«L’homme et la cy­ber­sé­cu­ri­té sont au coeur de l’in­dus­trie du fu­tur »

Mesures - - Sommaire - Pro­pos re­cueillis par Pas­cal Coutance

Suite et fin de la table ronde or­ga­ni­sée par­me­su­resle 11 sep­tembre der­nier et in­ti­tu­lée « In­dus­trie du fu­tur: le­ver les der­niers doutes ». Pour cette se­conde par­tie( pour la 1 re­par­tie de cette table ronde, voir­me­su­resn°908), nos quatre ex­perts - Marc Fro­ma­ger de Schnei­der Elec­tric, Alain Gref­fier de Sie­mens, Pas­cal Lau­rin de Bosch et Sté­phane potier deb&r( groupe abb),a bordent les thèmes cru­ciaux de lac y ber sé­cu­ri­té et de la place de l’ homme dans l’in­dus­trie du fu­tur.

Me­sures. Qui dit usine ul­tra­con­nec­tée, dit failles po­ten­tielles de cy­ber­sé­cu­ri­té. Que pou­vez-vous dire aux uti­li­sa­teurs pour les ras­su­rer? Exis­tet-il des so­lu­tions vrai­ment ef­fi­caces? Sté­phane Potier. Je ne pense pas qu’il faille ras­su­rer les uti­li­sa­teurs. Il faut plu­tôt être réa­liste car le risque de cy­be­rat­taques est en aug­men­ta­tion constante. Les ras­su­rer équi­vau­drait à leur dire de ne pas s’in­quié­ter et je ne crois pas que ce soit le bon mes­sage à leur adres­ser. Car il faut être rai­son­na­ble­ment in­quiet pour res­ter vi­gi­lant et se­rein. Mais il faut sur­tout in­cul­quer à l’in­dus­trie ce chan­ge­ment de culture car, au­jourd’hui, très peu de so­cié­tés dis­posent d’une culture de la cy­ber­sé­cu­ri­té. Il y a vrai­ment une ana­lyse du risque im­por­tante à faire au sein des en­tre­prises in­dus­trielles pour que cette culture de la cy­ber­sé­cu­ri­té in­tègre toutes les en­tre­prises à vo­ca­tion in­dus­trielle. Jus­qu’ici, les in­dus­triels ne se po­saient pas vé­ri­ta­ble­ment la ques­tion car les équi­pe­ments et les usines étaient peu ou non connec­tés. À tort, car c’est jus­te­ment ce manque de vi­gi­lance qui est dan­ge­reux. À l’in­verse, le fait de rendre tous les équi­pe­ments connec­tés dans une usine dite connec­tée, c’est une op­por­tu­ni­té jus­te­ment de la rendre beau­coup plus sé­cu­ri­sée en pre­nant conscience des pro­blèmes de cy­ber­sé­cu­ri­té et en met­tant en place des ac­tions pour se pro­té­ger. Alors que, quand un in­dus­triel ne dis­pose pas d’usine connec­tée, il se dit qu’il n’a pas be­soin de se pen­cher sur ces ques­tions de cy­ber­sé­cu­ri­té. Or, même dans les

