Po­lice He­li­cop­ter Si­mu­la­tor

Pro­té­ger et sur­vo­ler

Micro Simulateur - - SOMMAIRE - par Em­ma­nuel Blan­chard

L’hé­li­co­ptère est un des pa­rents pauvres de la si­mu­la­tion de vol. Certes la fonc­tion militaire des voi­lures tour­nantes est plu­tôt bien mise en avant dans DCS World, mais pour des uti­li­sa­tions très spé­cia­li­sées et pas très ac­ces­sibles aux grands dé­bu­tants. Les si­mu­la­teurs gé­né­ra­listes FS X, P3D et X-Plane de­puis sa ver­sion 11 ont éga­le­ment des « ven­ti­la­teurs » dans leurs flottes ; néan­moins, hors du tou­risme aé­rien, leur ex­ploi­ta­tion est plu­tôt in­grate et ne re­flète guère les contextes d’em­ploi des hé­li­co­ptères. Il y a quelques an­nées dé­jà, Bo­he­mia In­ter­ac­tive avait ca­pi­ta­li­sé sur l’ex­pé­rience des deux pre­miers vo­lets d’Ar­med As­sault pour nous pro­po­ser Take On He­li­cop­ter, plu­tôt amu­sant mais un peu li­mi­té dans le réa­lisme des com­por­te­ments et dans les mis­sions à ac­com­plir. Et voi­là que dé­barque sur nos écrans un lo­gi­ciel en­tiè­re­ment nou­veau – et non un add-on ni un dé­ri­vé de pro­duit exis­tant. Comme son titre le laisse ai­sé­ment sup­po­ser, Po­lice He­li­cop­ter Si­mu­la­tor (PHS) est consa­cré à l’em­ploi des hé­li­co­ptères par les forces de po­lice.

D’en­trée de jeu, il nous faut pré­ci­ser une chose : nous avons hé­si­té à pla­cer ce nou­veau ve­nu dans la ru­brique Lo­gi­ciels, ne sa­chant s’il ne mé­ri­tait pas plu­tôt sa place dans les pages « Si­mu’Loi­sir » plu­tôt ré­ser­vées aux ap­pli­ca­tions lu­diques. Car ré­vé­lons tout de suite que le pi­lo­tage de l’hé­li­co­ptère dans PHS n’a rien du réa­lisme pous­sé des ex­ten­sions pour DCS World. Il ne faut pas en at­tendre des pro­cé­dures pré­cises, un ap­pren­tis­sage tech­nique et de longues heures de pra­tique pour par­ve­nir à maî­tri­ser le pe­tit EC135 qui sert ici de mon­ture aux forces de l’ordre. Néan­moins la si­mu­la­tion ne ré­side pas seule­ment dans la re­pro­duc­tion des gestes et des pro­cé­dures, elle fait aus­si ap­pel à un contexte, un état d’es­prit, et c’est jus­te­ment ce qui nous a in­té­res­sés ici. Et fi­na-

le­ment, ce qui peut sem­bler être une si­mu­la­tion com­plexe pour un néo­phyte se ré­vèle sou­vent trop sim­pli­fié pour un vieux rou­tard : si ce lo­gi­ciel per­met à des nou­veaux ve­nus de s’in­té­res­ser aux hé­li­co­ptères et de cher­cher plus réa­liste, ce se­ra tou­jours une par­ti­ci­pa­tion à la com­mu­nau­té des sim­mers !

