MEME PAS FROID !

Moto Journal - - BALADE - PAR BER­TRAND THIÉBAULT, PHO­TOS THIEBS, P. OR­LUC, V. MORENO, F. POUJOULY

On nous an­non­çait l'en­fer pour cette 11e Hi­ver­nale, ce fut le pa­ra­dis en com­pa­gnie de nos lec­teurs ! Mal­gré l'an­nonce du phé­no­mène cli­ma­tique Mos­cou­pa­ris tra­ver­sant la France, mal­gré le froid, la neige, le vent, la pluie, la cha­leur hu­maine a une fois de plus été plus forte que tout.

«Vous avez du drô­le­ment vous cailler, hein ? » On ne sait pas. On ne sait plus. Ou, plu­tôt, on s’en fout ! D’ailleurs, si l’hi­ver­nale Mo­to Jour­nal ne se dé­roule pas le 15 août ni aux An­tilles, c’est bien pour une rai­son : ré­gu­ler la fraî­cheur des tem­pé­ra­tures par la cha­leur d’un groupe. Le froid, c’est comme le mouillé, c’est dans la tête. Et il faut chaud dans la nôtre, sous le casque et la ca­goule. Ha­sard (ou pas ?) du ca­len­drier, cette édi­tion 2018 de l’hi­ver­nale MJ, 11e du nom, par­tait un peu plus tard que les pré­cé­dentes, à che­val entre fin fé­vrier et dé­but mars. Presque le prin­temps ! On au­rait pu dé­gou­li­ner de sueur sous nos fringues ho­mo­lo­guées “cercle po­laire” en su­bis­sant les pre­mières dou­ceurs. Sauf qu’à Mé­téo France, les maîtres du Temps, il y a as­su­ré­ment quelques lec­teurs de Mo­to Jour­nal du genre in­fluents. Alors, rien que pour nous, les ser­vices de l’etat ont dé­clen­ché “la foudre et le ton­nerre”, bran­di les alertes rouges neige et ver­glas et plans grand froid. Le Mos­cou-pa­ris al­lait donc se dé­chaî­ner sur le pays, pile au mo­ment du dé­part de l’hi­ver­nale !

MOS­COU-PA­RIS

Mos­cou-pa­ris : un bliz­zard ve­nu de l’est loin­tain et de plaines si­bé­riennes qui ba­laye la France en fai­sant chu­ter le ther­mo­mètre bien en des­sous du zé­ro. BFM-TV en édi­tion spé­ciale, des en­voyés spé­ciaux conge­lés au bord des routes, tra­quant la roue qui pa­tine, la chute du pa­py sor­tant de la bou­lan­ge­rie, le moindre flo­con, l’hy­po­thé­tique congère, ten­dant le mi­cro à qui veut bien ra­con­ter une ba­na­li­té de plus sur ce qui n’est rien de plus que… l’hi­ver ! Pour­tant, nos confrères de l’in­fo

en conti­nu n’étaient même pas là, de­vant les lo­caux de Mo­to Jour­nal, pour voir cette ving­taine de fê­lés prendre la route un mer­cre­di ma­tin à dos de mo­to, par - 10°. Il y avait les ha­bi­tués, for­cé­ment, ceux qui forment le noyau dur, le ca­nal his­to­rique, les Amis de l’hi­ver­nale MJ, fé­dé­rés au­tour du groupe Fa­ce­book épo­nyme. Des amis, des vrais de­puis le temps (11 ans dé­jà !), mais aus­si des p’tits nou­veaux ve­nus ten­ter l’aven­ture avec nous. « Nous », c’est pour une fois une vraie bande de Mo­to Jour­nal, une troupe de jour­na­leux presque au com­plet, même si cer­tains ar­ri­ve­ront plus tard, d’autres se sau­vant en cours de route pour un es­sai en An­da­lou­sie ou aux Ca­na­ries (les pauvres…), pas­sant de - 10 à + 25°. Comme Mi­chael To­ra, qui s’est plan­té d’une jour­née sur son plan­ning et n’a fait en gros que l’al­ler-re­tour en 48 h. MJ et l’or­ga­ni­sa­tion, ça n’a ja­mais été un couple