usines exis­tantes, qui n’ont au dé­part pas été pen­sées comme des usines connec­tées, des évo­lu­tions d’ar­chi­tec­ture sont mises en oeuvre avec des ma­chines que l’on peut rendre ai­sé­ment connec­tées grâce à des so­lu­tions que, par exemple, nous pro­po­sons tous les quatre ici. Donc si rien n’a été fait au préa­lable en ma­tière de cy­ber­sé­cu­ri­té, on est sûr de cou­rir à la ca­tas­trophe. Sans comp­ter les actes de mal­veillance qui peuvent in­ter­ve­nir di­rec­te­ment sur un site du fait d’un sa­la­rié ou d’un in­ter­ve­nant ex­té­rieur mal in­ten­tion­né, et ce­la in­dé­pen­dam­ment du fait que l’usine soit connec­tée ou non. Bien évi­dem­ment, il existe des risques de cy­be­rat­taques quand les équi­pe­ments et les ma­chines sont connec­tés, mais ce­la pousse à mettre en place des me­sures pour évi­ter qu’il y ait un trop grand risque et à res­ter vi­gi­lant, et ce­la per­met d’in­suf­fler cette culture glo­bale de cy­ber­sé­cu­ri­té dans l’en­tre­prise. C’est vrai­ment une dé­marche im­por­tante à mettre en oeuvre mais, au­jourd’hui, nous ne sommes en­core qu’à l’aube de cette prise de conscience. Car, au­tant le monde de L’IT [tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion, ndlr] est ma­ture en termes de cy­ber­sé­cu­ri­té, au­tant ce­lui de L’OT [tech­no­lo­gies de la pro­duc­tion, ndlr] ne l’est pas en­core. Il faut donc mon­ter ra­pi­de­ment en com­pé­tences dans ces do­maines-là. Bien sûr, ce­la dé­pend du type de ma­chine et d’usine mais, glo­ba­le­ment, le pro­blème est lar­ge­ment sous-es­ti­mé, peut-être dans 80 % des en­tre­prises in­dus­trielles. Marc Fro­ma­ger. Je re­joins ce qui vient d’être dit. Il faut vrai­ment avoir une com­pré­hen­sion du mar­ché et un ni­veau de ma­tu­ri­té très dif­fé­rents. On a ef­fec­ti­ve­ment une prise de conscience cô­té IT qui est dé­sor­mais ac­tée avec une plé­thore d’offres en termes de so­lu­tions et une sé­cu­ri­sa­tion à ou­trance. Et c’est vrai qu’au ni­veau de L’OT, même si on est connec­té aux mêmes sys­tèmes et aux mêmes ré­seaux que ceux de L’IT, on a un ni­veau de sé­cu­ri­té très li­mi­té qui est lié au parc d’équi­pe­ments et d’usines par­fois vieillis­sant. On a donc po­ten­tiel­le­ment les mêmes risques que sur n’im­porte quel PC et on peut ima­gi­ner que dans la ma­jo­ri­té des PME et PMI, voire même dans cer­tains grands groupes, on n’a pas de so­lu­tion de cy­ber­sé­cu­ri­té sur L’OT. Bien évi­dem­ment, il y a une prise de conscience car il ne se passe presque pas une jour­née sans que les mé­dias se fassent l’écho d’une cy­be­rat­taque sur un site in­dus­triel ou une en­tre­prise –et sans ver­ser dans la théo­rie du com­plot, on ne nous dit peut-être pas tout. Mais cette prise de conscience n’est sans doute pas en­core suf­fi­sante par rap­port à ce qu’elle de­vrait être. Car, dans le do­maine de L’IT, quand il y a une cy­be­rat­taque, il y a des consé­quences éco­no­miques im­por­tantes, voire ca­tas­tro­phiques, pour une en­tre­prise. Mais, dans le do­maine de L’OT, les consé­quences d’une cy­be­rat­taque sur un site in­dus­triel peuvent de­ve­nir dé­sas­treuses car il y a non seule­ment un risque éco­no­mique, mais aus­si et sur­tout hu­main. Je parle de risques pour les sa­la­riés qui tra­vaillent sur le site vi­sé, mais aus­si au ni­veau de la po­pu­la­tion. Sans être an­xio­gène, ima­gi­nez les consé­quences po­ten­tielles d’une cy­be­rat­taque sur une raf­fi­ne­rie ou une cen­trale nu­cléaire. Donc, la prise de conscience, c’est bien, mais

