« In­dus­trie du fu­tur : c’est

Réunis à Pa­ris le 11 sep­tembre der­nier lors d’une table ronde or­ga­ni­sée par Me­sures et in­ti­tu­lée «In­dus­trie du fu­tur: le­ver les der­niers doutes», Marc Fro­ma­ger, vice-pré­sident In­dus­try & Pro­cess Au­to­ma­tion de Schnei­der Elec­tric, Alain Gref­fier, di­rec­teur

Mesures - - Entretien - Pro­pos re­cueillis par Pas­cal Coutance

Me­sures. Avant d’en­trer dans le vif du su­jet et his­toire de sa­voir de quoi l’on parle exac­te­ment, pour­riez-vous don­ner votre propre dé­fi­ni­tion de l’in­dus­trie du fu­tur et en pré­ci­ser les en­jeux? Marc Fro­ma­ger. L’in­dus­trie du fu­tur, c’est la pos­si­bi­li­té of­ferte par la tech­no­lo­gie d’ex­ploi­ter des sys­tèmes in­dus­triels exis­tants de fa­çon dif­fé­rente, grâce à la conver­gence du monde de L’OT (tech­no­lo­gies de pro­duc­tion) et de L’IT (tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion). À ne pas confondre avec la 3e ré­vo­lu­tion in­dus­trielle consti­tuée par la ro­bo­ti­sa­tion et l’au­to­ma­ti­sa­tion in­dus­trielle qui a eu lieu dans les an­nées 1990 et qui, au moins en par­tie, est dé­jà faite. Cette ex­ploi­ta­tion dif­fé­rente des sys­tèmes exis­tants trouve sa source dans la col­lecte et l’ex­ploi­ta­tion de don­nées qui vont per­mettre aux opé­ra­teurs de ré­agir en temps réel, en connais­sance de cause, en ayant entre les mains l’en­semble des in­for­ma­tions pour conduire dif­fé­rem­ment leurs ma­chines en vue de gé­né­rer da­van­tage de pro­duc­ti­vi­té. C’est ça la 4e ré­vo­lu­tion in­dus­trielle. Il ne s’agit pas de mo­di­fier l’en­semble des ma­chines de pro­duc­tion, mais de les ex­ploi­ter dif­fé­rem­ment grâce à la conver­gence de L’OT et de L’IT qui per­met une ana­lyse des don­nées de pro­duc­tion pour pro­duire mieux et plus ef­fi­ca­ce­ment. Alain Gref­fier. Pour com­plé­ter ce que vient d’ex­po­ser Marc, je di­rais que l’usine du fu­tur ne se­ra pas la même que l’usine que l’on connaît au­jourd’hui. Car on va re­vi­si­ter l’ap­proche du mar­ché, le po­si­tion­ne­ment du mar­ché, re­de­si­gner l’ou­til de pro­duc­tion et le pro­duit de ma­nière com­plè­te­ment dif­fé­rente. L’usine du fu­tur doit être ci­toyenne et doit ex­ploi­ter au mieux, et dans les meilleures condi­tions pos­sibles les res­sources, qu’elles soient hu­maines, éner­gé­tiques ou en ma­tières pre­mières. C’est toute cette agré­ga­tion qui va s’in­té­grer dans un pro­gramme de nu­mé­ri­sa­tion qui doit être sur le bu­reau des pré­si­dents d’en­tre­prises in­dus­trielles. Car l’en­jeu, il est là : faire une usine ci­toyenne, ver­tueuse, ef­fi­cace. Si on fait le pa­ral­lèle entre le concept d’in­dus­trie du fu­tur tel qu’il a été pen­sé en France et le po­si­tion­ne­ment de l’in­dus­trie 4.0 en Al­le­magne, on constate cer­taines dif­fé­rences. En France, on parle d’amé­lio­rer l’ou­til pro­duc­tif alors qu’en Al­le­magne, la ques­tion qui se po­sait était de trou­ver des so­lu­tions tech­no­lo­giques qui per­mettent au pays de res­ter com­pé­ti­tif en tant que fa­bri­cant de ma­chines de pro­duc­tion qui comptent pour beau­coup dans les ex­por­ta­tions al­le­mandes. Donc, il fal­lait re­de­si­gner les ma­chines de telle sorte qu’elles gardent une réelle va­leur ajou­tée par rap­port à celles de la concur­rence chi­noise. C’est donc pour conser­ver le lea­der­ship mon­dial sur les ma­chines de pro­duc­tion que les Al­le­mands ont dé­ve­lop­pé un ou­til pro­duc­tif dif­fé­rent, adap­té à ce nou­veau concept d’in­dus­trie 4.0. La dé­marche al­le­mande pa­raît donc plus po­li­tique et a d’ailleurs été à l’ini­tia­tive de la chan­cel­le­rie. Bosch et Sie­mens ont beau­coup tra­vaillé sur le su­jet avec pour ob­jec­tif d’ame­ner les pro­duits al­le­mands à un ni­veau tel que les Chi­nois ne puissent pas les rat­tra­per, et ain­si de gar­der un lea­der­ship au ni­veau des ma­chines de pro­duc­tion et de faire en sorte que les ex­por­ta­tions al­le­mandes per­durent. Pas­cal Lau­rin. Pour moi, l’in­dus­trie 4.0 est clai­re­ment liée à la ré­colte et l’ex­ploi­ta­tion des don­nées. Le point de dé­part de tout ce­la, c’est la crise éco­no­mique mon­diale de 2008. Lors de cette crise, des mil­liards ont été in­jec­tés dans l’in-

