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Vit­pi­len si­gni­fie “flèche blanche“en sué­dois. En au­tri­chien, ça veut dire “KTM 690 Duke com­plè­te­ment re­loo­kée”. C'est donc une flèche à la pointe acé­rée avec des jo­lies plumes, pour ci­bler à la fois les spor­tifs et les es­thètes.

Moto Journal - - SOMMAIRE - Par Mi­chael To­ra, pho­tos Hus­q­var­na

Hus­q­var­na 701 Vit­pi­len

Bar­ce­lone, di­manche 19 mars, 8 h 30 : « C’est des mo­tos élec­triques ! », s’écrie en es­pa­gnol un pe­tit gar­çon à l’at­ten­tion de sa ma­man. « M’en­fin, bien sûr que non ! Ce sont les nou­velles Hus­q­var­na Vit­pi­len 701 mo­to­ri­sées par le mo­no­cy­lindre LC4 de KTM ! Elles n’ont donc rien d’élec­trique. Mais je peux com­prendre ta confu­sion eu égard au de­si­gn mo­derne et au co­lo­ris à conno­ta­tion va­gue­ment éco­lo de cette nou­veau­té sué­do-au­tri­chienne », au­rait dû ré­pondre la ma­man. Au lieu de quoi, elle n’a même pas re­le­vé la re­marque du fis­ton. Heu­reu­se­ment, c’est le mo­ment de faire cra­quer un par un les mo­nos de 693,7 cm3 et de par­tir tes­ter la nou­veau­té Hus­q­var­na. Les gron­de­ments secs et mé­tal­liques ré­sonnent sur les tours d’acier ca­ta­lanes. Et le ga­min com­prend de lui-même qu’il s’est gou­ré.

SAUCE AIGRE-DOUCE ET PI­MENT

La Vit­pi­len 701 n’est donc pas élec­trique. Elle n’est pas vrai­ment nou­velle non plus. Il s’agit tout “sim­ple­ment” d’une KTM 690 Duke rha­billée à la sauce Hus­q­var­na. Mais, comme en cui­sine, une sauce est ca­pable de su­bli­mer un plat. Ou de le gâ­cher… et ça se­rait dom­mage, vu que la KTM 690 Duke est un sa­cré plat de ré­sis­tance ! Lors des pre­miers mètres, on craint le pire. Parce qu’avec son en­ro­bage mo­derne et ur­bain, la Vit­pi­len doit avant tout sé­duire une clien­tèle… mo­derne et ur­baine. Sauf qu’elle im­pose quelques contraintes en ville. Dé­jà, la po­si­tion de conduite est par­ti­cu­lière. La selle, plus re­cu­lée, est as­so­ciée à des gui­dons-bra­ce­lets bien écar­tés et pla­cés loin en avant. L’ap­pui sur les poi­gnets n’est pas in­sou­te­nable, mais ça n’est pas non plus la for­mule tout confort que pro­cure la po­si­tion dé­ten­due de la 690 Duke. Et ça, c’est va­lable pour les grands comme moi (1,92 m). Pour les plus pe­tits, c’est moins drôle. La selle à 830 mm du sol et aux arêtes saillantes oblige à jouer des se­melles pour tou­cher le fond, et l’éloi­gne­ment des bra­ce­lets im­pose de s’al­lon­ger sur la mo­to. On passe sur la selle pas­sa­ger en peau de rhi­no­cé­ros re­tour­née (au­cune poi­gnée n’est d’ailleurs pré­vue pour l’in­cons­cient(e) qui ose­ra y po­ser ses fesses). Tou­jours au ni­veau pra­tique, on re­grette qu’une mo­to aus­si mo­derne – et qui res­semble à une mo­to élec­trique, c’est le pe­tit gar­çon qui l’a dit –, ne soit pas do­tée

d’une prise 12 V ou d’un port USB. Quant au mo­teur mo­no­cy­lindre, il est bour­ré de qua­li­tés, mais il faut ad­mettre que la sou­plesse à bas ré­gime n’en fait pas par­tie. Sans par­ler de sa so­no­ri­té quand on évo­lue à basse vi­tesse : mé­tal­lique et sans âme, à mi-che­min entre le groupe élec­tro­gène d’une ba­raque à frites et la ma­chine à coudre (Hus­q­var­na en a d’ailleurs fa­bri­qué avant de pro­duire sa pre­mière mo­to en 1903). Non, fran­che­ment, au pre­mier abord, la Vit­pi­len n’ap­pa­raît ni très mo­derne, ni très ur­baine. Pour­tant, on s’ha­bi­tue vite aux quelques contraintes qu’elle im­pose, on les di­gère et on fi­nit même par ap­pré­cier son cô­té rus­tique. Et puis, di­sons-le, on par­donne tou­jours plus fa­ci­le­ment à la beau­té. Parce que moi, je la trouve belle, cette Vit­pi­len. Bien plus que la KTM 690