Au­tant le monde de L’IT est ma­ture en termes de cy­ber­sé­cu­ri­té, au­tant ce­lui de L’OT ne l’est pas en­core. Il faut donc mon­ter ra­pi­de­ment en com­pé­tences dans ces do­maines-là car, même s’il y a une prise de conscience, le risque est

l’in­dus­trie. ” en­core sous-es­ti­mé dans Sté­phane Potier, B&R (groupe ABB)

il faut que les actes suivent et que le ni­veau de ma­tu­ri­té de L’OT sur ces su­jets, qui est en­core un peu faible au­jourd’hui, pro­gresse ra­pi­de­ment. La bonne nou­velle, c’est qu’il existe des so­lu­tions. Et tous au­tant que nous sommes ici, en tant qu’ac­teurs de l’in­dus­trie du fu­tur, nous pro­po­sons des so­lu­tions pour sé­cu­ri­ser non seule­ment le pro­duit lui-même, mais éga­le­ment l’ar­chi­tec­ture du sys­tème. Sans ou­blier qu’avec la conver­gence de L’IT et de L’OT, il faut ab­so­lu­ment sé­cu­ri­ser la fron­tière entre les deux éga­le­ment. Pas­cal Lau­rin. Il faut faire peur pour qu’il y ait une prise de conscience, mais sans en faire trop pour évi­ter que les di­ri­geants de so­cié­tés in­dus­trielles ne se dé­tournent de l’in­dus­trie du fu­tur. Car le risque se­rait alors que l’en­tre­prise ne soit plus as­sez pro­duc­tive par rap­port à la concur­rence et fi­nisse par dis­pa­raître au bout de quelques an­nées. L’in­dus­trie doit donc im­pé­ra­ti­ve­ment se tour­ner vers l’in­dus­trie du fu­tur tout en s’ar­mant pour faire face à ces pro­blèmes de cy­ber­sé­cu­ri­té, par exemple en for­mant une per­sonne dé­jà en place dans l’en­tre­prise ou en fai­sant ap­pel à une per­sonne ex­té­rieure dé­jà for­mée à ces nou­velles com­pé­tences pour prendre en compte ce nou­veau dan­ger, au même titre qu’un dan­ger plus tra­di­tion­nel comme le risque in­cen­die ou tout autre risque ren­con­tré dans les ac­ti­vi­tés in­dus­trielles. Comme ce­la a dé­jà été dit ici, au ni­veau des construc­teurs, nous pro­po­sons dé­jà des so­lu­tions pour ai­der les in­dus­triels à se pré­mu­nir de ces risques, in­dus­triels qui peuvent aus­si se faire ac­com­pa­gner dans cette dé­marche par des or­ga­nismes re­con­nus et qui ont de fortes com­pé­tences en ma­tière de cy­ber­sé­cu­ri­té. J’ajou­te­rais que dans les cas de cy­be­rat­taques en­vers des sites in­dus­triels, on constate que la faille vient sou­vent de la bu­reau­tique. Chez Bosch, nous avons pris le par­ti de n’éta­blir au­cune connexion entre la par­tie bu­reau­tique et la par­tie pro­duc­tion, ce qui per­met aus­si de li­mi­ter les risques de ma­nière ef­fi­cace. Alain Gref­fier. Il faut dé­cloi­son­ner le monde de L’IT et L’OT. Si on prend des cas pu­blics au ni­veau de la par­tie cy­ber­sé­cu­ri­té, tels que l’usine Re­nault Cléon ou Saint-go­bain, ce­la a coû­té une for­tune. Et c’est là qu’ils se sont ren­du compte qu’il y avait des choses à