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Mieux Vivre Votre Argent - - Contents - Par Jean-Fran­çois Filliatre

Al’heure où j’écris ces lignes, les grands mar­chés bour­siers mon­diaux n’ont pas su­bi de re­mous es­ti­vaux ma­jeurs, comme en août 2015, avec la crise chi­noise. En conflit com­mer­cial avec les Etats-Unis, l’em­pire du Mi­lieu a tou­te­fois te­nu la tête d’af­fiche de l’ac­tua­li­té éco­no­mique. L’in­fla­tion des sanc­tions doua­nières amé­ri­caines, pas­sées en quelques se­maines de plu­sieurs di­zaines à des cen­taines de mil­liards de dol­lars, a certes bous­cu­lé cer­taines séances. Mais, le 22 août, date de la pre­mière réunion de dis­cus­sions entre les re­pré­sen­tants des deux pays, les mar­chés oc­ci­den­taux ont te­nu bon, à la dif­fé­rence d’ailleurs des Bourses chi­noises, en fort re­cul de­puis le dé­but de l’an­née.

Il fau­dra s’ha­bi­tuer aux ca­ni­cules et aux inon­da­tions

J’es­père donc que vos va­cances ont été tran­quilles, seule­ment per­tur­bées par la ca­ni­cule. Un phé­no­mène mé­téo­ro­lo­gique qui, à l’ins­tar des inon­da­tions, de­vrait mal­heu­reu­se­ment de­ve­nir de plus en plus fré­quent. Il n’y a pas uni­que­ment à la Bourse que le re­tour de la vo­la­ti­li­té est pré­vu…

J’en pro­fite éga­le­ment pour vous re­mer­cier de vos re­marques à la suite de ma chro­nique de juillet. Deux grands axes res­sortent de vos ré­ac­tions. Le pre­mier : pour­quoi in­té­grer le fonds en eu­ros dans le trip­tyque pa­tri­mo­nial de base ? Le se­cond : si nous sommes sur une pou­drière, pour­quoi ne pas mettre de l’or dans les por­te­feuilles ?

Ac­tion­naires in­di­vi­duels : l’amour du jeu ?

Cette ren­trée est une bonne oc­ca­sion pour ré­pondre. D’abord, sur le trip­tyque. Sans sur­prise, per­sonne ne m’a in­ter­ro­gé sur la per­ti­nence de l’im­mo­bi­lier. Dans l’es­prit col­lec­tif, la pierre est un in­con­tour­nable, pour des rai­sons pra­tiques au­tant que fi­nan­cières. Per­son­nel­le­ment, je trouve le pla­ce­ment as­sez ris­qué, no­tam­ment en rai­son de son fi­nan­ce­ment à cré­dit. Mais nous ou­vri­rons ce dos­sier une autre fois.

Pas de re­mise en cause, non plus, de la place des ac­tions. Une bonne nou­velle est d’ailleurs tom­bée cet été : l’aug­men­ta­tion du nombre d’ac­tion­naires in­di­vi­duels de­puis 2016. Alors que 6,2% des plus de 15 ans dé­te­naient des ac­tions il y a deux ans,

7,5% d’entre eux en pos­sé­daient au mois de mars der­nier, se­lon les chiffres de l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers (AMF). Mal­heu­reu­se­ment, se­lon mes contacts, ce re­bond n’est pas per­cep­tible dans nombre de grandes so­cié­tés co­tées. Une par­tie de la crois­sance s’est opé­rée via les in­tro­duc­tions en Bourse de 2016 et 2017, no­tam­ment sur les bio­tech. Mon conseil pour évi­ter toute dés­illu­sion à ces nou­veaux ve­nus ou re­ve­nants : pen­sez à vous di­ver­si­fier aus­si bien dans les tailles de so­cié­tés que par sec­teurs. Si­non, ce n’est plus de l’investissement, mais de la lo­te­rie.

Qui est sen­sible au spread ?

Nous en ve­nons au troi­sième élé­ment du trip­tyque, la poche la plus sûre de notre pa­tri­moine : les pro­duits de taux. Ré­gu­liè­re­ment, les au­to­ri­tés nous rap­pellent de ne pas sous­crire un pla­ce­ment que l’on ne com­prend pas. Non seule­ment, j’adhère, mais j’ap­plique !

So­lu­tion nu­mé­ro 1 : vous in­ves­tis­sez votre ar­gent et bé­né­fi­ciez d’un in­té­rêt an­nuel. Le taux est fixe du­rant toute la du­rée du pla­ce­ment pour les plans d’épargne lo­ge­ment (PEL), ou va­riable pour les comptes sur li­vret, le li­vret A, le li­vret de dé­ve­lop­pe­ment du­rable et so­li­daire (LDDS) et le fonds en eu­ros de l’as­su­rance vie. A no­ter, sur ces pro­duits, le ca­pi­tal est peu ou prou ga­ran­ti.

