Des de­mandes de ser­vices sur­tout pour les dé­bit­mètres

Mesures - - Solutions - Cé­dric Lar­dière

Si les ser­vices (mise en ser­vice, main­te­nance, éta­lon­nage, for­ma­tion) sont dis­po­nibles pour toute l’ins­tru­men­ta­tion de pro­cess, on constate tou­te­fois quelques dif­fé­rences se­lon le type d’ap­pa­reils de ter­rain. « Pour les cap­teurs clas­siques et ba­siques (pour la tem­pé­ra­ture ou la pres­sion, par exemple), il est rare qu’un client fi­nal de­mande une mise en ser­vice. C’est lui-même, ou son in­té­gra­teur, qui ar­ri­ve­ra à le faire. D’au­tant que, les cap­teurs étant sur éta­gère, il pour­ra uti­li­ser des mo­dèles de dif­fé­rents fa­bri­cants », constate Fa­brice Mar­tin, res­pon­sable des opé­ra­tions et du trai­te­ment des com­mandes chez Yo­ko­ga­wa France. « Nous avons fait un gros ef­fort sur la per­son­na­li­sa­tion de confi­gu­ra­tion des trans­met­teurs, ce qui leur per­met d’ar­ri­ver prêt à l’em­ploi chez le client », ajoute Chris­tian Knecht, res­pon­sable mar­ke­ting In­dus­tries chez En­dress+hau­ser France. Pa­trick Bret, res­pon­sable Ser­vices chez Krohne France, confirme les pro­pos de Fa­brice Mar­tin, en ajou­tant que « s’il peut exis­ter une de­mande de mise en ser­vice pour les so­lu­tions d’ana­lyse de chlore libre ou de ma­tières en sus­pen­sion (MES), ce sont les points de me­sure plus com­plexes (dé­bit­mètres, trans­met­teurs de ni­veau ra­dar,sonde de tem­pé­ra­ture dans un doigt de gant, etc.) qui re­quièrent une as­sis­tance ». Ou en­core avec une me­sure de ΔP, de ph avec une élec­trode spé­ci­fique, avec un chro­ma­to­graphe en phase ga­zeuse ou sur des ap­pli­ca­tions par­ti­cu­lières. Comme le pré­cise Chris­tophe Bon­ne­foi, chef de pro­duits Dé­bit­mé­trie et Sales Spe­cia­list chez Sie­mens France, « la plus forte de­mande [re­la­tive] de ser­vices pour les dé­bit­mètres s’ex­plique par des ap­pli­ca­tions bien plus de ré­gle­men­tées, à l’ins­tar des tran­sac­tions com­mer­ciales ». Il y a par ailleurs un autre fac­teur qui entre en ligne de compte dans le choix d’une mise en ser­vice, ou non. « Ra­me­ner à la va­leur mar­chande d’un trans­met­teur (de l’ordre de 1 000 eu­ros), on ne peut pas dé­pê­cher un tech­ni­cien sur place, et les uti­li­sa­teurs veulent du Plug & Play. En ana­lyse li­quide et gaz, le prix des sys­tèmes est plus éle­vé, il y a en­core moins de per­son­nels ex­perts chez les clients et ces der­niers, qui ne veulent pas prendre de risques, font ap­pel au construc­teur », ex­plique Chris­tian Moi­son, di­rec­teur des opé­ra­tions au sein de la LBU Mea­su­re­ment & Ana­ly­tics D’ABB France.

Chris­tian Knecht (En­dress+hau­ser France). Ce type de so­lu­tions, que pro­posent éga­le­ment les al­le­mands Sie­mens (Si­trans F M Ve­ri­fi­ca­tor) et Ve­ga, pré­sente un autre avan­tage, à sa­voir de ne pas en­trer dans le ré­seau de l’en­tre­prise. L’uti­li­sa­tion des smart­phones et des ta­blettes nu­mé­riques par les opé­ra­teurs et les tech­ni­ciens de main­te­nance n’a pu se faire que parce que les dé­bit­mètres, les chro­ma­to­graphes et autres ins­tru­ments de ter­rain ont bé­né­fi­cié des tech­no­lo­gies telles que le Blue­tooth (pla­te­forme plics de Ve­ga as­so­ciée à une ap­pli­ca­tion An­droid ou IOS, par exemple) ou le diag­nos­tic avan­cé em­bar­qué (comme le Heart­beat d’en­dress+hau­ser). « Nos ap­pa­reils in­tègrent dé­sor­mais aus­si des ser­veurs dis­tants, pour ac­cé­der, à dis­tance ou en lo­cal via une ta­blette, aux pre­mières in­for­ma­tions de mise en place ou de dé­pan­nage », pour­suit Chris­tophe Bon­ne­foi (Sie­mens France). Cette ten­dance re­joint celle, plus gé­né­rale, de la nu­mé­ri­sa­tion des ré­seaux et des usines. Au-de­là des cap­teurs et des trans­met­teurs, des construc­teurs tra­vaillent sur le dé­ve­lop­pe­ment d’une in­tel­li­gence à ajou­ter à un ni­veau plus éle­vé. « C’est en fait in­té­grer l’ex­per­tise des tech­ni­ciens et des tech­no­lo­gies dans des lo­gi­ciels. L’in­tel­li­gence a pour fonc­tion de ré­cu­pé­rer les don­nées per­met­tant d’iden­ti­fier un pro­blème. Ce­la existe dé­jà en ana­lyse, comme avec le sys­tème de sui­vi des émis­sions en conti­nu (CEMS) ACF5000, pour les clients ayant des contraintes ré­gle­men­taires », ex­plique Chris­tian Moi­son (ABB France). L’ajout d’in­tel­li­gence per­met d’ame­ner de la va­leur ajou­tée sup­plé­men­taire aux in­dus­triels. « Nous sommes ain­si ca­pables d’ap­por­ter une ana­lyse des ré­sul­tats à par­tir des éta­lon­nages et de conseiller le client sur ses in­ter­valles d’éta­lon­nage », in­dique Chris­tian Knecht (En­dress+hau­ser France).