Il faut que l’en­semble du tis­su in­dus­triel sache qu’il existe de nom­breuses pos­si­bi­li­tés d’aides, de sub­ven­tions, d’ac­com­pa­gne­ments, pour se lan­cer dans l’in­dus­trie du fu­tur. Marc Fro­ma­ger, Schnei­der Elec­tric

dus­trie fran­çaise, no­tam­ment l’in­dus­trie au­to­mo­bile, pour la main­te­nir à flot, et c’est tant mieux. Pour contrer les ef­fets de cette crise, l’al­le­magne a elle aus­si mis en vi­gueur un sys­tème de sub­ven­tions mais, en plus, les in­dus­triels se sont fé­dé­rés pour ten­ter de trou­ver des so­lu­tions leur per­met­tant de gar­der leur puis­sance in­dus­trielle, de conser­ver des usines en Al­le­magne d’abord, et en Eu­rope de l’ouest en­suite, et leur lea­der­ship en ma­tière de ma­chines de pro­duc­tion. En France, le vi­rage de la ro­bo­ti­sa­tion et de l’au­to­ma­ti­sa­tion n’a pas été ra­té pour les grands groupes, mais il l’a clai­re­ment été pour les PME in­dus­trielles. En Al­le­magne, cette phase a été réa­li­sée avec suc­cès dans les an­nées 1970, 1980 et 1990. Pour l’al­le­magne, l’in­dus­trie 4.0, c’est clai­re­ment l’ex­ploi­ta­tion des don­nées pour op­ti­mi­ser les choses. Et quand je dis « choses », je veux par­ler ici de la pro­duc­ti­vi­té, bien sûr, mais aus­si des condi­tions de tra­vail de l’homme. Re­con­nais­sons-le, l’in­dus­trie 3.0 a glo­ba­le­ment été faite au dé­tri­ment de l’homme.avant, il y a eu la mé­thode Ford qui a or­ga­ni­sé le tra­vail avec un saut im­por­tant en termes de pro­duc­ti­vi­té par rap­port à ce qui se fai­sait avant. Pour l’in­dus­trie 4.0, le par­ti pris est bien évi­dem­ment de mettre en place des le­viers de gain de pro­duc­ti­vi­té. Bosch est à la fois four­nis­seur de tech­no­lo­gies et uti­li­sa­teur de ces tech­no­lo­gies, mais, en 2008, lorsque notre groupe a lan­cé une dé­marche d’in­dus­trie 4.0 pour son propre ou­til de pro­duc­tion, l’ob­jec­tif était d’ob­te­nir des gains de pro­duc­ti­vi­té de l’ordre de 30%. Ce qui pou­vait pa­raître énorme. Mais le fait est qu’au­jourd’hui, 10 ans après, c’est ce qui est ef­fec­tif, grâce à l’ex­ploi­ta­tion des don­nées ma­chines, à la sur­veillance des équi­pe­ments exis­tants, mais aus­si à la mise en place de nou­velles ma­chines connec­tées qui ar­rivent sur le mar­ché pour réa­li­ser de la main­te­nance pré­dic­tive, pour as­sis­ter l’opé­ra­teur, etc. Mais il existe un se­cond le­vier, et cet autre le­vier, c’est l’hu­main qui est au coeur de l’in­dus­trie du fu­tur. Par ailleurs, avec la 3e ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, on a connu des pro­duc­tions de masse très au­to­ma­ti­sées et, pour beau­coup, com­plè­te­ment dé­lo­ca­li­sées en Asie. L’un des en­jeux es­sen­tiels de l’in­dus­trie 4.0, c’est de faire de la pro­duc­tion de masse « cus­to­mi­sée » car le client fi­nal sou­haite un pro­duit de plus en plus per­son­na­li­sé, avec tout un tas d’op­tions. Or la conti­nui­té nu­mé­rique et les ma­chines connec­tées per­mettent de ré­pondre très ra­pi­de­ment à des chan­ge­ments de pro­duc­tion de ce type. Sté­phane Po­tier. À peu près tout a été dit par mes col­lègues. Je suis d’ac­cord sur le fait qu’il existe une si­tua­tion dif­fé­rente en France et en Al­le­magne. En Al­le­magne, l’in­dus­trie 4.0 a ef­fec­ti­ve­ment été ima­gi­née pour main­te­nir le lea­der­ship du pays alors qu’en France, l’in­dus­trie du fu­tur a été lan­cée non seule­ment pour en­di­guer la dés­in­dus­tria­li­sa­tion du pays, mais aus­si pour le ré­in­dus­tria­li­ser et pour re­don­ner à l’in­dus­trie ses lettres de no­blesse, en par­ti­cu­lier au­près des jeunes. Je pense donc que dans la dé­marche fran­çaise de l’in­dus­trie du fu­tur, le cô­té hu­main est un peu plus dé­ve­lop­pé que dans le

