Mi­li­taire : es­ca­lade dans le Golfe Per­sique (2)

Micro Simulateur - - SOMMAIRE - par Em­ma­nuel Blanc hard

Quand une dis­pute ter­ri­to­riale dé­gé­nère en conflit ou­vert, les grandes puis­sances cherchent à pro­té­ger leurs in­té­rêts. La re­prise des îles du golfe Per­sique par l’Iran pro­voque une es­ca­lade qui va im­pli­quer d’autres bel­li­gé­rants…

Pe­tit rap­pel des faits : en juin 202X, une coa­li­tion me­née par les Émi­rats Arabes Unis et le Sul­ta­nat d’Oman, sou­te­nue par l’Ara­bie Saou­dite, s’em­pare sans pré­ve­nir de quatre îles ap­par­te­nant à l’Iran dans l’ob­jec­tif d’étendre les eaux ter­ri­to­riales (et pro­fi­ter des gi­se­ments pé­tro­li­fères sous-ma­rins). Dans les pre­mières soixan­te­douze heures, l’of­fen­sive éclair est vic­to­rieuse : les Émi­rats par­viennent à sup­pri­mer les (faibles) dé­fenses lo­cales, dé­bar­quer des troupes d’oc­cu­pa­tion sur les quatre pe­tits mor­ceaux de terre (Grande et Pe­tite Tunb, Abu Mu­sa et Sir­ri), y ins­tal­ler des bat­te­ries de mis­siles an­ti­aé­riens et quelques vé­hi­cules de sup­port. Il ne reste plus qu’à at­tendre que l ’Iran, em­pê­tré dans des sou­cis po­li­tiques in­ternes, aban­donne la par­tie et cède les ter­rains. Une réunion de crise à l’ONU de­vrait per­mettre aux bel­li­gé­rants de s’as­seoir au­tour de la table et d’en­té­ri­ner une si­tua­tion plus fa­vo­rable aux Émi­rats qu’à l’Iran. Sauf que… Pi­quée au vif, la Ré­pu­blique Is­la­mique d’Iran dé­cide de ré­pli­quer vio­lem­ment, se­lon un plan écha­fau­dé dans l’ur­gence, sans at­tendre que les bu­reau­crates des Na­tions Unies prennent des dé­ci­sions. L’ac­tion est pré­vue pour le 4 j uin, es­sen­tiel­le­ment cen­trée au­tour de l’île de Grande Tunb, la plus au nord (et la plus proche de l’Iran). En moins de deux heures, trois vagues d’at­taque se suc­cèdent : la pre­mière porte sur des mis­sions SEAD qui dé­truisent les mis­siles Pa­triot ins­tal­lés sur les îles, de ma­nière à fa­ci­li­ter les frappes aé­riennes sui­vantes. Puis des mis­sions an­ti­pistes me­nées par des Su-24 opé­rant à basse al­ti­tude neu­tra­lisent les ins­tal­la­tions aé­ro­por­tuaires, ré­dui­sant à néant

les es­poirs des en­va­his­seurs de consti­tuer des bases avan­cées. Presque en même temps, des vols d’at­taque au sol sèment la ter­reur dans troupes dé­bar­quées. Les quelques vé­hi­cules de sup­port sont dé­truits, l’in­fan­te­rie dé­mo­ra­li­sée par le dé­luge de feu se cache où elle peut. Au cré­pus­cule du qua­trième jour, l’Iran peut re­prendre pied sur les îles - au moins sur Grande Tunb : les forces coa­li­sées ne pour­ront ré­agir qu’au pe­tit ma­tin sui­vant.

