Pré­pa­rer une an­née sab­ba­tique

A 35 ans, Ma­thieu, cé­li­ba­taire, en­vi­sage de prendre un congé sans solde. Pour pro­gram­mer cette aven­ture dans des condi­tions fi­nan­cières op­ti­males, il doit li­mi­ter les en­ga­ge­ments contrai­gnants et se consti­tuer une confor­table ca­gnotte. Re­por­tage : Lau­renc

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Ma­thieu a dé­jà mis un pied sur tous les conti­nents ou presque. De la Bo­li­vie à l’Aus­tra­lie, en pas­sant par la Nou­velle-Zé­lande, le Ca­na­da, les Etats-Unis, le Ma­roc, la Thaï­lande, les An­tilles, Is­raël et bien d’autres des­ti­na­tions en­core, le tren­te­naire pro­fite de cha­cune de ses pé­riodes de va­cances pour par­cou­rir le monde. Ce goût pour les voyages se res­sent sur son bud­get loi­sirs, le­quel se hisse en tête de ses dé­penses cou­rantes et en troi­sième po­si­tion de ses charges après le rem­bour­se­ment du cré­dit de sa ré­si­dence prin­ci­pale et le paie­ment de son im­pôt sur le re­ve­nu. Une pas­sion que lui per­met ce­pen­dant d’as­sou­vir son sa­laire de fonc­tion­naire, em­ployé au ser­vice de l’ur­ba­nisme d’une mu­ni­ci­pa­li­té fran­ci­lienne, de 50 000 eu­ros par an. En ef­fet, une fois tous ses frais ré­glés, il dis­pose en­core d’une re­plète ca­pa­ci­té d’épargne de près de 16 000 eu­ros par an.

Au­jourd’hui, Ma­thieu ai­me­rait faire une pause pour ré­flé­chir à son ave­nir, se consa­crer au bé­né­vo­lat, dans une autre ré­gion de France ou à l’étran­ger, en pro­fi­tant d’une « dis­po­ni­bi­li­té ». Cette pos­si­bi­li­té of­ferte aux agents de la fonc­tion pu­blique ter­ri­to­riale prend la forme d’un congé sans solde dont la du­rée va­rie se­lon le mo­tif. Lors­qu’il s’agit de conve­nances per­son­nelles, elle est au maxi­mum de trois ans, re­nou­ve­lable dans la li­mite de dix ans pour toute la car­rière. Ma­thieu a bon es­poir que sa de­mande soit ac­cep­tée par sa hié­rar­chie. Et, gros avan­tage du dis­po­si­tif, à son re­tour, il re­trou­ve­ra un poste cor­res­pon­dant à son grade. Une op­por­tu­ni­té qu’il sou­haite sai­sir. De pré­fé­rence avant ses qua­rante ans, soit au plus tard d’ici cinq ans. Dans cette pers­pec­tive, afin de se li­bé­rer de toutes les contraintes de ges­tion, il vient de cé­der un pe­tit ap­par­te­ment lo­ca­tif qu’il dé­te­nait dans la ca­pi­tale. Une fois le prêt at­ta­ché au bien rem­bour­sé, la tran­sac­tion lui a lais­sé 60 000 eu­ros de cash en at­tente sur son compte cou­rant.

A la croi­sée des che­mins, ce fi­dèle abon­né de Mieux Vivre Votre Argent est ti­raillé par la pour­suite d’ob­jec­tifs an­ta­go­nistes. D’un cô­té, il sou­haite conser­ver un pé­cule ac­ces­sible pour as­su­rer ses ar­rières pen­dant son « aven­ture ». De l’autre, il s’in­ter­roge sur l’in­té­rêt de vendre sa ré­si­dence prin­ci­pale pour ache­ter plus grand ou de ré­in­ves­tir dans l’im­mo­bi­lier une par­tie de ses 130 000 eu­ros de ca­pi­tal dis­po­nible (compte cou­rant, li­vret A et plan d’épargne lo­ge­ment). Pour faire le point et bé­né­fi­cier d’un re­gard ex­té­rieur, Ma­thieu nous a ap­pe­lés à la res­cousse.

