TO­NY PAR­KER

<< II Faut que je prenne du plai­sir car c'est peut-être ma der­nière sai­son>>

Mondial Basket - - In Your Face - Par ARMEL LE BESCON

To­ny Par­ker dé­bute une nou­velle vie à 36 ans, à Char­lotte. Après 17 ans de bon­heur à San An­to­nio, le me­neur au­réo­lé de quatre titres NBA et six sé­lec­tions All-Star s’offre un chal­lenge to­ta­le­ment dif­fé­rent chez les Hor­nets. Mais TP est ex­ci­té par l’idée de ra­me­ner l’équipe de Mi­chael Jor­dan en playoffs, de jouer avec Ni­co­las Ba­tum et de re­pous­ser l’heure de la re­traite. Il nous ex­plique le sy­nop­sis de sa 18e sai­son NBA. La pre­mière sous un nou­veau maillot !

MON­DIAL BAS­KET : L’his­toire NBA conti­nue mais fran­che­ment, estce qu’il y a un an ou même six mois, tu te voyais dé­bu­ter une 18e sai­son dans la Ligue sous un autre maillot ?

TO­NY PAR­KER : Bien sûr que non ! J’avais en­vie de res­ter à San An­to­nio. Mais je sais que la NBA reste un bu­si­ness et j’en ai tou­jours été conscient. Main­te­nant, j’ai tour­né la page. C’est pour ça aus­si que j’ai écrit une lettre* au mois d’août : pour ex­pli­quer mon amour pour la ville, les fans et les Spurs. A pré­sent, c’est une autre aven­ture qui com­mence et je suis prêt pour mon nou­veau chal­lenge. MB : Char­lotte a-t-elle été la seule équipe à se ma­ni­fes­ter ou y en avait-il d’autres ? T.P. : Il n’y avait pas que Char­lotte mais le choix a été vite fait car je vou­lais jouer avec Ni­co­las (Ba­tum). Et je connais­sais le coach, James Bor­re­go, qui a été dix ans as­sis­tant aux Spurs. Je n’avais pas à me po­ser de ques­tions. En plus, le boss était Mi­chael Jor­dan, mon idole. Le choix était très clair. En fait, je n’ai pas trop par­lé avec les autres équipes.

MB : La vie NBA peut être plus dure quand on est sé­pa­ré de sa fa­mille. N’est-ce pas un sa­cri­fice d’al­ler jouer à Char­lotte, alors que ta femme et tes en­fants res­tent à San An­to­nio ?

T.P. : Ce n’est pas un sa­cri­fice car ma fa­mille est suf­fi­sam­ment so­lide pour com­prendre. On en a par­lé lon­gue­ment, Axelle et moi, avant que je choi­sisse Char­lotte. Nos en­fants sont en­core jeunes et je pense que ce se­ra as­sez fa­cile de faire des al­lers-re­tours. Axelle, de son cô­té, va ou­vrir son bu­si­ness fin no­vembre. Les en­fants sont heu­reux dans leurs écoles. Aus­si, la dé­ci­sion était simple. Je vais jouer une sai­son, on ver­ra si j’en fais une deuxième. Si c’est trop dur pour moi et pour ma fa­mille, le choix se­ra à nou­veau très simple, j’ar­rê­te­rai. Ma fa­mille est plus im­por­tante que le bas­ket. MB : C’est l’autre fa­cette de la NBA qu’il faut in­té­grer au dé­but si on ne veut pas être sur­pris un jour, non ? T.P. : J’ai eu la chance de pas­ser 17 ans dans le même club et je n’avais ja­mais été con­fron­té à ça mais 95% des spor­tifs changent d’équipe ou sont trans­fé­rés au mi­lieu de l’an­née, alors que leurs en­fants sont à l’école. Ça ar­rive très sou­vent et il faut bien en­ten­du l’in­té­grer au dé­part. MB : Ça dé­montre aus­si ton amour du jeu, car tu vou­lais conti­nuer… T.P. : Je ne cache pas que prendre ma re­traite m’a tra­ver­sé l’es­prit quand j’ai vu que ça ne le fai­sait pas à San An­to­nio. J’avais tout ga­gné et je n’avais plus rien à prou­ver. C’est vrai que j’ai ré­flé­chi à une pos­sible re­traite mais je prends tou­jours du plai­sir à jouer au bas­ket. En dis­cu­tant avec Axelle, j’ai dit : “OK, fai­sons au moins une an­née, on ver­ra com­ment ça se passe à Char­lotte. En­suite, on avi­se­ra.” MB : Vous ne vous quit­tez plus, Ni­co­las Ba­tum et toi, entre l’équipe de France, la LDLC Asvel et main­te­nant Char­lotte. On ima­gine que tu es heu­reux de re­jouer avec lui ? T.P. : C’était une op­por­tu­ni­té in­croyable et je l’ai sai­sie. C’est fou de se dire que j’ai joué avec Bo­ris (Diaw) à San An­to­nio et que je vais main­te­nant évo­luer avec Ni­co à Char­lotte… On va prendre d’au­tant plus de plai­sir qu’on est as­so­ciés à Villeur­banne, l’ASVEL fé­mi­nin, l’Aca­de­my. Il y a tous nos pro­jets pour l’ave­nir, ce se­ra très bien de pou­voir échan­ger

