« Ga­gner en no­vembre si­non… »

APRÈS UN WEEK-END MA­RA­THON PAS­SÉ À BOURGES ET À CLER­MONT, LE PA­TRON DU RUG­BY FRAN­ÇAIS A BIEN VOU­LU DRES­SER LE BI­LAN DE SES PRE­MIERS MOIS DE PRÉ­SI­DENCE ET, BIEN ÉVI­DEM­MENT, DE LA PIÈTRE TOUR­NÉE DU XV DE FRANCE EN AFRIQUE DU SUD.

Midi Olympique - - Horizons - Pro­pos re­cueillis par Pierre-Laurent GOU pierre-laurent.gou@mi­di-olym­pique.fr Au­tre­ment ?

Quel bi­lan ti­rez-vous de votre pre­mier con­grès de la FFR en tant que pré­sident ?

Énor­mé­ment de sa­tis­fac­tions. Je tiens d’abord à fé­li­ci­ter le pré­sident du co­mi­té du Centre, An­dré Prigent, et ses équipes pour la qua­li­té de l’or­ga­ni­sa­tion. Ce n’était pas fa­cile, sur­tout que nous sou­hai­tions cham­bou­ler le pro­to­cole et le dé­rou­le­ment de ce ren­dez-vous. Ils ont ré­pon­du à notre cahier des charges. L’ago­ra des clubs, la soi­rée bo­de­ga des Ligues, l’AG dans son en­semble ont été une réus­site. Avec Serge Si­mon et notre équipe, nous vou­lions faire de ce ren­dez-vous an­nuel la grande fête du rug­by. On s’était don­né deux ou trois ans pour y par­ve­nir mais, dès la pre­mière édi­tion, ce fut un vé­ri­table suc­cès.

Pour­tant vous n’avez pas an­non­cé que des bonnes nou­velles, avec no­tam­ment une baisse sen­sible des li­cen­ciés et pra­ti­quants ?

Ce­la fai­sait cinq ou six ans que l’on nous men­tait. On an­non­çait 450 000 li­cen­ciés. Or, il n’y a en fait que 290 000 pra­ti­quants, joueurs et di­ri­geants confon­dus, sans les « pass rug­by » que je ne compte pas ! Dans les écoles de rug­by, l’exode est alar­mant. Nous avons perdu 16 000 ga­mins entre 2012 et 2017. Il faut ré­agir. C’est pour ce­la que la for­ma­tion doit être la prio­ri­té des prio­ri­tés. Je pousse pour que le re­cru­te­ment des 200 cadres tech­niques de clubs soit mis en place dans les plus brefs dé­lais. Il faut al­ler cher­cher des gosses et leur don­ner en­vie de faire notre sport. C’est aus­si pour ce­la que le XV de France doit rem­por­ter des matchs, et très vite.

Quand les pre­miers cadres tech­niques de clubs en­tre­ront-ils en fonc­tion ?

Dès la ren­trée pro­chaine. Mais at­ten­tion, c’est un tra­vail de longue ha­leine. On ne va pas rat­tra­per notre re­tard en quelques se­maines. Leur mis­sion se­ra double : for­mer les bé­né­voles, no­tam­ment dans les écoles de rug­by, et, aus­si, pé­né­trer les mi­lieux sco­laires. Le handball, ce­la fait trente ans qu’il y est pré­sent et qu’il en tire au­jourd’hui les bé­né­fices. Je n’ai pas les chiffres mais je ne crois pas qu’il doit faire face à une baisse des ef­fec­tifs. Et tout le monde connaît les ré­sul­tats des sé­lec­tions. Or, il ne faut pas se trom­per, le handball est le vé­ri­table concur­rent du rug­by. Ce n’est pas le football.

La ré­forme ter­ri­to­riale (sup­pres­sion an­non­cée des co­mi­tés et mise en place de treize ligues ré­gio­nales) semble avoir re­çu un très bon ac­cueil chez les congres­sistes…

Il y a eu des ru­meurs et contre-vé­ri­tés qui ont cir­cu­lé mais j’en étais en par­tie res­pon­sable. 90 % des pré­si­dents de co­mi­tés avaient sou­te­nu mon ad­ver­saire lors des der­nières élec­tions. Du coup, en ar­ri­vant aux af­faires, nous les avions quelque peu re­je­tés. Nous avons te­nu une réunion ex­trê­me­ment construc­tive ven­dre­di ma­tin. On au­rait dû la faire beau­coup plus tôt. J’ai fait mon mea culpa et les pré­si­dents ont fait un pas vers nous. On va tra­vailler en­semble. L’heure est au ras­sem­ble­ment de la fa­mille rug­by. Sur­tout chez les ama­teurs. Ils ont pu être ras­su­rés : il n’y au­ra pas de vente de bâ­ti­ments avec le pas­sage aux Ligues ré­gio­nales. Les Mai­sons ovales du ter­ri­toire, l’en­ti­té qui va rem­pla­cer les co­mi­tés, vont de­ve­nir les re­lais des fu­tures Ligues.

Autre an­nonce, la baisse du prix des li­cences et des coûts de mu­ta­tion ?

Il faut don­ner de l’oxy­gène au monde ama­teur. Alexandre Mar­ti­nez, notre tré­so­rier, a construit un bud­get qui nous per­met de bais­ser de 50 % la part fé­dé­rale sur la li­cence et de 25 % les coûts sur les mu­ta­tions. Deux me­sures qui sont fi­nan­cées. Chaque an­née, la FFR re­ver­se­ra 9 mil­lions d’eu­ros sup­plé­men­taires vers les ama­teurs.