re­gar­der dans le pro­ces­sus in­dus­triel. Main­te­nant, ef­fec­ti­ve­ment, il faut dé­pas­ser le ma­na­ge­ment par la peur. Et dans cet uni­vers-là, le con­seil, c’est 70% de la pro­blé­ma­tique. Il y a beau­coup d’in­dus­triels qui ne savent pas comment fonc­tionne vé­ri­ta­ble­ment leur ou­til in­dus­triel. Donc la pre­mière des prio­ri­tés, c’est d’avoir une car­to­gra­phie de son ou­til pour sa­voir comment il fonc­tionne en termes de ré­seaux, mais aus­si en termes de flux car il y a des flux plus im­por­tants à cer­tains en­droits qu’à d’autres. tout cy­ber­sé­cu­ri­ser n’est pas la so­lu­tion. L’in­dus­triel doit faire l’ana­lyse de ce qui est cri­tique pour lui. Car le tout cy­ber, ça ne marche pas. Et en plus, ce­la a une pé­ren­ni­té de 18 mois, au mieux 24 mois. Mais il faut in­té­grer la culture de la cy­ber­sé­cu­ri­té dans l’en­tre­prise et ame­ner cette no­tion de con­seil. Il existe des or­ga­nismes qui font ce­la très bien, comme l’ans­si [Agence na­tio­nale de la sé­cu­ri­té des sys­tèmes d’in­for­ma­tion, ndlr] et sa loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire qui ne s’ap­plique pas qu’aux OIV [Opé­ra­teurs d’im­por­tance vi­tale, ndlr] puis­qu’elle peut aus­si s’ap­pli­quer à des so­cié­tés pri­vées qui ont be­soin d’avoir cette connais­sance-là. Il faut es­sai­mer toutes ces connais­sances dans toutes les en­tre­prises. C’est vrai­ment un pro­blème de com­pé­tences. Et nous avons tous ici, en tant que four­nis­seurs, des so­lu­tions avec des pro­duits, des ré­seaux, des ou­tils de sau­ve­garde, etc. Mais quand on parle des don­nées, on re­vient à des pro­blé­ma­tiques telles que: qui est pro­prié­taire de ces don­nées ? Met-on les don­nées dans le cloud ou sur un ré­seau in­terne à proxi­mi­té de l’usine? Dois-je faire de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle ? Etc. Ces ques­tions vont prendre de l’am­pleur. Mais les nou­veaux ar­ri­vants de L’IT et de L’OT sont beau­coup moins cloi­son­nés qu’au­pa­ra­vant et ils ont des nou­velles idées. Dans l’in­dus­trie, il faut que les an­ciens forment les nou­veaux sur leurs connais­sances et que les nou­veaux ex­pliquent aux an­ciens que les choses doivent évo­luer. Donc, on a vrai­ment une conver­gence des deux mé­tiers de plus en plus au ni­veau des jeunes, même si on a be­soin de plus de for­ma­tions et de res­sources dans ce do­maine. Mais, glo­ba­le­ment, ce­la se passe as­sez bien et je pense que d’ici 5 à 10 ans, la cy­ber­sé­cu­ri­té fe­ra par­tie des moeurs de l’in­dus­trie. On ne se po­se­ra plus la ques­tion de sa­voir ce que l’on fait ou ce que l’on ne fait pas. Ce­la fe­ra par­tie des tâches nor­males qui se­ront in­té­grées dans le tra­vail des concep­teurs d’ar­chi­tec­tures. Mais, pour l’ins­tant, on n’en est pas là.