Une mu­ta­tion des mé­tiers liés aux ser­vices

Le groupe hel­vé­ti­co-sué­dois ABB a d’ailleurs dé­ve­lop­pé le lo­gi­ciel FIM ( Field In­for­ma­tion Ma­na­ger), qui est pré­sen­té comme le pre­mier ou­til ba­sé sur la tech­no­lo­gie FDI ( Field De­vice In­te­gra­tion ; voir Me­sures n°859) pour la ges­tion des ins­tru­ments de ter­rain. « Pour la mise en ser­vice, les tech­ni­ciens peuvent pré­pa­rer tous les équi­pe­ments à ins­tal­ler, puis té­lé­char­ger les confi­gu­ra­tions une fois sur site. Le gain de temps est im­pres­sion­nant. La col­lecte des don­nées, elle, se fait soit par un ron­dier équi­pé d’un PC, soit via un ré­seau propre à la main­te­nance et as­so­cié à un cloud pro­prié­taire ou en ser­vice de par­tage. Les uti­li­sa­teurs peuvent en­suite réa­li­ser des ana­lyses et ac­tions, gé­né­rer au­to­ma­ti­que­ment des rap­ports en cours d’ex­ploi­ta­tion », dé­crit Chris­tian Moi­son. Du cô­té de Ve­ga, le construc­teur pro­pose l’es­pace client My­ve­ga. « Une fois iden­ti­fié, le client y re­trouve le sui­vi de ses com­mandes et des li­vrai­sons, il peut voir une confi­gu­ra­tion, avec ta­rif, ou gé­né­rer une offre de prix, se­lon les droits uti­li­sa­teurs. D’autres opé­ra­tions se­ront pro­chai­ne­ment dis­po­nibles, comme la confi­gu­ra­tion des cap­teurs sau­ve­gar­dée », dé­crit Chris­tian Wend­ling (Ve­ga Tech­nique). Toutes ces évo­lu­tions vont contri­buer à la mu­ta­tion des mé­tiers liés aux ser­vices. Du cô­té des construc­teurs, d’abord : « Nous avons ren­for­cé nos ser­vices conven­tion­nels, dé­ve­lop­pé de nou­veaux ser­vices au-de­là du contrôle-com­mande (pur­geurs va­peurs, dé­tec­tion de cor­ro­sion des tuyaux, fuite de li­quide ou de gaz) et, sur­tout, nous avons créé des pôles in­ter­dis­ci­pli­naires, pour ré­pondre à l’évo­lu­tion des tech­no­lo­gies et pour­suivre vers en­core plus de mo­bi­li­té et de ser­vices connec­tés. Et tout ce­la dans une dé­marche glo­bale de groupe, sou­te­nu par notre R&D, et bâ­ti au­tour de notre éco­sys- tème nu­mé­rique Plant­web », ex­plique Jé­rôme Des­mou­lières (Emer­son Au­to­ma­tion So­lu­tions France). Et du cô­té des in­dus­triels, aus­si: « Dans un ave­nir plus ou moins proche, avec les nou­velles tech­no­lo­gies, la mi­nia­tu­ri­sa­tion des cap­teurs, les ob­jets connec­tés in­dus­triels (IIOT), les cap­teurs de­man­de­ront di­rec­te­ment au tech­ni­cien de ve­nir. Ce­la fe­ra ap­pel à d’autres com­pé­tences. Les en­tre­prises, les éta­blis­se­ments for­mant aux BTS CIRA et aux DUT Me­sures phy­siques, ain­si que nous-mêmes de­vront nous adap­ter », ren­ché­rit Fa­brice Mar­tin (Yo­ko­ga­wa France). « Pour bien dé­cryp­ter les ten­dances, les tech­no­lo­gies évo­luant de plus en plus ra­pi­de­ment, pour bien éva­luer les be­soins des clients, la clé du suc­cès est de s’adap­ter en per­ma­nence et d’être créa­tif pour pro­po­ser les meilleurs ser­vices », conclut Jé­rôme Des­mou­lières (Emer­son Au­to­ma­tion So­lu­tions France).

L’uti­li­sa­tion des smart­phones et des ta­blettes nu­mé­riques n’a pu se faire que parce que les ins­tru­ments de ter­rain ont bé­né­fi­cié de ser­veurs dis­tants em­bar­qués.

Le mar­ché doit s’orien­ter vers plus de connexions entre le client fi­nal et le construc­teur aux moyens des nou­velles tech­no­lo­gies.

Dans un ave­nir plus ou moins proche, les cap­teurs de­man­de­ront di­rec­te­ment au tech­ni­cien de ve­nir. Ce­la fe­ra ap­pel à d’autres com­pé­tences.

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