An­ti­ci­per le fi­nan­ce­ment d’une an­née de cé­sure

Notre lec­teur doit à tout prix hié­rar­chi­ser ses prio­ri­tés. Si en haut de sa liste fi­gure bien la concré­ti­sa­tion de son pro­jet d’an­née sab­ba­tique, se pose le pro­blème de son fi­nan­ce­ment. Car du­rant cette pé­riode, Ma­thieu ne per­ce­vra au­cun sa­laire, ce qui le pri­ve­ra de sa seule source de re­ve­nus. Pre­mière ques­tion à la­quelle il doit ré­pondre : quelle ré­serve doit-il pré­voir pour bou­cler son pé­riple ? Ma­thieu es­time l’en­ve­loppe glo­bale à 30 000 eu­ros. Il peut les pré­le­ver sur les 60 000 eu­ros qui dorment sur son compte cou­rant. En at­ten­dant son dé­part, il af­fec­te­ra l’in­té­gra­li­té de ce mon­tant sur le contrat d’as­su­rance vie que nous lui conseillons d’ou­vrir (voir p. 74). Par pru­dence, nous lui re­com­man­dons de pro­vi­sion­ner 10 000 eu­ros sup­plé­men­taires pour pa­rer à toute éven­tua­li­té. Il dé­tient cette somme sur un li­vret A qu’il doit gar­der.

Se­conde ques­tion : com­ment, en l’ab­sence de re­ve­nus, ré­gle­ra-t-il les 920 eu­ros men­suels du cré­dit de sa ré­si­dence prin­ci­pale ? Un mo­ment en­vi­sa­gé, le rem­bour­se­ment an­ti­ci­pé de son prêt, dont le ca­pi­tal res­tant dû s’élève à 120 000 eu­ros, a été écar­té. Cette op­tion au­rait com­plè­te­ment si­phon­né ses éco­no­mies. La so­lu­tion, si Ma­thieu est dis­po­sé à fran­chir le pas, ré­side dans la lo­ca­tion de son lo­ge­ment du­rant son ab­sence. Son co­quet deux-pièces de 40 mètres car­rés, si­tué dans un quar­tier re­cher­ché de la ca­pi­tale, se loue­ra meu­blé sans dif­fi­cul­té. Après une ra­pide

étude du mar­ché, il peut ta­bler sur des re­ve­nus fon­ciers de l’ordre de 1 000 à 1 200 eu­ros par mois, voire plus, soit au mi­ni­mum entre 12 000 et 14 400 eu­ros par an. De quoi cou­vrir la qua­si-to­ta­li­té de son ac­tuel bud­get lo­ge­ment an­nuel : prêt (11 000 eu­ros), charges de co­pro­prié­té (1 200 eu­ros) et même im­pôts lo­caux (400 eu­ros). En ef­fet, en chan­geant de sta­tut, de ré­si­dence prin­ci­pale à bien loué, son lo­ge­ment gé­né­re­ra de nou­veaux frais qu’il convient éga­le­ment d’in­té­grer dans ses comptes : ma­jo­ra­tion de la taxe fon­cière et im­pôts sur les re­ve­nus fon­ciers. Sauf que les re­ve­nus per­çus par Ma­thieu, is­sus de la lo­ca­tion de sa ré­si­dence prin­ci­pale en meu­blé, peuvent être dé­cla­rés dans la ca­té­go­rie des re­ve­nus in­dus­triels et com­mer­ciaux (BIC). S’il opte, ce que nous lui conseillons, pour le ré­gime du mi­cro-BIC, il bé­né­fi­cie­ra d’un abat­te­ment for­fai­taire de 50%. Il se­ra donc im­po­sé sur une an­née pleine de 7 200 eu­ros au maxi­mum. Ne tou­chant pas d’autres re­ve­nus, il échap­pe­ra à toute im­po­si­tion. En re­vanche, Ma­thieu de­vra pro­vi­sion­ner les in­con­tour­nables 17,2 % de pré­lè­ve­ments so­ciaux, soit jus­qu’à 2 477 eu­ros.