Le look ul­time pour se la pé­ter en ville ! Mais, au gui­don, on pré­fé­re­ra les pe­tites routes à la jungle ur­baine

Duke dont elle dé­ri­vée. Le coup de crayon du Fran­çais Maxime Thou­ve­nin est osé et s’éloigne de tout ce qu’on connaît ac­tuel­le­ment. Mal­gré le gros phare rond à leds, on n’est pas dans la mou­vance néo-ré­tro. En­core moins dans la mode man­ga à la ja­po­naise. La Vit­pi­len pos­sède des formes épu­rées mais af­fir­mées, à l’image du split, la ligne de dé­mar­ca­tion dia­go­nale qui sé­pare le ré­ser­voir de la selle, sou­li­gné en jaune fluo et pro­lon­gé jus­qu’au si­len­cieux via une bande de cou­leur bronze. C’est nou­veau, on aime ou on dé­teste, mais on sent que les de­si­gners se sont fait plai­sir. Les pié­tons ne s’y trompent pas et zyeutent al­lè­gre­ment cette mo­to étrange qu’ils n’ont ja­mais vue au­pa­ra­vant. Vue de l’ex­té­rieur, la Vit­pi­len pos­sède clai­re­ment un cer­tain cha­risme. Mais au gui­don aus­si, on pro­fite du de­si­gn sin­gu­lier et raf­fi­né de la mo­to. On jette un oeil aux deux ailes du ré­ser­voir dont les ex­tré­mi­tés sont frap­pées du 701, à la dé­mar­ca­tion fluo entre le ré­ser­voir et la selle, ou en­core à la ligne de frac­ture en S qui sé­pare les deux coques de ré­ser­voir (coques de cou­leur in­ter­chan­geables en op­tion). Bref, j’ad­mire la mo­to, les pié­tons aus­si, tout n’est que beau­té et dans ce sou­dain ego-trip, je suis à deux doigts de dé­gai­ner mon smart­phone pour prendre un sel­fie en me ca­res­sant le cuir.

SIMPLE MO­TO-OB­JET ?

Par chance, on s’éloigne ra­pi­de­ment de la ville et le rythme s’ac­cé­lère. Je suis dé­fi­ni­ti­ve­ment sau­vé par quelques confrères qui dé­clenchent un whee­ling. « Je suis sur une mo­to et pas sur une chaise de de­si­gner. » Reste à vé­ri­fier que la Vit­pi­len est une bonne mo­to et mé­rite bien son nom (flèche blanche en sué­dois). Au pas­sage, ce nom s’ins­pire de la

Agile sans être plus vive que de rai­son, la Vit­pi­len est fa­cile. Il faut juste se faire à son er­go­no­mie...

