Nues

Milk Magazine - - Style - Texte et style : Adel Fe­cih – Photos : Élo­die Da­guin

Dans l’al­bum Nues, Bri­gitte nous livre un ef­feuillage sen­ti­men­tal, ryth­mé à coup de mé­lo­dies at­trape-coeurs. Le duo nous a don­né ren­dez-vous à la Vil­la Rose pour nous ra­con­ter les des­sous de sa folle aven­ture. Femmes d’aplomb, mères louves, ar­tistes ins­pi­rantes… Ren­contre avec Syl­vie Hoa­rau, Au­ré­lie Saa­da et ses deux filles Sha­lom et Scar­lett.

L’ar­tiste est im­pu­dique. Les choses de­viennent in­té­res­santes lors­qu’on ré­vèle l’in­avouable.

Bri­gitte vé­hi­cule l’image d’une femme libre, éclec­tique, sans conces­sion… Est-ce pour vous l’oc­ca­sion de mon­trer à vos en­fants l’éten­due des pos­si­bi­li­tés qui s’offrent à eux ? Au­ré­lie : Bri­gitte, ça nous res­semble beau­coup. Quand on a for­mé ce duo, on s’est don­né le droit d’être libres, d’oser faire ce qu’on n’avait ja­mais osé. Avec le re­cul, on se rend compte que c’est une clé es­sen­tielle dans la vie. On ne peut pas pri­ver nos en­fants de cette chance-là. Syl­vie : C’est co­hé­rent avec les femmes et les mères que nous sommes. Ce n’est pas tou­jours fa­cile, c’est un mé­tier qui prend du temps, mais il est in­dis­pen­sable à notre épa­nouis­se­ment per­son­nel. Au­ré­lie : C’est im­por­tant de leur ap­prendre à al­ler au bout de leurs dé­si­rs. C’est la­men­table de pen­ser qu’à par­tir du mo­ment où l’on a des en­fants, il faut ar­rê­ter de faire ce que l’on aime. Nous ne sommes pas que mères et je ne vou­drais pas que mes filles ne se sentent, un jour, que mères. Je n’ai ja­mais culpa­bi­li­sé de par­tir en tour­née, de tra­vailler beau­coup, d’avoir des ho­raires par­ti­cu­liers. J’ai éle­vé mes filles qua­si seule, nous sommes très proches et le temps que l’on passe en­semble est qua­li­ta­tif. Vos en­fants vous ont re­joints sur ce disque puis­qu’ils ont fait les choeurs sur deux des pistes de l’opus. Sont-ils cu­rieux de votre mé­tier ? Syl­vie : Je ne sais pas s’ils en sont réel­le­ment cu­rieux, ça leur ap­par­tient dé­jà tel­le­ment. Ils sont au cou­rant de tout. Les chan­sons, les mé­lo­dies… Bri­gitte fait par­tie de leurs vies. Au­ré­lie : Il m’est ar­ri­vé de les sur­prendre en train de nous imi­ter ( rires). Toutes les deux com­posent et écrivent des chan­sons, Sha­lom joue du uku­lé­lé et du pia­no, et Scar­lett s’est mise à la gui­tare. Ce qui est amu­sant, c’est qu’elles ont com­pris l’im­por­tance pour moi de ra­con­ter des choses in­times et per­son­nelles. Par­fois, quand j’en­tends Scar­lett chan­ter, je l’en­tends ra­con­ter ses propres ex­pé­riences. Ça m’émeut beau­coup. Avec votre der­nier al­bum Nues, vous dé­voi­lez une fa­cette plus dé­pouillée de votre per­son­na­li­té, nous fai­sant part de vos dou­leurs avec des textes par­fois in­ci­sifs. La li­bé­ra­tion de la pa­role est-elle quelque chose d’im­por­tant pour vous ? Syl­vie : Oui, par­ler au­tant que l’on peut. Par­ta­ger ses choix, ses en­vies, ses ques­tions… c’est ce qui nous fait avan­cer. Au­ré­lie : L’ar­tiste est im­pu­dique. Les choses de­viennent in­té­res­santes lors­qu’on ré­vèle l’in­avouable. Après, les ef­fets de style font qu’on ne sait ja­mais quel est le vrai du faux, ni jus­qu’où l’ar­tiste se mouille. Lors­qu’on écrit et qu’on aborde des choses per­son­nelles, on se de­mande sou­vent « est-ce que je ne vais pas trop loin ? », « est-ce que je ne me mets pas trop à nu ? », mais non, on ne se met ja­mais trop à nu. C’est lors­qu’on cache les choses qu’on est vul­gaire, pas lors­qu’on se ré­vèle.

