IN­TER­VIEW

2017 fut par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile pour le Sert. La dis­pa­ri­tion tra­gique d’an­tho­ny Del­halle, lors d’une séance d’es­sais à No­ga­ro, en mars, a lais­sé un grand vide. S’y sont ajou­tés les pro­blèmes de san­té de Do­mi­nique Mé­liand. Après une an­née d’ab­sence, le

Moto Journal - - SOMMAIRE - Pro­pos re­cueillis par Va­len­tin Rous­sel, pho­tos Good-shoot

Do­mi­nique Mé­liand re­vient... mo­ti­vé !

En dé­but d’an­née der­nière, les mé­de­cins vous ont diag­nos­ti­qué une di­la­ta­tion anor­male de l’ar­tère et de la veine iliaques, au bas du ventre. Après plu­sieurs opé­ra­tions et une sai­son loin des cir­cuits, comment vous sen­tez-vous ? Je me sens bien. Je suis d’at­taque. Nor­ma­le­ment, sauf im­pré­vu de der­nière mi­nute, je vais faire mon re­tour aux 24 Heures du Mans. Bien sûr, il faut en­core que je fasse at­ten­tion, car ce n’étaient pas de pe­tites opé­ra­tions, mais, pour le mo­ment, il n’y a au­cun pro­blème.

On sait l’at­ta­che­ment qui vous lie à votre équipe. Pen­dant cette pé­riode, est-ce que, ne se­rait-ce qu’un jour, vous n’avez pas pen­sé à la course et au Sert ? Au mo­ment où je suis sor­ti de la salle d’opé­ra­tion, c’est vrai que je ne pen­sais pas à grand-chose. Il y a eu des pé­riodes où j’ai quand même pen­sé à moi. A mon avis, c’est un peu hu­main [sic]. Mais, si­non, c’est vrai qu’il n’y a pas eu beau­coup de jour­nées où je ne por­tais pas mon at­ten­tion sur ce qu’il se pas­sait à l’ate­lier ou sur un cir­cuit. Je n’étais pas au té­lé­phone tous les jours, mais très sou­vent quand même !

A quand re­monte votre re­tour à l’ate­lier ? Trois mois après ma sor­tie de l’hô­pi­tal, j’ai com­men­cé à faire des ap­pa­ri­tions. Au dé­but, je ne res­tais pas très long­temps, peut-être une heure. Mais j’avais tout sim­ple­ment be­soin de voir mes gars. Et puis, cet ate­lier, ce­la me per­met­tait aus­si de me res­sour­cer. C’est quand même un en­droit qui re­pré­sente une bonne par­tie de ma vie. Au­jourd’hui, je suis à l’ate­lier tous les jours. Après vos opé­ra­tions, les mé­de­cins vous ont dit qu’il vous fau­drait être pa­tient, ce qui n’est pas dans votre tem­pé­ra­ment. Comment avez-vous gé­ré ce­la ? Je suis al­lé dans tous les ma­ga­sins aux alen­tours du Mans et j’ai ache­té de la pa­tience ! C’est vrai que ce­la a été dif­fi­cile, mais les tou­bibs ont quand même été convain­cants. Ils se sont même fâ­chés à un mo­ment… Même si l’en­vie était là, il fal­lait faire at­ten­tion et ne pas faire n’im­porte quoi. De­puis ma nais­sance, je pense avoir quand même été sage. Et c’est d’ailleurs peut-être ce qui m’a sau­vé un peu de cette di­la­ta­tion anor­male des ar­tères. J’ai en­vie que ce­la se passe bien. Je ne compte pas mettre la char­rue avant les boeufs. Même si je ne vais pas être à la tête du Sert pen­dant en­core qua­rante ans, j’ai en­vie de conti­nuer à voir ce qui me pas­sionne, à sa­voir l’en­du­rance et la mo­to. Et puis il y a aus­si la vie, tout sim­ple­ment, mes trois filles et ma com­pagne. Même si elles ont été dans l’ombre dans le dé­rou­le­ment de ma car­rière, elles res­tent des élé­ments im­por­tants.