par­fait. On aime l'im­pré­vu, les grains de sable, les dé­fis, voire l'in­fai­sable. Tiens, Pa­ris-lyon dans la jour­née, par exemple : le TGV abat ça en moins de deux heures. Ben nous, il nous en faut bien douze avec des meules ca­pables de prendre plus de 200 km/h ! On avait ima­gi­né tra­ver­ser le pays rien que par les pe­tites routes pour re­joindre notre camp de base, à Saint-mar­tin-en-haut, dans les monts du Lyon­nais. Mais avec un groupe de vingt, puis, bien­tôt, trente-cinq mo­tos après avoir re­joint les “su­distes” à Milly-la-fo­rêt (com­pre­nez ceux qui ont pré­fé­ré nous re­joindre en route, à 50 km au sud de Pa­ris, sans avoir à tra­ver­ser la ca­pi­tale gre­lot­tante aux heures de pointe), on a dû ré­vi­ser nos plans. Ti­rer au plus court jus­qu'à Ne­vers par l'au­to­route – sa­cri­lège ! –, man­ger vite fait un truc pa­né (mais dé­jà mort) dans une sta­tion-ser­vice, sans trop sa­voir s'il s'agis­sait de vo­laille ou de pois­son, pas­ser 45 mn au seul péage de France où il n'y a qu'un unique gui­chet, perdre plus d'une de­mi-heure à chaque ra­vi­taille­ment en car­bu­rant, etc. Bref, à 16 h, on est à peine sur les rives du ca­nal d'une

Loire com­plè­te­ment ge­lée vers De­cize, une heure plus tard sur­pris par les pre­miers flo­cons du cô­té de Lu­zy. Ça roule en­core, mais pru­dem­ment. On na­vigue au GPS, en mode “routes si­nueuses” et tou­jours en ti­roir pour ne perdre per­sonne. En­fin, en théo­rie… Les pay­sages qui blan­chissent pro­gres­si­ve­ment sur les contre­forts du Mor­van nous plongent alors dans une pure am­biance d'hi­ver­nale. Les routes de cam­pagne sont qua­si dé­sertes et la neige se fait de plus en plus pré­sente, sur les bas­cô­tés, mais aus­si sur l'as­phalte, dan­sant de­vant les phares comme des fan­tômes fourbes. Le ver­glas guette dans les vi­rages ex­po­sés au vent, la confiance comme le rythme en prennent un coup, un pied de chaque cô­té de la mo­to pour les moins té­mé­raires. Alors, de­vant une bonne vieille carte rou­tière bat­tant au vent, les vi­sages cin­glés par les flo­cons, on im­pro­vise un brie­fing au bord de la route. Ten­ter l'aven­ture ou se ra­battre sur les grands axes ? Par le che­min des écoliers, il reste à peine 150 km pour re­joindre le camp de base. Soit fa­cile trois ou quatre heures de route au rythme du groupe ! Mais avec la nuit qui s'ap­proche, le froid, la fa­tigue et l'in­cer­ti­tude de l'adhé­rence, un vote à main le­vée nous fait op­ter pour un iti­né­raire plus di­rect, plus res­pon­sable aus­si. En clair, ré­cu­pé­rer l'au­to­route au sud de Mâ­con, jus­qu'à Lyon… C'est pas glo­rieux, certes, mais la pers­pec­tive d'un re­pas chaud et d'un lit, tout ça sans une chute, oblige par­fois à quelques en­torses à l'es­prit comme à notre éthique d'hi­ver­neux. Bien sûr, on se paume un peu à l'en­trée de Lyon (prendre les grands axes en lais­sant le GPS en mode “routes si­nueuses” n'est

dé­ci­dé­ment pas une bonne idée !), mais on par­vient tout de même à re­joindre notre camp de base vers 21 h, au coeur des monts du Lyon­nais, à même pas 40 bornes à l'ouest de la ca­pi­tale des Gaules. Un camp de base ? Eh oui, l'édi­tion 2018 n'est pas iti­né­rante, mais en forme de trèfle. Au centre, un point de ren­contre, à la fois gîte et cou­vert, le vil­lage va­cances de Saint-mar­ti­nen-haut, puis des ba­lades et des vi­sites au­tour de la ré­gion lyon­naise : un tour chez Be­rin­ger, aux portes du Beau­jo­lais, chez Mo­ra­co, à Pont-de-vaux, chez EMC et chez Moillo en ban­lieue lyon­naise, sans ou­blier une vi­site à l'in­con­tour­nable sa­lon du 2-Roues de Lyon. Pas de fi­gure im­po­sée : qui nous aime nous suit, sur les routes comme chez les ar­ti­sans de l'uni­vers de la mo­to. Evi­dem­ment, une ba­lade MJ, c'est tou­jours une épaisse tranche d'aven­ture, une tar­tine de pé­ri­pé­ties, une boîte à sou­ve­nirs que l'on rem­plit au fil des ki­lo­mètres. Comme pour le groupe qui s'est aven­tu­ré à la conquête du Beau­jo­lais

