Peut-on dé­fis­ca­li­ser en 2018 ?

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Avec l’an­née blanche, vos re­ve­nus 2018 ne se­ront pas sou­mis à l’im­pôt. Dé­pen­ser ou in­ves­tir pour en di­mi­nuer le mon­tant semble donc in­op­por­tun. Mais ce n’est pas si simple. Tour d’ho­ri­zon des dif­fé­rentes op­tions qui vous sont of­fertes. En­quête : Ro­bin Massonnaud

Tra­di­tion­nel­le­ment, à la ren­trée, une fois di­gé­ré l’avis d’im­po­si­tion vous pré­sen­tant la note, le contri­buable que vous êtes n’a plus qu’une idée, fort lé­gi­time : dé­fis­ca­li­ser afin de ré­duire la pro­chaine fac­ture. Cette an­née, vous res­tez sur vos gardes et ne sa­vez pas trop quoi faire. Les res­pon­sables de ce flot­te­ment s’ap­pellent pré­lè­ve­ment à la source de l’im­pôt sur le re­ve­nu et cré­dit d’im­pôt mo­der­ni­sa­tion du re­cou­vre­ment.

En 2019, comme vous le sa­vez, l’im­pôt se­ra pré­le­vé à la source sur les re­ve­nus de l’an­née en cours. Toutes les res­sources per­çues à comp­ter du 1er jan­vier se­ront concer­nées, à l’ex­cep­tion de celles don­nant lieu à un pré­lè­ve­ment for­fai­taire (plus-va­lues im­mo­bi­lières, re­ve­nus mo­bi­liers). Pour les sa­laires, les pen­sions de re­traite, les al­lo­ca­tions chô­mage et les in­dem­ni­tés ma­la­die, le pré­lè­ve­ment à la source (PAS) se­ra ef­fec­tué par l’em­ployeur ou l’or­ga­nisme ver­seur. Pour ceux qui ont des re­ve­nus fon­ciers ou des bé­né­fices d’ac­ti­vi­tés in­dé­pen­dantes, le fisc ponc­tion­ne­ra di­rec­te­ment leur compte en banque. Mé­ca­ni­que­ment, avec le dé­ca­lage d’un an que l’on connaît en­core au­jourd’hui entre la per­cep­tion et la taxa­tion des re­ve­nus, vous au­riez nor­ma­le­ment dû ac­quit­ter l’im­pôt sur les re­ve­nus 2018 en sus. Il au­rait donc fal­lu payer deux fois en 2019 ! Pour évi­ter une telle ponc­tion, vous re­ce­vrez un avis d’im­po­si­tion avec un mon­tant qui se­ra an­nu­lé par l’oc­troi d’un cré­dit d’im­pôt mo­der­ni­sa­tion du re­cou­vre­ment (CIMR). Par consé­quent, vos re­ve­nus 2018, à l’ex­cep­tion de ceux consi­dé­rés comme ex­cep­tion­nels (voir en­ca­dré), se­ront exo­né­rés d’im­pôt. Dans ces condi­tions, il est lo­gique de se de­man­der à quoi peuvent ser­vir les dé­duc­tions, ré­duc­tions et cré­dits d’im­pôt ac­cor­dés en fonc­tion des dé­penses et in­ves­tis­se­ments de 2018. Après tout, puis­qu’il n’y au­ra pas d’im­pôt sur les re­ve­nus 2018, ils ne servent à rien, a prio­ri.