Me­sures. Qui pour gé­rer ces pro­blèmes de cy­ber­sé­cu­ri­té au sein des usines? Sté­phane Potier. La cy­ber­sé­cu­ri­té, ça vient de L’IT à la base. C’est là que les pre­miers risques ont été iden­ti­fiés. Donc au­jourd’hui, on a des postes de RSSI [res­pon­sable de la sé­cu­ri­té des sys­tèmes d’in­for­ma­tion, ndlr]. Mais sur L’OT, sur un sys­tème de pro­duc­tion, quid d’un RSSP, d’un res­pon­sable de la sé­cu­ri­té des sys­tèmes de pro­duc­tion ? C’est une ques­tion au­jourd’hui qui n’est pas for­cé­ment une bonne ques­tion parce que, du coup, dans chaque usine, ce­la vou­drait dire qu’il y au­rait une par­tie IT et une par­tie OT. Et s’il y a un res­pon­sable pour chaque par­tie, les

L’in­dus­trie doit im­pé­ra­ti­ve­ment se tour­ner vers l’in­dus­trie du fu­tur tout en s’ar­mant pour faire face aux pro­blèmes de cy­ber­sé­cu­ri­té, par exemple en for­mant une per­sonne dé­jà en place dans l’en­tre­prise ou en fai­sant ap­pel à une per­sonne

for­mée.” ex­té­rieure dé­jà Pas­cal Lau­rin, Bosch

deux pour­raient po­ten­tiel­le­ment se ren­voyer les res­pon­sa­bi­li­tés. Cette so­lu­tion n’est donc pas for­cé­ment in­té­res­sante. Mais d’un autre cô­té, on peut se po­ser la ques­tion de sa­voir si un seul et même res­pon­sable peut avoir à la fois des com­pé­tences dans le do­maine du pro­cess et dans les tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion. Les gens de L’IT ont gé­né­ra­le­ment peu de com­pé­tences en OT, et in­ver­se­ment. Donc là, il y a vrai­ment une ques­tion à se po­ser par rap­port à l’or­ga­ni­sa­tion des usines, afin de sa­voir qui est le mieux pla­cé dans l’en­tre­prise, iden­ti­fier la bonne per­sonne, pour avoir la cas­quette de res­pon­sable de la cy­ber­sé­cu­ri­té de l’usine ou du site, et ce n’est pas for­cé­ment quel­qu’un de L’IT. Compte te­nu de ce pro­fil, force est de consta­ter que l’on a vrai­ment des dif­fi­cul­tés à trou­ver des per­sonnes qui ont la double com­pé­tence. C’est vrai­ment l’un des gros challenges de l’in­dus­trie du fu­tur car il faut avoir les com­pé­tences en cy­ber­sé­cu­ri­té, en big da­ta, en au­to­ma­tisme, en ges­tion de cycle de vie des pro­duits, en mo­tion con­trol, etc. Ce large éven­tail de com­pé­tences est ex­trê­me­ment dif­fi­cile à trou­ver au sein d’une même per­sonne. Par ailleurs, il faut vrai­ment que les four­nis­seurs de so­lu­tions d’au­to­ma­tismes et d’in­for­ma­tique in­dus­trielle soient très prag­ma­tiques dans la concep­tion et l’uti­li­sa­tion de leurs pro­duits de sorte qu’ils soient les plus simples pos­sible pour l’uti­li­sa­teur, et que la per- sonne puisse mettre en place un plan de sé­cu­ri­sa­tion de son ins­tal­la­tion de ma­nière re­la­ti­ve­ment ai­sée. Alain Gref­fier. Dans le do­maine du nu­mé­rique, il existe tel­le­ment de com­pé­tences, tel­le­ment de mé­tiers dif­fé­rents, tel­le­ment de tech­no­lo­gies, que ce­la nous force à tra­vailler avec des éco­sys­tèmes. Car per­sonne n’est dé­ten­teur de 100% de la so­lu­tion qui per­met­tra de ré­pondre aux be­soins des in­dus­triels. Donc, il faut cher­cher des par­te­na­riats avec des so­cié­tés dans le do­maine de la cy­ber­sé­cu­ri­té, de l’in­té­gra­tion de ré­seaux, etc. Un Sie­mens opé­rant seul n’ar­ri­ve­ra pas à ré­pondre à 100% des be­soins. En re­vanche, nous re­gar­dons les éco­sys­tèmes per­ti­nents pour al­ler au plus près des be­soins du client. C’est ce qui change fon­da­men­ta­le­ment avec le nu­mé­rique : les in­dus­triels doivent com­po­ser avec un ré­seau de par­te­naires pour trou­ver les com­pé­tences et tra­vailler et in­no­ver en groupe. For­mer en in­terne des gens qui cu­mu­le­raient toutes ces com­pé­tences est un énorme dé­fi qui pren­drait des an­nées. Il faut donc fonc­tion­ner dif­fé­rem­ment et on re­vient, du coup, sur l’hu­main, sur la ma­nière dont on or­ga­nise l’en­tre­prise de de­main par rap­port au mode de struc­ture des an­nées 1990, tou­jours en vi­gueur au­jourd’hui. C’est là le rôle des di­ri­geants d’en­tre­prises in­dus­trielles de re­pen­ser leur or­ga­ni­sa­tion. Marc Fro­ma­ger. On voit bien ici que

