JOR­DAN NE VOU­LAIT PAS MOU­RIR COMME ÇA…

Mondial Basket - - PLAYOFFS -

AU PRIN­TEMPS 1998, LES BULLS ET LES PA­CERS S’AF­FRONTENT DANS UNE SÉ­RIE DE SEPT MATCHES ÉPUISANTS QUE L’HIS­TOIRE CLASSE DÉ­SOR­MAIS PAR­MI LES FI­NALES DE CONFÉ­RENCE LES PLUS DISPUTÉES DES AN­NÉES 1990. POUR LA PRE­MIÈRE FOIS DE LEUR CAR­RIÈRE, MI­CHAEL JOR­DAN ET REG­GIE MILLER (QUI NE S’AIMAIENT PAS BEAU­COUP !) SE REN­CONTRENT EN PLAYOFFS ET POUR LA TROI­SIÈME FOIS DE SA CAR­RIÈRE, « MJ » EST POUS­SÉ À LA LI­MITE…

Les Pa­cers ont su­bi un cham­bou­le­ment mas­sif en 1997-98 sous la di­rec­tion de Lar­ry Bird, en­traî­neur roo­kie. In­dia­na a rem­por­té 19 matches de plus par rap­port à la sai­son pré­cé­dente et ter­mi­né avec le 2e meilleur ré­sul­tat de l’Est, à 58-24. La sé­rie de sai­son ré­gu­lière avec Chi­ca­go est par­fai­te­ment équi­li­brée, chaque équipe ayant rem­por­té un match à do­mi­cile et à l’ex­té­rieur. Bird a re­çu le titre d’en­traî­neur de l’an­née et les Pa­cers es­saient d’être la pre­mière équipe de l’ex-ABA à dis­pu­ter les Fi­nales de­puis la fu­sion NBA-ABA en 1976. Les deux for­ma­tions ont pas­sé sans en­combres les deux pre­miers tours des playoffs. Les Bulls ont ba­layé les New Jer­sey Nets au 1er tour puis éli­mi­né les Char­lotte Hor­nets en cinq manches. In­dia­na, dont l’en­semble de l’équipe a dé­ci­dé de se ra­ser la tête - acte d’uni­té et d’en­ga­ge­ment -, a bat­tu Cle­ve­land et New York pour s’of­frir la fi­nale de la Confé­rence Est. Les Pa­cers ont per­du un match dans chaque sé­rie. Dans le pre­mier duel, les Bulls pro­voquent 25 tur­no­vers, qui leur as­surent une vic­toire 85-78 mal­gré la mal­adresse gé­né­rale de Mi­chael Jor­dan, Scot­tie Pip­pen et To­ni Ku­koc (en com­bi­né, 14/48). L’élan est main­te­nu dans le Game 2 où « MJ » plante 41 points. Chi­ca­go peut dé­jà, pense-t-on, se tour­ner vers les Fi­nales NBA avec une avance de 2-0 dans la sé­rie. De re­tour dans l’In­dia­na pour le Match 3, Reg­gie Miller, lim­pide, marque 13 de ses 28 points dans les der­nières mi­nutes. Les Pa­cers ont sur­vé­cu à un ré­veil tar­dif de Chi­ca­go pour re­ve­nir à 2-1 dans la sé­rie avec une vic­toire 107-105. On se sou­vient en­core du qua­trième match et de ce shoot à 3 points de Miller pour mettre In­dia­na de­vant avec

« J’ÉTAIS FA­TI­GUÉ MAIS IL S’AGIT DE COEUR. JE PENSE QUE NOUS AVONS MON­TRÉ BEAU­COUP DE COEUR » Mi­chael Jor­dan

« JE LEUR AI DIT QU’ILS POU­VAIENT PERDRE. SI VOUS FAITES DE VOTRE MIEUX, IL N’Y A RIEN D’EF­FRAYANT À PERDRE. LA PEUR EST QUELQUE CHOSE DE PIRE QUE LA DÉ­FAITE ELLE-MÊME » Phil Jack­son