concept d’in­dus­trie 4.0 tel qu’il est ap­pli­qué en Al­le­magne. Je suis d’ac­cord aus­si sur ce qui a été dit sur l’ob­jec­tif d’ac­crois­se­ment de la pro­duc­ti­vi­té. Le rôle de l’in­dus­trie 4.0 est aus­si de ré­pondre à de nou­veaux mo­dèles éco­no­miques ba­sés sur les don­nées. Mais ce­la sou­lève des ques­tions. À qui ap­par­tiennent ces don­nées? Est-ce aux fa­bri­cants d’automatismes, aux construc­teurs de ma­chines, aux uti­li­sa­teurs fi­naux? Des ba­tailles sont ac­tuel­le­ment me­nées sur ce point avec une ré­ponse as­sez dif­fé­rente d’un pays à l’autre. Je suis aus­si d’ac­cord sur l’as­pect per­son­na­li­sa­tion de masse qui est un be­soin de plus en plus im­por­tant du point de vue du consom­ma­teur. À la base, que ce soit l’in­dus­trie 4.0 ou l’in­dus­trie du fu­tur, ce sont tous des plans po­li­tiques. Même si on parle beau­coup de la France et de l’al­le­magne, ce qui est fort lo­gique, beau­coup d’autres pays ont leur propre plan. Et pra­ti­que­ment tous les four­nis­seurs de tech­no­lo­gies pré­sentent à leur ca­ta­logue les briques de base pour ac­com­pa­gner ces plans. Il est ain­si d’ores et dé­jà pos­sible d’ef­fec­tuer une réelle op­ti­mi­sa­tion des pro­cé­dés de pro­duc­tion avec les briques tech­no­lo­giques exis­tantes et l’ex­ploi­ta­tion des don­nées ma­chines. Mais je pense aus­si qu’il faut in­ven­ter et dé­ve­lop­per de nou­velles tech­no­lo­gies, des in­no­va­tions, en termes de mécatronique, d’élec­tro­nique, etc., pour com­plè­te­ment ex­ploi­ter et op­ti­mi­ser le concept d’in­dus­trie du fu­tur et ap­por­ter des gains consi­dé­rables sur les nou­velles fa­çons de pro­duire. Au­jourd’hui, en France, nous avons des sites de pro­duc­tion « la­bel­li­sés usine du fu­tur » qui montrent la voie à suivre, mais je pense que la vé­ri­table usine du fu­tur se­ra en­core re­la­ti­ve­ment dif­fé­rente de celle que l’on connaît au­jourd’hui. Pas­cal Lau­rin. Juste une pe­tite pré­ci­sion sur ce que Sté­phane vient de dire. Je m’ins­cris en faux sur le fait qu’avec l’in­dus­trie 4.0, l’al­le­magne fe­rait du push tech­no­lo­gique au dé­tri­ment de l’hu­main. Car c’est exac­te­ment l’in­verse qui se passe. Et no­tam­ment, chez Bosch, l’hu­main est com­plè­te­ment au centre de l’usine 4.0, que ce soit sur ses sites de pro­duc­tion en Al­le­magne ou en France.