La réa­li­té est beau­coup plus com­plexe. En ef­fet, avec le pré­lè­ve­ment à la source, si les re­ve­nus sont taxés l’an­née de leur per­cep­tion, les avan­tages fis­caux se­ront main­te­nus et dé­ca­lés d’un an (voir in­fo­gra­phie). Au­tre­ment dit, au titre d’une an­née X, ils se­ront ap­pli­qués l’an­née X+1. Au dé­but de 2019, le fisc ne pour­ra pas avoir connais­sance de vos dé­penses de 2018. Il fau­dra donc qu’il at­tende votre dé­cla­ra­tion de re­ve­nus 2018 réa­li­sée au prin­temps 2019 pour sa­voir pré­ci­sé­ment à quoi vous pou­vez pré­tendre. Ini­tia­le­ment, vous ne de­viez donc pro­fi­ter de vos avan­tages fis­caux pour 2018 que dans le cou­rant du deuxième se­mestre 2019. Conscient des in­con­vé­nients, Ber­cy a dé­ci­dé que, pour cer­tains cré­dits et ré­duc­tion d’im­pôt, une avance de 60 % vous se­ra al­louée en dé­but d’an­née. Mais celle-ci, at­tri­buée pour la pre­mière fois en jan­vier 2019, se­ra cal­cu­lée se­lon les avan­tages ob­te­nus sur votre feuille d’im­pôt 2018 re­la­tive aux re­ve­nus et dé­penses de 2017. A par­tir de sep­tembre 2019, une ré­gu­la­ri­sa­tion in­ter­vien­dra car, en fonc­tion de l’évo­lu­tion de vos dé­penses « dé­fis­ca­li­santes » de 2018, vous au­rez droit à un com­plé­ment ou de­vrez rem­bour­ser le trop-per­çu. De plus, le Tré­sor vous ver­se­ra en même temps les avan­tages ac­quis pour cer­tains pla­ce­ments (par exemple dans les PME) ne don­nant lieu à au­cune avance. Ain­si de suite tous les ans…

Ce sys­tème est d’au­tant plus com­pli­qué que, cette an­née, il se plaque sur les dis­po­si­tions du CIMR. S’agis­sant des dé­duc­tions du re­ve­nu glo­bal ou des re­ve­nus ca­té­go­riels (comme l’épargne re­traite ou les tra­vaux sur les im­meubles dé­duc­tibles des loyers avec pos­si­bi­li­té de dé­ga­ger un dé­fi­cit fon­cier), la si­tua­tion n’est pas brillante. Les dé­penses de l’an­née

Les avan­tages fis­caux liés à vos dé­penses et pla­ce­ments se­ront dé­ca­lés d’un an

2018 s’im­putent sur le re­ve­nu 2018 même s’il n’est pas taxé. Ce­la in­cite à s’abs­te­nir. Mais il fau­dra y ré­flé­chir à deux fois. Car les par­le­men­taires ont mis en place, sous la hou­lette de Ber­cy, un sys­tème so­phis­ti­qué qui vous oblige à pla­cer ou dé­pen­ser en 2018 pour pou­voir dé­fis­ca­li­ser en 2019.

Quant aux nom­breux autres cré­dits et ré­duc­tions d’im­pôt, ils ne sont pas per­dus puisque le fisc vous res­ti­tue­ra les sommes dues à l’au­tomne 2019. De plus, si vous sou­hai­tez en 2020 bé­né­fi­cier d’une avance de 60%, ce sont vos opé­ra­tions 2018 qui se­ront prises en consi­dé­ra­tion et la ré­gu­la­ri­sa­tion ne se fe­ra qu’en fin d’an­née pour vos dé­penses et in­ves­tis­se­ments 2019. Pour y voir plus clair, exa­mi­nons tous les tuyaux de cette usine à gaz en fonc­tion de la na­ture de vos dé­penses et in­ves­tis­se­ments.

L’épargne re­traite : adap­ter ses ver­se­ments au dis­po­si­tif an­ti-op­ti­mi­sa­tion

Ou­vrir un plan d’épargne re­traite po­pu­laire (Perp) ou, pour les com­mer­çants, pro­fes­sions li­bé­rales et ar­ti­sans, un contrat Ma­de­lin, pré­sente un in­té­rêt fis­cal non né­gli­geable. En ef­fet, ces pro­duits à sor­tie en rente (taxable) au­to­risent à dé­duire du re­ve­nu im­po­sable les sommes qui y sont ver­sées. Ce qui, par ri­co­chet, di­mi­nue l’im­pôt. Les sommes dé­duc­tibles sont li­mi­tées dans leur mon­tant (voir notre Guide des pla­ce­ments, oc­tobre 2018) mais elles res­tent très éle­vées. L’ef­fet dé­fis­ca­li­sant peut être im­por­tant, sur­tout si vous êtes taxé dans les plus hautes tranches du ba­rème.