Le jeu

Po­lice He­li­cop­ter Si­mu­la­tor est pro­po­sé en ver­sion té­lé­char­geable via l’in­ter­face Steam (on peut ob­te­nir le nu­mé­ro de sé­rie né­ces­saire à l’ac­ti­va­tion en ef­fec­tuant l’achat sur le site d’Ae­ro­soft) pour un ta­rif au­tour de 20 eu­ros. Une ver­sion en boîte est en pro­jet, peut-être dis­po­nible au mo­ment où vous li­rez ces lignes. Nous avons tes­té la ver­sion 1.1 is­sue de Steam. Le ma­nuel au for­mat PDF est li­vré dans ce cas, il com­porte une sec­tion en fran­çais pour dé­cou­vrir les mé­ca­nismes de base du jeu. On y dé­couvre que PHS se contrôle au cla­vier et à la sou­ris pour na­vi­guer dans l’in­ter­face, et qu’il ac­cepte pour le pi­lo­tage plu­sieurs pé­ri­phé­riques. On passe ra­pi­de­ment sur les joy­pads com­pa­tibles Xbox One pour nous at­tar­der sur les joys­ticks : deux mo­dèles seule­ment sont ci­tés, le Mad Catz Cy­borg V1 et le Thrust­mas­ter T16000. Nous avons vou­lu tes­ter notre clas­sique Sai­tek AV-8R, il n’a pas été re­con­nu. At­ten­tion donc à vos ma­té­riels de pi­lo­tage, rien n’in­dique que la liste des pé­ri­phé­riques soit aug­men­tée dans l’ave­nir. No­tez en­fin que les com­mandes ne sont pas per­son­na­li­sables, et que l’im­plan­ta­tion des touches sur un cla­vier fran­çais AZERTY pose quelques sou­cis de co­hé­rence avec des ré­glages par dé­faut conçus pour un cla­vier an­glais QWERTY. Une pe­tite ac­cli­ma­ta­tion est re­com­man­dée !

Une fois le jeu lan­cé, l’in­ter­face est claire : nou­velle par­tie (ou suite de la par­tie en cours), char­ge­ment d’une sau­ve­garde, tu­to­riel, op­tions. Dans ce der­nier pan­neau se règlent les ré­so­lu­tions d’af­fi­chage, les ef­fets gra­phiques et les langues. Or si le fran­çais fait par­tie des choix pro­po­sé, et que par la suite les me­nus et dia­logues sont bien tra­duits, il semble que la langue de Mo­lière fasse bloque le joueur au mo­ment des brie­fings de mis­sions, obli­geant à re­ve­nir au bu­reau de Win­dows par la force. Las, en bas­cu­lant sur l’an­glais, nous avons pu re­trou­ver un fonc­tion­ne­ment cor­rect (l’édi­teur a été pré­ve­nu de ce bug). On peut éga­le­ment sé­lec­tion­ner le type de li­vrée de l’hé­li­co­ptère et les uni­formes de po­lice : Al­le­magne, France, États-Unis, Ja­pon ou Po­logne. Mais ce ré­glage

n’au­ra au­cune autre in­fluence sur le jeu par la suite.

La lo­gique veut qu’on dé­bute avec le tu­to­riel : on se re­trouve à hau­teur d’homme de­vant la base de la po­lice. On évo­lue en mar­chant et en sui­vant son su­pé­rieur à la dé­cou­verte des dif­fé­rentes salles de ce bâ­ti­ment : chambres, han­gar, tour de contrôle, ré­fec­toire, salle de brie­fing… Les in­ter­ac­tions avec l’en­vi­ron­ne­ment in­cluent les poi­gnées de porte, quelques équi­pe­ments à faire fonc­tion­ner ; c’est une forme de mise en im­mer­sion préa­lable aux aven­tures aé­riennes. Puis notre of­fi­cier nous guide sur le tar­mac de­vant le bâ­ti­ment, où trône notre EC135 aux cou­leurs dé­fi­nies plus haut. Sur le bord de l’hé­li­pad, on re­marque une borne de ra­vi­tail- le­ment pour rem­plir les ré­ser­voirs de notre ma­chine. En­fin c’est l’in­vi­ta­tion à un vol de dé­cou­verte…

