Re­trai­tés, fonc­tion­naires, in­dé­pen­dants et chô­meurs, nos so­lu­tions pour éco­no­mi­ser sur votre com­plé­men­taire san­té

Mieux Vivre Votre Argent - - Editorial -

Avis aux re­trai­tés, fonc­tion­naires, tra­vailleurs in­dé­pen­dants, chô­meurs : sans re­non­cer aux soins, vous réa­li­se­rez de belles éco­no­mies en étant votre propre as­su­reur. Voi­ci pour­quoi et com­ment vous y prendre.

En­quête: Fré­dé­ric Gi­quel

Les chiffres sont tê­tus. Sauf de ma­nière ponc­tuelle, la com­plé­men­taire san­té, dite mu­tuelle par abus de lan­gage, est un mau­vais plan fi­nan­cier : vous al­lez payer beau­coup plus en co­ti­sa­tions que vous ne re­ce­vrez de rem­bour­se­ments. Cet état de fait est le lot de tous ceux qui doivent fi­nan­cer à 100% cette as­su­rance. Au pre­mier chef les re­trai­tés, mais aus­si les fonc­tion­naires, les chô­meurs et les tra­vailleurs in­dé­pen­dants, même si ces der­niers peuvent dé­duire leurs écots du re­ve­nu im­po­sable.

Un point sur les ta­rifs, d’abord. Se­lon la Drees (chiffres 2016), toutes cou­ver­tures confon­dues, un mé­nage d’ac­tifs paie en moyenne 811 eu­ros par an et un mé­nage re­trai­té, 1 334 eu­ros. Mé­fions-nous des moyennes. Car pour une cou­ver­ture « mi­lieu de gamme », de­vis à l’ap­pui, il en coûte plu­tôt 600 eu­ros par an pour un cé­li­ba­taire de 30 ans et 2 000 eu­ros pour un couple de 45 ans avec deux en­fants. D’après une étude du com­pa­ra­teur Meilleu­reAs­su­rance, pour un contrat aux ga­ran­ties ren­for­cées, un couple de se­niors (60 ans) y lais­se­ra 2 525 eu­ros par an. « Avec une pen­sion

moyenne de l’ordre de 1 380 eu­ros brut par mois, les re­trai­tés peuvent s’as­seoir sur deux mois de re­ve­nus pour s’as­su­rer cor­rec­te­ment », note Ch­ris­tophe Tri­quet, pré­sident du com­pa­ra­teur. On com­prend mieux pour­quoi, tou­jours se­lon la Drees, la com­plé­men­taire san­té pèse 5,6% du re­ve­nu dis­po­nible des re­trai­tés, jus­qu’à 10,8% pour les plus mo­destes. Pro­blème : ces ta­rifs aug­men­te­ront en­core dans les an­nées à ve­nir. En cause, no­tam­ment, la mise en place pro­gres­sive du zé­ro reste à charge sur les lu­nettes, les pro­thèses de dents et au­di­tives pour des pa­niers de soins d’en­trée de gamme. Aux dires du com­pa­ra­teur San­tiane, qui a tra­vaillé sur un échan­tillon de 100 000 as­su­rés, d’ici à 2021, « un couple de se­niors ver­ra le ta­rif de sa mu­tuelle aug­men­ter de près de 200 eu­ros par an ».

En face, êtes-vous bien rem­bour­sé ? En 2016, alors que les Fran­çais ont ver­sé 40,7 mil­liards d’eu­ros de co­ti­sa­tions (taxes in­cluses), ils ont per­çu 28,6 mil­liards de rem­bour­se­ments. Au­tre­ment dit, sur 100 eu­ros co­ti­sés, 70 sont re­ver­sés aux as­su­rés (source Drees, pour les contrats in­di­vi­duels). Un rap­port peu flat­teur qui s’ex­plique par les taxes que les or­ga­nismes (mu­tuelles, com­pa­gnies d’as­su­rances, groupes de pré­voyance) ré­per­cutent dans les ta­rifs (1), ain­si que par leurs frais de fonc­tion­ne­ment éle­vés (20 % en moyenne). En creu­sant les sta­tis­tiques, on constate qu’au­cune strate de la po­pu­la­tion, des plus pauvres aux plus riches, des plus jeunes aux plus âgées, ne passe la barre des 1 000 eu­ros remboursés par an par sa mu­tuelle ! Chez les re­trai­tés, les rem­bour­se­ments des com­plé­men­taires tournent au­tour de 700 à 900 eu­ros en moyenne par an. A mettre en ba­lance avec les co­ti­sa­tions pré­ci­tées.

