TOU­RIST TRO­PHY

Des re­cords et des drames

Moto Journal - - SOMMAIRE - Par Ste­phen Da­vi­son, tra­dap­ta­tion Va­len­tin Roussel, pho­to Sd-pa­ce­ma­ker

On de­vrait se sou­ve­nir long­temps de cette édi­tion 2018 du Tou­rist Tro­phy. Pen­dant pra­ti­que­ment deux se­maines, l’île de Man et son cir­cuit, sans doute le plus exi­geant de la pla­nète, ont en ef­fet of­fert le meilleur, mais aus­si le pire, des courses sur route. Cette an­née, deux pi­lotes y ont per­du la vie. Dan Kneen, trente ans, qui avait in­té­gré les rangs du team Ty­co BMW ré­cem­ment, a trou­vé la mort lors d’une chute au ni­veau de Church­town pen­dant les es­sais alors qu’il pou­vait, cette an­née, rê­ver à de grandes choses, puis­qu’il avait dé­jà réus­si à amé­lio­rer son meilleur chro­no (lire MJ 2233). A ce drame, s’en ajou­tait un autre, in­ex­pli­cable et in­com­pré­hen­sible, quand Steve Mer­cer, comme plu­sieurs autres pi­lotes, a re­çu la consigne de re­ve­nir dans le pad­dock en pre­nant la di­rec­tion op­po­sée au sens de la course après le dé­cès de Kneen. Quelques ki­lo­mètres plus tard, il per­cu­tait une voi­ture de l’or­ga­ni­sa­tion qui se ren­dait, à haute vi­tesse, sur les lieux du pre­mier ac­ci­dent. L’im­pact, fort, laisse au­jourd’hui Mer­cer dans un état cri­tique. L’am­biance, dé­jà lourde, al­lait en­core s’as­som­brir avec la mort d’adam Lyon pen­dant la pre­mière course Su­per­sport, le 4 juin. Le jeune homme de vingt-six ans par­ti­ci­pait pour la pre­mière fois à l’épreuve. Dans cette am­biance par­ti­cu­lière, mais qui n’est pas étran­gère au Tou­rist Tro­phy, Mi­chael Dun­lop a ain­si vou­lu dé­dier sa vic­toire

lors de la pre­mière course Superbike à Dan Kneen, son co­équi­pier chez Ty­co BMW.

DEAN HAR­RI­SON, UN RE­CORD ET DE LA DÉ­CEP­TION

La feuille ré­ca­pi­tu­lant le clas­se­ment de cette course Superbike, tra­di­tion­nel­le­ment la pre­mière du TT, était en tout cas dé­jà à ran­ger dans les clas­seurs re­tra­çant les évé­ne­ments mar­quants de l’his­toire de cette épreuve. Sur sa Ka­wa­sa­ki ZX-10RR du team Si­li­cone, Dean Har­ri­son, qui avait ter­mi­né sur le po­dium lors des courses Superbike et Se­nior TT l’an der­nier, a en ef­fet réus­si à bou­cler son pre­mier tour à la vi­tesse moyenne de 216,3 km/h, s’em­pa­rant là d’un nou­veau re­cord. Pre­nant en­core de l’avance sur Mi­chael Dun­lop pen­dant le deuxième tour, Har­ri­son de­vait ce­pen­dant mettre un terme à ses es­poirs de vic­toire après quatre tours, son em­brayage le lais­sant en plan. Outre cette vic­toire, Dun­lop, qui était par­ti­cu­liè­re­ment af­fû­té après une pré­pa­ra­tion phy­sique in­tense, rem­por­te­ra éga­le­ment la pre­mière course Su­per­sport et la ca­té­go­rie Light­weight, por­tant son to­tal de vic­toires à dix-huit, ce qui le place à huit vic­toires du re­cord éta­bli par son oncle Joey. Har­ri­son, lui, par­vien­dra à mon­ter sur la plus haute marche du po­dium de la se­conde course Su­per­sport. Deuxième,

