Alors que le dik­tat de la min­ceur guette même les plus jeunes, le mou­ve­ment Bo­dy Po­si­tive ri­poste.

Milk Magazine - - Style - Texte : Ra­phaelle El­krief – Illus­tra­tion : Flore Che­min

Belle et sa taille XS. La Pe­tite Si­rène et son bi­ki­ni bo­dy. Cen­drillon qui a cer­tai­ne­ment brû­lé des ca­lo­ries après de longues heures pas­sées à frot­ter le sol. Et si la pro­chaine prin­cesse Dis­ney était grosse ? C’est la ques­tion adres­sée mi-dé­cembre à Dis­ney par Mi­chelle El­man et Amy Wool­dridge, deux blo­gueuses bri­tan­niques dé­gui­sées pour l’oc­ca­sion en Rai­ponce et en Blanche-Neige. Ha­sard ou non, cette ques­tion fait écho à la po­lé­mique née au­tour du film pa­ro­dique Ta­lons rouges et les

sept nains. Sur l’af­fiche, un per­son­nage fé­mi­nin pile-poil dans les codes (belle et élan­cée). À ses cô­tés, sa ver­sion tout en ron­deur. Le sou­ci ? La ba­se­line. « Et si Blanche-Neige n’était plus belle et que les sept nains n’étaient plus pe­tits ? » Un fla­grant dé­lit de bo­dy-sha­ming (ju­ge­ment pé­jo­ra­tif du corps) re­le­vé no­tam­ment par la man­ne­quin amé­ri­caine Tess Hol­li­day, qui s’est écriée sur Twit­ter : « Pourquoi ce­la ne pose au­cun pro­blème de dire aux jeunes en­fants qu’être gros, c’est être moche ? »

À l’école des dis­cri­mi­na­tions

Si, au­jourd’hui, plus per­sonne ne s’amu­se­rait à nier que l’on puisse être dis­cri­mi­né pour son phy­sique dans le monde du tra­vail, très peu se dou­te­raient com­bien ce sché­ma existe dé­jà dès l’en­fance. Pour­tant, dès la ma­ter­nelle, les en­sei­gnants se com­por­te­raient, mal­gré eux, dif­fé­rem­ment avec les en­fants beaux ou laids, no­taient dé­jà, au dé­but des an­nées 1980, Jean Mai­son­neuve et Ma­ri­lou Bru­chon-Sch­weit­zer ( Mo­dèles du corps et psy­cho­lo­gie es­thé­tique, PUF). Une dis­cri­mi­na­tion qui peut cou­rir jusque dans les études su­pé­rieures, et qui est dé­jà à l’oeuvre à la mai­son. Entre « Il est bien en chair », « elle ne se­rait pas un peu au­des­sus de la courbe de poids ? », « La can­tine est bonne ! », les re­marques sur le poids com­mencent très tôt…

Ré­sul­tat, les pre­miers com­plexes ar­ri­ve­raient vers l’âge de 5-6 ans, se­lon l’as­so­cia­tion amé­ri­caine Com­mon Sense Me­dia (CSM), spé­cia­li­sée dans l’étude des mé­dias et tech­no­lo­gies fa­mi­liales des en­fants. Pire, à l’âge de 10 ans, 80 % des pe­tites filles amé­ri­caines dé­clarent avoir été au ré­gime. « À me­sure que la conscience de soi pro­gresse, l’en­fant classe, ca­té­go­rise et se si­tue dans le monde. Dès lors, les pre­mières dif­fé­rences peuvent lui ap­pa­raître et les pre­miers com­plexes s’ins­tal­ler : les dents, les oreilles, la taille, le poids, la cou­leur de che­veux, tout ce que l’autre va lui ren­voyer comme étant dif­fé­rent, hors norme, peut de­ve­nir l’ob­jet d’une vi­sion né­ga­tive », confirme Ca­the­rine Mon­not, doc­teure en an­thro­po­lo­gie so­ciale et cultu­relle.

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