RICKY RUBIO

PASSE AUX SHOOTS

Mondial Basket - - Édito -

Des che­veux longs, un look hips­ter mais tou­jours le même sou­rire re­le­vé d’un re­gard pé­tillant : c’est sous ces traits que nous était ap­pa­ru l’hi­ver der­nier Ricky Rubio avec le maillot du Jazz. De­puis, l’Es­pa­gnol a tra­cé sa route avec Utah. Plu­tôt bien. Il n’avait ja­mais fait les playoffs avec Minnesota en six ans de car­rière chez les Wolves. Et là, bin­go ! Pour sa pre­mière an­née à Salt Lake Ci­ty, le me­neur de 27 ans pro­longe la sai­son et fait du­rer le plai­sir. Rubio était un ar­tiste pas­seur, il est de­ve­nu un ac­teur shoo­teur. Une mé­ta­mor­phose au pays des mor­mons. Quin Sny­der, le coach play­boy d’Utah, a sa pe­tite idée sur la trans­for­ma­tion de son me­neur de jeu, pas­sé de 37.4% à 41.8 aux tirs en deux ans et sur­tout de 30.6% der­rière l’arc l’an pas­sé à 35.2 cette an­née. « Ricky y est al­lé pro­gres­si­ve­ment. En dé­but de sai­son, je lui avais fait com­prendre qu’il pou­vait être meilleur aux shoots. Si cer­tains soirs, il ren­trait ses tirs, c’était bon pour l’équipe. S’il connais­sait des soirs plus com­pli­qués, ne par­ve­nait pas à sco­rer, on pro­cé­de­rait au­tre­ment. La sai­son n’est pas un sprint mais un ma­ra­thon. Il avait com­pris le mes­sage et on l’a ai­dé pour qu’il se sente à l’aise dans cette équipe. » Mis­sion ac­com­plie car Rubio n’a ja­mais aus­si bien shoo­té que du­rant l’exer­cice 2017-18. Il l’a donc bou­clé à plus de 41.5% dans le champ et 35% der­rière la ligne à 3 points. Ja­mais il n’avait été aus­si adroit de­puis son ar­ri­vée dans la ligue amé­ri­caine en 2011.

« C’EST IM­POR­TANT DE SE SEN­TIR DÉSIRÉ PAR UNE FRAN­CHISE. DÈS LE PRE­MIER JOUR, ÇA A ÉTÉ LE CAS À UTAH.

J’ai sen­ti que ça fonc­tion­nait entre nous. ils m’en­voyaient des mails, des sms. ils étaient aux p’tits soins avec moi »

Ricky Rubio (utah)

UN CHAN­GE­MENT D’EN­VI­RON­NE­MENT SA­LU­TAIRE

L’Es­pa­gnol a re­mis les pieds à Min­nea­po­lis deux fois cette sai­son. « J’ai beau­coup d’amis et de fans là-bas. C’est nor­mal, j’y ai pas­sé six sai­sons et même si on n’a ja­mais fait les playoffs, on a vé­cu de bons mo­ments en­semble. C’est tou­jours spé­cial de re­jouer contre son an­cienne équipe, ça reste un peu ta mai­son. » Pour sa der­nière ap­pa­ri­tion au Tar­get Cen­ter, le 1er avril, le n°3 du Jazz a dé­vo­ré les loups dans leur cui­sine : 23 points, 7 re­bonds, 3 as­sists, en shoo­tant à 83% der­rière l’arc ! Si Coach Thi­bo­deau n’a pas ava­lé son cha­peau, il s’est étran­glé avec sa cra­vate. Entre lui et Rubio, ça n’avait ja­mais col­lé. Pro­blème de connexion, sans doute. C’est lui qui avait vou­lu le dé­part de l’Es­pa­gnol, qu’il ne trou­vait pas as­sez consis­tant dans