Pour 2018, vous êtes très ten­té de sus­pendre vos ver­se­ments an­nuels. Mais c’est ou­blier un peu vite le dis­po­si­tif mis en place par Ber­cy pour em­pê­cher une dé­crue ca­la­mi­teuse des dé­pôts. L’idée du mi­nis­tère des Fi­nances est as­sez simple. Il s’agit de res­treindre la dé­duc­tion des ver­se­ments 2019 sur l’épargne re­traite s’il n’y en a pas eu suf­fi­sam­ment en 2018. Au­tre­ment dit, vous de­vrez ver­ser pour rien en 2018 si­non vos dé­pôts de 2019 se­ront pé­na­li­sés.

Ex­pli­ca­tion. Pour l’an­née blanche, ali­men­ter ses con­trats d’épargne re­traite n’a au­cun im­pact fis­cal, les sommes ve­nant di­mi­nuer un re­ve­nu qui, grâce au CIMR, ne se­ra pas taxable. L’opé­ra­tion n’a d’in­té­rêt que si vous avez des re­ve­nus ex­cep­tion­nels res­tant im­po­sables. Mais si vos ver­se­ments de 2018 sont in­fé­rieurs à ceux de 2017 et de 2019, le mon­tant de 2019 ne se­ra pas dé­duc­tible dans la li­mite de vos pla­fonds (voir en­ca­dré ci-des­sous). Le fisc éta­bli­ra une moyenne sur deux ans. Si en 2018 vous ne pro­cé­dez à au­cun dé­pôt et, en 2019, vous épar­gnez 1 000 eu­ros, vous di­mi­nue­rez votre re­ve­nu de seule­ment 500 eu­ros (1 000 eu­ros de 2019 + 0 eu­ro en 2018, di­vi­sés par 2). Par consé­quent, si vous sou­hai­tez dé­duire 1 000 eu­ros en 2019, il vous faut ver­ser sans avan­tage la même somme en 2018. Quant au Ma­de­lin, vous ne se­rez pas sou­mis au di­lemme du choix car contrac­tuel­le­ment, vous de­vez l’abon­der tous les ans d’un mon­tant mi­ni­mal (1 657 eu­ros en 2018), faute de quoi l’avan­tage fis­cal du pro­duit peut être re­mis en cause. Il vous suf­fi­ra donc d’ef­fec­tuer un ver­se­ment iden­tique en 2018 et 2019 pour ré­duire votre re­ve­nu 2019.

Le ver­dict : si vous n’avez pas en­core de Perp ou de Ma­de­lin, in­utile d’en ou­vrir un puisque vos ver­se­ments n’au­ront au­cun im­pact sur cette an­née. Mieux vaut at­tendre l’an pro­chain car cette règle ne joue­ra plus. Quant à ceux qui pos­sèdent dé­jà un Perp, l’ali­men­ter en 2018 ne pré­sente un in­té­rêt que si vous vou­lez dé­duire en 2019. Par exemple, si vous avez peu ver­sé en 2017, il peut être utile de réa­li­ser un dé­pôt ana­logue cette an­née afin de réa­li­ser un gros ver­se­ment en 2019, le­quel se­ra alors in­té­gra­le­ment dé­duc­tible.

Il faut ver­ser sur votre Perp en 2018 pour ne pas être pé­na­li­sé l’an­née sui­vante

L’in­ves­tis­se­ment im­mo­bi­lier à ré­duc­tion d’im­pôt : an­ti­ci­per en pré­vi­sion de 2019