Me­sures. Que di­riez-vous à un in­dus­triel qui veut se lan­cer dans une telle dé­marche, mais qui ne sait pas par où com­men­cer? Quelle est la pre­mière étape à réa­li­ser? Pas­cal Lau­rin. Le pre­mier élé­ment pour dé­ve­lop­per le concept d’in­dus­trie 4.0 au sein d’une en­tre­prise, c’est d’avoir une vo­lon­té claire de la di­rec­tion qui l’im­pulse en­suite à ses sa­la­riés. C’est d’abord un mou­ve­ment «top-down», c’est-à-dire que, sans vo­lon­té stra­té­gique du di­ri­geant, ça ne peut pas fonc­tion­ner (sauf si le but est de se faire plai­sir en mon­trant de belles choses aux élus lo­caux ou de faire bien dans les dî­ners mon­dains).après, une fois l’im­pul­sion don­née par la di­rec­tion, l’axe fixé et le bud­get al­loué, ça se passe sur le ter­rain. C’est le «bot­tom-up». C’est ce que le groupe Bosch a ap­pli­qué à ses 270 usines et à ses 400000 sa­la­riés dont 65% tra­vaillent en usine (em­plois di­rects et in­di­rects). Il est clair ici que, si nous n’avions pas im­pli­qué les sa­la­riés dans l’aven­ture, on ne se­rait ja­mais ar­ri­vé à un tel ni­veau de dé­ploie­ment. L’idée est donc de par­tir des be­soins, de l’usage, et d’im­pli­quer les sa­la­riés, par exemple en consti­tuant des équipes mul­ti­dis­ci­pli­naires, afin de trou­ver des idées au ni­veau des so­lu­tions à mettre en place. Et de là émergent les idées que l’on in­cube, que l’on dé­ploie sur site si le ROI (re­tour sur in­ves­tis­se­ment) est sa­tis­fai­sant.

Me­sures. Quelles sont les pos­si­bi­li­tés pour les PME ? Peuvent-elles par­tir des don­nées exis­tantes pour sor­tir quelque chose de bé­né­fique qui leur per­met­tra d’amé­lio­rer leur pro­cé­dé de pro­duc­tion? Alain Gref­fier. Au ni­veau d’une PME, il existe une struc­ture d’ap­proche très simple. Il faut que le di­ri­geant s’ap­pro­prie le dos­sier, c’est-à-dire qu’il note noir sur blanc, avec notre aide à nous, les four­nis­seurs de tech­no­lo­gies, mais aus­si avec l’aide de consul­tants ex­ternes –il y en a plé­thore– ce qui l’em­pêche de dor­mir la nuit. Il doit se dire: « Ok, j’ai une en­tre­prise, je vois la belle usine d’ex­cel­lence dont on me parle avec l’usine du fu­tur. Mais moi, il faut que je monte les étapes une à une et que je dé­fi­nisse quel est mon be­soin, quels sont mes usages. » À par­tir de cette ré­flexion, il consti­tue des équipes plu­ri­dis­ci­pli­naires qui éva­luent ce qu’a pro­po­sé le di­ri­geant, listent les prio­ri­tés et vont dé­ter­mi­ner la po­si­tion ac­tuelle de l’exis­tant et dé­fi­nir la po­si­tion à at­teindre. En­suite ar­rivent les fi­nan­ciers qui font de jo­lis cal­culs et éta­blissent le

L’un des avan­tages de l’in­dus­trie du fu­tur ré­side dans sa ca­pa­ci­té à faire de la pro­duc­tion de masse « cus­to­mi­sée » et ain­si à ré­pondre à une de­mande forte des uti­li­sa­teurs fi­naux. Pas­cal Lau­rin, Bosch

“Les en­jeux de l’in­dus­trie du fu­tur sont cru­ciaux : amé­lio­rer notre ou­til in­dus­triel, voire re­lo­ca­li­ser cer­taines pro­duc­tions et rendre à nou­veau at­trac­tifs les ” mé­tiers de l’in­dus­trie. Alain Gref­fier, Sie­mens