Pour­tant, rien n’y fait : 95% des Fran­çais dé­tiennent une com­plé­men­taire san­té. Un pro­duit de masse, donc. Qui a fait ses comptes ? En réa­li­té, avant toute consi­dé­ra­tion fi­nan­cière, la mu­tuelle est une af­faire de psy­cho­lo­gie. « Même si elle est fa­cul­ta­tive, une com­plé­men­taire san­té est au­jourd’hui in­dis­pen­sable si on veut être mieux rem­bour­sé. » Dans ce mes­sage af­fi­ché sur son site, Grou­pa­ma, comme tant d’autres as­su­reurs uti­lise le mot clé : « in­dis­pen­sable ». Le dis­cours est bien rô­dé : chambres par­ti­cu­lières à l’hô­pi­tal, dé­pas­se­ments d’ho­no­raires, mé­de­cine douce, cer­tains vac­cins… Tout se­rait cou­vert. Sans par­ler de la prime à la nais­sance du pe­tit der­nier, du mois de co­ti­sa­tion of­fert la pre­mière an­née ou des rem­bour­se­ments ma­jo­rés pour votre fi­dé­li­té au contrat au bout de deux à trois ans. Dif­fi­cile de ré­sis­ter au ma­tra­quage pu­bli­ci­taire. Vous voi­là ras­su­ré : « En cas de gros pro­blèmes, quand on connaît le prix de cer­tains mé­di­ca­ments, exa­mens ou jour­nées à l’hô­pi­tal, il est tel­le­ment im­por­tant d’avoir une mu­tuelle. » Ré­ponse en­ten­due ici ou là, pour­tant fausse.

Cer­taines dé­penses prises en charge à 100 % par la Sé­cu

La rai­son de ce com­por­te­ment tient, d’abord, dans l’igno­rance gé­né­ra­li­sée des Fran­çais sur le fi­nan­ce­ment de la san­té. Un peu de pé­da­go­gie s’im­po­se­rait sur le mo­dus ope­ran­di des rem­bour­se­ments (voir en­ca­dré). Sur­tout, quelques chiffres valent d’être re­layés. Sa­vez-vous que la Sé­cu­ri­té so­ciale rem­bourse 77,8% du to­tal des dé­penses mé­di­cales (qui at­teint 199 mil­liards en 2017) ? Une part en hausse, ce taux était de 76,2% en 2008. Sur l’hos­pi­ta­li­sa­tion et les trans­ports sa­ni­taires, la Sé­cu prend en charge plus de 90% des mon­tants. Avec le ré­gime des ALD (af­fec­tion de longue du­rée), cou­vrant en­vi­ron 400 pa­tho­lo­gies is­sues d’une liste de 30 ma­la­dies, les consul­ta­tions et les exa­mens (sauf dé­pas­se­ments d’ho­no­raires), les frais d’hô­pi­tal (sauf for­fait jour­na­lier et dé­penses de confort) et les mé­di­ca­ments sont in­té­gra­le­ment remboursés. Au to­tal, près de 11 mil­lions de Fran­çais sont concer­nés ! Sur le reste, l’As­su­rance ma­la­die fait moins bien, rem­bour­sant 73% des dé­penses de mé­di­ca­ments, 65% des soins de ville et, il est vrai, seu­le­ment 45% des autres dé­penses mé­di­cales, dont 4,4% des frais en op­tique.

Je­tons un coup d’oeil sur cette prise en charge fa­mé­lique. Pour les mon­tures, la cou­ver­ture Sé­cu at­teint au maxi­mum 1,70 eu­ro pour les adultes (60% d’un ta­rif fixé à 2,84 eu­ros) et pour les verres ayant la cor­rec­tion la plus im­por­tante, 14,72 eu­ros par verre. A com­pa­rer au prix moyen d’une paire de lu­nettes, soit 434 eu­ros se­lon l’Ob­ser­va­toire des prix et de la prise en charge en op­tique mé­di­cale (chiffres 2016). C’est l’ar­gu­ment choc des as­su­reurs : sans com­plé­men­taire, vous re­non­ce­rez à ces soins. Pos­sible. Mais, pour être bien cou­vert, il fau­dra dé­te­nir un contrat de qua­li­té. Or, 53% des per­sonnes fi­nan­çant en to­ta­li­té leur com­plé­men­taire ont sous­crit des contrats aux ga­ran­ties faibles, et pour 43%, des

Sur les lu­nettes, les ga­ran­ties ne sont in­té­res­santes que si elles sont haut de gamme

ga­ran­ties moyennes (source Drees). Autre écueil : les for­faits de rem­bour­se­ment sont très en­ca­drés par la loi pour les contrats dits « res­pon­sables » (96% du mar­ché). Le prix de la mon­ture est ain­si pla­fon­né à 150 eu­ros avec un rem­bour­se­ment tous les deux ans (sauf cer­ti­fi­cat mé­di­cal étayé).