ain­si au quo­ti­dien. Sur le plan du jeu, on a dé­jà pris beau­coup de plai­sir à évo­luer en­semble en équipe de France, avec no­tam­ment le titre de cham­pion d’Eu­rope en 2013. C’est fan­tas­tique de pro­lon­ger l’aven­ture en NBA avec Char­lotte. MB : La car­rière de Ni­co semble stagner de­puis deux-trois sai­sons. Qu’est-ce que tu peux lui ap­por­ter pour lui per­mettre de la re­lan­cer ? T.P. : C’est un su­jet qu’on a dé­jà évo­qué avec le coach et j’es­père vrai­ment pou­voir l’ai­der. En jouant avec moi, Ni­co peut sû­re­ment re­trou­ver le ni­veau qui était le sien il y a cinq ans, quand on a été sa­crés en Slo­vé­nie. Lors de la Coupe du monde 2014 (ndlr : en Es­pagne, sans TP), il avait été bon éga­le­ment. Ni­co a du ta­lent mais c’est le genre de joueur qui doit se sen­tir bien dans une équipe, il doit être dans un confort pour don­ner le meilleur de lui-même. C’est à nous de le mettre dans les meilleures condi­tions pos­sibles pour qu’il fasse sa meilleure sai­son NBA. MB : Est-ce que tu sens une grosse at­tente au­tour de toi à Char­lotte ? T.P. : Ah oui ! Quand je suis ar­ri­vé à l’aé­ro­port, pour ma pre­mière vi­site, il y avait dé­jà ma pho­to. Par­tout où je suis pas­sé dans la ville, on m’a of­fert une bou­teille de cham­pagne. Je dois sou­li­gner que l’ac­cueil a été très cha­leu­reux et que ça m’a fait plai­sir. Il y a une grosse at­tente mais pas uni­que­ment pour moi, pour l’équipe aus­si. Ça fait deux ans qu’ils n’ont plus fait les playoffs. On doit mettre toutes les chances de notre cô­té pour y par­ve­nir, d’au­tant qu’on évo­lue à l’Est. On a une bonne carte à jouer, en tout cas. MB : Qu’est-ce qui est le plus im­por­tant pour toi cette an­née ? T.P. : Il faut que je prenne du plai­sir car c’est peut être ma der­nière sai­son ! Je dois pro­fi­ter de chaque mo­ment qui me se­ra don­né. J’ai eu la chance in­croyable de dis­pu­ter 17 sai­sons en NBA et même si tu sais qu’il y au­ra une fin, tu as en­vie de la re­pous­ser le plus pos­sible. Je n’ai pas de pres­sion, je n’ai pas en­vie de me prendre la tête, je veux juste prendre du plai­sir. MB : Peut-on par­ler d’un vé­ri­table nou­veau chal­lenge à 36 ans ?

T.P. : Oui, na­tu­rel­le­ment, mais ce chal­lenge est dif­fé­rent des pré­cé­dents. Pen­dant 17 ans, l’ob­jec­tif était de ga­gner le titre NBA alors qu’à Char­lotte, c’est d’al­ler en playoffs. Ça n’a plus rien à voir mais ça reste un chal­lenge ex­ci­tant. C’est un peu ce que je re­cher­chais aus­si, à par­tir du mo­ment où je sen­tais que ce ne se­rait plus la même chose à San An­to­nio. J’ai es­ti­mé qu’il était pré­fé­rable de vivre au­tre­ment une sai­son ailleurs. En étant à l’Est, je vais voya­ger dif­fé­rem­ment, je se­rai plus sou­vent à New York et Mia­mi. C’est abor­der une sai­son NBA d’une ma­nière com­plè­te­ment dif­fé­rente. En fait, les choses se­ront to­ta­le­ment dif­fé­rentes. C’est as­sez sti­mu­lant, je l’avoue.