ROI des dif­fé­rentes so­lu­tions pro­po­sées, les étapes à fran­chir, et dé­ter­minent ce qui est ren­table et ce qui ne l’est pas. En­suite, on dé­roule la mise en place de la so­lu­tion choi­sie. Une fois la feuille de route dé­fi­nie et la so­lu­tion mise en place, il faut vé­ri­fier que les KPI [key per­for­mance in­di­ca­tors, in­di­ca­teurs de per­for­mance clé, ndlr] soient conformes aux éva­lua­tions faites lors des work­shops plu­ri­dis­ci­pli­naires. Donc, la dé­marche est très simple et d’ailleurs, je pense qu’au ni­veau des PME, il existe de moins en moins de doute quant à leur ca­pa­ci­té à fran­chir le pas vers des pro­jets uti­li­sant le concept de l’in­dus­trie du fu­tur. On est pas­sé de pro­jets au stade du Po­wer­point à des « proof of concept». Et force est de consta­ter que, de­puis un an, les pro­jets se mettent en place, d’au­tant qu’il existe des aides per­met­tant de les fi­nan­cer. Pas­cal Lau­rin. Le point de dé­part pour un di­ri­geant de PME, c’est clai­re­ment de dé­fi­nir ses be­soins. La tech­no­lo­gie, et le choix d’une tech­no­lo­gie, ça ar­rive en­suite. Marc Fro­ma­ger. La vo­lon­té doit ef­fec­ti­ve­ment clai­re­ment ve­nir du ma­na­ger. Mais le nerf de la guerre res­te­ra le ROI, qui pi­lote cette vo­lon­té de par­tir vers l’usine du fu­tur. Donc c’est aus­si aux of­freurs de so­lu­tions de pro­po­ser des tech­no­lo­gies adap­tées à ces be­soins de ROI courts, de gain de pro­duc­ti­vi­té, mais aus­si de fa­ci­li­té d’uti­li­sa­tion. C’est vrai­ment im­por­tant de consi­dé­rer que pour le­ver le doute et fran­chir le pas vers l’in­dus­trie du fu­tur, on a ef­fec­ti­ve­ment une vo­lon­té qui est condi­tion­née au ROI de la so­lu­tion pro­po­sée. Si, au­jourd’hui, une en­tre­prise veut ab­so­lu­ment mo­der­ni­ser son ou­til de pro­duc­tion parce qu’il y a le cô­té gad­get ou com­mu­ni­ca­tion ou en­core vi­trine tech­no­lo­gique, et si à la fin le ROI n’est pas au ren­dez-vous, alors on en res­te­ra au « proof of concept » alors que nous, nous vou­lons vrai­ment pas­ser au «proof of com­merce». En tant qu’of­freur de tech­no­lo­gies, et éga­le­ment en tant qu’in­dus­triel, on a vrai­ment en­vie de faire en sorte que les sys­tèmes que l’on pro­pose, que ce soit pour nos clients ou pour nos propres usines, gé­nèrent im­mé­dia­te­ment un ROI. C’est d’ailleurs ce cô­té très prag­ma­tique des in­dus­triels uti­li­sa­teurs (on ne sau­rait les blâ­mer) et cet as­pect trop tech­no­lo­gique des of­freurs de so­lu­tions au dé­part, au dé­tri­ment du ROI, qui ont cer­tai­ne­ment un peu gê­né le dé­ve­lop­pe­ment de l’in­dus­trie du fu­tur, qui s’est avé­ré un peu plus long que pré­vu ces der­nières an­nées. Bien sûr, ce n’est pas per­du car, même si on a pris un peu de re­tard, cette pro­blé­ma­tique est au­jourd’hui vrai­ment au coeur des dé­bats et des pré­oc­cu­pa­tions des uns et des autres. Qui plus est, la si­tua­tion de l’in­dus­trie en France nous per­met d’être à nou­veau re­la­ti­ve­ment confiants pour l’ave­nir. Par ailleurs, nous sommes tous les quatre ici re­pré­sen­tants de L’AIF [Al­liance In­dus­trie du Fu­tur, ndlr]. Et j’en pro­fite pour dire qu’il faut que l’en­semble du tis­su in­dus­triel – PME, ETI, grands groupes– sache qu’il existe de nom­breuses pos­si­bi­li­tés d’aides, de sub­ven­tions, d’ac­com­pa­gne­ments, de sup­ports tech­no­lo­giques, dont il peut bé­né­fi­cier. C’est là un rôle pri­mor­dial de L’AIF que de faire cet im­por­tant tra­vail d’évan­gé­li­sa­tion de ma­nière à ce que les en­tre­prises sachent à quoi elles peuvent pré­tendre en termes de fi­nan­ce­ments et d’ac­com­pa­gne­ment pour

