L’IVRESSE DES SOM­METS

Bor­deaux-Bègles dé­fie Lyon, le lea­der du Top 14

Midi Olympique - - La Une - Par Jé­rôme PRÉ­VÔT je­rome.pre­[email protected]­di-olym­pique.fr

TRANS­FOR­MÉE PAR LA MÉTHODE URIOS, L’UBB DE RA­DRA­DRA RÉA­LISE UN DÉ­BUT DE SAISON ÉCLA­TANT. SA­ME­DI, FACE AU LOU, LA PRE­MIÈRE PLACE EST EN JEU…

Sa­me­di en dé­but d’après-mi­di, l’UBB joue­ra un match au som­met face à Lyon de­vant 33 000 per­sonnes. C’est un ja­lon, mine de rien, dans l’his­toire du club. Ja­mais de­puis son re­tour dans l’élite il n’avait été aus­si bien pla­cé à cette époque de la saison. Ja­mais il n’avait dis­pu­té une rencontre de saison ré­gu­lière aus­si pres­ti­gieuse. Un duel entre le pre­mier et le deuxième qui, de­puis quelques se­maines, s’échangent le maillot jaune. C’est vrai, la saison 2019-2020 fait fi­gure de rêve éveillé. Sur vingt ren­contres of­fi­cielles, Bor­deaux-Bègles en a ga­gné quinze, per­du trois et réus­si deux matchs nuls à l’ex­té­rieur. Ce par­cours digne d’un can­di­dat au titre marque la rencontre d’une équipe et d’un homme, Ch­ris­tophe Urios, re­cru­té en no­vembre 2018, ar­ri­vé à l’UBB en juin 2019.

Ra­re­ment, on au­ra vu un en­traî­neur réus­sir à ce point son en­trée en scène gi­ron­dine. Urios in­carne dé­sor­mais l’UBB, sou­la­geant son pré­sident, Laurent Mar­ti, d’une part de la pres­sion mé­dia­tique. Mar­ti n’est plus seul, en tête de gon­dole. Urios concentre les at­ten­tions et porte dé­sor­mais l’es­poir po­pu­laire. Il n’y a qu’à voir la fa­çon dont « CU » a été ac­cueilli lors du der­nier en­traî­ne­ment dé­cen­tra­li­sé du club, à Li­bourne : un vrai triomphe d’em­pe­reur ro­main. Et les réunions ré­gu­lières qu’il mène avec les sup­por­ters au stade An­dré-Mo­ga font aus­si salle comble. Mar­di, Ch­ris­tophe Urios nous a don­né une ex­pli­ca­tion sur cette alchimie, la rencontre de deux es­prits re­van­chards, ce­lui du groupe et ce­lui de l’en­traî­neur : « J’ai un groupe fan­tas­tique, avec des mecs fan­tas­tiques qui ont en­vie de réus­sir et qui en ont plein le dos de pas­ser pour des im­bé­ciles ; Et moi, je suis un peu pa­reil car je sors quand même d’une dé­cep­tion à Castres… Je suis pas­sé moi aus­si pour un im­bé­cile. » Oui, les sup­por­ters ne s’en rendent pas for­cé­ment compte, mais l’UBB de cette saison bé­né­fi­cie de la fin de saison ahu­ris­sante du CO 2019, qui man­qua une qua­li­fi­ca­tion in­ra­table en per­dant ses trois der­niers matchs à do­mi­cile. À tra­vers cette ex­pé­rience Ch­ris­tophe Urios veut aus­si se prou­ver qu’il n’est pas un homme du pas­sé et qu’il ne res­te­ra pas sur un échec hu­mi­liant. Ce par­cours est aus­si ce­lui d’une méthode dif­fé­rente de ma­na­ge­ment. Un peu plus psy­cho­lo­gique et cha­ris­ma­tique, un tout pe­tit peu moins « scien­ti­fique » que ce qu’a connu l’UBB dans un pas­sé ré­cent. Ch­ris­tophe Urios ne cesse de ré­pé­ter l’une de ses phrases pré­fé­rées : « Le jeu ap­par­tient aux hommes, et pas aux sys­tèmes. »