Mais alors, à quoi sert votre com­plé­men­taire ? « Pour ne plus être un payeur aveugle, il faut vrai­ment com­prendre à quoi sert la Sé­cu et à quoi ne sert pas sa mu­tuelle, iro­nise un cour­tier, qui pré­fère conser­ver l’ano­ny­mat pour ne pas se mettre à dos la pro­fes­sion. Le prix des lu­nettes est une mas­ca­rade en France. Quand on vous offre une deuxième paire et par­fois une troi­sième à un eu­ro, ce­la veut dire qu’il y a une marge de 300 % sur la pre­mière!» Le ton est don­né. Fré­dé­ric Bi­zard, éco­no­miste de la san­té et au­teur de Com­plé­men­taires san­té : le scan­dale ! (Du­nod),ren­ché­rit: « En échange de rem­bour­se­ments du ti­cket mo­dé­ra­teur sur les consul­ta­tions mé­di­cales, les as­su­reurs ont une for­mi­dable rente cons­ti­tuée des co­ti­sa­tions. Quel in­té­rêt y a-t-il à s’as­su­rer pour être rem­bour­sé du ti­cket mo­dé­ra­teur quand vous al­lez chez le mé­de­cin ? Au­cun, c’est un non-sens, d’au­tant que les per­sonnes les plus dé­mu­nies et celles en ALD sont exo­né­rées de cette dé­pense. » Une ma­nière de vous dire que votre com­plé­men­taire est tout sauf une as­su­rance ! Votre contrat au­to ou ha­bi­ta­tion vous couvre sur des gros risques fi­nan­ciers, tels un ac­ci­dent grave de voi­ture ou l’in­cen­die de votre mai­son. Votre mu­tuelle, nul­le­ment. Elle ser­vant à pré­fi­nan­cer vos dé­penses de san­té dans le temps, à les éta­ler.

Obs­tacle sup­plé­men­taire, tout est fait pour vous em­brouiller tant ce mar­ché est illi­sible. Qui com­prend réel­le­ment les ga­ran­ties af­fi­chées dans les contrats ? Se­lon une en­quête de l’UFC-Que Choi­sir en 2018, 48 % des as­su­rés disent même ne pas être en me­sure de connaître à l’avance leurs rem­bour­se­ments pour des soins im­por­tants. On y joue aus­si ré­gu­liè­re­ment la confu­sion entre les rem­bour­se­ments de l’As­su­rance ma­la­die et ceux de la com­plé­men­taire avec des pour­cen­tages flat­teurs mais, in fine, mo­dé­rés : par exemple, 200% du ta­rif Sé­cu pour une cou­ronne. Dans les faits, si la cou­ronne vous coûte 700 eu­ros, la Sé­cu vous en rem­bour­se­ra 75,25 (70% du ta­rif de conven­tion à 107,50 eu­ros) et votre com­plé­men­taire ajou­te­ra 215 eu­ros (200% de 107,5). Res­te­ront à votre charge 410 eu­ros !

Chan­ger d’as­su­reur ou bais­ser vos ga­ran­ties

N’est-il pas temps de sor­tir de cette sou­ri­cière ? Donc, de vous po­ser sans ta­bou la ques­tion de la ren­ta­bi­li­té de votre com­plé­men­taire san­té. Pour ce faire, sor­tez votre cal­cu­lette et faites vos comptes avec une co­lonne « co­ti­sa­tions » et une autre « rem­bour­se­ments » sur au moins deux an­nées pour avoir une vue plus juste du rap­port coût/rem­bour­se­ments. Pas évident, tant l’his­to­rique de vos re­le­vés s’est éva­po­ré dans les nou­velles tech­no­lo­gies. Le plus sou­vent vous n’au­rez ac­cès qu’à trois ou six mois d’ar­chives ! Pour nos trois pro­fils étu­diés, les ré­sul­tats sont sans ap­pel (voir si­mu­la­tions). La pro­ba­bi­li­té que votre mu­tuelle ne soit pas ren­table sur la du­rée est une qua­si-cer­ti­tude, même avec de nom­breuses dé­penses mé­di­cales. Dès lors, que faire ? Sur­tout ne pas ren­ché­rir en sous­cri­vant un pro­duit haut de gamme ou une sur­com­plé­men­taire, votre co­ti­sa­tion flam­be­rait. Exa­mi­nez plu­tôt la so­lu­tion in­verse : pas­sez-vous de mu­tuelle.