MB : Ce se­rait quoi, un bon TP cette an­née, sous le maillot des Hor­nets ?

T.P. : Il faut que je sois en bonne san­té, que je puisse jouer tous les matches et que je sois per­for­mant. Après, être per­for­mant sur le ter­rain à Char­lotte, ce n’est pas être All-Star et jouer comme je l’ai fait lors de mes meilleures an­nées, c’est rendre ser­vice sur le ter­rain et avoir un bon im­pact dans le ves­tiaire. Le coach veut que je de­vienne le lea­der de ce groupe et que je sois la MB : On ne parle plus de stats ! T.P. : Non, c’est der­rière moi. MB : Les Hor­nets ont man­qué les playoffs trois fois lors des quatre der­nières sai­sons, alors que tu as joué dans une équipe qui fai­sait la post­sea­son chaque an­née avec un rôle de fa­vo­ri qua­si­ment à chaque fois. Ce chan­ge­ment ra­di­cal ne t’ef­fraie pas un peu ? T.P. : J’ai fait les playoffs 17 fois de suite avec San An­to­nio, ce qui est ex­tra­or­di­naire. L’ex­pé­rience a été riche, bien en­ten­du. Mais j’aborde cette nou­velle aven­ture dans un état d’es­prit très po­si­tif. C’est le dé­fi que je vou­lais. Je le prends à bras le corps, avec l’ob­jec­tif de ra­me­ner Char­lotte en playoffs jus­te­ment. On a une équipe pour le faire, je n’ai au­cune crainte là-des­sus. MB : Tu ne pars pas dans l’in­con­nu avec James Bor­re­go. On sait l’im­por­tance de la re­la­tion me­neur de jeu-coach. Peux-tu nous le dé­crire un peu ? Il a été as­sis­tant dans dif­fé­rentes franchises, quel est son style ?

T.P. : Ce qui est im­por­tant, c’est qu’il va de­voir créer avec sa propre mé­thode. Lui aus­si passe à quelque chose de nou­veau. Il a long­temps été as­sis­tant et là, il se re­trouve head coach, avec le sou­ci de réus­sir dans un nou­vel en­vi­ron­ne­ment, avec énor­mé­ment de res­pon­sa­bi­li­tés. Il m’a fait com­prendre qu’il ai­me­rait bien que je l’aide, afin que ça se passe bien pour tout le monde. Je sais com­ment ça se passe dans cette Ligue. Il faut qu’il s’ins­talle, qu’il se fasse res­pec­ter et qu’il s’im­pose dans le ves­tiaire. Là-des­sus, il n’y au­ra pas de pro­blème et je crois que je peux l’ai­der énor­mé­ment. On se connaît bien grâce à notre sé­jour com­mun à San An­to­nio. C’est une su­per op­por­tu­ni­té pour lui. Il a dé­bu­té chez les Spurs, il était en­traî­neur en charge de la vi­déo. Je l’ai vu gran­dir, j’ai sui­vi son évo­lu­tion au fil du temps, il a pas­sé toutes les étapes. Je suis vrai­ment content pour lui. A nous de réus­sir une bonne sai­son en­semble. Je le ré­pète : James (Bor­re­go), qui passe head coach, et l’as­sis­tant, Dutch (Gait­ley), qui était à la vi­déo à San An­to­nio, ont été dé­ter­mi­nants dans mon choix. Ils vont fa­ci­li­ter mon in­té­gra­tion. MB : Coach Bor­re­go veut que vous jouiez du up-tem­po, non ?