mo­der­ni­ser leurs ou­tils. Au-de­là de l’aide en elle-même, il y a aus­si cet ob­jec­tif po­li­tique qui est de rendre à nou­veau at­trac­tive l’in­dus­trie fran­çaise. Sté­phane Po­tier. Ce­pen­dant, tout n’est pas rose de ce point de vue car, au­jourd’hui, per­sonne ne sait vrai­ment ce que se­ra l’in­dus­trie du fu­tur et ce­la peut re­bu­ter cer­tains in­dus­triels. L’autre jour, un client me di­sait: « J’ai ex­plo­ré des so­lu­tions liées à l’in­dus­trie du fu­tur, mais je ne sais pas si c’est la bonne voie car le ROI n’est pas for­cé­ment au ren­dez-vous. » Mais, en re­vanche, et c’est ce qui est ras­su­rant, ce même client a consta­té une mon­tée en com­pé­tences de ses équipes par rap­port aux nou­velles tech­no­lo­gies et aux nou­velles so­lu­tions ex­plo­rées. Et de ce fait, je pense qu’il se­ra bien mieux ar­mé, une fois qu’il au­ra trou­vé la so­lu­tion tech­no­lo­gique avec le ROI qui lui convient, pour mettre en oeuvre cette so­lu­tion et dé­ve­lop­per une pro­duc­tion à grande échelle, que ce­lui qui au­ra ter­gi­ver­sé et n’au­ra ex­plo­ré au­cune voie. C’est pour­quoi je pense que, même s’il est dif­fi­cile de ne pas sa­voir quelle tech­no­lo­gie per­ce­ra réel­le­ment au ni­veau de l’ex­ploi­ta­tion des don­nées, par exemple, il y a un réel dan­ger à se mettre en po­si­tion d’at­tente, avec le risque de ra­ter le train le mo­ment ve­nu. Certes, le ROI est ca­pi­tal dans tout pro­jet in­dus­triel, mais il faut tout de même ex­plo­rer des so­lu­tions, même si on n’est pas cer­tain du ROI. Bien sûr, il ne s’agit pas ici d’in­ves­tir mas­si­ve­ment, mais plu­tôt de réa­li­ser quelques «proofs of concept» pour au moins mon­ter en com­pé­tences sur cer­tains as­pects. Ce­la per­met jus­te­ment de le­ver cer­tains doutes, comme par exemple de mieux connaître les mé­thodes per­met­tant d’ex­traire et de faire tran­si­ter les don­nées d’une mac­hine, et par voie de con­sé­quence, d’abor­der le pro­blème cru­cial de la cy­ber­sé­cu­ri­té. De quoi avoir une bonne lon­gueur d’avance sur ceux qui n’au­ront pas du tout ex­plo­ré le su­jet et an­ti­ci­per le pro­blème.

