CULTURE PLAYOFFS

PE­TITS MEUTRES ENTRE AMIS

Mondial Basket - - Édito -

CHAQUE AN­NÉE, LES PLAYOFFS ONT LEUR CAISSE DE RÉSONANCE GRÂCE AUX RIVALITÉS DES SU­PER­STARS. UN JOUR, AMIS, LE LEN­DE­MAIN, EN­NE­MIS, AU HA­SARD DE SÉ­RIES, DE SCÉ­NA­RIO ET DE FI­NALES QUI FONT LE SEL DE LA NBA, LES PLUS GRANDS AC­TEURS DE LA LIGUE OC­CUPENT UNE SCÈNE RÉ­SER­VÉE AUX AR­TISTES. PE­TITE SÉ­LEC­TION AVANT DE NOU­VEAUX ÉPI­SODES CETTE SAI­SON...

« Quand les passes dé­ci­sives de Lar­ry ont com­men­cé à aug­men­ter, j’ai com­pris qu’il fai­sait à Bos­ton ce que je fai­sais chez les La­kers : rendre tout le monde meilleur » Ma­gic John­son

Plus de 500 mil­lions de fans at­tendent les playoffs avec fré­né­sie et an­goisse. La peur de voir tom­ber leur équipe, leur idole. On scrute, on élude, on ima­gine. Les joueurs sont comme les fans. Même s’ils vous disent le contraire au­jourd’hui. La réa­li­té est toute autre. Grâce au jour­nal pa­pier, Ma­gic John­son dé­cou­vrait et ana­ly­sait les stats de Lar­ry Bird chaque ma­tin à son le­ver au mo­ment du pe­tit-dé­jeu­ner. Ma­gic crai­gnait Bird. Il l’avoue : « Quand les passes dé­ci­sives de Lar­ry ont com­men­cé à aug­men­ter, j’ai com­pris qu’il fai­sait à Bos­ton ce que je fai­sais chez les La­kers : rendre tout le monde meilleur. » Red Holz­man qui fut un grand coach et ma­na­ger, no­tam­ment chez les New York Knicks, avait cette for­mule qui dif­fé­ren­ciait un joueur nor­mal d’ un ta­lent ex­cep­tion­nel : « La vraie marque d’une star était la ma­nière dont elle ren­dait ses co­équi­piers meilleurs. » Une for­mule que Phil Jack­son, alors as­sis­tant aux Chicago Bulls, ira ré­pé­ter à Mi­chael Jor­dan, sur les ordres de Doug Col­lins, alors head coach. Sa Ma­jes­té, alors vierge de tout pal­ma­rès, ré­pon­dra d’un mot, d’un seul, « Mer­ci », avant de lui tour­ner les ta­lons.

MA­GIC ET BIRD LES FRÈRES EN­NE­MIS

Ma­gic John­son et Lar­ry Bird sont ar­ri­vés sur le même ta­pis rouge en NBA, tous deux is­sus de la classe 79. Ma­gic a été cham­pion dès son an­née roo­kie et Bird le fût un an plus tard, en 1981. Cette ri­va­li­té entre les deux pre­mières stars in­ter­na­tio­nales de la ligue prend son es­sence dans les méandres des ro­mans fleuves contés aux édi­tions des La­kers et Celtics, deux dé­cen­nies en amont. Bird avoue : « J’avais bien en­ten­du par­ler de Bill Rus­sell et des titres qu’il avait ga­gnés. Mais si on m’avait de­man­dé en quelle an­née c’était, j’au­rais été in­ca­pable de ré­pondre. Quand j’avais 23 ans, je pen­sais que Bill Rus­sell en avait 100. C’est comme ça quand vous avez 23 ans. Vous ne vous pré­oc­cu­pez pas de ce qui s’est pas­sé avant vous. Vous vou­lez écrire votre propre his­toire. » Ma­gic n’était pas en reste : « C’était éner­vant. On es­sayait tous les deux de sor­tir de notre car­can sur un plan in­di­vi­duel et au ni­veau col­lec­tif, et tout le monde ne fai­sait que nous com­pa­rer l’un à l’autre. Je n’ai­mais pas ça. Je di­sais tou­jours aux gens : « Je n’ai rien à voir avec lui. » On ne jouait même pas au même poste. » En 1984, lors de leur af­fron­te­ment en fi­nale, le match est ali­men­té par les an­ciens de la mai­son. Chez les Bos­ton Celtics, le vieux Red Auer­bach est tou­jours dans les bu­reaux et à Los An­geles La­kers, Jer­ry West est aux ma­nettes éga­le­ment. Les joueurs at­tisent les haines. Ce­dric Max­well, l’ai­lier de Bos­ton, fé­roce comme un ani­mal, rap­pelle : « On dé­tes­tait Ma­gic John­son. Tout ce show­time, cette frime de Hol­ly­wood, ce sou­rire hy­po­crite. Ce n’était qu’une couche de ver­nis, sans rien de­dans. Nous, au moins, c’était du concret. » Den­nis John­son est ar­ri­vé l’été pré­cé­dent de Phoe­nix, pour ren­for­cer la dé­fense de Bos­ton. Pote avec Ma­gic John­son, il dî­nait ré­gu­liè­re­ment avec la su­per­star des La­kers et leurs femmes res­pec­tives, avant de mettre fin à ces convi­via­li­tés, car il avait im­mi­gré chez l’en­ne­mi et ren­for­cer le camp Bird ! « Avant, ça au­rait été : « Sa­lut les gars, ça va bien ? Tu fais quoi après ? On se capte ? Mais là, c’était ter­mi­né. C’était « Sa­lut, ca va ? A plus ! », rap­porte Ma­gic John­son. « On a ar­rê­té de se voir », re­con­nait-il. Les « green people » at­ten­daient les La­kers à l’aé­ro­port pour mieux les chauf­fer, voir les in­sul­ter. Ma­gic avait re­mar­qué que le chauf­feur du bus por­tait un T-shirt des Celtics, ain­si que tout le per­son­nel à la ré­cep­tion de l’hô­tel et il avoue­ra que « même les ri­deaux de ma chambre étaient verts. »