4juin: 18 h 30

Pour ce faire, l’Iran em­ploie des hé­li­co­ptères Mil Mi-8 au dé­part de Qeshm. L’ob­jec­tif est d’em­por­ter 18 hommes par ap­pa­reil et les dé­po­ser près du port de Grande Tunb à la nuit tom­bée. Certes 36 hommes, c’est mo­deste pour re­prendre une île, mais d’une part les troupes des Émi­rats ont été très se­couées par l’in­ten­si­té des bom­bar­de­ments pré­cé­dents, en­suite il s’agit sur­tout de sé­cu­ri­ser les quais du port jus­qu’au ma­tin, afin que des na­vires puissent dé­bar­quer du ma­té­riel plus lourd. Dé­jà sur le lit­to­ral des ve­dettes ac­cueillent à bord des troupes et vé­hi­cules ra­pa­triés de­puis tout le pays du­rant les trois der­niers jours.

Les deux voi­lures tour­nantes sont po­si­tion­nées mo­teurs tour­nants sur le par­king de Qeshm, avec pour ordre d’em­bar­quer et trans­por­ter deux groupes de 18 hommes. Les uni­tés d’in­fan­te­rie ont jus­te­ment pour ordre d’em­bar­quer dans les Mil ( fig. 1). Le plan de vol di­rect, en­vi­ron 30 mi­nutes de tra­jet, a pour ob­jec­tif de dé­bar­quer les hommes près du port ( fig. 2). Les hé­li­co­ptères pro­fitent des li­vrées ira­niennes ré­cem­ment in­té­grées à DCS World, et sont confi­gu­rés avec un mi­trailleur la­té­ral ( fig. 3). Les troupes em­barquent grâce au me­nu de com­mu­ni­ca­tion (op­tion Em­bark/nom de l’uni­té) et lorsque les portes d’ac­cès sont ou­vertes. Les ma­chines dé­collent à 18 h 40, cap sud-ouest sous 200 mètres d’al­ti­tude. Le so­leil dis­pa­raît der­rière les mon­tagnes d’Iran, la nuit tombe très vite. Les feux de na­vi­ga­tion sont cou­pés ( fig. 4) pour d’évi­dentes rai­sons de dis­cré­tion. On peut pen­ser que vo­ler au-des­sus du golfe est re­po­sant, en l’ab­sence de re­lief ou d’obs­tacle, mais l’obs­cu­ri­té rend les eaux très sombres et il est im­pos­sible de se re­pé­rer vi­suel­le­ment, les pi­lotes n’ont d’autre res­source que les ins­tru­ments pour res­ter au­tour de 200 mètres ( fig. 5).

Après 25 mi­nutes de vol, Grande Tunb se pro­file à l’ho­ri­zon. Les troupes d’oc­cu­pa­tion ont eu la bonne idée (ou mau­vaise, c’est se­lon !) de lais­ser les éclai­rages al­lu­més, ce qui fa­ci­lite la na­vi­ga­tion ! Les équi­pages peuvent pas­ser leurs lu­nettes de vi­sion noc­turne pour mieux ap­pré­hen­der les en­vi­rons ( fig. 6). Ceux qui ont pro­fi­té de cet équi­pe­ment sur des ap­pa­reils oc­ci­den­taux (Ga­zelle, AV-8B) risquent d’être dé­çus : les images sont grises, d’as­sez faible dé­fi­ni­tion, et em­pêchent de lire les ins­tru­ments. La sé­cu­ri­té élé­men­taire vou­drait que les Mil dé­posent les troupes le plus tôt pos­sible pour li­mi­ter les risques de tirs ve­nus du sol, mais

les équi­pages pré­fèrent ef­fec­tuer une passe ra­pide au­tour des bâ­ti­ments de l’aé­ro­port et ef­fec­tuer quelques tirs de sup­pres­sion grâce à la mi­trailleuse lourde la­té­rale - ça n’au­ra qu’un faible im­pact sur le nombre de sol­dats des Émi­rats qui ont sur­vé­cu aux at­taques aé­riennes, mais l’ef­fet psy­cho­lo­gique est tou­jours très ef­fi­cace ( fig. 7). Ef­fec­tuant un large de­mi-tour, les hé­li­co­ptères se posent à l’ex­tré­mi­té nord de la piste ( fig. 8) et dé­barquent leurs troupes. Puis ils re­partent vers Qeshm : au­cune perte, li­vrai­son ef­fec­tuée, mis­sion ac­com­plie !