Me­sures. Le ROI est une chose. L’in­ves­tis­se­ment de dé­part en est une autre. Est-il né­ces­saire d’in­ves­tir une somme im­por­tante pour se lan­cer dans une dé­marche d’in­dus­trie du fu­tur? Et quelles sont les pos­si­bi­li­tés de fi­nan­ce­ment? Sté­phane Po­tier. Sur les ins­tal­la­tions nou­velles, il n’y a pas for­cé­ment de gros in­ves­tis­se­ments à faire car les briques tech­no­lo­giques les plus ré­centes sont dé­jà in­té­grées aux ma­chines et per­mettent de réa­li­ser des ar­chi­tec­tures qui tendent vers l’in­dus­trie du fu­tur. En re­vanche, ces tech­no­lo­gies ne sont pas (ou peu) in­té­grées dans le parc ma­chines exis­tant. Donc, dans le cadre d’une mo­der­ni­sa­tion d’une ins­tal­la­tion in­dus­trielle exis­tante, il faut pré­voir des in­ves­tis­se­ments per­met­tant, soit de s’équi­per de nou­velles ma­chines – ce qui sup­pose des in­ves­tis­se­ments im­por­tants– soit d’ef­fec­tuer une mise à jour des an­ciennes ma­chines non connec- tées pour les rendre connec­tées. Et cette mise à jour peut s’opé­rer à moindres frais. Cha­cun d’entre nous au­tour de cette table pro­pose des boî­tiers ou des pas­se­relles, per­met­tant de ré­cu­pé­rer à moindre coût des don­nées sur des équi­pe­ments exis­tants. Alain Gref­fier. Après tout le tra­vail qui a été fait par L’AIF, on a quand même, au ni­veau des ré­gions et au ni­veau po­li­tique, un ali­gne­ment de pla­nètes en ce qui concerne les pos­si­bi­li­tés de fi­nan­ce­ment de l’in­dus­trie du fu­tur. Et tant que cette conver­gence d’élé­ments fa­vo­rables est en place, il faut en pro­fi­ter car per­sonne ne sait com­bien de temps elle du­re­ra. Ce qui manque au­jourd’hui, c’est de com­mu­ni­quer, com­mu­ni­quer en­core et com­mu­ni­quer sans cesse –et cette table ronde nous en donne l’op­por­tu­ni­té – pour le­ver les der­niers doutes que peuvent avoir cer­tains in­dus­triels au mo­ment de se lan­cer dans une dé­marche tour­née vers l’in­dus­trie du fu­tur. Mais le mes­sage que nous vou­lons aus­si faire pas­ser, c’est qu’il y a de l’ar­gent par­tout pour fi­nan­cer ce type de dé­marche, que ce soit au ni­veau de la BPI, des ré­gions, etc. Par ailleurs, le Pass In­dus­trie du Fu­tur va pro­chai­ne­ment être lan­cé au­près des PME afin de leur fa­ci­li­ter toutes les dé­marches pour l’ob­ten­tion d’un fi­nan­ce­ment. Car si les grands groupes connaissent les rouages de ces fi­nan­ce­ments, le di­ri­geant de PME, lui, est sur­tout fo­ca­li­sé sur la ges­tion de son en­tre­prise, sur la vente de ses pro­duits, etc. Il a donc be­soin d’ac­com­pa­gne­ment. Ac­tuel­le­ment, les voyants éco­no­miques sont au vert, les taux d’in­té­rêt sont bas, le mar­ché est as­sez por­teur jus­qu’à pré­sent. Donc c’est le mo­ment d’ex­pli­quer aux gens que, oui, il y a un in­ves­tis­se­ment à faire au dé­part et que, non, il ne faut pas faire n’im­porte quoi. Mais les fi­nan­ce­ments sont là. C’est donc le mo­ment d’y al­ler, de fran­chir le pas. Les en­jeux sont cru­ciaux. Il s’agit de boos­ter cette amé­lio­ra­tion de notre in­dus­trie, et même de pro­cé­der à une re­lo­ca­li­sa­tion de cer­taines pro­duc­tions –un terme dont on en­tend d’ailleurs de plus en plus par­ler ces der­niers temps– et de rendre à nou­veau at­trac­tifs ces mé­tiers de l’in­dus­trie, no­tam­ment au­près des jeunes.

Me­sures. Re­ve­nons à des choses un peu plus tech­niques. Qui dit usine du fu­tur dit usines hy­per­con­nec­tées : com­mu­ni­ca­tions M2M –ce n’est pas nou­veau – mais aus­si com­mu­ni­ca­tions entre l’ate­lier et les ni­veaux « su­pé­rieurs » de l’en­tre­prise, voire com­mu­ni­ca­tions entre usines. Quels sont les pro­to­coles de com­mu­ni­ca­tions dé­jà uti­li­sables dans ce cadre ? Existe-t-il un pro­to­cole dé­dié à l’in­dus­trie du fu­tur? Sté­phane Po­tier. En tant que re­pré­sen­tant de la fon­da­tion OPC, je di­rais QU’OPC est plus qu’un pro­to­cole puisque l’on sort de l’as­pect pu­re­ment pro­to­cole pour ar­ri­ver à une norme d’in­ter­opé­ra­bi­li­té des équi­pe­ments en termes de com­mu­ni­ca­tions. Et au­jourd’hui, pra­ti­que­ment tous les ac­teurs