Dans cette fi­nale 1984, Ma­gic John­son broya du noir et les La­kers furent bat­tus sur un game 7 au Bos­ton Gar­den. Ma­gic avoua qu’il avait « pleu­rer comme un en­fant » quand il était ren­tré dans sa chambre. Il rem­por­te­ra en­core 3 titres NBA et Lar­ry Bird deux nou­velles bagues de cham­pion dans une ri­va­li­té qui fai­sait cause com­mune d’une ligue en pleine mé­ta­mor­phose. By­ron Scott, qui a été de toutes les grandes ex­pé­di­tions au cô­té de Ma­gic John­son, se sou­vient : « On avait vite com­pris que ça al­lait de­ve­nir l’une des plus grandes rivalités du sport. Il y avait de la du­re­té dans leurs confron­ta­tions. Vous aviez deux équipes qui se dé­tes­taient cor­dia­le­ment et puis sur­tout Ma­gic et Bird qui vou­laient cha­cun prendre l’as­cen­dant psy­cho­lo­gique sur l’autre. » A ce pe­tit jeu, c’est la NBA toute en­tière qui a ga­gné avec ses deux pre­mières su­per­stars.

JOR­DAN CONTRE LES BAD BOYS

La ligue n’a pas connu de temps morts dans ses duels au so­leil. Mi­chael Jor­dan, ar­ri­vé comme une mé­téo­rite en 1984, connai­tra un bi­zu­tage dou­lou­reux lors d’un All-Star Game 1985, son pre­mier. Il le vi­vra comme un pes­ti­fé­ré. Plu­sieurs joueurs ma­ni­pu­lés par Ma­gic John­son et Isiah Tho­mas, les chefs de bande, se sont liés contre la jeune star. La ma­noeuvre était simple : faire en sorte qu’il ait le moins de bal­lons pos­sibles. Jor­dan ter­mi­na ce match des étoiles à 2/9 aux tirs (7 pts). Les stars de la ligue n’avaient pas ap­pré­cié que la veille, Jor­dan se pré­sente au concours de dunks, avec un sur­vê­te­ment Nike, alors que la NBA im­po­sait aux joueurs de­puis des lustres, de s’en te­nir aux te­nues of­fi­cielles dé­pour­vues de lo­gos. Il fai­sait dé­jà des ja­loux. Il en est convain­cu, ce qui ex­pli­que­rait ses re­la­tions froides avec Ma­gic au dé­but. « Quand je suis ar­ri­vé en NBA, j’ai tout de suite bé­né­fi­cié d’un sta­tut de su­per­star. Ma­gic John­son de­vait se dire que je ne le mé­ri­tais pas. Beau­coup d’autres joueurs le pen­saient aus­si, d’ailleurs. » Une guerre com­mer­ciale avant la guerre du jeu. Jor­dan al­lait vite dé­cou­vrir ce que son sta­tut re­pré­sen­tait, dans la Confé­rence Est. Il y avait les Knicks, mais sur­tout les Pis­tons de De­troit, sur­nom­més les Bad Boys. Dès 1985, Jor­dan morfle face à Rick Ma­horn et Adrian Dant­ley, deux brutes épaisses des Pis­tons. Jor­dan a cette re­marque après un match par­ti­cu­liè­re­ment chaud à De­troit : « Il n’y a au­cun doute dans mon es­prit sur le fait que Ma­horn et Dant­ley ont es­sayé de me bles­ser, pour m’em­pê­cher de sco­rer. » Trois ans plus tard, Jor­dan est in­ar­rê­table dans la ligue. Il réus­sit une sé­rie à 49 pts, 47 pts, 61 pts et 49 pts en sai­son ré­gu­lière contre De­troit. Les