5juin: Mi­rage contre MiG

Lorsque les frappes aé­riennes se sont dé­chaî­nées sur les îles, les états-ma­jors coa­li­sés ont com­pris leur er­reur. Ayant pé­ché par ex­cès de confiance et jouant trop la montre en mi­sant sur l’ONU, les en­va­his­seurs n’ont pas été en me­sure d’as­su­rer leurs nou­velles im­plan­ta­tions. Pire, l’apa­thie es­pé­rée des Ira­niens s’est ré­vé­lée être une co­lère de pays ba­foué et prêt à tout pour la­ver l’af­front. Dans l’ur­gence, et sans plan de dé­fense pré­éta­bli, la prin­ci­pale me­sure prise est d’ac­ti­ver des pa­trouilles de com­bat aé­rien au­tour des nou­veaux ter­ri­toires, afin de li­mi­ter le sup­port de l’IRIAF à ses troupes dé­jà sur place ou prête à dé­bar­quer. Pour ces mis­sions, les Émi­rats misent sur leurs Mi­rage 2000, in­ter­cep­teurs re­con­nus et re­dou­tés. Charge à eux de sé­cu­ri­ser le ciel et re­pé­rer toute in­cur­sion dans la zone de dis­pute ( fig. 9).

En face, les ve­dettes ira­niennes s’élancent avant même le le­ver du so­leil. Et les gé­né­raux de l’IRIAF sont bien conscients du risque des Mi­rage. Pour dé­fendre leur es­pace aé­rien et es­cor­ter leurs forces, ils n’ont pas beau­coup d’op­tions : les F-14 de l’époque du Shah manquent cruel­le­ment de pièces dé­ta­chées et d’ar­me­ments, ils sont can­ton­nés au rôle d’AWACS ; les MiG21 et F-5E ne font pas le poids face aux in­ter­cep­teurs fran­çais. Seule so­lu­tion : mettre en pre­mière ligne les MiG-29 ( fig. 10) ob­te­nus au­près de la Rus­sie après la dis­lo­ca­tion de l’URSS (ain­si que quelques exem­plaires ré­cu­pé­rés aux mains de pi­lotes ira­kiens ayant dé­ser­té la dic­ta­ture et la guerre ci­vile).

Au pe­tit ma­tin du 5 juin, la pa­trouille de Mi­rage re­père les échos de deux in­trus aux in­ten­tions clai­re­ment hos­tiles, si­gnal que la contre-of­fen­sive ira­nienne est en cours. De leur cô­té, les pi­lotes de MiG sont aler­tés des émis­sions ra­dar en­ne­mies sur leurs ré­cep­teurs de guerre élec­tro­nique. Ils comptent sur leurs mis­siles R27ET à la por­tée théo­ri­que­ment su­pé­rieure pour abattre les en­ne­mis à dis­tance de sé­cu­ri­té. Théo­ri­que­ment, car nous avons ef­fec­tué la même mis­sion à une di­zaine de re­prises, au­tant du cô­té ira­nien que des Émi­rats, et le ver­dict est sans ap­pel : les Mi­rages sortent vain­queurs ! Dès que les cibles sont re­pé­rées, les ad­ver­saires se font face ( fig. 11 et 12). Or les mis­siles Su­per 530D qui équipent les in­ter­cep­teurs fran­çais peuvent non seule­ment être ti­rés de plus loin (7 nm à en croire le ver­rouillage) que les R27ET Ala­mo des MiG, mais ils se ré­vèlent de sur-

croît plus ef­fi­caces et plus fiables. Les pauvres MiG-29 sont abat­tus avant même d’avoir en­tre­pris des ma­noeuvres éva­sives ( fig. 13), sans au­cune perte pour les pi­lotes des Émi­rats. Ceux­ci en pro­fitent pour ef­fec­tuer une passe de reconnaissance au­des­sus des na­vires de la Ré­pu­blique Is­la­mique, fa­ci­le­ment re­con­nais­sables à cause des longues traî­nées d’écume. Pour les pi­lotes, l’oc­ca­sion est trop belle : une passe d’at­taque au ca­non est im­pro­vi­sée ( fig. 14), elle ne per­met pas de cou­ler les em­bar­ca­tions mais ter­ro­rise les équi­pages et en­dom­mage la car­gai­son sur le pont.