pour re­joindre les ate­liers du maître du frein Be­rin­ger à Saint-jean-d'ar­dières. Dé­jà, la fine couche de neige gi­vrée qui re­cou­vrait dès le pe­tit ma­tin la route et les mo­tos au camp de base don­nait de quoi se mettre dans l'am­biance d'une vé­ri­table Hi­ver­nale, tout comme les ther­mo­mètres au ta­bleau de bord, tous lar­ge­ment né­ga­tifs. Un jour blanc comme un autre où l'on ri­gole du froid et où l'on se dé­lecte dé­jà des ga­lères à ve­nir. Et elles n'ont pas tar­dé, entre Sain­bel et L'ar­bresle, avec une route à moi­tié ver­gla­cée, des ca­mions qui vous frôlent le crou­pion avec la re­morque en tra­vers... Un sou­ve­nir de plus pour les Hi­ver­neux en­dur­cis, un rite ini­tia­tique pour les p'tits nou­veaux em­bar­qués dans l'aven­ture. L'avan­tage du camp de base, c'est qu'on se re­trouve chaque soir tous en­semble au­tour de la table. Cha­cun y va de son anec­dote et, puis­qu'on dort sur place, on goûte aus­si gé­né­reu­se­ment tout ce qui traîne, so­lide ou li­quide : les sau­cis­sons de Sa­voie, fro­mages de mon­tagne et char­cu­te­rie py­ré­néenne (mer­ci Gé­gé !) cô­toient les bières belges de Mi­chel, les vins du coin (ça ne manque pas) se mé­langent à ceux d'ailleurs, à quelques dou­teux al­cools dis­til­lés aus­si, le tout dans une or­gie aus­si bruyante que sa­vou­reuse. Une ode au cho­les­té­rol, aux nobles ar­ti­sans du gras, à la ca­lo­rie gé­né­reuse qui com­pense celles per­dues en route. Et tout ça se pro­longe fort tard dans la nuit, avec des af­ters jusque dans les cham­brées. Bien sûr, on parle aus­si un peu de mo­to, de Zar­co, des 80 km/h (qu'on n'a d'ailleurs pas at­teints bien sou­vent en

zig­za­guant dans le coin !), de ki­lo­watts ou de mètres-ki­lo. On parle aus­si de Mo­to Jour­nal, on ex­plique comment on tra­vaille, l'am­biance à la ré­dac­tion, nos coups de coeur, nos coups de gueule, les re­la­tions avec les constructeurs. On pré­sente aus­si l'équipe, les p'tits nou­veaux, comme Ré­mi, ar­ri­vé tard en TGV, mais re­par­ti par l'au­to­route nez au vent sur un scram­bler pous­sif (qui a dit bi­zu­tage ?), les pi­liers, les vieux re­nards, les chiens fous et les traî­nards. Au fil des ki­lo­mètres, l'hi­ver­nale de­vient une réu­nion de fa­mille, une cou­si­nade dans les monts du Lyon­nais. Pas le temps d'avoir froid, il y a tou­jours un truc à voir au­près des of­fi­cines qui nous ac­cueillent, un ca­fé, une table ou un comp­toir à par­ta­ger, un sau­cis­son à dé­cou­per, une aven­ture à ra­con­ter. Comme Mi­chel, notre fi­dèle lec­teur belge qui réus­sit au pe­tit ma­tin à se frois­ser quelques côtes et un poi­gnet en fai­sant de­mi-tour avec sa GS de­vant le gîte. Ejec­té sans mé­na­ge­ment, à 2 km/h… Y'a plus de res­pect ! Et puis il y a ceux qui se perdent mal­gré notre im­pla­cable sys­tème de ti­roir et le fi­dèle Laurent au poste de mo­to-ba­lai en gi­let jaune. On fi­nit tou­jours par re­trou­ver les éga­rés par un mé­lange de chance et de tech­no­lo­gie, juste équi­libre entre flair et géo­lo­ca­li­sa­tion. Com­men­cée par des tem­pé­ra­tures po­laires, l'hi­ver­nale a glis­sé vers le prin­temps. Près de 25° d'am­pli­tude ther­mique en quelques jours, de la neige à la pluie (un pur bon­heur dans la cir­cu­la­tion lyon­naise…), mais aus­si au so­leil sur les monts du Lyon­nais. Et ça tour­ni­cote gaie­ment dans le sec­teur, entre le Fo­rez et le Parc na­tu­rel du Pi­lat sur ces suc­ces­sions de co­teaux, voire de cols, avec, au dé­tour d'un vi­rage, une vue jusque sur la chaîne des Alpes, le mont Blanc en point de mire. De quoi s'aé­rer les pou­mons sur ces pe­tites routes ou­bliées après

