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Har­ley-da­vid­son Street Rod

Moto Journal - - SOMMAIRE -

Pour le ci­né­phile, une pro­duc­tion Har­ley-da­vid­son, c'est le même pitch de­puis des dé­cen­nies. Un film à gros bud­get, qui manque un poil de fi­nesse, mais qui car­tonne au box-of­fice. OK, c'est un peu lour­daud et pas don­né, mais, en tant que di­ver­tis­se­ment, faut avouer qu'on en a pour son ar­gent. Sauf que tout le monde ne peut pas se payer ce rêve amé­ri­cain. La place de ci­né pour une séance 3D avec le pop-corn, le Co­ca XXL et la crème gla­cée pour faire di­gé­rer, ça va au-de­là des 20 000 €. Alors, pour tou­cher plus de monde, les stu­dios Har­ley (et non pas Har­vey, sur­tout pas en ce mo­ment…) ont fait quelque chose de plus ac­ces­sible. Un long mé­trage bol­ly­woo­dien sous-trai­té en Inde au bud­get bien ser­ré.

GRAND ÉCRAN OU VHS ?

For­cé­ment, on craint le pire, mais l'af­fiche reste al­lé­chante et haute en cou­leur. C'est vrai qu'elle a une bonne bouille, cette Street Rod. Le ca­pot de phare est un couvre-chef élé­gant, la fourche in­ver­sée de bon dia­mètre im­pres­sionne, la prise d'air la­té­rale res­pire la puis­sance et les res­sorts d'amor­tis­seurs rouges sentent le sport. Sans dé­con­ner, la Street Rod donne en­vie. Bon, en se rap­pro­chant, on sent bien qu'on ne joue plus dans la même ca­té­go­rie qu'une Har­ley made in Ame­ri­ca. Le dé­cor gran­diose fil­mé en ex­té­rieur laisse place à un studio en car­ton-pâte. Fi­ni les chromes, les couches de laque gé­né­reuses et le cuir qui sent bon le bi­son. Tou­te­fois, mal­gré quelques bouts de plas­tique gros­siers et des câbles dé­braillés, la Street Rod fait des ef­forts de pré­sen­ta­tion. En outre, la vis­se­rie et la selle semblent de bonne fac­ture. On s'ins­talle alors au gui­don, le film com­mence… et on as­siste à l'une des pires scènes d'ou­ver­ture de l'his­toire de la mo­to. Avec mes 192 cm, je ne re­pré­sente pas tous les mo­tards, c'est vrai. Du coup, j'ai fait mon­ter d'autres ga­ba­rits sur la mo­to. Et tou­jours le même ver­dict : très bi­zarre ! Selle basse et donc jambes très re­pliées, gui­don tout plat qui im­pose d'al­lon­ger loin les bras et, sur­tout, re­pose-pieds qui ne semblent pas au même ni­veau à droite et à gauche. Ce­lui de droite est si­tué juste au-des­sus de l'échap­pe­ment, avec un pad en ca­ou­tchouc di­rec­te­ment col­lé sur le tuyau pour re­po­ser son ta­lon, et une pé­dale de frein cou­dée dont l'ex­tré­mi­té est qua­si­ment in­at­tei­gnable. Bref, on n'est pas bien sur cette Street Rod. Et on est loin de la po­si­tion re­lax ty­pi­que­ment Har­ley, pieds en avant et buste droit.

ES­PRIT, ES-TU LÀ ?

Mal­heu­reu­se­ment, au fil des scènes sui­vantes, on dé­couvre que le cas­ting ha­bi­tuel Har­ley est cham­bou­lé. Les ca­dors de l'ac­tors Studio sont rem­pla­cés par une bro­chette d'ac­teurs de té­lé-réa­li­té. La selle n'est fi­na­le­ment pas confor­table, les amor­tis­seurs la­té­raux sont beau­coup trop secs, la fourche manque de te­nue quand on sol­li­cite for­te­ment les freins, ceux-ci man­quant de mor­dant et de puis­sance. Quant au twin de 749 cm3, il sem­ble­rait que quelques fi­gu­rants manquent à l'ap­pel

des 70 ch an­non­cés. La faute, cer­tai­ne­ment, aux 238 kg qu'il doit trac­ter. Tout n'est pas pour­tant à je­ter. Ce même mo­teur se montre dis­po­nible et souple à bas ré­gime. As­so­cié à un em­brayage à câble fa­ci­le­ment do­sable, il per­met d'évo­luer ai­sé­ment en ville.