Pi­lo­tage sim­pli­fié

Si on s’at­tend à ma­ni­pu­ler toutes les com­mandes d’un vé­ri­table hé­li­co­ptère, on risque d’être dé­çu ! Pour être ac­ces­sible aux plus grand pu­blic, le EC135 a été très sim­pli­fié. Le joys­tick de base (dans notre cas le T16000) fait of­fice de cy­clique et de pa­lon­nier pour l’axe de la­cet. En re­vanche, pas de col­lec­tif ici : on aug­mente et di­mi­nue la por­tance du ro­tor à l’aide de deux bou­tons du pé­ri­phé­rique. C’est un peu dé­sta­bi­li­sant quand on est ha­bi­tué aux hé­li­co­ptères hard­core, on se dit que ce­la doit ras­su­rer le néo­phyte. La planche de bord dans le cock­pit vir­tuel est bien réa­li­sée, mais peu utile car l’es­sen­tiel des in­for­ma­tions est re­pro­duit sur deux pop-ups 2D en bas de l’af­fi­chage : à gauche, un récapitulatif des pa­ra­mètres de vol – heure, al­ti­tude, vi­tesse, ni­veau de car­bu­rant, po­si­tion du col­lec­tif – et à droite une mi­ni-carte à zoo­mer donne un aper­çu de la po­si­tion de la voi­lure tournante et des sites re­mar­quables. Pour le dé­mar­rage, pas de longue check-list ni de pro­cé­dure contrai­gnante : une op­tion lente (touche Es­pace du cla­vier) qui de­mande une mi­nute de mise en route au­to­ma­tique, ou une op­tion rapide (touche En­trée) pour avoir un ap­pa­reil prêt à dé­col­ler. Les dé­parts en urgence n’en sont que plus ef­fi­caces !

Trois points de vue sont pro­po­sés : un cock­pit vir­tuel (avec pos­si­bi­li­té de poin­ter le re­gard en haut, bas, droite, gauche), vue ex­té­rieure ar­rière et vue des pa­tins, pra­tique pour les at­ter­ris­sages. Le contrôle de la ma­chine est simple, mais pas sim­pliste : l’hé­li­co­ptère est stable, il faut ap­pri­voi­ser ses mou­ve­ments et an­ti­ci­per les ac­tions, en ce­la PHS res­pecte la phi­lo­so­phie des voi­lures tour­nantes. En re­vanche, l’ap­pa­reil né­ces­site d’in­ces­sants ajus­te­ments au col­lec­tif via ses bou­tons de contrôle, et les in­cli­nai­sons en tan­gage et rou­lis se font plus par pas suc­ces­sifs que pro­gres­si­ve­ment. La mise en sta­tion­naire est qua­si-

ment au­to­ma­tique dès que l’on place l’ap­pa­reil en pa­lier et qu’on le laisse ra­len­tir de lui-même. En ré­su­mé : ici le pi­lo­tage re­lève plus de l’ar­cade que de la si­mu­la­tion. Vous êtes pré­ve­nus !

En mis­sion

En fait, l’in­té­rêt de PHS ré­side plu­tôt dans l’uti­li­sa­tion qui est faite de l’hé­li­co­ptère. Chaque par­tie est en fait une suc­ces­sion de jour­nées de tra­vail pour les forces de l’ordre, avec brie­fing ma­ti­nal. Des mis­sions sont at­tri­buées, le joueur rem­porte des points lors­qu’il mène à bien tel ou tel ob­jec­tif, et change de ni­veau au fil des réus­sites. À chaque chan­ge­ment de ni­veau, de nou­velles mis­sions sont pro­po­sées, de plus en plus com­plexes, et le pi­lo­tage de l’hé­li­co­ptère de­vient plus exi­geant.