avoir sillon­né les al­lées rec­ti­lignes de l’im­pres­sion­nant sa­lon de la mo­to de Lyon. Les jours ral­longent et l’on pro­fite jus­qu’au der­nier mo­ment de ce ter­rain de jeu, tra­çant au cap des iti­né­raires im­pro­bables, là où le bi­tume laisse dis­crè­te­ment sa place à la vé­gé­ta­tion

sau­vage, où les bandes blanches s’aban­donnent par­fois au vert, où les pou­lets n’ont que des plumes pour uni­forme. Puis, c’est dé­jà le der­nier re­pas, presque un dî­ner d’adieu entre les Hi­ver­neux ve­nus de toute la France – sans ou­blier nos in­dis­pen­sables Belges. Alors, on grille le co­chon, un gen­til por­ce­let qui tour­ni­cote sur la broche pen­dant que l’on prend l’apé­ro. L’am­biance de ban­quet fi­nal à tout d’une scène d’as­té­rix et Obé­lix, sans même à avoir à at­ta­cher le barde, puisque not’ Fred (Poujouly, alias Fred Porc, grand ma­ni­tou des ac­cords ma­jeurs et de l’im­par­fait du sub­jonc­tif) nous a quit­tés au ma­tin, qui de­vait mon­ter sur scène ce soir-là même. La nuit fut courte, un peu bruyante aus­si. Il faut dé­jà re­char­ger les mo­tos, pas­ser un coup de ba­lai, for­mer les groupes entre ceux qui doivent ren­trer au plus pres­sé, ti­rer au nord ou au sud, ceux qui ont pré­vu de flâ­ner en­core un peu en route, parce qu’on n’est ja­mais pres­sés de se quit­ter et dé­jà im­pa­tients de re­mettre ça.

[1] En sillon­nant en trèfle de­puis le camp de base, les Hi­ver­neux ont pu dé­cou­vrir les jo­lies routes et les pay­sages val­lon­nés des monts du Lyon­nais. Un pe­tit pa­ra­dis à moins d’une de­mi-heure du centre de Lyon. [2] Laurent, notre fi­dèle fer­meur, a...

2 1 [1] Pas d’hi­ver­nale sans pe­tites ga­lères. La cre­vai­son de notre CB 1100 RS a été vite ré­pa­rée par Fi­fevre grâce au ma­té­riel (mèches et com­pres­seur) d’elie. La BMW R 1200 RT de notre plus fi­dèle Hi­ver­neux est un vé­ri­table ate­lier rou­lant ! Laurent,...

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[1] Pe­tit brie­fing sous une tem­pête de neige : « On conti­nue sur les pe­tites routes ver­gla­cées ou on se re­plie sur les grands axes ? » Par­fois, la rai­son l’em­porte sur la pas­sion. [2] San­té ! L’at­ta­blée au vil­lage va­cances de Saint-mar­tin-en­haut est...

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[1] Au pe­tit ma­tin, notre camp de base à Saint-mar­tin-en­haut. C’est sûr, ça va pa­ti­ner ! [2] L’équipe Mo­to Jour­nal est ra­re­ment la der­nière de­vant la ti­reuse à bière. De gauche à droite : Alex, pho­to­graphe ; Za­za, di­plô­mé en imi­ta­tion de din­don ;...

1 [2] La pe­tite pause en bor­dure du ca­nal de la Loire, pris dans la glace vers De­cize, per­met de confir­mer qu'on est bien sur une Hi­ver­nale. Pas un seul n'a tou­te­fois ten­té la tra­ver­sée en pa­tins. [3] Oui, il fait frais aus­si au pe­tit ma­tin, lorsque...

Par­tie à une pe­tite ving­taine des lo­caux de Mo­to Jour­nal, à Saint-cloud, la bande d'hi­ver­neux s'est bien étof­fée en route. Sous la grande halle de Milly-la­fo­rêt, au sud de Pa­ris, la troupe ber­cée par quelques rayons de so­leil, on croi­rait une vi­rée...

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