Ve­nons-en au su­jet qui fâche, le XV de France ?

La tour­née est clai­re­ment dé­ce­vante. Nous ne sommes pas au

Les­quels ?

ni­veau. Les ré­sul­tats me confortent dans mes en­vies de ré­forme. Celle sur la for­ma­tion est en route. Nous avons en­suite trou­vé un bon ter­rain d’en­tente avec la LNR, pour la mise à dis­po­si­tion des in­ter­na­tio­naux. Pour la pre­mière fois, 45 joueurs vont bé­né­fi­cier de dix se­maines d’in­ter­sai­son cette an­née, et douze l’an pro­chain. On voit que tout le monde tire dans le même sens et cherche à of­frir des condi­tions op­ti­males de tra­vail. Après, il faut en­core ac­cé­lé­rer et ou­vrir d’autres dos­siers.

La li­mi­ta­tion du nombre d’étran­gers en Top 14. J’en avais dé­jà par­lé du­rant le Tour­noi des 6 Na­tions, il faut qu’on y ar­rive ra­pi­de­ment. Les joueurs fran­çais doivent jouer au plus haut ni­veau. Et puis, on se rend compte que les com­pé­ti­tions des jeunes entre 16 et 20 ans ne leur per­mettent pas d’ap­pré­hen­der le haut ni­veau. On va lan­cer une ré­flexion là-des­sus pour trou­ver des so­lu­tions. À cet âge-là, nous avons dé­jà du re­tard.

Et au ni­veau du XV de France, pas de chan­ge­ment ?

Pour l’ins­tant, Guy No­vès n’est pas en dan­ger. Ce que je sou­haite, c’est une re­mise en cause pro­fonde de tout l’en­tou­rage du XV de France. Du pré­sident au sé­lec­tion­neur, en pas­sant par le staff et les joueurs. Je vais les lais­ser ren­trer d’Afrique du Sud, mais je veux que l’on or­ga­nise, un de­brie­fing avec Serge Si­mon et tout le staff. Que l’on puisse se dire nos quatre vé­ri­tés. At­ten­tion, je n’in­ter­vien­drais pas dans leur quo­ti­dien mais je veux qu’ils m’ex­pliquent leur choix, que l’on dé­batte sur le jeu. Qu’on échange, sa­voir si des er­reurs ou des mau­vais choix ont été faits. Avoir un pré­sident qui a été an­cien sé­lec­tion­neur, il faut que ce­la serve ! Je ne peux pas ac­cep­ter que la France soit clas­sée hui­tième na­tion du monde. Ce­la ne peut plus du­rer.

Sauf qu’en no­vembre, on af­fron­te­ra deux fois la Nou­velle-Zé­lande et en­suite l’Afrique du Sud…

On a be­soin que le XV de France l’em­porte. En no­vembre, les joueurs au­ront eu une vraie in­ter­sai­son, le staff pour­ra pio­cher par­mi 45 joueurs pro­té­gés, on de­vrait donc être plus frais. On de­vra mon­trer autre chose et ga­gner. Il est im­por­tant que la sé­rie de tests soit réus­sie.

Et ce­la passe par quoi ?

Trois vic­toires au mi­ni­mum sur les quatre matchs. Ce­la veut dire battre les Blacks une fois au moins, l’Afrique du Sud et le Ja­pon.

Je pren­drais mes responsabi­lités. Mais je veux croire que la France re­trouve très vite une par­tie de son stan­ding. Le mois de no­vembre se­ra dé­ter­mi­nant pour l’ave­nir du XV de France.

Avez-vous des sa­tis­fac­tions au ni­veau des joueurs sur cette tour­née ?

On va faire vite, car quand tu prends trois fois 35 points c’est que col­lec­ti­ve­ment il y a un vé­ri­table pro­blème. Ca­ma­ra et Poi­rot ont dé­mon­tré qu’ils étaient clai­re­ment au ni­veau in­ter­na­tio­nal, Gui­ra­do a été exem­plaire sur le deuxième test et Pe­naud a un po­ten­tiel cer­tain. Et bas­ta ! Cette gé­né­ra­tion doit se mettre à ga­gner des matchs, à être ob­nu­bi­lée par l’in­té­rêt gé­né­ral et pas le sien.

Que vou­lez-vous dire ?

Je ne de­vais pas me rendre en Afrique du Sud, même après la dé­faite du pre­mier test. Mais j’ai en­ten­du dire que cer­tains ne mon­traient pas un grand en­train aux en­traî­ne­ments, que d’autres avaient ra­té leur train et étaient ar­ri­vés en re­tard au ras­sem­ble­ment. Alors, j’ai vou­lu m’ex­pli­quer avec eux et leur rap­pe­ler quelques prin­cipes… Quand tu as l’hon­neur d’être sé­lec­tion­né, il vaut mieux prendre le train d’avant pour mon­ter à Mar­cous­sis que ce­lui d’après… Ceux qui n’ont pas en­vie, ceux qui sont bla­sés par le maillot bleu, on fe­ra sans eux. Mon voyage à Dur­ban avait pour but de confor­ter le mes­sage et l’au­to­ri­té de Guy No­vès, pas de m’im­mis­cer dans son tra­vail.

Pho­to Mi­di Olym­pique - Pa­trick De­re­wia­ny

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