Par­tir quand il veut, sans s’in­quié­ter de sa re­traite

Autre vo­let à an­ti­ci­per si Ma­thieu dé­sire op­ti­mi­ser son congé, le choix de sa date de dé­part. En tant que fonc­tion­naire ter­ri­to­rial ti­tu­laire, il re­lève de la Caisse na­tio­nale de re­traites des agents des col­lec­ti­vi­tés lo­cales (CN­RA­CL). « Le cal­cul de ses tri­mestres de re­traite, s’ap­puyant sur des pé­riodes tra­vaillées – 90 jours équi­va­lant à 1 tri­mestre –, peu im­porte le mo­ment où il pren­dra sa dis­po­ni­bi­li­té, ana­lyse Pas­cale Gau­thier, as­so­ciée chez No­vel­vy Re­traite, un ca­bi­net de conseil spé­cia­li­sé. En re­vanche, il en au­rait été tout au­tre­ment s’il avait tra­vaillé dans le sec­teur pri­vé. Nous l’au­rions alors in­ci­té à par­tir à che­val sur deux an­nées ci­viles. Une as­tuce qui vise à évi­ter la perte de quatre tri­mestres de re­traite in­duite par une an­née sans sa­laires. »

Ex­pli­ca­tions : en 2018, pour va­li­der un tri­mestre de re­traite dans le ré­gime gé­né­ral, il faut per­ce­voir une ré­mu­né­ra­tion brute mi­ni­male de 1 482 eu­ros, soit en théo­rie 5 928 eu­ros pour faire le plein des quatre tri­mestres cu­mu­lables sur une an­née. At­ten­tion ! En pra­tique, l’As­su­rance re­traite ap­plique un pla­fond au-de­là du­quel elle ne prend plus en compte le sa­laire men­suel dans ses cal­culs. Fixé à 3 311 eu­ros par mois pour 2018, ce­lui-ci per­met donc de va­li­der au maxi­mum deux tri­mestres sur un mois. Si 1 482 eu­ros va­lident un tri­mestre, un sa­laire d’au moins 2 964 eu­ros (1 482 eu­ros x 2) fait donc ga­gner deux tri­mestres. Et tous les re­ve­nus en­cais­sés au-de­là de 3 311 eu­ros ne sont pas comp­ta­bi­li­sés pour la re­traite de base. Mais avec deux sa­laires men­suels d’au moins 2 964 eu­ros sur une an­née, il est pos­sible d’en­gran­ger quatre tri­mestres. D’où notre pré­co­ni­sa­tion pour un sa­la­rié du pri­vé dé­si­reux de s’ac­cor­der un break de ne pas par­tir en jan­vier mais plu­tôt à par­tir de mars. Même scé­na­rio l’an­née du re­tour, mieux vau­drait re­prendre une ac­ti­vi­té avant le 1er no­vembre.

Quid des autres pro­jets qui agitent les pen­sées de Ma­thieu : dé­mé­na­ger ? In­ves­tir dans l’im­mo­bi­lier ? La sa­gesse lui re­com­mande de les mettre en sus­pens. « Il est urgent de ne rien faire, au risque de té­les­co­per son pro­jet nu­mé­ro un », mar­tèle Va­lé­rie Bentz, res­pon­sable du dé­par­te­ment des études pa­tri­mo­niales chez UFF (Union fi­nan­cière de France), banque conseil en ges­tion de pa­tri­moine. « A un mo­ment char­nière de sa vie, où les grandes orien­ta­tions fu­tures ne sont pas en­core des­si­nées, il semble pru­dent de ne pas le pous­ser à s’en­ga­ger sur des opé­ra­tions qui le lie­raient sur de très longues pé­riodes, met-elle en garde. Il a dé­jà com­men­cé à prendre les bonnes dé­ci­sions en se sé­pa­rant de son im­mo­bi­lier lo­ca­tif, il doit pour­suivre dans cette voie. »

Si Ma­thieu met son lo­ge­ment en lo­ca­tion, les loyers com­pen­se­ront ses charges