le jeu. Ce der­nier sa­vait son dé­part iné­luc­table l’été der­nier. C’est peut-être aus­si pour cette rai­son qu’il a re­bon­di aus­si ra­pi­de­ment à Salt Lake Ci­ty. « C’est im­por­tant de se sen­tir désiré par une fran­chise, ra­conte Rubio. Dès le pre­mier jour, ça été le cas avec Utah. Ils ont tout fait, dès le dé­but, pour que je me sente bien. J’ai sen­ti que ça fonc­tion­nait entre nous. Je re­ce­vais des mails, des SMS. Ils étaient aux p’tits soins avec moi. Ra­pi­de­ment, j’ai eu un bon fee­ling. » Quin Sny­der as­sure que cette in­té­gra­tion était plus fa­cile à ob­te­nir avec un joueur de ce ca­libre. « Il a su pro­gres­ser avec les joueurs au­tour de lui, en se connec­tant de ma­nière po­si­tive à son nou­vel en­vi­ron­ne­ment. Et puis il est ar­ri­vé avec de l’ap­pé­tit et il ne s’est ja­mais dé­cou­ra­gé alors que les cir­cons­tances n’étaient pas fa­ciles par mo­ment, avec beau­coup de bles­sés. En­fin, Ricky a su se fondre dans le col­lec­tif pour avan­cer avec cette équipe. C’est la marque de quel­qu’un de très ou­vert et à l’écoute de ce qu’on dit. »

UN TRA­VAIL EN PRO­FON­DEUR AVEC UN SHOO­TING COACH

Utah s’est for­gé une win­ning culture grâce à des me­neurs de jeu d’ex­cep­tion. Ricky Green, John Stock­ton et De­ron Williams ont été ces lea­ders. Au­jourd’hui, le GM Den­nis Lind­sey est convain­cu que Rubio peut être un chef d’or­chestre du même ca­libre. Il cite l’exemple de Ja­son Kidd pour jus­ti­fier cet es­poir. « Nous pen­sons que Ricky est par­ti pour être un fac­si­mi­lé de Kidd », clame-t-il. Pen­dant ses douze pre­mières sai­sons NBA, Kidd shoo­tait à 33% der­rière l’arc. Les sept sui­vantes, il a tour­né à 37% der­rière la ligne à 3 points. Et il est al­lé cher­cher un titre de cham­pion en 2011 à Dallas. Dès son re­tour de l’Eu­roBas­ket en sep­tembre der­nier, Rubio a ac­cep­té le chal­lenge avec un coach dé­dié pour le shoot. Igor Ko­kos­kov a tra­vaillé avec l’Es­pa­gnol avant les matches et après les en­traî­ne­ments. Ja­son Kidd avait eu un men­tor de la même ma­nière, bé­né­fi­ciant des ser­vices de Bob Thate au mi­lieu de sa car­rière. Le Jazz n’a pas hé­si­té à mettre dans les pattes de Rubio l’as­sis­tant de Quin Sny­der pour cor­ri­ger son geste, trou­ver sa zone de confort afin de ga­gner en confiance. Le head coach du Jazz sait que le duo Rubio-Ko­kos­kov fait du bon bou­lot. « Ricky a fait des pro­grès car il s’est sen­ti en confiance à la fois dans le dis­cours et la mé­thode de tra­vail. Dans le jeu, il prend ses res­pon­sa­bi­li­tés. » C’est aus­si pour ce­la qu’Utah

s’est re­trou­vé en playoffs, alors que l’équipe était mal em­bar­quée dé­but jan­vier. Le ni­veau de jeu de Rubio, conju­gué au re­tour de Der­rick Fa­vors et Rudy Gobert, a per­mis de re­dres­ser la si­tua­tion. Les phases de pick and roll, ini­tiées par Ricky Rubio et conclues par Fa­vors ou Gobert, sont un ré­gal car l’Es­pa­gnol sait tou­jours trou­ver ses « big men » sur un lob au­tour du cercle. Le me­neur de jeu ibé­rique ana­ly­sait sa propre évo­lu­tion : « Je joue bien cette sai­son, c’est sûr, mais ce n’est pas seule­ment une af­faire de stats. Pour ga­gner les matches, ce qui reste le plus im­por­tant, il faut jouer dur, faire bou­ger le bal­lon, jouer avec tout le monde. C’est ce qui nous per­met d’avan­cer de ma­nière en­core plus sûre. »

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