Montagnes

ETHAN BERMAN L’ÉLOGE DE LA PROGRESSIO­N

- Par Thomas Vennin

« Dans les Rocheuses, il y a encore beaucoup de zones à explorer et d’itinéraire­s vierges. En hiver, ça ressemble souvent aux Alpes parce que tu as de longues approches, tu dois faire attention aux risques d’avalanches et aux conditions de neige. Et puis il y fait très froid, c’est un bon entraîneme­nt pour aller ensuite sur des montagnes plus hautes. Vous devriez encourager les gens à venir dans les Rocheuses ! » À l’écouter nous vanter les mérites des « Rockies », on pourrait le croire né là-bas, au pied des montagnes canadienne­s. Mais non, Ethan Berman est Américain et il est né en Inde, il y a 31 ans. Quelques années à New Delhi, Boston jusqu’à ses 14 ans, puis à nouveau l’Inde pendant quatre ans… Ses parents qui travaillen­t dans la santé publique lui offrent une enfance faite de voyages et une âme de baroudeur.

C’est en Thaïlande, à seulement 23 ans, qu’il découvre l’escalade, une passion qui ne le lâchera plus. Installé depuis dans l’Ouest canadien, il a passé les trois derniers hivers à Canmore, rampe de lancement vers la haute montagne où années après années, il s’est perfection­né aux techniques de l’escalade glacière aux côtés du guide Brian Houle, qu’il considère comme son mentor. C’est aussi là qu’il travaille comme data analyste et chercheur pour divers projets environnem­entaux liés aux effets du changement climatique au Canada : « C’est un métier qui me plaît et qui me permet de faire travailler mon cerveau tout en me laissant du temps pour aller grimper » explique-t-il.

Ethan Berman ne grimpe donc pas depuis très longtemps mais, pour l’instant, il ne connaît pas beaucoup l’échec. Il voit deux raisons à cela. La première, c’est qu’il se contente d’ascensions dans les limites de ses compétence­s et de son expérience tout en s’autorisant une progressio­n lente et logique vers des objectifs de plus en plus chance d’avoir toujours connu des conditions météo favorables lors de ses différents projets.

Pour sa première véritable expédition, l’Américain opte pour la Bolivie. Au début de l’été 2018, il s’installe au pied de la Cordillère Royale avec Brian Houle qui tombe malade d’entrée de jeu. Berman sud-ouest du Cerro Willa Sallaloma (5 588 m) dont c’est la première ascension connue. Les deux hommes ouvrent ensuite The Keep (700 m, III, WI3+, M4) dans la face sud-est du Cerro Arkhata (5 650 m) et Power to the Process (750 m, IV, WI5, M5) dans la face sud du Mururata (5 871 m), après un aller-retour éclair de 17 heures. L’année suivante, il se rend en Alaska pour gravir les 6 190 m du Denali via la fameuse arête Cassin avec Antony Wood, puis à l’automne, avec Maarten van Haeren, il ouvre une nouvelle voie sur Storm Mountain dans les Rocheuses canadienne­s : Eye of the Storm (700 m, M6, WI5), un itinéraire mixte essentiell­ement quartzite jusqu’à l’éperon nord inférieur, à droite des voies French Connection et Extended Mix.

La progressio­n lente et logique à laquelle il s’astreint le mène ensuite dans la face de l’Empereur sur le mont Robson, avec le succès qu’on connaît. Un Piolet d’or qui lui permettra peut-être, à l’avenir, d’ajouter une troisième raison à son insolente réussite : le talent.

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Ethan Berman savourant la méritée et bien nommée bière « Mount Robson » après l’ascension du sommet éponyme.

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