Sous­crire une as­su­rance vie en pri­vi­lé­giant le fonds en eu­ros

Une an­née sab­ba­tique dé­bouche sou­vent sur de grands cham­bar­de­ments. Ré­sul­tat, si Ma­thieu dé­ci­dait de chan­ger de mé­tier à son re­tour ou, pour­quoi pas, de­man­dait une af­fec­ta­tion en pro­vince ou outre-mer, il doit avoir les cou­dées

fran­ches­pou­ra­girà­sa­guise.C’est­pour­quoi,avant­son­dé­part, nous lui dé­con­seillons une opé­ra­tion d’acha­tre­vente de sa ré­si­dence prin­ci­pale ain­si que tout in­ves­tis­se­ment im­mo­bi­lier à cré­dit. En re­vanche, il a in­té­rêt à ou­vrir sa pre­mière as­su­rance vie pour y af­fec­ter les 60 000 eu­ros en at­tente sur son compte ban­caire. Il pri­vi­lé­gie­ra un contrat com­mer­cia­li­sé sur In­ter­net sans droits d’en­trée et à frais de ges­tion ré­duits. « Bonne nou­velle, pré­cise Va­lé­rie Bentz, l’ins­tau­ra­tion de la ‘’flat tax’’ de 30%, pré­lè­ve­ments so­ciaux com­pris, rend­plu­sa­van­ta­geux­que­par­le­pas­sé­des­re­traits­dans­les­quatre pre­mières an­nées d’un contrat d’as­su­rance vie. Lors­qu’il en au­ra be­soin, pen­dant ou à l’is­sue de son congé, Ma­thieu pour­ra ai­sé­men­tré­cu­pé­rer­ses­ca­pi­tauxet­le­sin­té­rêts­gé­né­rés­par­son­con­trat. Seul im­pé­ra­tif dans ce cas : évi­ter les ac­tifs ris­qués. » Un avis qui de­vrait sé­duire ce pro­fil « pru­dent », mal­gré tout ten­té de prendre une dose li­mi­tée de risque afin d’ob­te­nir une meilleure per­for­mance (voir Fo­cus ci-contre et notre dos­sier p. 39).

Bé­né­fi­cier des atouts du pré­lè­ve­ment à la source

Ma­thieu doit-il éga­le­ment af­fec­ter à ce contrat les 61 000 eu­ros ac­tuel­le­ment dé­te­nus sur un plan d’épargne lo­ge­ment ? Non. Ou­vert en jan­vier 2016, juste avant la chute de ré­mu­né­ra­tion à 1,5%, il lui rap­porte 2% brut par an, soit 1,66% net de pré­lè­ve­ments so­ciaux. Un ni­veau de ren­ta­bi­li­té, as­sor­ti d’une dis­po­ni­bi­li­té (pas­sé les vingt-quatre mois du plan, le taux de ré­mu­né­ra­tion est ac­quis et l’argent peut être dé­blo­qué en quelques jours), ain­si que d’une sé­cu­ri­té to­tale qui mi­litent en fa­veur de sa conser­va­tion. Les sommes pla­cées sur le fonds en eu­ros d’un contrat d’as­su­rance vie ne fe­raient pas beau­coup mieux.

En­fin, coup de chance pour Ma­thieu, l’en­trée en vi­gueur du pré­lè­ve­ment à la source sert pro­vi­den­tiel­le­ment ses in­té­rêts. En ef­fet, avec l’an­cien ré­gime, il au­rait dû ac­quit­ter pen­dant l’an­née de son congé les 8 000 eu­ros d’im­pôt ap­pli­qué sur ses sa­laires de l’an­née pré­cé­dente. Or, dès 2019, ce dé­ca­lage dis­pa­raît. L’im­pôt est pré­le­vé di­rec­te­ment sur les re­ve­nus per­çus la même an­née. Ré­sul­tat, s’il dé­cide de par­tir l’an­née pro­chaine ou les sui­vantes, ses pré­lè­ve­ments s’in­ter­rom­pront dès sa ces­sa­tion d’ac­ti­vi­té. Ma­thieu pour­ra donc dé­cou­vrir de nou­veaux ho­ri­zons l’es­prit tran­quille. ●

Prendre du re­cul au­jourd’hui pour mieux voya­ger de­main. Ma­thieu vou­drait in­ves­tir, mais gar­der une épargne dis­po­nible pour ses pro­jets. Il doit choi­sir!

Ma­thieu a in­té­rêt à mettre sa stra­té­gie pa­tri­mo­niale en at­tente. Une an­née loin de son quo­ti­dien peut mo­di­fier com­plè­te­ment ses des­seins

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