Est-ce à dire que dans l’ab­so­lu les Mi­rage 2000C sont vrai­ment su­pé­rieurs aux MiG-29, alors que les deux ap­pa­reils ont tou­jours été consi­dé­rés comme des ad­ver­saires de même classe ? Le fait est que, quel que soit son ni­veau, le même pi­lote aux com­mandes du MiG échoue sys­té­ma­ti­que­ment, alors qu’au manche du Mi­rage il ac­cu­mule les suc­cès. En com­bat tour­noyant, la su­pé­rio­ri­té de l’un sur l’autre n’est pas dé­mon­trée, car dans ce conflit, ce­lui qui tire le pre­mier a l’avan­tage. Et de toute évi­dence, sans par­ve­nir à l’ef­fi­ca­ci­té du AIM-120 amé­ri­cain, le Su­per 530D dé­montre ses per­for­mances (tant que le ver­rouillage de la cible est main­te­nu, s’agis­sant d’un gui­dage ra­dar se­mi-ac­tif).

Les deux Mi­rage rentrent à la base d’Al Min­had, avec cha­cun une marque de vic­toire à ac­co­ler sur le flanc du fu­se­lage. Deux autres in­ter­cep­teurs ont dé­jà dé­col­lé pour as­su­rer la re­lève, alors que deux BAe Hawk ar­més de ro­quettes se pré­parent à at­ta­quer la flotte ira­nienne. Au nord du golfe Per­sique, les chefs de l’IRIAF doivent se rendre à l’évi­dence : ga­gner la su­pé­rio­ri­té aé­rienne dans la zone ne se fe­ra qu’en sur­pas­sant le nombre d’ap­pa­reils en­ne­mis. Les pa­trouilles sont re­vues en ur­gence, dé­sor­mais quatre ap­pa­reils en for­ma­tions ser­rées. Mais il est dé­jà trop tard pour le pre­mier convoi na­val à des­ti­na­tion de Grande Tunb, les ve­dettes et car­gos gisent sous la sur­face, seuls quelques ca­nots de sau­ve­tage té­moignent du pas­sage des Hawk (pro­té­gés par les Mi­rage). Plus au­cune ac­tion ne se­ra en­tre­prise de la jour­née, chaque camp pré­fé­rant le sta­tu quo. Du moins pour le mo­ment.

6juin: Oncle Sam s’en mêle

Il fal­lait s’y at­tendre : des troubles ris­quant de com­pro­mettre l’ap­pro­vi­sion­ne­ment mon­dial en pé­trole in­quiètent les puis­sances mon­diales, et par­ti­cu­liè­re­ment les États-Unis. Les pré­si­dents suc­ces­sifs n’ont rien chan­gé à la per­cep­tion de leur rôle de gen­darme du monde, ni à la dé­fiance vis-à-vis de l’Iran de­puis la ré­vo­lu­tion et une tris­te­ment cé­lèbre prise d’otages - un af­front tou­jours vi­vace même qua­rante ans après. Dans l’idée des di­ri­geants amé­ri­cains, une dé­mons­tra­tion de force dans la ré­gion de­vrait cal­mer les ar­deurs des uns et des autres, avec un sou­tien af­fi­ché sans com­plexe en­vers les Émi­rats et la coa­li­tion.