0.7 se­conde à jouer. Jor­dan tente lui aus­si un tir à 3 points au buz­zer mais le bal­lon fait ga­melle. Le Game 5 se­ra le seul « blo­wout » de la sé­rie. In­dia­na est à la peine of­fen­si­ve­ment, tirant à 34%. Il y a une pé­riode de 14 mi­nutes en pre­mière mi­temps où les Pa­cers échouent tout sim­ple­ment à mar­quer le moindre point. Jor­dan, lui, se ré­gale avec 29 pions, Pip­pen en met 20 et Ku­koc en ajoute 19. Vic­toire 106-87. Les Pa­cers forcent un Match 7 avec une vic­toire 92-89 à In­dia­na­po­lis mal­gré un Miller blo­qué à seule­ment 8 points. Le scé­na­rio est fin prêt pour un Game 7 as­phyxiant. La tête dé­con­fite au bout du com­bat, Mi­chael Jor­dan ne se sou­cie pas des ap­pa­rences. Il a lais­sé tom­ber l’élé­gance de son jeu ce soir-là pour faire tom­ber les Pa­cers. A n’im­porte quel prix. C’est cet en­ga­ge­ment bru­tal qui dé­cide du ré­sul­tat dans les der­nières mi­nutes - ten­dues - du sep­tième match, de­vant une foule an­xieuse au Uni­ted Cen­ter. Il y a eu ce mo­ment où Jor­dan a je­té son corps fa­ti­gué dans l’air et s’est écra­sé sur Der­rick McKey, qui l’avait me­na­cé pen­dant la sé­rie. Mike est ce­lui qui est res­té de­bout. Il y a eu cet ins- tant, aus­si, où il s’est fau­fi­lé à l’in­té­rieur, en se dé­fai­sant du ro­buste Dale Da­vis, et a sai­si le re­bond du lan­cer franc ra­té par Scot­tie Pip­pen. Une pos­ses­sion a été sau­vée. Ce n’était pas le Jor­dan par­fait : il a réus­si seule­ment 9 de ses 25 tirs, pour 28 points, contre une dé­fense qui n’a mon­tré au­cune dé­fé­rence. Mais face à un jeu qui au­rait pu si­gni­fier la fin de l’ère des Bulls, il avait l’équi­libre du vain­queur ul­time. Une dé­faite et cette équipe était dé­man­te­lée sur place. Mike sur­git dans la nuit pour pro­vo­quer un énorme sou­la­ge­ment. Vic­toire 88-83. « Per­sonne ne nous en­lè­ve­ra notre titre. Nous avons en­core l’op­por­tu­ni­té d’al­ler au bout », sa­voure-t-il. Les Pa­cers me­naient en­core de 3 points à sept mi­nutes de la fin du match mais Steve Kerr réus­sit un tir pri­mé pour éga­li­ser. Les hommes de Lar­ry Bird sont re­pas­sés de­vant. En vain : « Sa Ma­jes­té » a éga­li­sé avec un lan­cer franc et Pip­pen a don­né une avance de 81-79 aux Bulls à 4 mi­nutes et 45 se­condes du gong. Cette avance me­na­cée ne se­ra ja­mais com­blée. « C’était pro­ba­ble­ment la sé­rie éli­mi­na­toire la plus dif­fi­cile de ma car­rière, di­ra

Pip­pen. Ils nous ont don­né tout ce que nous pou­vions de­man­der. » « Je me sou­viens quand j’étais joueur et que je ne ti­rais pas bien. Je de­vais ai­der d’une autre ma­nière, dé­cla­ra Lar­ry Bird. Les jump shots de Mi­chael Jor­dan ne nous ont pas bat­tus ce soir mais ses lan­cers francs l’ont fait. Ce­la fait de lui le meilleur joueur de tous les temps. » « His Air­ness » avait qua­li­fié les Pa­cers de « bump in the road », une en­torse sur la route, après que les Bulls eurent per­du le Match 3. Il était évident, au fil de la sé­rie, qu’il y avait quelque chose de trou­blant et d’in­ha­bi­tuel dans l’at­mo­sphère en­tou­rant la for­ma­tion de l’Il­li­nois : un sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té. Un jour avant le Game 7, Phil Jack­son a dû sen­tir le ma­laise et le doute dans l’es­prit de son équipe. Il a of­fert à ses joueurs un conseil face à la peur. « Je leur ai dit qu’ils pou­vaient perdre, ex­pli­qua le « Maître Zen ». Tout est pos­sible. Vous pou­vez perdre un match comme ce­lui-ci. Si vous faites de votre mieux, il n’y a rien d’ef­frayant à perdre. La peur est quelque chose de pire que la dé­faite el­le­même. » La foule avait re­te­nu son souffle, sa­chant que ce der­nier choc pou­vait dé­ter­mi­ner la du­rée de vie de la dy­nas­tie des Bulls. On s’at­ten­dait à ce que Jor­dan dé­cide quand il en au­rait as­sez. Les Pa­cers au­raient pu être ceux qui l’au­raient pous­sé vers la sor­tie… Et Mi­chael de conclure avant le der­nier dé­fi qui l’at­ten­dait face au Utah Jazz : « J’étais fa­ti­gué mais il s’agit de coeur. Je pense que nous avons mon­tré beau­coup de coeur. »

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