D’ici 5 à 10 ans, la cy­ber­sé­cu­ri­té fe­ra par­tie des moeurs de l’in­dus­trie. On ne se po­se­ra plus la ques­tion de sa­voir ce que l’on fait ou ce que l’on ne fait pas. Ça fe­ra par­tie des tâches nor­males des concep­teurs d’ar­chi­te­cin­dus­trielles.” tures Alain Gref­fier, Sie­mens

tout ce­la prend du temps. C’est pour­quoi on peut par­ler dans ce cas d’une ré­vo­lu­tion in­dus­trielle. Ce n’est certes pas aus­si mar­qué que la ré­vo­lu­tion mé­ca­nique ou l’au­to­ma­ti­sa­tion, mais c’est bien d’une ré­vo­lu­tion dont il s’agit –le mot n’est pas gal­vau­dé ici– car on change le mode d’uti­li­sa­tion des sys­tèmes in­dus­triels.

Me­sures. Par­lons de la place de l’hu­main dans l’in­dus­trie du fu­tur. Comme pour la troi­sième ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, celle de l’au­to­ma­ti­sa­tion et de la ro­bo­ti­sa­tion, cer­tains émettent des craintes pour l’em­ploi avec l’avè­ne­ment de l’in­dus­trie du fu­tur. D’autres en re­vanche es­timent que cette 4e ré­vo­lu­tion in­dus­trielle peut gé­né­rer de nou­veaux mé­tiers et in­té­res­ser à nou­veau les jeunes aux mé­tiers de l’in­dus­trie pour, à terme, créer de l’em­ploi. Où pla­cer le cur­seur? Pas­cal Lau­rin. En fait, je pense que la ques­tion ne se pose pas vrai­ment en ces termes car une en­tre­prise qui n’adop­te­ra pas une dé­marche vers l’in­dus­trie du fu­tur pren­dra de toutes fa­çons le risque d’être moins com­pé­ti­tive et donc fi­ni­ra par dis­pa­raître, avec la perte d’em­plois qui en dé­cou­le­ra. Au dé­but du XXE siècle, le mé­tier de co­cher a dis­pa­ru avec l’avè­ne­ment de l’au­to­mo­bile, et les co­chers ont dû se reconvertir en conduc­teurs de taxi, ou ont exer­cé d’autres mé­tiers. L’époque évo­lue, les mé­tiers évo­luent. En France, le pas­sage à la ro­bo­ti­sa­tion a été ra­té en grande par­tie, donc il ne faut sur­tout pas ré­ité­rer cette er­reur et se lais­ser ga­gner par cette crainte de la tech­no­lo­gie qui tue l’em­ploi, comme la ro­bo­ti­sa­tion était cen­sée tuer l’em­ploi. Avec la 4e ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, celle de l’uti­li­sa­tion du nu­mé­rique dans l’usine, c’est même pro­ba­ble­ment l’in­verse qui va se pas­ser car c’est l’homme, l’opé­ra­teur, qui va re­prendre la main sur la ma­chine avec la co­bo­tique, avec les postes de tra­vail in­tel­li­gents, avec les mé­thodes de pro­duc­tion mul­ti­pro­duits, etc. De toutes fa­çons, c’est iné­luc­table : les mé­tiers chan­ge­ront, comme ils ont chan­gé par le pas­sé avec le pro­grès tech­no­lo­gique. Bien sûr, il faut qu’il y ait un ac­com­pa­gne­ment au ni­veau des col­la­bo­ra­teurs en place dans les en­tre­prises pour qu’ils s’adaptent à ces chan­ge­ments. C’est un gros chal­lenge pour l’en­tre­prise car quand l’ef­fec­tif vieillit, il faut em­bau- cher des jeunes pour ai­der les plus an­ciens à pas­ser le cap du nu­mé­rique. L’autre chal­lenge, c’est éga­le­ment