De­puis sep­tembre der­nier et le dé­but de la sai­son au Bol, une nou­velle ère s’est ou­verte avec les dé­buts de la GSX-R 2017. Après quelques sou­cis tech­niques, vous avez ter­mi­né à la sep­tième place. Quel est votre ana­lyse de cette pre­mière course ? C’est un bi­lan tout à fait po­si­tif. Nous avons tout de même me­né la course pen­dant un mo­ment. Bien sûr, nous avons ren­con­tré des pro­blèmes, mais ce­la ne re­met pas en cause la par­tie tech­nique de la mo­to. C’étaient juste des ava­ries que l’on ren­contre en com­pé­ti­tion.

Nous avons cas­sé une chaîne. Ne me de­man­dez pas pour­quoi, on n’en sait trop rien pour l’ins­tant. On a en­suite eu un pro­blème mé­ca­nique avec une pe­tite bande en in­ox sur un pot d’échap­pe­ment qui est ve­nue ci­sailler un cir­cuit élec­tro­nique. Je ne sais pas ce qu’il va se pas­ser au Mans au ni­veau de la mo­to, mais nous sommes confiants. Nous avons un très bon châs­sis, le mo­teur ré­pond pré­sent et l’élec­tro­nique marche bien. Après, la course reste maî­tresse du ré­sul­tat.

Les courses eu­ro­péennes du mon­dial d’en­du­rance sont dé­sor­mais par­ti­cu­liè­re­ment dis­pu­tées. Pour vous, qui êtes pré­sent de­puis 1980, la lutte pour la vic­toire a-t-elle dé­jà été aus­si ser­rée ? Ce­la ne date pas de cette an­née. Le cham­pion­nat du monde d’en­du­rance s’est mo­di­fié au fur et à me­sure des sai­sons. A une époque, la so­li­di­té de la mo­to était pri­mor­diale. Les pi­lotes de­vaient donc faire at­ten­tion à plu­sieurs choses. Que ce soit dans le pi­lo­tage ou dans la tech­nique, si on al­lait trop loin, on cas­sait ou on avait des pro­blèmes. On pen­sait sur­tout à la mo­to. Au­jourd’hui, je ne di­rais pas que les ma­chines sont in­cas­sables, mais leurs per­for­mances ont ter­ri­ble­ment chan­gé. Elles sont très ra­pides et, mé­ca­ni­que­ment, elles sont aus­si beau­coup moins fra­giles. Dé­sor­mais, nous pou­vons vrai­ment mettre en contrainte la mé­ca­nique, mais, du coup, les pi­lotes sont éga­le­ment gran­de­ment mis à contri­bu­tion. De nos jours, nos pi­lotes sont plus proches des pi­lotes de vi­tesse que ceux d’en­du­rance. Pour moi, une course de 24 heures, c’est vingt-quatre manches de vi­tesse d’une heure !

Il reste quatre courses à dis­pu­ter cette sai­son. Quels sont les ob­jec­tifs du Sert ? Ga­gner. Je n’ai pas d’autre ob­jec­tif. Quand on s’aligne sur une course, c’est pour mon­ter sur la pre­mière marche du po­dium. Et nous al­lons tout faire pour at­teindre ce ré­sul­tat. Après, je ne dis pas que la vo­lon­té de ga­gner est sy­no­nyme de vic­toire. Ce n’est pas mon opé­ra­tion qui a chan­gé mes idées. Si on est deuxième, on a per­du la course. Après, si la pre­mière place est inac­ces­sible, nous al­lons nous conten­ter d’une deuxième ou d’une troi­sième po­si­tion, mais le but, c’est vrai­ment la gagne. Mes gars ont cette même hargne de la vic­toire !

Après une an­née loin des cir­cuits en rai­son d’une di­la­ta­tion anor­male des ar­tères, Do­mi­nique Mé­liand se­ra de re­tour aux com­mandes du Sert lors des pro­chaines 24 Heures du Mans, les 21 et 22 avril.

4 [3] Win­ning spi­rit Do­mi­nique Mé­liand est l’homme le plus heu­reux du monde après une vic­toire, comme ici au Bol d’or 2016. « Mes gars ont, comme moi, cette hargne de la vic­toire », dit-il. [4] Gex po­wer ! Pour sa pre­mière course en En­du­rance, la...

1 [1] AD 72 La dis­pa­ri­tion tra­gique d’an­tho­ny Del­halle, lors d’une séance d’es­sais en mars 2017 à No­ga­ro, a pro­fon­dé­ment mar­qué les membres du Sert. « Plus qu’un pi­lote, c’était un co­pain », as­sure Mé­liand. [2] King of En­du­rance Le Sert dis­pose du plus...

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