il de­vra ce­pen­dant s’in­cli­ner face à Pe­ter Hi­ck­man lors de la der­nière épreuve de cette édi­tion 2018, la plus pres­ti­gieuse aus­si, le Se­nior TT, cou­ru le ven­dre­di. Sa dé­cep­tion était donc grande à l’ar­ri­vée, lui qui a poin­té en tête pen­dant un peu plus de cinq tours : « J’étais der­rière des pi­lotes plus lents lors du der­nier tour, ex­plique le na­tif de Brad­ford. Entre Sul­by Bridge et Ram­sey, j’ai per­du quatre se­condes. Et, à l’ar­ri­vée, je ne compte que deux se­condes de re­tard sur le vain­queur… Bien sûr, je suis dé­çu, mais cette deuxième place est quand même très sa­tis­fai­sante. Sin­cè­re­ment, je ne sais pas ce que j’au­rai pu faire de plus. Main­te­nant, je sais où je vais de­voir tra­vailler pour l’an­née pro­chaine. Par exemple, la par­tie mon­ta­gneuse est un en­droit qui convient plus à Pe­ter [Hi­ck­man], car ce­la res­semble un peu plus à un cir­cuit tra­di­tion­nel. Mais je pro­gresse... »

PE­TER HI­CK­MAN MARQUE L'HIS­TOIRE D'UN RE­CORD DE FO­LIE

S’il a réus­si à ga­gner le Se­nior TT, Pe­ter Hi­ck­man n’avait pour­tant en­core ja­mais rem­por­té une course sur l’île de Man en se pla­çant sur la ligne de dé­part cette an­née. Il était quand même par­ve­nu à se glis­ser à cinq re­prises sur le po­dium lors de l’édi­tion 2017, ce qui avait d’ailleurs fait de lui l’un des fa­vo­ris cette sai­son. Et il a par­fai­te­ment as­su­mé ce rôle. En mi­lieu de se­conde se­maine, Hi­ck­man a d’abord com­men­cé par ga­gner sa pre­mière course au TT en s’im­po­sant en Superstock. En prime, il si­gnait le nou­veau re­cord du tour de la ca­té­go­rie à la vi­tesse moyenne de 216,3 km/h. A trente ans, le pi­lote Smith BMW est l’une des stars du Bri­tish Superbike. Il roule éga­le­ment en cham­pion­nat du monde d’en­du­rance avec le team BMW NRT 48 pour le­quel il a no­tam­ment été le co­équi­pier de Ken­ny Fo­ray lors des der­nières 24 Heures du Mans. S’il était bien en­ten­du sa­tis­fait de rem­por­ter le Superstock, sur­tout après avoir dû aban­don­ner lors de la course Superbike

sur un pro­blème mé­ca­nique, Hi­ck­man sa­vait ce­pen­dant qu’il n’avait pas ter­mi­né son en­tre­prise. Alors, pen­dant le Se­nior TT, il a frap­pé un grand coup, fort, puis­sant, mais sur­tout his­to­rique. Son der­nier tour, ful­gu­rant, qui lui a per­mis de rem­por­ter ce Graal qu’est le Se­nior, a en ef­fet été en­re­gis­tré à la moyenne de 217,9 km/h avec un temps ex­tra­or­di­naire de 16’42”778 ! Le re­cord de Har­ri­son n’au­ra donc que très peu te­nu. De toute évi­dence, l’édi­tion 2018 a des grandes chances de res­ter dans les mé­moires. Mais comment ex­pli­quer les vi­tesses at­teintes cette an­née ? Hi­ck­man a sa pe­tite idée sur la ques­tion : « Les condi­tions ont été bonnes tout au long de ces deux se­maines. Nous avons donc pu faire pas mal de tours. Et, en plus, il n’y a pas eu beau­coup de pluie, donc la gomme est res­tée sur le bi­tume, don­nant ain­si plus d’adhé­rence. » Ce res­sen­ti se tra­duit aus­si dans les chiffres. Le cir­cuit, long de soixante ki­lo­mètres, est di­vi­sé en six secteurs. Tous ont été amé­lio­rés cette an­née. Har­ri­son s’est em­pa­ré des deux pre­miers, de la ligne de dé­part à Glen He­len et de Glen He­len à Bal­laugh. Hi­ck­man, lui, a si­gné la nou­velle meilleure marque dans les trois der­niers par­tiels. Si on com­bine ces six meilleurs secteurs, ce­la donne une moyenne, hal­lu­ci­nante, de 219,5 km/h. Cette vi­tesse, en­core im­pen­sable il y a quelques an­nées, pour­ra-t-elle être at­teinte la sai­son pro­chaine ? La ré­ponse se­ra connue entre le 25 mai et le 7 juin 2019 !