Pis­tons, ré­pu­tés pour leur dé­fense de fer, n’en peuvent plus de Jor­dan. 1988 marque un tour­nant pour eux et les Chicago Bulls. « Nous avons dé­cré­té à ce mo­ment-là que Mi­chael Jor­dan ne nous bat­trait plus à lui seul », di­ra plus tard, Chuck Da­ly, le coach de De­troit. « Nous de­vions dé­ve­lop­per un concept im­pli­quant toute l’équipe pour l’en em­pê­cher. » Ce concept prend la marque de deux mots : les « Jor­dan rules » (Les règles de Jor­dan). Le but était de ser­rer Mi­chael Jor­dan à chaque fois qu’il avait le bal­lon, grâce à plu­sieurs joueurs. L’ar­rière Joe Du­mars, qui était au mar­quage sur « Sa Ma­jes­té », se sou­vient de ces ter­ribles ba­tailles contre les Bulls « Ces matches étaient in­tenses, plein d’émo­tions. Même si on jouait à la mi-jan­vier, on avait l’im­pres­sion d’être en playoffs. » Des matches durs, où ça bas­ton­nait, pas seule­ment sous les cercles, mais éga­le­ment à la pé­ri­phé­rie, pour mettre la pres­sion sur les shoo­teurs. Les « Jor­dan rules » avaient eu pour ef­fet de mé­ta­mor­pho­ser les Pis­tons qui étaient de­ve­nus des hyènes, quelque soit l’ad­ver­saire. Les La­kers de Ma­gic John­son furent swee­pés en fi­nale 1989 par ces brutes épaisses et Portland ser­vit de fes­tin, un an plus tard. Pen­dant ces deux an­nées glo­rieuses des Pis­tons, Chicago et De­troit se sont af­fron­tés 17 fois entre la sai­son ré­gu­lière et les playoffs et Jor­dan a bais­sé sa moyenne de points face à eux de 8 points pour s’éta­blir à 28,3 pts. Les Pis­tons ont sur­tout rem­por­té 14 de ces matches au cou­teau ! « Nous pu­nis­sions Mi­chael, mais il conti­nuait de mon­ter au cercle », se sou­vient le rustre James Ed­wards. « Il n’a ja­mais ar­rê­té. Il n’avait pas peur de ce qu’on lui fai­sait su­bir. Jor­dan haïs­sait les Pis­tons et leur style de jeu ba­sé sur la bru­ta­li­té. Il le fe­ra sa­voir avant de dé­bu­ter la fi­nale de confé­rence 1991, avec un ton pro­vo­ca­teur et un verbe in­ha­bi­tuel chez lui… « On va leur bot­ter le cul ! » Jor­dan au­rait même dit en pri­vé : « Le titre je m’en cogne. Je veux juste qu’on tape De­troit. » 1991, c’est l’an­née de nais­sance de Mon­dial Bas­ket et les pre­miers playoffs du ma­ga­zine qui les vit en live avec toute la dra­ma­tur­gie au­tour du ren­dez-vous De­troit-Chicago. Les pro­ta­go­nistes sont les mêmes de­puis des an­nées à quelques ex­cep­tions dans les se­conds rôles. Mais le com­bat­tant Jor­dan n’est plus le même. Il chan­gé de­puis 10 mois. Tim Gro­ver est ar­ri­vé dans son staff pri­vé pour lui tailler un corps d’ath­lète. Il a des épaules de bo­dy guard pour gar­der

« Nous avons dé­cré­té à ce mo­ment-là que Mi­chael Jor­dan ne nous bat­trait plus à lui seul » Chuck Da­ly, coach de De­troit

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