Notre Code gé­né­ral des im­pôts re­gorge de pla­ce­ments im­mo­bi­liers lo­ca­tifs don­nant droit à une ré­duc­tion d’im­pôt ré­par­tie sur plu­sieurs an­nées. En ache­tant un bien neuf Pi­nel, la ré­duc­tion maxi­male est de 63 000 eu­ros éta­lée sur douze ans. Pour un ap­par­te­ment Mal­raux (im­meubles an­ciens à res­tau­rer si­tués dans des sites pa­tri­mo­niaux re­mar­quables), l’avan­tage fis­cal, qui peut at­teindre 120 000 eu­ros, est éche­lon­né sur quatre ans. En­fin, pour un in­ves­tis­se­ment Cen­si-Bou­vard (ré­si­dences étu­diantes, se­niors, éta­blis­se­ments pour per­sonnes âgées dé­pen­dantes), la di­mi­nu­tion d’im­pôt est pla­fon­née à 33 000 eu­ros et ac­cor­dée par frac­tions égales pen­dant neuf ans.

Pour ceux qui ont dé­jà in­ves­ti et bé­né­fi­ciaient d’un avan­tage fis­cal les an­nées pré­cé­dentes, la ré­duc­tion d’im­pôt pour 2018 n’est pas per­due et pren­dra la forme d’un cré­dit d’im­pôt (voir en­ca­dré page sui­vante). Il n’y a donc pas lieu de s’in­quié­ter. En re­vanche, le pri­mo-in­ves­tis­seur que vous

êtes se de­mande s’il doit si­gner avant la fin de l’an­née puisque l’im­pôt ne se­ra pas per­çu pour les re­ve­nus de 2018. En fait, vous n’avez pas à vous tour­men­ter. La si­gna­ture dé­fi­ni­tive de­vant no­taire n’in­ter­vien­dra cer­tai­ne­ment pas avant l’an pro­chain. De plus, même si l’achat a été conclu en 2018, il faut sa­voir que cette date n’est pas celle de l’oc­troi de votre pre­mière ré­duc­tion d’im­pôt. En ef­fet, pour le Pi­nel comme pour le Cen­si-Bou­vard, elle ne com­mence que l’an­née d’achè­ve­ment du lo­ge­ment ou des tra­vaux de ré­ha­bi­li­ta­tion. Si vous si­gnez en dé­cembre 2018 pour une li­vrai­son au troi­sième tri­mestre 2019, la pre­mière ré­duc­tion d’im­pôt se­ra ap­pli­quée au titre de 2019, an­née où vos re­ve­nus se­ront de nou­veau im­po­sables se­lon le sys­tème du pré­lè­ve­ment à la source. Quant au Mal­raux, la pre­mière ré­duc­tion d’im­pôt est ac­cor­dée au titre de l’an­née de paie­ment des dé­penses de tra­vaux de res­tau­ra­tion, le coût du fon­cier ac­quit­té lors de la si­gna­ture chez le no­taire n’étant pas pris en compte. Là en­core, si vous si­gnez à la fin de l’an­née, les tra­vaux ne dé­bu­te­ront cer­tai­ne­ment qu’en 2019, an­née où l’avan­tage fis­cal vien­dra bien ré­duire un im­pôt re­de­ve­nu exi­gible.

Le ver­dict: si vous trou­vez le pro­gramme im­mo­bi­lier idéal, le bon em­pla­ce­ment res­tant un cri­tère es­sen­tiel, n’hé­si­tez-pas à prendre date et à si­gner un contrat de ré­ser­va­tion. Votre ré­duc­tion d’im­pôt ne joue­ra qu’à par­tir de 2019.

L’in­ves­tis­se­ment im­mo­bi­lier « dé­fi­cit fon­cier » : dif­fé­rer les tra­vaux à 2020