Dif­fi­cile de sau­ter le cap ? Deux al­ter­na­tives sont pos­sibles. La pre­mière, met­tez sans tar­der votre contrat en concur­rence, sa­chant que 500 opé­ra­teurs pro­posent des com­plé­men­taires en France. Ap­puyez-vous sur des com­pa­ra­teurs en ligne (As­sur­land, Le­lynx, Meilleu­reAs­su­rance, San­tiane, etc.), dé­taillez votre pro­fil de soins pour trou­ver un contrat adap­té sans cou­ver­tures in­utiles. Bref, faites le mé­nage. « Com­pa­rer les offres et ne pas hé­si­ter à chan­ger de pres­ta­taire sont les seules so­lu­tions pour faire bais­ser une note très sa­lée, no­tam­ment pour les se­niors », confirme Ch­ris­tophe Tri­quet. At­ten­tion, les com­plé­men­taires san­té sont re­nou­ve­lées au­to­ma­ti­que­ment chaque an­née. Pour en chan­ger, ne dé­pas­sez pas la date bu­toir (soit la date an­ni­ver­saire, soit le 1er jan­vier) en res­pec­tant le pré­avis.

La deuxième al­ter­na­tive est plus au­da­cieuse : ra­bat­tez-vous sur un contrat cou­vrant uni­que­ment l’hos­pi­ta­li­sa-

Sur la du­rée, les rem­bour­se­ments des mu­tuelles ne com­pensent pas les co­ti­sa­tions

tion, c’est le seul risque qui peut avoir, dans cer­tains cas, des consé­quences fi­nan­cières lourdes et im­pré­vi­sibles. Dans l’im­mense ma­jo­ri­té des cas, la Sé­cu­ri­té so­ciale couvre les hos­pi­ta­li­sa­tions à 100%, sauf for­fait jour­na­lier et ti­cket mo­dé­ra­teur de 18 eu­ros. Mais s’il n’y a pas d’acte chi­rur­gi­cal, elle ne prend en charge que 80% de la note les trente pre­miers jours d’hos­pi­ta­li­sa­tion (100% en Al­sace-Lor­raine). Ce qui peut vous coû­ter de 300 à 500 eu­ros par jour. La ga­ran­tie hos­pi­ta­li­sa­tion couvre ce risque.

C’est le choix fait par Phi­lippe et sa femme, 55 et 53 ans, sans en­fant à charge : « J’ai mis du temps à com­prendre que ma com­plé­men­taire san­té nous était inu­tile au re­gard de son prix. Nous avions juste be­soin d’une as­su­rance hos­pi­ta­li­sa­tion ren­for­cée. Elle nous coûte 38 eu­ros par mois, contre 170 eu­ros pour l’an­cien contrat. Mon couple est à l’abri sur l’es­sen­tiel ; pour le reste, on s’au­to­fi­nance. » Comp­tez de 20 à 60 eu­ros par mois pour une as­su­rance hos­pi­ta­li­sa­tion se­lon votre âge, le nombre de per­sonnes cou­vertes et l’éten­due des ga­ran­ties (chambre in­di­vi­duelle, dé­pas­se­ments d’ho­no­raires, etc.). Les as­su­reurs re­chignent à vous pro­po­ser ce type de contrat ? Al­lez donc voir du cô­té d’April, de Ce­ge­ma, de France Mu­tuelle ou d’Hos­piAs­sur.

Soyez votre propre as­su­reur en ali­men­tant un compte dé­dié

Reste à vivre sans mu­tuelle. Ce qui re­vient à as­su­mer soi-même tous les frais non remboursés par la Sé­cu­ri­té so­ciale, le fa­meux reste à charge. Seule une poi­gnée de Fran­çais au­rait fait ce choix, soit moins de 1% de la po­pu­la­tion, se­lon les rares don­nées de la Drees. Pour fran­chir le pas, com­men­cez par ré­si­lier votre contrat mais faites comme si vous y co­ti­siez tou­jours. Epar­gnez la somme sur un livret (ré­mu­né­ré, bien sûr) dé­dié à votre san­té. Mois après mois, vous al­lez vous consti­tuer un ca­pi­tal dans le­quel vous vien­drez pui­ser pour cha­cun de vos soins. Et, si vous ob­te­nez des rem­bour­se­ments de la Sé­cu, re­ver­sez-les aus­si dans cette caisse. Les éco­no­mies gé­né­rées vont vite vous sur­prendre (voir en­ca­dré p. 78). Ce n’est pas tout. Avec le temps, votre ap­proche des soins se trans­for­me­ra. « De­puis que j’ai quit­té ma mu­tuelle, je constate que je me soigne aus­si ef­fi­ca­ce­ment en ren­for­çant mes ap­ti­tudes na­tu­relles et en consul­tant les mé­de­cins à bon es­cient », té­moigne Jeanne, re­trai­tée de 64 ans.

Sa­chez que si vous chan­gez d’avis, rien ne vous em­pê­che­ra de sous­crire à nou­veau une mu­tuelle, même à un âge avan­cé. Voi­là qui de­vrait ras­su­rer les plus hé­si­tants.

Se pas­ser de mu­tuelle in­duit un chan­ge­ment de sa consom­ma­tion mé­di­cale

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.