Une an­née sous haute ten­sion

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Le ri­tuel est le même tous les ans, et les pro­fes­sion­nels s’y prêtent de bon gré. A la fin de dé­cembre, il convient de réa­li­ser le bi­lan des douze mois écou­lés mais aus­si, exer­cice ô com­bien pé­rilleux, de se ris­quer à des pro­nos­tics sur l’an­née à ve­nir. En scru­tant 2018 avec l’oeil de ce­lui qui tourne la page, on se dit que l’an­née au­rait dû mieux se dé­rou­ler, en par­ti­cu­lier sur les mar­chés bour­siers. « Nous avons connu en 2018 le meilleur en­vi­ron­ne­ment éco­no­mique de­puis neuf ans et, pa­ral­lè­le­ment, la pire an­née de per­for­mance sur les di­verses classes d’ac­tifs », ré­sume Chris­tophe Do­nay, chef stra­tège de la so­cié­té de ges­tion Pic­tet Wealth Ma­na­ge­ment. C’est cer­tain, les mar­chés ont été com­pli­qués à lire. Pour­tant, la crois­sance mon­diale était bel et bien au ren­dez-vous (+ 3,8%), les ré­sul­tats des en­tre­prises aus­si, et l’in­fla­tion s’est main­te­nue dans un cou­loir idéal (ni trop faible ni trop éle­vée).

En fait, en Bourse, il y a eu deux mar­chés biens dis­tincts : les Etats-Unis et le reste du monde ! Outre-At­lan­tique, les in­dices ont réus­si à se main­te­nir (voir in­fo­gra­phie). Ils au­raient même dû faire mieux, étant don­né les bé­né­fices in­croyables dé­ga­gés par les en­tre­prises et la po­li­tique fis­cale très ac­com­mo­dante ins­tau­rée par le pré­sident Trump. Par­tout ailleurs, les per­for­mances ont fait grise mine. De ma­nière gé­né­rale, les mar­chés ont ré­agi à l’ab­sence de vi­si­bi­li­té. Ten­sions com­mer­ciales entre les Etats-Unis et la Chine, risque po­li­tique (Brexit, bud­get ita­lien…), re­mon­tée des taux d’in­té­rêt : au­tant de fac­teurs qui ont pe­sé sur les va­lo­ri­sa­tions, éle­vées.

Voi­là pour le constat. Faire des pré­vi­sions pour 2019 est une autre paire de manche. Las, les fon­da­men­taux sont moins bons. La crois­sance ra­len­tit, y com­pris aux Etats-Unis. Sur­tout, les in­cer­ti­tudes de­meurent. Au-de­là des in­ter­ro­ga­tions géo­po­li­tiques, quelles sont les ques­tions en sus­pens ?

La vi­si­bi­li­té sur les mar­chés a été mau­vaise en 2018. Et ça ne de­vrait pas s’amé­lio­rer

Le cré­dit res­te­ra-t-il aus­si bon mar­ché ? Le taux d’in­té­rêt moyen pra­ti­qué pour un cré­dit im­mo­bi­lier à quinze ans s’élève à 1,35%, se­lon le cour­tier Em­prun­tis (voir Repères, p. 90), 0,15 point plus bas qu’en dé­cembre 2017. Con­trai­re­ment à toutes les at­tentes, le cré­dit a donc coû­té en­core moins cher en 2018. Mais l’âge d’or de l’ar­gent bon mar­ché semble se ter­mi­ner. Pour­tant, les taux pra­ti­qués aux gui­chets des banques ne de­vraient guère flam­ber, car le fi­nan­ce­ment sur les mar­chés reste très peu coû­teux. En outre, la concur­rence fait rage entre ré­seaux. En re­vanche, les condi­tions d’ac­cès au cré­dit pour­raient se dur­cir de ma­nière spo­ra­dique, les banques, dont les marges sont très faibles, pri­vi­lé­giant les meilleurs dos­siers.

Le mar­ché im­mo­bi­lier va-t-il cra­quer ? Les tran­sac­tions im­mo­bi­lières ont été très nom­breuses en 2018, de l’ordre de 980 000 se­lon le cour­tier Caf­pi, après une an­née 2017 dé­jà faste. Un dy­na­misme por­té par le cré­dit à bas coût, qui a per­mis de faire face à des prix glo­ba­le­ment en hausse (+ 3,7% se­lon le ba­ro­mètre LPI-Se Lo­ger). Mais de nom­breux si­gnaux plaident pour un ra­len­tis­se­ment en 2019 : mo­ral des mé­nages en baisse, aides à l’achat ré­duites, etc.

Quelles di­rec­tions pren­dront les mar­chés ? Dif­fi­cile de sta­tuer tant les in­con­nues sont nom­breuses. Une chose est sûre : la crois­sance des pays dé­ve­lop­pés ra­len­tit, no­tam­ment aux Etats-Unis. Les an­ti­ci­pa­tions de hausse des bé­né­fices par ac­tions par les ana­lystes sont ac­tuel­le­ment à des ni­veaux très proches aux Etats-Unis et dans la zone eu­ro, au­tour de 10%. Ces chiffres pour­raient évo­luer dans un sens comme dans l’autre. De nom­breux risques géo­po­li­tiques res­tent en­tiers et les mar­chés de­vraient connaître des tur­bu­lences.

Une pause dans les ré­formes fis­cales ? En­trée en vi­gueur du pré­lè­ve­ment for­fai­taire unique, hausse de la CSG, trans­for­ma­tion de l’ISF en IFI, etc., puis pré­pa­ra­tion à la mise en place du pré­lè­ve­ment à la source : 2018 au­ra été riche en nou­veau­tés fis­cales. L’an­née à ve­nir de­vrait être plus calme, per­met­tant de conso­li­der les stra­té­gies. Es­pé­rons qu’elle ne soit pas le théâtre de chan­ge­ment de cap ma­jeur.

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