Le ma­na­ger ne s’en cache pas, il teste presque en per­ma­nence l’or­gueil de ses joueurs, « Oui, c’est fon­da­men­tal », jus­qu’à leur sus­cep­ti­bi­li­té aus­si : « Sur­tout leur sus­cep­ti­bi­li­té. » La per­for­mance n’était pas ga­gnée d’avance pour lui, car ses hommes il ne les a pas choi­sis. « La par­ti­cu­la­ri­té de Ch­ris­tophe Urios à Bor­deaux, c’est qu’il a trou­vé un ef­fec­tif dé­jà consti­tué à plus de 90 pour cent, rap­pelle ain­si son pré­sident Laurent Mar­ti. Mais il di­rige su­per­be­ment les hommes. Il est at­ten­tif aux joueurs, à leur vie. Il ne laisse au rien au ha­sard. »

MOINS DE STA­TIS­TIQUES ET PLUS D’HU­MAIN

Mais le ma­na­ge­ment d’un club c’est bien sûr de l’image et de la com­mu­ni­ca­tion. Laurent Mar­ti se montre dé­ter­mi­né à l’ins­tant de rap­pe­ler que son ma­na­ger est plus com­pé­tent en tech­nique et en tac­tique pure que ne le laisse pa­raître l’image qu’il se plaît ha­bi­tuel­le­ment à don­ner. « On n’ar­rive pas à ce ni­veau de per­for­mance sans connaître le jeu à fond. Mais il sait aus­si s’en­tou­rer de tech­ni­ciens qui, dans leur do­maine, sont aus­si forts que lui ; il le re­con­naît lui-même. C’est le propre des grands ma­na­gers… » C’est l’éter­nel mys­tère. Où s’ar­rête le cha­risme et où com­mence l’ap­port de com­pé­tences rug­bys­tiques pro­pre­ment dit des grands coachs ? « Une chose est sûre, il a an­ti­ci­pé le fait que les clubs fran­çais ne s’en­traî­naient pas as­sez bien. Il a com­pris qu’il fal­lait pro­gram­mer des séances à haute in­ten­si­té, comme les An­glo-Saxons l’ont fait avant nous », pour­suit Mar­ti. Urios aime dif­fu­ser l’idée que cer­taines de ses séances sont aus­si dures que les matchs à ve­nir. « Les mé­thodes d’en­traî­ne­ment mo­derne. » pour­suit le pré­sident qui pré­cise aus­si : « On pour­rait croire, vu de l’ex­té­rieur que c’est un gars qui gueule beau­coup. En fait, il ne gueule pas tant que ça. Mais tou­jours à bon es­cient. Son au­to­ri­té est na­tu­relle. J’ai re­mar­qué qu’il n’exi­geait pas de choses trop im­pos­sibles des joueurs, il sait aus­si lais­ser aux hommes des plages de ri­go­lades. Il n’est pas dans le dur en per­ma­nence. » Si l’on de­vait mar­quer la rup­ture entre l’ère Urios et celle de ses pré­dé­ces­seurs im­mé­diats, on pour­rait la ré­su­mer dans ce der­nier pro­pos pré­si­den­tiel : « L’an­née der­nière, j’ai connu, ici à l’UBB, une uti­li­sa­tion des da­tas à ou­trance. Ch­ris­tophe s’en sert évi­dem­ment, mais ce n’est pas ça qui conduit son en­traî­ne­ment. » L’UBB a donc quit­té la froi­deur des chiffres, c’est sans doute un pro­grès. ■

Pho­to Mi­di Olym­pique - Pa­trick De­re­wia­ny

Pho­to M. O. - Pa­trick De­re­wia­ny

Les Girondins peuvent être fiers de leurs par­cours en élite, ils sont deuxièmes avec 47 points au comp­teur.

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