Hus­q­var­na Sil­ver­pi­len de 1955 qui an­crait à l’époque Hus­q­var­na dans l’uni­vers du tout-ter­rain. Iro­nie de l’his­toire, la Vit­pi­len 701 doit, à l’in­verse, per­mettre à la marque de conqué­rir la route. En par­lant de route, on est sur une por­tion de voie ra­pide, his­toire de re­joindre au plus vite les hau­teurs si­nueuses au nord de Bar­ce­lone. La voie ra­pide n’est a prio­ri pas la tasse de thé d’un mo­no­cy­lindre. Pour­tant, à 130 km/h, le bloc KTM LC4 ron­ronne sans for­cer à 5 000 tr/mn. Les vi­bra­tions ? Il y en a, bien sûr, suf­fi­sam­ment pour trou­bler la ré­tro­vi­sion, mais pas as­sez pour être gê­nantes, ni dans les mains, les pieds ou les fesses. Mer­ci aux deux arbres d’équi­li­brage qui sta­bi­lisent le mo­no ! A cette vi­tesse, la pres­sion du vent contre­carre par­fai­te­ment l’ap­pui sur les bra­ce­lets. In­croyable, mais vrai : on est bien ! La selle dure n’a pas en­core eu le temps de vous tan­ner le cuir et les sus­pen­sions WP ré­glables (qui ne le sont pas sur la KTM 690 Duke) sont de qua­li­té et par­ti­cipent au confort. Ar­rivent en­fin les por­tions si­nueuses et là, sur­prise. Le look aty­pique et bran­chouille de la Vit­pi­len in­duit en er­reur, car, dans les tripes, il s’agit bel et bien d’une KTM 690 Duke. Et c’est donc une très bonne sur­prise ! La nou­velle po­si­tion de conduite, plus in­cli­née sur l’avant, n’al­tère pas les qua­li­tés de la KTM, ou si peu. On res­sent tout juste une très lé­gère ré­sis­tance au point neutre quand on cherche à mettre la mo­to sur l’angle. A part ça, le poids plume fait mouche sur un ter­rain si­nueux. Il per­met de chan­ger d’angle sans ef­fort et fa­ci­lite le bou­lot de tout le ma­tos em­bar­qué. Le frei­nage se “contente“d’un seul disque de frein de 320 mm. Mais il est lar­ge­ment suf­fi­sant, et l’en­semble étrier-maître-cy­lindre Brem­bo offre un ex­cellent fee­ling. Pa­reil pour les sus­pen­sions WP qui contiennent sans pro­blème tous les mou­ve­ments de la mo­to tout en conser­vant une cer­taine sou­plesse, et donc du confort. Et re­be­lote pour le mo­teur, qui pro­cure bien plus que les 75 ch an­non­cés sur le pa­pier. Un peu re­vêche en ville et pas très mu­si­cal, il de­vient ma­gique quand on roule avec du rythme. Pas­sé les 3 000 tr/mn, il per­met de sor­tir des courbes sans dé­lai, en dé­les­tant le train avant dès qu’on re­dresse la mo­to. Et pas be­soin de se pres­ser pour pas­ser le rap­port sui­vant par peur de la zone rouge. Celle du mo­no KTM est si­tuée à 9 000 tr/mn et il est conçu pour y al­ler ! Cou­pleux, vif et puis­sant dans les tours, ce mo­no sur­prend au­tant par ses per­for­mances que par sa dis­po­ni­bi­li­té et son agré­ment. Le shif­ter up&down li­vré de sé­rie est de son cô­té ef­fi­cace et plu­tôt doux pour un mo­no. On en re­de­mande et on n’a pas en­vie de ren­trer en ville quand la ré­cré est fi­nie. On y re­tourne mal­gré tout et on se con­sole alors en pa­ra­dant avec un bel ob­jet. Mais la Vit­pi­len 701 ne se ré­duit pas à ça. C’est avant tout une mo­to fun, avec une bonne gueule.

Dif­fi­cile de re­con­naître la KTM qui sert de base à la Vit­pi­len tant son look est no­va­teur. Pour­tant, tout y est, du mo­no­cy­lindre de 693,7 cm3 au cadre treillis.

1 1. Un seul disque de 320 mm ; mais avec seule­ment 157 kg à stop­per et un étrier ra­dial Brem­bo à quatre pis­tons, on a toute la puis­sance et le fee­ling né­ces­saire. 2. Le si­len­cieux s'in­tègre par­fai­te­ment à l'es­thé­tique de la mo­to. Cô­té mu­sique, par...

2

2 1. Le ré­ser­voir dé­ter­mine tout le de­si­gn de la Vit­pi­len. Il ini­tie le split, cette ligne dia­go­nale sou­li­gnée en jaune fluo qui sé­pare l'avant de l'ar­rière. On note aus­si les jo­lies pro­tu­bé­rances sur les flancs et la ligne de par­tage des deux coques....

La Vit­pi­len n'est pas qu'une mo­to de mode. Avec son mo­teur et sa par­tie-cycle de KTM 690 Duke, c'est un su­perbe jouet pour s'amu­ser sur les pe­tites routes.

A basse vi­tesse, le mo­no cogne un peu et on note une lé­gère ré­sis­tance à la mise sur l'angle. Quand on ac­cé­lère, la Vit­pi­len de­vient ad­dic­tive. Bi­lan : il faut par­tir le plus sou­vent pos­sible en ba­lade avec.

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