Avec le titre « Le Goût du sel de tes larmes », vous évo­quez l’ins­tinct pro­tec­teur d’une mère pour son en­fant. De quoi avez-vous en­vie de les pré­ser­ver ? Au­ré­lie : Mes filles sont très émo­tives, il suf­fit de pas grand-chose pour sen­tir l’émo­tion grim­per, et ça me tue. J’ai­me­rais leur en­sei­gner le cou­rage et la force de ne pas avoir peur et de sa­voir quoi faire. Je sais que les larmes sont fé­condes et qu’on ne peut pas les pro­té­ger de tout mais, en tant que mère, j’ai en­vie de cas­ser la gueule de tous ceux qui les pro­voquent. Syl­vie : J’es­saie de les rendre forts et de les ar­mer le plus pos­sible pour af­fron­ter la vie. Avant de créer Bri­gitte, on a pas mal ga­lé­ré. Ce n’est pas fa­cile ! Au­ré­lie : Je me rap­pelle de l’une des toutes pre­mières ques­tions que Sha­lom m’a po­sée quand elle était en­core toute pe­tite. Je ve­nais de me faire lar­guer par leur père, je ne sais pas comment j’étais en­core dé­bout et elle m’a de­man­dé : « Ma­man, toi, tu n’as peur de rien ? » Elle avait 2 ans et de­mi… J’ai sen­ti que ce n’était pas une ques­tion, je crois qu’elle vou­lait être ras­su­rée, donc je lui ai dit : « J’ai peur de pas grand-chose et, si tu veux, pour toi, je n’ai peur de rien. » Qu’avez-vous en­vie de leur trans­mettre ? Au­ré­lie : J’or­ga­nise beau­coup de dî­ners à la mai­son, on part en va­cances avec plein de co­pains, j’ai un fort rapport à la meute et je vois que mes filles com­mencent à avoir ce goût du par­tage. S’en­tou­rer, s’en­trai­der, être cu­rieux… C’est quelque chose d’im­por­tant pour moi. Syl­vie : Être gen­til, gé­né­reux et s’amu­ser ! Je pense à l’hu­mour de mon fils, je trouve que c’est une vé­ri­table arme. Dans le clip « Pal­la­dium », vous ras­sem­blez des di­zaines de femmes, tous âges confon­dus. Que re­pré­sente ce lien in­ter­gé­né­ra­tion­nel pour vous ? Au­ré­lie : La réa­li­té. Je suis très proche de ma mère, je suis amie avec cer­tains de ses amis, elle est éga­le­ment amie avec mes amis, les en­fants jouent à table avec nous… Chez moi, les gé­né­ra­tions et les cultures se mé­langent. Syl­vie : Au-de­là des gé­né­ra­tions, on a vou­lu ras­sem­bler les classes, les styles et les eth­nies. C’est le bras­sage qui est in­té­res­sant. Au­ré­lie : Oui, et puis ça fait par­tie de notre ADN. On n’a ja­mais vou­lu ap­par­te­nir à une seule cha­pelle, on a tou­jours mé­lan­gé les styles. Nous-mêmes, nous sommes un mé­lange. Vous ve­nez de dé­bu­ter une nou­velle tour­née qui va du­rer plu­sieurs mois. Comment ré­agissent vos en­fants en voyant leurs ma­mans sur scène ? Au­ré­lie : Elles adorent. Après, elles ne nous voient pas comme des fées à paillettes. Ce qu’elles trouvent co­ol, c’est de voir l’am­biance que ça crée. La vie sur la route, le monde dans la salle, le pu­blic qui chante les chan­sons… ça les ex­cite com­plè­te­ment.

Nou­vel al­bum Nues dis­po­nible, et en tour­née dans toute la France. Re­trou­vez toutes les dates sur bri­git­teof­fi­ciel.com

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.