En dé­but de car­rière, les mis­sions at­tri­buées consistent es­sen­tiel­le­ment en des pa­trouilles de jour. On dé­colle au pe­tit ma­tin, et on ex­plore le monde vir­tuel. Ce­lui-ci est une évo­ca­tion plu­tôt réus­sie du sud-est de l’Al­le­magne : villes et vil­lages, un grand aé­ro­port, une im­po­sante mine à ciel ou­vert, une au­to­route qui tra­verse la ré­gion, de vastes forêts… On se sur­prend à faire un peu de tou­risme pour dé­cou­vrir les cu­rio­si­tés lo­cales, comme un parc d’at­trac­tions ou un cir­cuit au­to­mo­bile (avec mo­no­places en ac­tion !). For­cé­ment les pa­trouilles sont l’oc­ca­sion de si­gna­ler par ra­dio des in­ci­dents : un feu de fo­rêt, une fu­mée sus­pecte, un ac­ci­dent de la route, un na­vire pol­lueur… Puis c’est le re­tour à la base, un rapide dé­brie­fing (avec ra­vi­taille­ment de la ma­chine) et une nuit de re­pos.

Aux ni­veaux plus éle­vés, les mis­sions va­rient : trans­port d’une per­son­na­li­té, éva­cua­tion d’un bles­sé, re­con­nais­sance d’une émeute, chasse au chauf­fard, re­cherche d’une per­sonne si­gna­lée dis­pa­rue… C’est ici que l’hé­li­co­ptère prend son in­té­rêt, on peut évo­luer très près du sol à faible vi­tesse (mais at­ten­tion à la vé­gé­ta­tion ou aux bâ­ti­ments) et rares sont les jeux pré­cé­dents qui met­taient vrai­ment en scène cette fonc­tion de sécurité ci­vile des voi­lures tour­nantes. Néan­moins quelques li­mites viennent gâ­cher la fête. Les boîtes de dia­logue qui si­mulent les échanges ra­dio ne sont pas tou­jours très claires (dif­fi­cile de faire la dif­fé­rence de­puis les airs entre un ras­sem­ble­ment pa­ci­fique de ba­dauds et une ma­ni­fes­ta­tion vio­lente), et l’hé­li­co­ptère ne peut se po­ser que sur un hé­li­pad pré­vu à cet ef­fet.

Soyons clairs : Po­lice He­li­cop­ter Si­mu­la­tor ne ré­vo­lu­tionne pas le genre. Si le monde vir­tuel re­pro­duit ici et les nom­breuses mis­sions va­riées sont in­té­res­sants, on au­rait ap­pré­cié des com­mandes plus réa­listes et un mo­dèle de vol plus pré­cis. Mais PHS se se­rait cou­pé du grand pu­blic au­quel il se des­tine avant tout. Pour le sim­mer pur et dur, il reste une oc­ca­sion de s’amu­ser en évo­quant le tra­vail des forces de l’ordre sans avoir à in­ves­tir trop de temps dans une for­ma­tion au pi­lo­tage. Pour un ta­rif fi­na­le­ment rai­son­nable, il pour­ra peut-être créer des vo­ca­tions et pous­ser cer­tains uti­li­sa­teurs vers des lo­gi­ciels plus poin­tus !

Dans la tour de contrôle de la base.

Ci-contre : Un na­vire en fla­grant dé­lit de dé­ga­zage, son compte est bon : on le si­gnale à la ra­dio. Ci-des­sous : En ap­proche de la base après une jour­née de pa­trouille.

Ci-des­sus : L’ar­ri­vée sur le prin­ci­pal hô­pi­tal de la ré­gion, l’hé­li­pad est dé­li­cat à at­tendre.

En haut : Cette foule ur­baine est-elle pa­ci­fique ou proche de l’émeute ? Dif­fi­cile d’en ju­ger de­puis les airs. Ci-des­sus (gauche) : En sur­veillance d’une vi­site d’État à l’aé­ro­port. Ci-des­sus (droite) : Du­rant une pa­trouille, un in­cen­die de fo­rêt est re­pé­ré.

Ci-des­sus : Un chauf­fard (voi­ture bleue, à droite) va tom­ber sur le bar­rage rou­tier. Ci-des­sous : Mis­sion : trans­port d’un of­fi­ciel jus­qu’à sa li­mou­sine. En bas : Après un dé­raille­ment dra­ma­tique, les pom­piers ar­rivent, sous notre sur­veillance.

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