Cer­tains achats im­mo­bi­liers des­ti­nés à la lo­ca­tion ne donnent pas droit à ré­duc­tion d’im­pôt mais jouent sur le mé­ca­nisme du dé­fi­cit fon­cier, qui pro­vient es­sen­tiel­le­ment de tra­vaux im­por­tants dé­duc­tibles du re­ve­nu lo­ca­tif. S’ils dé­passent les loyers, la règle fis­cale au­to­rise le contri­buable à consta­ter un dé­fi­cit fon­cier im­pu­table sur le re­ve­nu glo­bal. En di­mi­nuant ce der­nier, il per­met de ré­duire l’im­pôt. Lorsque vous ache­tez un bien an­cien à ré­no­ver, le dé­fi­cit im­pu­table est li­mi­té à 10 700 eu­ros par an avec re­port pos­sible sur dix ans. Si vous de­ve­nez pro­prié­taire d’un ac­tif clas­sé ou ins­crit aux mo­nu­ments his­to­riques, il n’y a au­cune res­tric­tion à l’im­pu­ta­tion. Ce mé­ca­nisme est très ef­fi­cace, à condi­tion qu’il y ait un im­pôt à dé­bour­ser.

Faut-il alors évi­ter ces pla­ce­ments et re­pous­ser la mise en oeuvre de tra­vaux à l’an­née pro­chaine ? Si vous dé­te­nez un bien an­cien, mo­nu­ment his­to­rique ou non, ou si vous en­vi­sa­gez un achat avant la fin de l’an­née avec dé­but des tra­vaux en 2019, il convient de vous in­ter­ro­ger. En ef­fet, afin d’évi­ter que le contri­buable re­nonce à en­ga­ger cer­taines dé­penses en 2018 en rai­son de leur ab­sence d’im­pact sur un im­pôt non exi­gible pour les dif­fé­rer d’un an, le Gou­ver­ne­ment a pré­vu des me­sures an­ti-op­ti­mi­sa­tion d’une hal­lu­ci­nante com­plexi­té. Es­sayons de ré­su­mer.

Vos dé­penses cou­rantes (primes d’as­su­rance, quo­te­part du bud­get an­nuel de la co­pro­prié­té, frais de ges­tion, in­té­rêts d’em­prunt, im­pôts lo­caux) de 2018 ne sont dé­duc­tibles que des re­ve­nus non taxés de 2018 sans au­cune pos­si­bi­li­té de re­port sur l’an­née sui­vante, et ce, quelle que soit la date de leur paie­ment ef­fec­tif. Elles sont donc per­dues.

Pour les tra­vaux, c’est un cau­che­mar. Pour évi­ter que les pro­prié­taires re­portent ceux pré­vus en 2018, Ber­cy a éla­bo­ré un dis­po­si­tif spé­ci­fique. En 2019, la dé­duc­tion au­to­ri­sée se­ra égale à la moyenne des dé­penses ré­glées en 2018 et en 2019. A l’ex­cep­tion no­table des tra­vaux d’ur­gence et de ceux réa­li­sés sur les im­meubles ac­quis en 2019 ou mo­nu­ments his­to­riques qui, eux, res­tent en­tiè­re­ment dé­duc­tibles en 2019.

Les consé­quences de cette me­sure sont pa­ra­doxales et dom­ma­geables. Même en l’ab­sence de tra­vaux dé­duc­tibles en 2019, les pro­prié­taires pour­ront dé­duire 50% des sommes dé­bour­sées en 2018 de leurs re­ve­nus fon­ciers 2019 et consta­ter un dé­fi­cit d’un mon­tant égal ! En re­vanche, en l’ab­sence de tra­vaux fi­nan­cés en 2018, ceux qui peuvent être dé­duits des loyers en 2019 ne le se­ront qu’à hau­teur de 50% de leur mon­tant dans la li­mite du pla­fond de 10 700 eu­ros.

Le ver­dict: une seule at­ti­tude est pos­sible face à cette in­vrai­sem­blable « tuyau­te­rie fis­cale » qui en­gen­dre­ra de nom­breux re­dres­se­ments. Si vous en­vi­sa­gez d’in­ves­tir, at­ten­dez 2020 car c’est seule­ment à cette date que vous pour­rez tout dé­duire et im­pu­ter sur votre re­ve­nu glo­bal. Si vous dé­te­nez des biens an­ciens ou clas­sés, même si des tra­vaux sont né­ces­saires, mieux vaut les re­por­ter à 2020. Quitte à voir vos biens se dé­gra­der. C’est mal­heu­reu­se­ment le prix à payer pour évi­ter des er­reurs et des pro­blèmes avec le fisc.