So­lu­tion nu­mé­ro 2 : le mar­ché obli­ga­taire. Voi­ci en quelques lignes ce que j’en re­tiens de­puis 1994, lorsque j’avais pris la res­pon­sa­bi­li­té de la ru­brique

obli­ga­taire de Mieux Vivre Votre Ar­gent. Un, le cours des obli­ga­tions fluc­tue en sens in­verse des mou­ve­ments de taux d’in­té­rêt. Quand le ren­de­ment des em­prunts aug­mente, leur cours baisse, et vice-ver­sa. Pas vé­ri­ta­ble­ment in­tui­tif ! Deux, le mou­ve­ment est d’au­tant plus fort que l’échéance de l’obli­ga­tion est loin­taine. La sen­si­bi­li­té d’une obli­ga­tion aux mou­ve­ments des taux s’est for­te­ment ac­crue avec leur baisse. Au­jourd’hui, un em­prunt d’Etat à dix ans est presque deux fois plus sen­sible qu’à mes dé­buts !

Mais le risque est aus­si ve­nu se lo­ger ailleurs. Face à la baisse des taux, le mar­ché a évo­lué. Est alors ap­pa­rue une nou­velle no­tion : le spread, me­sure du sur­croît de ren­de­ment. L’uni­vers des obli­ga­tions a en ef­fet glis­sé des em­prunts d’Etat vers les titres d’en­tre­prise. Ces der­nières n’offrent pas au­tant de ga­ran­ties qu’un Etat, d’où une prime de ré­mu­né­ra­tion sup­plé­men­taire, le fa­meux spread. Les émet­teurs d’as­sez bonne qua­li­té sont dits in­vest­ment grade. S’est en­suite ajou­té le com­par­ti­ment du haut ren­de­ment, ou high yield, qui re­groupe les émet­teurs de moins bonne qua­li­té, au spread en­core plus éle­vé. Sa­chez-le tou­te­fois : une obli­ga­tion high yield est presque aus­si ris­quée qu’une ac­tion !

La baisse du ren­de­ment des fonds en eu­ros se ra­len­tit

Mal­gré tous mes ef­forts pour être pé­da­gogue, cette pe­tite pa­ren­thèse en au­ra – et c’est bien nor­mal –, lais­sé quelques-uns sur le bord du che­min. D’où ma convic­tion : main­te­nant qu’il n’est plus pos­sible d’in­ves­tir en obli­ga­tions sim­ple­ment pour tou­cher du re­ve­nu, le pla­ce­ment obli­ga­taire n’est plus adap­té à un par­ti­cu­lier. Ce qui n’em­pêche pas les épar­gnants de mi­ser abon­dam­ment sur des fonds di­ver­si­fiés… bour­rés d’obli­ga­tions ! Sur la poche « taux », il faut donc faire son mar­ché dans les so­lu­tions ba­siques. Et sauf à avoir un vieux plan d’épargne lo­ge­ment, avec la pos­si­bi­li­té d’y faire en­core des ver­se­ments, la meilleure des formules reste le fonds en eu­ros. D’au­tant que la baisse de son ren­de­ment s’est ra­len­tie l’an der­nier, à 1,83% en moyenne, se­lon les chiffres de l’Au­to­ri­té de contrôle pru­den­tiel et de ré­so­lu­tion.

Les cryp­to­mon­naies, une concur­rence pour l’or ?

J’en ar­rive à votre se­conde ques­tion : quelle place ac­cor­der à l’or dans le pa­tri­moine ? Li­mi­tons-nous à la stra­té­gie d’as­su­rance : mettre 5 à 10% d’or pour faire face à l’ex­plo­sion de la pou­drière, la mon­tée en puis­sance des ca­ni­cules et inon­da­tions…

S’as­su­rer, pour­quoi pas ? Avant de dé­battre du prix, en­core faut-il avoir la cer­ti­tude que le contrat se­ra bien res­pec­té. Que l’as­su­rance s’ac­ti­ve­ra. Rien n’est moins sûr. Le dan­ger vient des banques cen­trales. D’où la très grande vi­gi­lance de leurs di­ri­geants. Mais les banques cen­trales ont beaucoup d’or dans leur coffre… Com­ment l’uti­li­se­raient-elles en cas d’at­taques ? L’as­su­rance n’est-elle pas plu­tôt dans les cryp­to­mon­naies ? Leur ca­rac­té­ris­tique : ne pas être émises par des banques cen­trales. Mais aus­si n’être ré­gu­lées au­jourd’hui par au­cune au­to­ri­té de sur­veillance.

L’or me pa­raît être une perte de ren­de­ment trop im­por­tante et une as­su­rance trop in­cer­taine. Les cryp­to­mon­naies sont trop jeunes et sources ac­tuel­le­ment de trop d’ar­naques pour s’y in­té­res­ser. Bref, face au risque de crise, il n’y a d’autre so­lu­tion que de l’as­su­mer soi-même. Ce qui ne de­vrait pas po­ser de pro­blème à l’épar­gnant qui pi­lote son pa­tri­moine avec une ex­trême ri­gueur.

Comme à l’ac­cou­tu­mée, n’hé­si­tez pas à me faire part de vos com­men­taires par cour­riel à : vos­pla­ce­ments@mieuxvivre.fr.

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