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Mieux Vivre Votre Argent - - Sommaire - Par Au­ré­lie Far­deau Ré­dac­trice en chef

Le Gou­ver­ne­ment a fait marche ar­rière. Plus ques­tion de « mo­du­ler » la ga­ran­tie des contrats d’as­su­rance vie en fonds eu­ros se­lon la du­rée de dé­ten­tion, comme ini­tia­le­ment pré­vu dans le vo­let « épargne » de la loi Pacte. En re­vanche, il ne déses­père pas d’im­po­ser l’eu­ro-crois­sance, pro­duit hy­bride, sem­blable au fonds en eu­ros dans l’al­lure, mais très dif­fé­rent dans les dé­tails (voir p. 14). Par­mi les prin­ci­paux points de dé­ca­lage : la ga­ran­tie en ca­pi­tal, as­su­rée jour après jour avec le fonds en eu­ros, ac­quise uni­que­ment à échéance (de huit à qua­rante ans) avec l’eu­ro-crois­sance. Le but de cette ga­ran­tie au ra­bais ? Don­ner du temps aux as­su­reurs pour in­ves­tir cette épargne dans des ac­tifs plus ris­qués. Et, of­fi­cieu­se­ment, al­lé­ger leurs contraintes de bi­lan fort coû­teuses.

Voi­là qui plaît au Gou­ver­ne­ment, qui tient à ce que l’as­su­rance vie fi­nance l’éco­no­mie réelle. Pour­tant, ini­tié en 2014, l’eu­ro-crois­sance n’a ja­mais trou­vé sa clien­tèle. D’abord, re­la­ti­ve­ment peu d’as­su­reurs se sont à ce jour lan­cés sur le cré­neau. Sur­tout, les épar­gnants n’ont pas vrai­ment ré­pon­du pré­sents. Ré­sul­tat, l’en­cours s’éle­vait à la fin de 2016 à seule­ment 1,9 mil­liard d’eu­ros. Pea­nuts dans l’uni­vers de l’as­su­rance vie ! Il est vrai, comme l’ont beau­coup ré­pé­té les pro­fes­sion­nels, que le contexte de mar­ché n’est pas fa­vo­rable au pro­duit.

En ef­fet, pour ga­ran­tir le ca­pi­tal à terme, le ges­tion­naire doit pla­cer une par­tie de la somme en titres peu ris­qués, des obli­ga­tions de bonne qua­li­té. Cette part est d’au­tant plus éle­vée que la ré­mu­né­ra­tion ser­vie par ces titres est mo­dique. Au­tre­ment dit le vo­lant res­tant, pou­vant être in­ves­ti sur des ac­tifs ris­qués et de­vant « faire la dif­fé­rence », est de faible am­pleur.

Mais à nos yeux, une autre rai­son doit in­ci­ter à la mé­fiance : la com­plexi­té du pro­duit. Les mo­da­li­tés de cal­cul de la per­for­mance ser­vie en sont l’em­blème le plus frap­pant. Car il est im­pos­sible de connaître la ré­mu­né­ra­tion réelle de ce pro­duit, les taux af­fi­chés par les éta­blis­se­ments dis­tri­bu­teurs étant ré­vé­la­teurs de la pro­gres­sion des ac­tifs gé­rés, mais non ce qui est réel­le­ment ser­vi à chaque client. En fait, chaque sous­crip­teur touche un gain dif­fé­rent se­lon, no­tam­ment, sa date de sous­crip­tion, mais aus­si du terme et du pour­cen­tage choi­sis pour la ga­ran­tie en ca­pi­tal (cette der­nière pou­vant être to­tale ou par­tielle). Rap­pe­lons au pas­sage que ces per­for­mances ne bé­né­fi­cient pas de l’ef­fet cli­quet du fonds en eu­ros, elles ne sont donc pas ac­quises d’une an­née sur l’autre. En cas de baisse l’an­née sui­vante, c’est per­du.

Les mo­da­li­tés de cal­cul de la per­for­mance sont ex­trê­me­ment com­plexes

Dans ces condi­tions, im­pos­sible de com­pa­rer les pro­duits entre eux. Voi­là un dé­faut ma­jeur car les épar­gnants ont soif de sim­pli­ci­té. Avec l’eu­ro-crois­sance, on cherche, de fait, à im­po­ser une di­ver­si­fi­ca­tion dé­gui­sée aux épar­gnants à l’aide de mé­ca­nismes alam­bi­qués. C’est al­ler à l’en­contre de leurs as­pi­ra­tions… Et au-de­vant de pro­blèmes, quand il fau­dra rendre des comptes !

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