Ber­cy a éla­bo­ré un dis­po­si­tif spé­ci­fique pour les tra­vaux réa­li­sés en 2018

Les dé­penses per­son­nelles : ne pas hé­si­ter à les pour­suivre

Bien des dé­penses ou­vrant droit à avan­tage fis­cal sont liées à vos charges de fa­mille, à votre si­tua­tion per­son­nelle ou à l’en­tre­tien de votre do­mi­cile. On peut ci­ter pêle-mêle les frais de garde d’en­fants, les dé­penses de ré­no­va­tion éner­gé­tique de votre ha­bi­ta­tion prin­ci­pale, l’ins­tal­la­tion d’équi­pe­ments adap­tés au vieillis­se­ment des oc­cu­pants, les dé­penses d’ac­cueil dans un éta­blis­se­ment pour per­sonnes

dé­pen­dantes, l’em­ploi d’un sa­la­rié (femme de mé­nage, jar­di­nier, sou­tien sco­laire, as­sis­tance in­for­ma­tique…) à votre do­mi­cile. On peut y ajou­ter, car il ne s’agit pas d’in­ves­tis­se­ments de dé­fis­ca­li­sa­tion, les co­ti­sa­tions syn­di­cales et les dons aux as­so­cia­tions et fon­da­tions. Les mon­tants des cré­dits ou des ré­duc­tions d’im­pôt va­rient se­lon les dé­penses et leur cu­mul peut pré­sen­ter une im­por­tante éco­no­mie d’im­pôt. Ain­si, un couple qui confie ses deux en­fants à une crèche, em­ploie une femme de mé­nage et fait ap­pel à plu­sieurs ser­vices à do­mi­cile peut ob­te­nir jus­qu’à 9 800 eu­ros de di­mi­nu­tion d’im­pôt. Quant aux tra­vaux d’éco­no­mies d’éner­gie dans la mai­son, le même couple pour­rait pré­tendre à un cré­dit d’im­pôt de 5 040 eu­ros, alors que ses dons ou­vrant droit à une ré­duc­tion d’im­pôt de 66% peuvent al­ler jus­qu’à 20% de son re­ve­nu im­po­sable.

Le seul pro­blème, c’est qu’au titre des re­ve­nus de 2018, vous n’au­rez pas d’im­pôt. Dans la me­sure où les avan­tages re­la­tifs à ces frais ne sont pas re­por­tables sur les an­nées sui­vantes, il est lé­gi­time de s’in­ter­ro­ger sur la né­ces­si­té de les en­ga­ger ou, pour ceux qui sont in­con­tour­nables, d’en ré­duire le mon­tant. En fait, il n’y a pas d’hé­si­ta­tion à avoir. Vous pou­vez conti­nuer à payer un pro­fes­seur pour le sou­tien sco­laire de vos en­fants, à ré­mu­né­rer une as­sis­tante de vie ou à don­ner à une as­so­cia­tion de pro­tec­tion des ani­maux. L’Ad­mi­nis­tra­tion a pré­vu de rem­bour­ser les avan­tages fis­caux ac­quis sans évo­quer de li­mi­ta­tion autre que le pla­fond de 10 000 eu­ros des niches fis­cales. Vos comptes de­vraient être cré­di­tés des sommes cor­res­pon­dantes à par­tir de sep­tembre 2019 puisque le fisc n’au­ra eu connais­sance de vos dé­penses qu’après l’exa­men de la dé­cla­ra­tion de vos re­ve­nus 2018 faite au prin­temps 2019.