Avec L’OPC UA, on a trou­vé un lan­gage com­mun qui per­met à tous les sys­tèmes in­dus­triels, quelle que soit leur marque, de com­mu­ni­quer

eux.” entre Sté­phane Po­tier, B&R (groupe ABB)

in­dus­triels sou­tiennent cette norme qui pré­sente trois avan­tages prin­ci­paux. Le pre­mier est donc l’in­ter­opé­ra­bi­li­té des sys­tèmes. Il est in­con­ce­vable au­jourd’hui de ne pas pou­voir connec­ter un sys­tème Sie­mens avec un sys­tème Schnei­der, Bosch ou B&R. Avec L’OPC UA, on a trou­vé une langue com­mune à tous ces sys­tèmes. Ce qui est in­dis­pen­sable pour l’in­dus­trie du fu­tur ul­tra­con­nec­tée. Le deuxième avan­tage de L’OPC est l’ap­port en termes de cy­ber­sé­cu­ri­té. La cy­ber­sé­cu­ri­té est au coeur de L’OPC UA puisque cette norme a été dé­ve­lop­pée au­tour des tech­no­lo­gies IT in­té­grant de la cy­ber­sé­cu­ri­té. Le troi­sième avan­tage ré­side dans un lan­gage qui per­met la mo­dé­li­sa­tion. Dans l’op­tique de gé­rer les don­nées de ma­nière plus ef­fi­cace, les grands in­dus­triels ont be­soin d’avoir des mo­dèles, à la fois de leurs ou­tils de pro­duc­tion, mais aus­si des pro­duits eux-mêmes pour pou­voir sto­cker ef­fi­ca­ce­ment tout un tas de don­nées de pro­duc­tion pour la post-ana­lyse dans des da­ta­lakes, ou autres. Et L’OPC UA, grâce à ses mé­ta­mo­dèles de don­nées, per­met ce­la.avec L’OPC UA, il y a une vraie conver­gence entre L’OT et L’IT. Et c’est là le coup de gé­nie de la fon­da­tion OPC que d’ex­ploi­ter une tech­no­lo­gie réel­le­ment OP à la base et d’y in­té­grer toutes les bonnes pra­tiques de L’IT en ma­tière de cy­ber­sé­cu­ri­té, de pro­to­coles, etc. Et ce qui est unique dans le suc­cès de cette tech­no­lo­gie, c’est qu’il n’y a au­cune tech­no­lo­gie pro­prié­taire à l’in­té­rieur. C’est une norme ba­sée ex­clu­si­ve­ment sur des normes, ce qui est as­sez unique et ex­plique pour­quoi elle a été adop­tée par tout le monde, sans au­cune ex­cep­tion au­jourd’hui. Pas­cal Lau­rin. On a par­lé d’ali­gne­ment des pla­nètes en termes de fi­nan­ce­ment, mais il y a aus­si un ali­gne­ment des pla­nètes au ni­veau de la com­mu­ni­ca­tion avec L’OPC UA, car –et les plus an­ciens s’en rap­pel­le­ront – dans les an­nées 1990, à l’époque des bus de ter­rain, il de­vait y en avoir au moins 40 dif­fé­rents. Il y avait alors une guerre éco­no­mique qui se jouait entre construc­teurs. Alors qu’au­jourd’hui, il y a réel­le­ment une conver­gence pour se mettre d’ac­cord sur un stan­dard com­mun, avec une so­lu­tion com­plè­te­ment ou­verte où des ma­chines Sie­mens, Bosch, B&R, Schnei­der, ou autres, peuvent com­mu­ni­quer entre elles pour sa­tis­faire le be­soin de connec­ti­vi­té et d’in­ter­con­nec­ti­vi­té des clients. Et ça, c’est ex­cep­tion­nel. Je tiens tout de même à pré­ci­ser que L’OPC et L’OPC UA n’ont pas été dé­fi­nis par des construc­teurs de ma­té­riels uni­que­ment, mais aus­si par des uti­li­sa­teurs, des centres de re­cherche, etc. Bref, c’est l’oeuvre de tout un éco­sys­tème au­tour de l’in­dus­trie. Ce n’est pas une en­tente entre in­dus­triels, mais bien un ou­til plé­bis­ci­té par tous et per­met­tant d’al­ler cher­cher l’ou­ver­ture et l’in­ter­opé­ra­bi­li­té de toutes les pla­te­formes, quelles qu’elles soient. Marc Fro­ma­ger. La phi­lo­so­phie de L’OPC, c’est vrai­ment d’ai­der l’en­semble de la com­mu­nau­té in­dus­trielle à trou­ver le moyen de se com­prendre. Sté­phane Po­tier. Il s’agit d’une norme ac­cep­tée au ni­veau in­ter­na­tio­nal, que ce soit aux États-unis, en Eu­rope, en Asie. Et ça, c’est im­por­tant car on peut réel­le­ment uti­li­ser une même mac­hine par­tout dans le monde.

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