ron 300mm de dia­mètre, le dé­fi par­ti­cu­lier est, ici, l’uti­li­sa­tion d’al­go­rithmes pour cor­ri­ger les im­pré­ci­sions géo­mé­triques de ces gros ro­bots (por­tée de quelques mètres) di­rec­te­ment à par­tir des don­nées de me­sure en­re­gis­trées. Pour le Fraun­ho­fer EZRT, la to­mo­gra­phie nu­mé­rique ro­bo­ti­sée n’est que le dé­but d’une idée plus large: « l’ob­jec­tif à long terme n’est pas sim­ple­ment de me­su­rer les don­nées ma­té­rielles de ma­nière aléa­toire ou en masse, mais plu­tôt de n’ac­qué­rir que les don­nées per­ti­nentes, qui se­raient dé­ter­mi­nées par des cap­teurs cog­ni­tifs. Les clients ne re­ce­vront alors que quelque chose de sem­blable à une boîte noire hau­te­ment flexible, sans de­voir ac­qué­rir une quel­conque ex­per­tise en ma­tière de contrôle non destructif (CND). » Les in­gé­nieurs mènent ac­tuel­le­ment des re­cherches pour dé­ter­mi­ner dans quelle me­sure l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle (IA) pour­rait être uti­li­sée pour éva­luer les ré­sul­tats.

Dé­ve­lop­pé par le groupe BMW et le Fraun­ho­fer EZRT, le Ro­botct est consti­tué de quatre ro­bots co­or­don­nés, qui se dé­placent au­tour du pro­to­type, pour pro­duire plu­sieurs mil­liers d’images en coupe.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.