Dès le 3 juin, un dé­ta­che­ment de l’U.S. Na­vy quitte Die­go Gar­cia pour re­joindre les an­ciennes bases de la Cin­quième Flotte, aban­don­nées en 2020. Un na­vire d’as­saut am­phi­bie avec ses AV-8B et hé­li­co­ptères de com­bat est ac­com­pa­gné d’un

croi­seur AEGIS de classe Ti­con­de­ro­ga et deux fré­gates Oli­ver H. Per­ry ( fig. 15). Of­fi­ciel­le­ment la Task Force doit pa­trouiller dans les eaux dis­pu­tées et, sous man­dat de l’ONU, em­pê­cher toute ac­tion pen­dant que les bel­li­gé­rants cherchent une so­lu­tion di­plo­ma­tique. Of­fi­cieu­se­ment, tout ce qui peut em­bê­ter l’Iran est bon à prendre pour les États-Unis, et une confron­ta­tion di­recte pour­rait ne pas trop cha­gri­ner ni le Pen­ta­gone ni la Mai­son Blanche…

De son cô­té, l’Iran cherche à as­seoir son au­to­ri­té ba­fouée sur ses îles. Des dé­ta­che­ments mo­destes oc­cupent dé­sor­mais Grande et Pe­tite Tunb, mais ils ne ré­sis­te­raient pas à une opé­ra­tion de (ré)in­va­sion d’am­pleur. Sur­tout main­te­nant que les Mi­rage ont la maî­trise des cieux. Reste que du point de vue du droit in­ter­na­tio­nal, et mal­gré l’iso­le­ment di­plo­ma­tique, l’Iran reste le pays agres­sé et tient à im­po­ser ses règles sur son ter­ri­toire. Dès le 3 juin, au mo­ment où la Task Force quit­tait sa base de l’océan In­dien, le pou­voir de Té­hé­ran fai­sait sa­voir qu’il dé­cla­rait une zone d’ex­clu­sion to­tale. En clair, tout ce qui flotte ou vole et pé­nètre dans les eaux ter­ri­to­riales ira­niennes ou son es­pace aé­rien est sus­cep­tible d’être dé­truit sans som­ma­tion. Me­naces sé­rieuses d’es­ca­lade ou ro­do­mon­tades d’un État iso­lé ? Pour les États-Unis, la se­conde op­tion est pri­vi­lé­giée… Le 7 juin au ma­tin, le pe­tit groupe de quatre na­vires de guerre fran­chit le dé­troit d’Or­muz. La flotte passe alors en état d’alerte rouge et se montre prête à faire feu sur toute me­nace ( fig. 16). Et comme on au­rait pu s’y at­tendre, par in­cons­cience ou par pro­vo­ca­tion, elle frôle la zone d’ex­clu­sion et vient à na­vi­guer à l’in­té­rieur de l’es­pace res­treint. « Ils n’ose­ront ja­mais ! » dé­clare l’ami­ral. Évi­dem­ment la si­tua­tion n’échappe pas aux guet­teurs ira­niens pos­tés sur le lit­to­ral. Soit le pou­voir à Té­hé­ran laisse faire, et de ce fait en­té­rine sa sou­mis­sion, une po­si­tion in­te­nable pour un pays agres­sé ; ou bien les me­naces sont mises à exé­cu­tion, quelles que puissent être les consé­quences. À votre avis, quelle op­tion est pri­vi­lé­giée ?

7juin: sus à la Task Force

C’est ici qu’on triche un peu : l’Iran ne dis­pose pas au­jourd’hui (et pro­ba­ble­ment pas au mo­ment de ce conflit ima­gi­naire) d’ap­pa­reils aux ca­pa­ci­tés an­ti­na­vire - en­core moins d’une ma­rine mi­li­taire ca­pable de ri­va­li­ser avec l’U.S. Na­vy. Voi­là pour­quoi nous avons ima­gi­né que l’Iran avait ré­cu­pé­ré par des voies dé­tour­nées quelques exem­plaires dé­clas­sés du Saab AJS-37 Vig­gen (à moins qu’il s’agisse d’ap­pa­reils de nou­velle gé­né­ra­tion d’ori­gine chi­noise, une éven­tua­li­té qui n’a rien de fan­tai­siste). Ba­sés à Ban­dar Ab­bas, quatre de ces avions équi­pés de mis­siles RB04E (35 km de por­tée) et RB15F (70 km) ga­ran­tissent la sé­cu­ri­té et l’in­dé­pen­dance des eaux ira­niennes.