POUR QUELQUES DOL­LARS DE PLUS

D'autre part, Har­ley soigne beau­coup plus les dia­logues pour sa Street Rod que pour la Street 750. La roue ar­rière passe de 15 à 17 pouces et le train avant re­vient dans la norme avec un angle de co­lonne ra­me­né à 27° (au lieu de 32°) et un em­pat­te­ment qui perd 24 mm. La Street Rod est ain­si plu­tôt ma­niable et na­tu­relle. Dom­mage que la qua­li­té mé­diocre des sus­pen­sions et du frei­nage ne vous rap­pelle à l'ordre quand vous cher­chez à mettre un peu de rythme… Qui dit pe­tit bud­get dit ef­fets spé­ciaux à la por­tion congrue. La Har­ley in­dienne se passe ain­si de toute élec­tro­nique, hor­mis L'ABS obli­ga­toire. Evi­dem­ment, pas de GPS, de sys­tème au­dio ou d'autre gad­get qui peut faire par­tie du rêve amé­ri­cain. Mais peu im­porte, car, au ci­né­ma comme à mo­to, l'im­por­tant, c'est l'émo­tion non ? Or, c'est bien là que pèche la Street Rod : son in­ca­pa­ci­té à trans­mettre de l'émo­tion au pi­lote et à lui don­ner en­vie de rou­ler plus loin. Même la bande ori­gi­nale, ce fa­meux po­ta­to-po­ta­to qui émane d'un twin à 45° et qui fait cha­vi­rer le coeur des har­leyistes, n'est pas au ren­dez-vous. « Quel sa­laud, ce jour­na­leux qui se prend pour un cri­tique de ci­né­ma. De la mé­chan­ce­té gra­tuite, son es­sai ! » Le bi­lan est sé­vère, je vous l'ac­corde. Mais en au­cun cas gra­tuit. Parce que la Har­ley Street Rod non plus n'est pas gra­tuite… A 8 490 €, on est loin de l'en­trée de gamme pour “les masses”. Son­gez que, pour seule­ment 700 € de plus, vous trou­vez par exemple une Triumph Street Twin ou une Du­ca­ti Scram­bler Icon. Des mo­tos tout aus­si loo­kées, mais net­te­ment plus per­for­mantes et plai­santes dans tous les re­gistres. OK, ce ne sont pas des Har­ley, mais, fran­che­ment, pas sûr que la Street Rod en soit vrai­ment une… Pour ac­cé­der à la marque dans son es­prit vé­ri­table, il faut se tour­ner vers la Sports­ter 883 à 10 765 €. C'est 20 % plus cher, mais sa­chez qu'en Inde, cet écart de prix grimpe à 30 % (la Street Rod y est fa­bri­quée et donc moins chère, et la Sports­ter 883 im­por­tée y est plus chère qu'en France). De quoi jus­ti­fier un peu plus l'exis­tence de la Street Rod, une mo­to dif­fi­ci­le­ment dé­fen­dable par chez nous.

Belle gueule, cette Street Rod ! Et cô­té géo­mé­trie, il y a du pro­grès par rap­port à la Street 750

L'er­go­no­mie de la Street Rod est du genre bi­zarre. Dom­mage, car la prise en main lors des pre­miers mètres est plu­tôt bonne grâce à un mo­teur souple et à une par­tie-cycle plu­tôt équi­li­brée.

Non seule­ment le ta­lon gauche re­pose sur l'échap­pe­ment, mais, en plus, la pé­dale cou­dée em­pêche d'ac­cé­der au bout de la pé­dale sans contor­sion­ner son pied droit. Bref, il s'agit de re­voir quelques dé­tails er­go­no­miques... 4. La selle semble cos­sue et plu­tô

2 1. Un comp­teur de vi­tesse rond, et c'est à peu près tout. Il y quand même un pe­tit écran di­gi­tal qui four­nit quelques in­fos en plus comme un trip ki­lo­mé­trique, mais on sent qu'on est sur une mo­to ba­sique. 2. Les com­mo­dos et la vis d'axe du le­vier d'em­brayage tra­hissent le cô­té low cost de la Street Rod. L'em­brayage est en re­vanche bien do­sable pour la ville.

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