Le ver­dict : pour toutes ces dé­penses, sou­vent contraintes, in­dis­pen­sables à votre quo­ti­dien ou re­flé­tant vos en­ga­ge­ments per­son­nels, il n’y a pas de sou­ci. Pour 2018, la di­mi­nu­tion d’im­pôt se trans­forme en chèque du Tré­sor. Le main­tien de vos charges en 2018 a un autre avan­tage. Vous bé­né­fi­cie­rez à plein en 2020 du ré­gime d’avance de 60% qui, rap­pe­lons-le, consiste à ver­ser par an­ti­ci­pa­tion une par­tie des cré­dits et ré­duc­tions d’im­pôt que vous avez l’ha­bi­tude d’ob­te­nir. Se­lon la pro­messe de Ber­cy, qui s’ex­prime par la voix de Gé­rald Dar­ma­nin, mi­nistre de l’Ac­tion et des Comptes pu­blics, toutes ces charges sont prises en compte dans ce mé­ca­nisme. Or, celles de 2018 ser­vi­ront à cal­cu­ler l’avance en 2020. Vous n’avez donc pas in­té­rêt à les di­mi­nuer ou à les dif­fé­rer !

Les pla­ce­ments dans les en­tre­prises : à re­mettre à l’an pro­chain

In­ves­tir dans les en­tre­prises pour ob­te­nir un avan­tage fis­cal se fait de dif­fé­rentes ma­nières. Vous pou­vez sous­crire des parts de PME que vous vous en­ga­ge­rez à conser­ver pen­dant cinq ans. Vous ob­tien­drez alors une ré­duc­tion d’im­pôt maxi­male de 12 500 eu­ros si vous êtes seul et du double si vous êtes ma­rié ou pac­sé. Il est éga­le­ment pos­sible d’ache­ter des parts de fonds d’in­ves­tis­se­ment de proxi­mi­té (FIP) ou de fonds com­muns de pla­ce­ment dans l’in­no­va­tion (FCPI) à concur­rence de 12 000 eu­ros pour les cé­li­ba­taires et de 24 000 eu­ros pour les couples. La ré­duc­tion d’im­pôt est de 25% des mon­tants ver­sés, ce pour­cen­tage étant por­té à 38% pour les parts de FIP in­ves­tis en Corse. Là aus­si, vous de­vez les gar­der cinq ans. En­fin, si le sep­tième art vous in­té­resse, vous le sou­tien­drez par l’achat de parts de so­cié­tés pour le fi­nan­ce­ment d’oeuvres ci­né­ma­to­gra­phiques ou au­dio­vi­suelles (So­fi­ca). Votre opé­ra­tion ou­vri­ra droit à une ré­duc­tion de 30%, 36% ou 48% d’un pla­fond de 18000 eu­ros.

Tous ces avan­tages fis­caux sont des « one shot », c’est-àdire qu’ils s’ap­pliquent une seule fois l’an­née de la sous­crip­tion. Au­tre­ment dit, si vous sous­cri­vez avant la fin de l’an­née, la ré­duc­tion ne concer­ne­ra que les re­ve­nus per­çus en 2018. Or, vous le sa­vez, il n’y au­ra pas d’im­pôt grâce au CIMR. Certes, ces ré­duc­tions pren­dront la forme d’un cré­dit et vous se­ront rem­bour­sées à l’au­tomne 2019. Mais les sommes in­ves­ties n’au­ront au­cun im­pact sur vos pré­lè­ve­ments à la source de 2020 et ne se­ront pas pris en compte pour dé­ter­mi­ner l’avance de 60% d’avan­tages fis­caux qui se­ra pré­payée en jan­vier 2020. Tous ces pla­ce­ments, à la dif­fé­rence de l’im­mo­bi­lier, en sont en ef­fet ex­clus.

Le ver­dict : ces in­ves­tis­se­ments sont es­sen­tiel­le­ment des ou­tils de dé­fis­ca­li­sa­tion. Or, ils sont bien mal trai­tés par le mé­ca­nisme du PAS, qui vous oc­troie un rem­bour­se­ment au lieu d’un amoin­dris­se­ment de votre im­pôt. Mieux vaut vous abs­te­nir. D’au­tant plus qu’il s’agit de pro­duits ris­qués dont les frais sont très éle­vés et pour les­quels la ren­ta­bi­li­té est loin d’être ga­ran­tie, sauf si vous in­ves­tis­sez en di­rect sur des dos­siers très pro­met­teurs !

Les dé­penses per­son­nelles faites en 2018 se­ront plei­ne­ment prises en compte

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