L’ÈRE CELTE

Midi Olympique - - Champions Cup 5e Journée - Par Léo FAURE [email protected]­di-olym­pique.fr

Les der­nières sai­sons, dé­jà, avaient in­tro­duit la ten­dance. Jus­qu’au clas­se­ment du der­nier Tour­noi des 6 Na­tions, qui avait fran­che­ment pla­cé l’Eu­rope de­vant le fait ac­com­pli. Dans l’ordre, sur le po­dium : l’Ir­lande, le pays de Galles et l’Écosse. Les Celtes aux avant­postes du rug­by eu­ro­péen. Ce n’était donc pas une coïn­ci­dence pas­sa­gère, mais bien une ten­dance de fond. Que la tour­née de no­vembre n’a fait que confir­mer.

Dans ce droit fil, la Cham­pions Cup en cours livre ce même ver­dict : les clubs is­sus de la Ligue celte do­minent au­jourd’hui le vieux con­tinent. Et ça pour­rait du­rer.

LES HULKS DU VAR ONT EX­PLO­SÉ

Pour le fac­tuel, le voi­ci : quatre des cinq poules de la Cham­pions Cup en cours sont do­mi­nées par des clubs celtes. Édim­bourg, le Muns­ter et le Leins­ter de­vraient donc voir les quarts de fi­nale de la plus belle com­pé­ti­tion conti­nen­tale, avec la forte pro­ba­bi­li­té de re­ce­voir. Pour les autres qua­li­fiés, Glas­gow et l’Ul­ster sont en bal­lot­tage fa­vo­rable pour ac­cro­cher une place de meilleur deuxième. Ce qui, avant la der­nière jour­née dé­ci­sive, pla­ce­rait cinq Celtes dans le top 8 eu­ro­péen. Der­nier constat : les der­niers de chaque poule sont, au choix, des clubs fran­çais ou an­glais. Ja­mais un club is­su du Guin­ness Pro 14 (Ligue celte). Dif­fi­cile de faire plus do­mi­nant.

En quoi les clubs celtes se­raient donc su­pé­rieurs à nos clubs ? Mou­rad Boud­jel­lal lâ­chait ce­ci sur Twit­ter, sa­me­di soir, dans un style très « Boud­jel­lesque » : « Ré­su­mé du match, il faut pas­ser de Hulk à Flash. » Son RCT, ef­fec­ti­ve­ment, a pris l’eau de toute part sa­me­di soir, à Fé­lix-Mayol, dès qu’Édim­bourg se dé­ci­dait à ac­cé­lé­rer son jeu vers les ex­té­rieurs. Ce qu’il fit la ma­jo­ri­té du temps, pour as­phyxier les gol­goths du Var. Le pré­sident du RCT, comme sou­vent, a vu juste. Ce qui le place de­vant ses propres res­pon­sa­bi­li­tés, un mois seule­ment après avoir an­non­cé en grande pompe le re­cru­te­ment d’Eben Et­ze­beth, in­car­na­tion ul­time de Hulk chez les rug­by­men. L’in­cli­nai­son vers un rug­by de vi­tesse ne date pour­tant pas d’hier. Plu­tôt de trois bonnes an­nées. Ce que les Celtes ont vite com­pris. En ce point, oui, ils nous sur­passent pour l’avoir an­ti­ci­pé. « Il fau­drait re­gar­der plus sou­vent la Ligue celte. J’y consacre au­tant de temps que pos­sible. C’est le rug­by qui m’in­té­resse le plus, au­jourd’hui, car c’est un for­mi­dable la­bo­ra­toire qui pri­vi­lé­gie la créa­ti­vi­té et la vi­tesse » confiait à ce pro­pos Fa­bien Galthié, au dé­but de l’an­née 2016.

LA FIN DU TRO­PISME SUDISTE

L’autre en­sei­gne­ment de cette ten­dance ac­tuelle, c’est la vic­toire des mo­dèles «fé­dé­ro­cen­trés». En Écosse, pays de Galles ou en Ir­lande, l’équipe na­tio­nale est au centre de toutes les me­sures prises. Réel­le­ment, dans les faits, et pas seule­ment dans les dis­cours d’in­ten­tion dont nous nous re­pais­sons. Quand Car­be­ry n’évo­lue plus dans son rug­by, man­gé par l’ombre gi­gan­tesque de Sex­ton au Leins­ter, sa fé­dé­ra­tion l’ins­talle au Muns­ter. Où il ex­plose en­fin et ren­force le ré­ser­voir du XV du trèfle. Quand l’Écosse manque d’ou­vreur pour sup­pléer Rus­sell, elle ap­puie sa for­ma­tion sur le poste, trouve une place et du temps de jeu au jeune Adam Has­tings et ac­cé­lère sa ma­tu­ra­tion.

Les clubs ne sont pas vic­times de ce sys­tème. La preuve par les faits : ils pro­fitent éga­le­ment de ce tra­vail de for­ma­tion. Igno­rant notre tro­pisme sudiste pour le re­cru­te­ment, les Celtes misent sur le fait-mai­son et dé­ve­loppent dans leurs fran­chises les ha­bi­le­tés de ga­mins du cru, bien­tôt sé­lec­tion­nables avec leur équipe na­tio­nale. Ce week-end, le Leins­ter a af­fron­té Tou­louse avec deux étran­gers seule­ment sur la feuille de match. L’Ul­ster a re­çu le Ra­cing 92 avec, sur la feuille de match, dix-neuf joueurs de sé­lec­tion­nable pour l’Ir­lande. Les deux clubs fran­çais, vais­seaux ami­raux de notre Top 14, ont pour­tant échoué. Un constat qui de­vrait ou­vrir un sé­rieux dé­bat sur le mo­dèle de re­cru­te­ment à l’étran­ger lar­ge­ment em­prun­té par les clubs fran­çais. À bout de souffle ?

Pho­to Icon Sport

L’ar­rière d’Édim­bourg Blair Kin­ghorn, s’est illus­tré face à un Tou­lon dé­pas­sé. Le sym­bole de ces équipes is­sues de la Ligue celte qui do­minent sur la scène eu­ro­péenne.

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