Néan­moins, avant de frap­per di­rec­te­ment, les chefs de l’IRIAF sou­haitent tes­ter les dé­fenses de la Task Force. Ils savent que le croi­seur et les fré­gates sont équi­pés de ra­dars de dé­tec­tion puis­sants et de mis­siles an­ti­aé­riens à longue por­tée - les SM2 ou RIM-66 qui frappent jus­qu’à plus de 60 km (même si la fiche tech­nique de l’en­cy­clo­pé­die de DCS World in­dique 35 km, elle se trompe !). Neu­tra­li­ser ces ra­dars ou du moins une par­tie par une frappe SEAD dé­mon­tre­rait la dé­ter­mi­na­tion de l’Iran et pour­rait obli­ger la Task Force à re­brous­ser che­min vers les eux in­ter­na­tio­nale. Une mis­sion est mon­tée ra­pi­de­ment, un Su25T cor­rec­te­ment équi­pé (deux Kh58U et deux Kh25U) dé­colle au pe­tit ma­tin de Ban­dar Len­geh à la re­cherche de la Task Force. Il évo­lue à très basse al­ti­tude pour ne pas être re­pé­ré, sous les 50 mètres. Son pi­lote a pour consigne de ne pas­ser au­cune com­mu­ni­ca­tion ra­dio pour des rai­sons de dis­cré­tion. Il doit s’ap­pro­cher au maxi­mum, ef­fec­tuer une res­source pour cap­ter les si­gnaux ra­dar, ti­rer ses mis­siles et plon­ger à nou­veau. Mal­heu­reu­se­ment pour lui, la por­tée des Kh58U est moindre

que celle des SM-2. Le Su-25T n’est ja­mais re­ve­nu à sa base, les ob­ser­va­teurs sur la côte ont juste si­gna­lé des tirs de mis­siles de­puis la flotte amé­ri­caine et un éclair dif­fus à l’ouest, sans per­tur­ber la route sui­vie par les bâ­ti­ments de l’U.S. Na­vy.

Dès lors, l’Iran n’a d’autre so­lu­tion que frap­per fort. Les quatre Vig­gen (ou as­si­mi­lés) dé­collent juste après l’aube, avec les re­dou­tables mis­siles RB15F sous les ailes ( fig. 17). Leur plan de vol part de Ban­dar Ab­bas, pour en­suite vo­ler très près du sol au nord de l’île de Qeshm ( fig. 18). De cette ma­nière, ils res­tent in­vi­sibles aux ra­dars de dé­fense des na­vires amé­ri­cains, jus­qu’à obli­quer plein sud par une ou­ver­ture entre deux collines ( fig. 19). Les RB15F sont confi­gu­rés en mode libre, sans dé­fi­ni­tion de che­min de vol pré­cis (voir MS 286). Ce­la peut sem­bler dom­mage de ne pas pro­fi­ter de cette pos­si­bi­li­té qui per­met­trait d’at­ta­quer de­puis plu­sieurs di­rec­tions dif­fé­rentes et ain­si sa­tu­rer les dé­fenses. Mais la pro­gram­ma­tion du tra­jet des mis­siles de­mande du temps et de la pré­ci­sion, et évo­luant à 700 km/h à 150 mètres du sol on ne peut y consa­crer trop d’at­ten­tion ; en­suite un tra­jet spé­ci­fique pour les mis­siles aug­mente la dis­tance à cou­vrir. Or la por­tée des RB15F étant proche de celle des SM-2, il faut ti­rer le plus tôt pour que les avions res­tent hors de por­tée.

