Hu­meur

En cette pé­riode de ren­trée où l’on s’ap­prête à pour­suivre la course à la per­for­mance et à amor­cer le vi­rage du tout-nu­mé­rique, le pied sur l’ac­cé­lé­ra­teur, met­tons notre war­ning.

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Le tout-nu­mé­rique, gare au dé­ra­page in­con­trô­lé

De ré­cents té­moi­gnages de pé­diatres et d’or­tho­pho­nistes tirent la son­nette d’alarme. Un nombre ex­po­nen­tiel d’en­fants sont per­tur­bés dans leur dé­ve­lop­pe­ment par une ex­po­si­tion abu­sive aux écrans, tou­jours plus en­va­his­sants.

Alerte rouge

Ain­si, les en­fants ex­po­sés aux écrans de ma­nière abu­sive pré­sen­te­raient des troubles du dé­ve­lop­pe­ment, se re­trou­vant en er­rance dans la né­bu­leuse de ce qu’on ap­pelle les TSA (Troubles du spectre au­tis­tique). Avec toutes les pré­cau­tions ora­toires qui s’im­posent, tant le diag­nos­tic reste flou dans ses contours.

Les mé­de­cins ont iden­ti­fié chez ces en­fants un com­por­te­ment qui va de l’apa­thie à la sur­ex­ci­ta­tion, sans de­mi-me­sure dans la ges­tion de leurs émo­tions. Les ef­fets se­con­daires se dé­cli­nant en une forme de perte de sens et de sen­si­bi­li­té, donc d’ap­ti­tude à une forme d’em­pa­thie.

Le syn­drome des “mains pa­pillons” vient aus­si de faire son ap­pa­ri­tion : les en­fants en bas âge, à force de mou­ve­ments tac­tiles sur les écrans, ren­contrent des dif­fi­cul­tés à pou­voir te­nir un crayon dans leurs pe­tites mains…

In­jonc­tions mar­ke­ting : des écrans de fu­mée ?

Le mar­ke­ting s’est en­gouf­fré dans la brèche de cette course au “tout-nu­mé­rique” et les pa­rents se re­trouvent main­te­nant confron­tés à la ges­tion d’ou­tils qui les dé­passent. Le pro­pos n’est pas de re­fu­ser l’évi­dence de l’évo­lu­tion tech­no­lo­gique mais d’exer­cer à son en­contre une forme de vi­gi­lance.

Sous cou­vert de pé­da­go­gie per­for­ma­tive, des ap­pli­ca­tions sont nées, fai­sant ap­pa­raître votre en­fant comme un pe­tit gé­nie : connaître le nom des cou­leurs en an­glais à 3 ans, what else ? Ne per­dons pas de vue les briques du socle fon­da­men­tal du dé­ve­lop­pe­ment de nos ché­ru­bins.

Pri­mo, l’in­ter­ac­ti­vi­té : non au sens nu­mé­rique, mais plu­tôt dans le cadre d’échanges “nor­maux”, qui se passent de mé­dia­tion nu­mé­rique. La ta­blette ne se­ra ja­mais un sub­sti­tut de pré­sence pa­ren­tale ou de ba­by-sit­ter…

Se­cun­do, l’amour : il faut nuan­cer les dis­cours culpa­bi­li­sants vous re­lé­guant au rang de “has-been”. Certes, votre pro­gé­ni­ture, en tant que di­gi­tal na­tive, a sou­vent une lon­gueur d’avance nu­mé­rique sur vous, mais nul n’a be­soin de tu­to pour sa­voir com­ment ai­mer son en­fant...

Sous cou­vert de mo­der­ni­té, une forme voi­lée de ré­gres­sion ?

Les études me­nées sur l’aban­don de l’ap­pren­tis­sage de l’écri­ture cur­sive, en vi­gueur dans la ma­jo­ri­té des ÉtatsU­nis, a dé­mon­tré des im­pacts non né­gli­geables sur le dé­ve­lop­pe­ment psy­cho­mo­teur des en­fants. En effet, écrire sur un or­di­na­teur im­plique une sai­sie à deux mains, alors qu’écrire au sty­lo donne la pré­va­lence à un cô­té du cer­veau qui concentre les connec­tions du lan­gage. Les neu­ros­ciences ont aler­té sur ce chan­ge­ment à pré­voir de­puis plu­sieurs an­nées dé­jà.

Quant aux lob­bies, nom­breux dans la course à of­frir des re­mèdes à toutes formes d’hy­per­ac­ti­vi­té, ils ont de quoi nous pous­ser à nous in­ter­ro­ger sur l’ave­nir que nous mo­dé­li­sons pour nos en­fants… On as­siste au­jourd’hui à un dé­fer­le­ment d’an­ti-stress, le hand spin­ner étant un moindre mal, com­pa­ré aux trai­te­ments mé­di­ca­men­teux des troubles de l’at­ten­tion.

Ne pas noir­cir la ta­blette, mais plu­tôt do­ser

Si l’in­no­va­tion passe par le nu­mé­rique, elle ne se ré­sume pas à ce­la. On a tous be­soin d’une trousse à ou­tils, mais il faut veiller à ce que le nu­mé­rique ne soit pas une forme de ser­vi­tude, et n’en­trave pas une éducation de­vant conduire à l’au­to­no­mie, terme in­com­pa­tible avec ce­lui d’ad­dic­tion.

Le corps pro­fes­so­ral au­quel nous confions nos en­fants doit bé­né­fi­cier de for­ma­tions adap­tées pour être sen­si­bi­li­sé à l’in­tro­duc­tion du nu­mé­rique comme ou­til pé­da­go­gique. Pour que le tout-nu­mé­rique soit un ob­jec­tif de mi­gra­tion au sens po­si­tif du terme et non de mu­ta­tion, et que les gé­né­ra­tions fu­tures soient en­core do­tées de qua­li­tés hu­maines et d’em­pa­thie. L’ave­nir n’est pas dans l’émer­gence d’un contin­gent de mu­tants “bê­ta”. Screens and screams…

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