T.P. : Oui, c’est ça. Il veut qu’il y ait beau­coup de tirs à 3 points éga­le­ment. Il m’a dit : “TP, je veux que tu shootes à 3 points !” (Rires) Alors cet été, j’ai pris beau­coup de shoots. Pour ne pas dire que j’ai fait uni­que­ment ça… MB : As-tu beau­coup tra­vaillé pen­dant l’in­ter­sai­son ? T.P. : De ma­nière spé­ci­fique, beau­coup sur ma jambe gauche, pour conti­nuer d’être so­lide par rap­port à ma grosse bles­sure (ndlr : qua­dri­ceps lors des playoffs 2017). Après, je me gère et c’est ce que j’ai fait. Je ne peux plus faire des séances avec l’éner­gie que je met­tais avant. MB : Tu avais dit, il y a quelque temps, que l’on re­vient mieux, après ce type de bles­sure au qua­dri­ceps, lors de la deuxième sai­son, com­pa­ré à la pre­mière. Pour­quoi ? T.P. : Je confirme que je me sens mieux au­jourd’hui sur ma jambe gauche. J’es­père que ça va se tra­duire sur le ter­rain. Après, l’ex­pli­ca­tion est com­pli­quée… C’est évi­dem­ment mé­di­cal. Après une bles­sure aux croi­sés, au ta­lon d’Achille, des bles­sures graves, tu re­viens tou­jours mieux en deuxième sai­son. Je suis as­sez confiant aus­si par rap­port à ça. MB : Que penses-tu du me­neur ti­tu­laire, Kem­ba Wal­ker, qui est un gros sco­reur ?

T.P. : C’est un joueur très ta­len­tueux. Il a été All-Star les deux der­nières an­nées. Je l’aime beau­coup. C’est un sco­reur. Il est plus shoo­teur que je ne le suis. C’est la pre­mière dif­fé­rence avec moi. Je mets de la pres­sion sur les dé­fenses avec de la tran­si­tion, je pars dans les drives… Je crois être plus pas­seur aus­si. Il faut trou­ver dans son jeu une ba­lance, un bon équi­libre entre pas­ser et sco­rer. Je pense que je peux l’ai­der sur cette al­ter­nance grâce à mon ex­pé­rience. Il va fi­nir par la trou­ver. MB : Vous pour­riez être as­so­ciés dans le ba­ck­court, se­lon toi ? T.P. : Le coach m’en a par­lé et il compte le faire, no­tam­ment sur les fins de match. MB : Qu’y a-t-il de plus va­lo­ri­sant, pour ter­mi­ner sa car­rière, quand on a été, comme toi, quatre fois cham­pion NBA et sex­tuple All-Star ? T.P. : (Il ré­flé­chit) Je pense que si on fait les playoffs, je se­rai content. On a un bon ef­fec­tif mais il reste jeune et in­ex­pé­ri­men­té. Il n’y a que trois joueurs qui ont plus de 10 sai­sons NBA : Ni­co (Ba­tum), Mar­vin Williams et moi. Donc, ça reste un ef­fec­tif jeune à ce ni­veau. Al­ler en playoffs dans ces condi­tions, je crois que ce se­rait une belle réus­site, dé­jà. MB : Glo­ba­le­ment, com­ment trouves-tu cette for­ma­tion avec le so­pho­more Ma­lik Monk et le roo­kie Miles Bridges ? T.P. : On sent des jeunes qui veulent réus­sir. Ils ont une très bonne men­ta­li­té. Je vois une équipe très saine, qui veut al­ler au bout de quelque chose. C’est un bon dé­but pour re­le­ver le chal­lenge qui nous est pro­po­sé. On sent un groupe sou­dé par rap­port à l’ob­jec­tif fixé. MB : Tu as tou­jours dit que Mi­chael Jor­dan t’avait ins­pi­ré. Tu vas sû­re­ment fi­nir ta car­rière dans sa fran­chise, est-ce que tu crois au des­tin ? T.P. : En fait, j’ai l’im­pres­sion de bou­cler la boucle, quelque part. J’ai cette im­pres­sion car c’est Jor­dan qui m’avait don­né en­vie de jouer au bas­ket et il est clair que je fi­ni­rai dans son club. C’est énorme de ter­mi­ner avec Mi­chael Jor­dan…

“M’ÉLOI­GNER DE MA FA­MILLE N’EST PAS UN SA­CRI­FICE CAR ELLE EST SUF­FI­SAM­MENT SO­LIDE POUR COM­PRENDRE. ON EN A PAR­LÉ LON­GUE­MENT, AXELLE ET MOI. NOS EN­FANTS SONT EN­CORE JEUNES, ILS SONT HEU­REUX DANS LEURS ÉCOLES ET CE SE­RA AS­SEZ FA­CILE DE FAIRE DES AL­LERS-RE­TOURS. AXELLE, DE SON CÔ­TÉ, VA OU­VRIR SON BU­SI­NESS FIN NO­VEMBRE”

* TP a écrit le 6 août une lettre de 2 900 mots sur le site « The Players’ Tri­bune » . Il re­mer­ciait Tim Dun­can, Gregg Po­po­vich et les fans de San An­to­nio.

voix de l’équipe.

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