d’at­ti­rer les jeunes vers l’in­dus­trie car ils se sont désen­ga­gés de l’in­dus­trie de­puis des an­nées pour s’orien­ter vers d’autres mé­tiers qui leur sem­blaient plus at­trac­tifs comme la fi­nance ou autre. Mais on est ac­tuel­le­ment en bonne voie pour ré­in­té­res­ser les jeunes aux mé­tiers de l’in­dus­trie, grâce à l’ana­lyse de don­nées, no­tam­ment. Marc Fro­ma­ger. Ça fait par­tie du mes­sage que l’on sou­haite faire pas­ser, no­tam­ment en France: rendre at­trac­tif le monde in­dus­triel pour les étu­diants qui ne sont pas for­cé­ment at­ti­rés au- jourd’hui par ce monde-là. La vé­ri­té, c’est qu’on est loin au­jourd’hui de l’image d’epinal de l’in­dus­trie que cer­tains ont en­core en tête, comme dans Les Temps mo­dernes de Cha­plin ou dans les ro­mans de Zo­la. Au­jourd’hui, l’in­dus­trie est mo­derne et uti­lise des ou­tils qui sont très dif­fé­rents d’au­pa­ra­vant. Les ta­blettes tac­tiles et smart­phones, de même que les so­lu­tions de réa­li­té aug­men­tée, voire de réa­li­té vir­tuelle, sont d’ores et dé­jà par­tie in­té­grante de l’in­dus­trie. Ce­la donne un nou­veau vi­sage à l’in­dus­trie, à même de sé­duire da­van­tage de jeunes qu’au­pa­ra­vant. En ce qui concerne la place de l’homme dans l’in­dus­trie du fu­tur, il y a un deuxième as­pect à consi­dé­rer. C’est la va­lo­ri­sa­tion du per­son­nel de l’en­tre­prise. Avec la 4e ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, les conduc­teurs de ma­chine de l’in­dus­trie ma­nu­fac­tu­rière vont de­ve­nir de vé­ri­tables tech­ni­ciens ca­pables d’uti­li­ser ces nou­veaux ou­tils, d’ana­ly­ser les don­nées qui se­ront ré­col­tées sur les ma­chines et de prendre des dé­ci­sions en fonc­tion de cette ana­lyse, dé­ci­sions dif­fé­rentes de celles prises par le pas­sé. Le sa­la­rié est ain­si va­lo­ri­sé et pla­cé au coeur du dis­po­si­tif car c’est lui qui, au fi­nal, prend la dé­ci­sion. Et ça, c’est quand même im­por­tant car l’homme est re­pla­cé au coeur de l’usine. Donc, il est cru­cial de faire mon­ter les sa­la­riés en com­pé­tences pour pou­voir ex­ploi­ter et uti­li­ser ces nou­veaux ou­tils, toutes ces don­nées, et rendre l’en­semble du tis­su in­dus­triel plus at­trac­tif pour les jeunes qui sortent des écoles pour faire en sorte que l’in­dus­trie soit à nou­veau quelque chose qui les fait rê­ver. Alain Gref­fier. La mau­vaise image de l’in­dus­trie, je pense qu’elle fait dé­sor­mais par­tie du pas­sé. Par ailleurs, pen­dant des an­nées, la part de l’in­dus­trie dans le PIB de la France n’a ces­sé de chu­ter. Au­jourd’hui, la bonne nou­velle est que cette part s’est sta­bi­li­sée ces trois der­nières an­nées –et ce­la pour la pre­mière fois de­puis bien long­temps – au­tour de 12 ou 13 %. L’autre bonne nou­velle, c’est que cer­taines en­quêtes qui sont pa­rues ré­cem­ment dans la presse ré­vèlent que dans la liste des mé­tiers ame­nés à dis­pa­raître dans les