Ayant dé­pas­sé Qeshm, les Vig­gen sont dé­tec­tés par les ra­dars de dé­fense, alors qu’ils sont à plus de 60 km de la flotte. Les aver­tis­seurs ra­dars se mettent à bi­per, puis hur­ler : les SAM en­ne­mis sont ver­rouillés. Les at­ta­quants ef­fec­tuent une ra­pide res­source pour mon­ter à plus de 500 mètres (l’al­ti­tude mi­ni­male pour ti­rer les RB15F),

re­pèrent les na­vires droit de­vant sur le ra­dar et lancent leurs mis­siles. Puis vi­rage sec pour un de­mi-tour plein nord, post­com­bus­tion ac­ti­vée et des­cente à 100 mètres. Les SM-2 ont été ti­rés, mais on se­ra bien­tôt hors de leur por­tée. Les RB15F sont dé­sor­mais li­vrés à eux-mêmes : vo­lant au ras des flots dans la di­rec­tion de lan­ce­ment, ils ac­tivent leur ra­dar et se ver­rouillent au­to­ma­ti­que­ment sur la cible la plus proche. Deux SM-2 par­viennent à abattre des mis­siles peu après leurs lan­ce­ments, mais la faible al­ti­tude lors de la croi­sière des sur­vi­vants les met à l’abri. À deux milles nau­tiques de la Task Force, les na­vires mettent en fonc­tion leurs sys­tèmes de pro­tec­tion rap­pro­chée, consis­tant en ca­nons à tir ra­pide. Les gerbes d’écumes et les tra­çantes en­cadrent les mis­siles ( fig. 20), deux autres sont ain­si abat­tus. Mais le sort de la flotte est scel­lé, et deux RB15F frappent le flanc d’une fré­gate. Le na­vire est se­coué, s’en­flamme et stoppe ses ma­chines de­vant ses com­pa­gnons de route im­puis­sants ( fig. 21). Dans quelques mi­nutes, il ne se­ra plus qu’un ré­cif ar­ti­fi­ciel au fond du dé­troit. Les Vig­gen, quant à eux, re­joignent Ban­dar Ab­bas où les rap­ports des ob­ser­va­teurs confir­me­ront le suc­cès de l’opé­ra­tion. Bien sûr, les di­ri­geants de l’IRIAF au­raient pré­fé­ré cou­ler le trans­port am­phi­bie ou le croi­seur et ses mis­siles de croi­sière em­bar­qués. Mais le coup d’éclat des Vig­gen pour­rait bien for­cer les États-Unis à re­voir leurs plans pour la suite des opé­ra­tions, et pro­vo­quer le re­trait de la Task Force.

Épi­logue

Et en­suite ? Deux op­tions se pré­sentent aux dif­fé­rentes par­ties. Idéa­le­ment on sou­haite un apai­se­ment gé­né­ral, avec re­tour dans le gi­ron ira­nien des îles contes­tées. Les États-Unis re­con­naissent leur er­reur dans le cadre de leur na­vi­ga­tion dans la zone d’ex­clu­sion. Tout le monde s’as­soit à l’ONU en es­pé­rant que le temps se charge d’ef­fa­cer les ran­coeurs et ri­va­li­tés ré­gio­nales. Mais ça, c’est l’op­tion op­ti­miste. Les États-Unis, échau­dés par la perte d’une fré­gate, pour­raient dé­pê­cher une nou­velle Task Force in­té­grant un re­dou­table porte-avions nu­cléaire et toute son es­corte ; les F/A-18 em­bar­qués pour­raient fort bien me­ner des frappes sur les ins­tal­la­tions cô­tières ira­niennes. L’IRIAF, quant à elle, ris­que­rait en re­pré­sailles de s’at­ta­quer di­rec­te­ment aux Émi­rats et lan­cer des frappes sur les villes et leurs gratte-ciel ar­ro­gants.