En plus de ré­in­té­res­ser les jeunes aux mé­tiers in­dus­triels, l’in­dus­trie du fu­tur per­met­tra aus­si de va­lo­ri­ser le sa­la­rié qui se­ra pla­cé au coeur du dis­po­si­tif. Le conduc­teur de ma­chine de­vien­dra un vé­ri­table tech­ni­cien ca­pable de prendre dé­ci­sions.” des Marc Fro­ma­ger, Schnei­der Elec­tric

pro­chaines an­nées, rares sont les mé­tiers de l’in­dus­trie. Les mé­tiers les plus en pé­ril sont sur­tout ceux liés aux ser­vices, no­tam­ment tout ce qui touche le tran­sac­tion­nel qui n’au­ra plus be­soin d’in­ter­face hu­maine, comme par exemple dans les do­maines du ban­caire à cause des tran­sac­tions par In­ter­net, ou de la comp­ta­bi­li­té car de plus en plus d’opé­ra­tions sont au­to­ma­ti­sées. Même au ni­veau de la san­té, puisque la sé­cu­ri­té so­ciale va bien­tôt rem­bour­ser les consul­ta­tions des mé­de­cins par Skype, au même ni­veau qu’une consul­ta­tion phy­sique pour les pa­tients dans les cam­pagnes. Dans les in­dus­tries, on a un sa­voir-faire qui est certes en train de mi­grer – avec des mu­ta­tions qui s’opèrent – mais qui per­dure et va at­ti­rer à nou­veau les gens. Car, dans l’in­dus­trie, les moyens changent mais la dé­ci­sion, elle, reste hu­maine et elle le res­te­ra. Et l’autre bonne nou­velle est qu’il n’y a pas de dé­pré­cia­tion des sa­laires dans l’in­dus­trie. tout ce­ci est de na­ture à mo­ti­ver la jeu­nesse pour em­bras­ser des car­rières dans les mé­tiers de l’in­dus­trie. Les ac­tions des syn­di­cats pro­fes­sion­nels sur ce point com­mencent éga­le­ment à payer.

Me­sures. L’édu­ca­tion dans notre pays est-elle à la hau­teur des at­tentes des in­dus­triels, en par­ti­cu­lier dans cette pers­pec­tive de l’in­dus­trie du fu­tur ? Sté­phane Potier. L’édu­ca­tion en France est beau­coup ba­sée sur le fait d’ap­prendre à ap­prendre alors que dans d’autres pays, l’en­sei­gne­ment est beau­coup plus prag­ma­tique. Ce­la est sans doute un gros avan­tage pour ces pays car, en France, on n’est pas for­cé­ment opé­ra­tion­nel quand on sort de l’école. Mais je pense que l’édu­ca­tion fran­çaise est à la hau­teur des at­tentes de l’in­dus­trie, que ce soit au ni­veau des écoles d’in­gé­nieurs ou au ni­veau des autres for­ma­tions. Je crois no­tam­ment que notre mo­dèle édu­ca­tif est un gage de sé­cu­ri­té dans un monde à ve­nir qui s’an­nonce très évo­lu­tif. Il faut sa­voir que les étu­diants qui se­ront en ac­ti­vi­té dans les 10 pro­chaines an­nées tra­vaille­ront dans des mé­tiers qui n’existent pas en­core au­jourd’hui. Alain Gref­fier. Avec la 4e ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, ce qui change, c’est la vi­tesse d’exé­cu­tion: tout va ex­trê­me­ment vite. Donc, l’adop­tion des nou­velles tech­no­lo­gies se fait beau­coup plus fa­ci­le­ment dans les usines car elles sont ba­sées sur des ob­jets que l’on uti­lise tous les jours, comme des ta­blettes, des smart­phones, etc. Il faut sim­ple­ment que les re­la­tions entre les en­tre­prises et les écoles soient plus fortes pour ré­duire ce temps. Car si on laisse les pro­fes­seurs seuls dans leur coin, ils ne peuvent pas s’adap­ter fa­ci­le­ment et les étu­diants en pâ­tissent et ne sont pas com­plè­te­ment opé­ra­tion­nels. Nous, in­dus­triels, de­vons par consé­quent nous in­té­res­ser à l’édu­ca­tion pour être sûrs que ce que l’on nous don­ne­ra de­main en termes de com­pé­tences soit en ac­cord avec nos be­soins. Il s’agit donc d’un vrai tra­vail col­la­bo­ra­tif entre le monde de l’en­sei­gne­ment et ce­lui de l’in­dus­trie, parce que tout va très vite.

Un au­di­toire par­ti­cu­liè­re­ment at­ten­tif a as­sis­té à la table ronde or­ga­ni­sée par Me­sures le 11 sep­tembre der­nier à Pa­ris et in­ti­tu­lée « In­dus­trie du fu­tur : le­ver les der­niers doutes ».

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