En fait, la suite dé­pend de vous… Et de votre ha­bi­le­té à jon­gler avec les sub­ti­li­tés de l’édi­teur de mis­sions/cam­pagnes de DCS World. Avec cette sa­ga en deux vo­lets, il n’était évi­dem­ment pas ques­tion d’es­pé­rer que les faits re­la­tés se pro­duisent en réel (les pré­cau­tions dans l’in­tro­duc­tion du pre­mier épi­sode ont dû vous en convaincre). Mais avec ce genre de contexte, les mis­sions ori­gi­nales prennent plus d’am­pleur, plus de réa­lisme. C’est l’oc­ca­sion de tes­ter toutes les fa­cettes des conflits mo­dernes, de faire s’af­fron­ter des ad­ver­saires in­at­ten­dus et de mettre en scène des ma­té­riels exo­tiques. Notre conclu­sion tient en deux sou­haits : le pre­mier est que vous pre­niez au­tant de plai­sir à éla­bo­rer des si­tua­tions à la fois ori­gi­nales et réa­listes ; le se­cond est que tout ce qui est re­la­té ici reste à ja­mais confi­né au do­maine du vir­tuel.

Le ca­mou­flage dé­ser­tique du Vig­gen est dis­po­nible dans les té­lé­char­ge­ments de li­vrées du site DCS.

Deuxième par­tie

Fig. 1 : Les ordres pour chaque groupe sont dé­fi­nis grâce au bou­ton Avan­cé, puis Ef­fec­tuer la tâche.

Fig. 3 : Les com­man­dos aé­ro­por­tés s’ap­prêtent à mon­ter à bord du Mi-8 ar­mé pour l’oc­ca­sion d’une mi­trailleuse lourde.

Fig. 2 : Le dé­bar­que­ment de troupes se pro­gramme comme l’embarquement.

Fig. 4 : Cré­pus­cule per­sique, le se­cond Mil vu par le mi­trailleur la­té­ral.

Fig. 7 : Passe de mi­traillage préa­lable pour clouer les dé­fenses au sol.

Fig. 5 : En vol de nuit, dif­fi­cile de dis­tin­guer quoi que ce soit, même l’al­ti­tude est un pro­blème.

Fig. 8 : En fi­nale pour po­ser l’hé­li­co­ptère près du port, au nord de la piste.

Fig. 6 : Ju­melles de vi­sion noc­turne en ac­tion, Grande Tunb droit de­vant.

Les deux hé­li­co­ptères d’as­saut s’en­foncent dans la nuit.

Fig. 9 : Les Mi­rage 2000 consti­tuent l’épine dor­sale de la dé­fense aé­rienne des Émi­rats.

Fig. 12 : Le Mi­rage 2000 pos­sède un ra­dar plus conven­tion­nel : cible ver­rouillée à 26 nm.

Fig. 11 : Dans le Mig-29, les in­for­ma­tions sont af­fi­chées sur le HUD, ici deux échos à 40 km.

Fig. 10 : Les MiG-29 ira­niens pro­fitent de li­vrées ori­gi­nales.

Les Hawk des Émi­rats at­taquent les ren­forts ira­niens.

Coup au but grâce au Su­per 530D.

Fig. 14 : Passe d’at­taque au ca­non de 30 mm contre les ren­forts ma­ri­times ira­niens.

Fig. 15 : La Task Force amé­ri­caine fran­chit le dé­troit : au pre­mier plan et au fond à gauche, deux fré­gates O.H. Per­ry ; à gauche, le trans­port d’as­saut am­phi­bie Ta­ra­wa ; à droite, le croi­seur de classe Ti­con­de­ro­ga.

Fig. 16 : Si on ou­blie de ré­gler le ni­veau d’alerte, les na­vires at­ten­dront d’être tou­chés pour ri­pos­ter.

Fig. 17 : Des Vig­gen ira­niens ? Tout de­vient pos­sible en vir­tuel !

Fig. 18 : Le plan de vol des Vig­gen passe au nord de Qeshm, pour res­ter sous la cou­ver­ture ra­dar.

Fig. 21 : Fré­gate tou­chée à deux re­prises, elle ne va pas tar­der à som­brer.

Fig. 19 : Vi­rage plein sud, on est à moins de 200 mètres et à 700 km/h.

Fig. 20 : Le RB15F passe au tra­vers des dé­fenses en­ne­mies.

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