Ici en pleine at­taque, Pe­ter Hi­ck­man a si­gné le nou­veau re­cord du cir­cuit en bou­clant un tour du Se­nior TT en 16'42”778, à la moyenne de 217,9 km/h. Une édi­tion folle !

[1] Sir Le prince William a pas­sé plu­sieurs heures au contact des ac­teurs de la course, comme ici avec Rut­ter.

[2] Pré­sent Tou­jours souf­frant, John Mc­guin­ness n'a pas dis­pu­té les courses, seule­ment par­ti­ci­pé à un tour de pa­rade.

Mi­chael Dun­lop pour­ra-t-il, un jour, at­teindre le re­cord de vic­toires (26) de son oncle Joey sur l'île de Man ? C'est la ques­tion que tout le monde se pose. En at­ten­dant, avec trois vic­toires cette an­née, dont une, ici, en Light­weight, il a por­té son to­tal à dix-huit.

[3] Full at­tack Pe­ter Hi­ck­man at­taque à ou­trance. Le Bri­tan­nique, qui n'avait en­core ja­mais rem­por­té de course au TT, a réus­si à mon­ter deux fois sur la plus haute marche du po­dium, lors de la course Superstock puis du Se­nior TT.[4] Adam Lyon Il avait seule­ment vingt­six ans. Adam Lyon, qui par­ti­ci­pait pour la pre­mière fois au Tou­rist Tro­phy cette an­née, a mal­heu­reu­se­ment per­du la vie lors de la pre­mière course Su­per­sport.[5] Dan Kneen In­té­gré au pres­ti­gieux team Ty­co BMW, Dan Kneen nour­ris­sait de grands es­poirs pour cette édi­tion, où il avait d'ailleurs réus­si à amé­lio­rer son chro­no per­son­nel dès les pre­miers es­sais. Il est dé­cé­dé avant le dé­but des courses, après une chute au ni­veau de Church­town.[6] Gulf Da­vid John­son en pleine ac­tion. Qua­trième de la course Superbike, la robe de sa BMW, aux cou­leurs du pé­tro­lier Gulf, a at­ti­ré le re­gard de nom­breux spec­ta­teurs.

Le TT est une épreuve spé­ciale, à tous points de vue. La cé­lèbre voie des “stands” ac­co­lée au pad­dock par­ti­cipe à cette am­biance si par­ti­cu­lière.

Dean Har­ri­son a été l'un des grands ani­ma­teurs des deux se­maines du TT 2018. Le na­tif de Brad­ford a no­tam­ment rem­por­té la se­conde course de la ca­té­go­rie Su­per­sport.

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[2] Re­tour S'il est l'un des pi­lotes ayant pas­sé le plus d'heures sur une table d'opé­ra­tion, Ian Hut­chin­son ne lâche ja­mais le mor­ceau. Pré­sent au TT cette an­née, il n'a ce­pen­dant pas été en me­sure de jouer sur le de­vant de la scène.[3] et [4] Unique Loin des me­sures de sé­cu­ri­té en vi­gueur sur les cir­cuits mon­diaux, le tra­cé de l'île de Man offre des sen­sa­tions in­croyables aux spec­ta­teurs. Torse nu, sou­vent une bière à la main, ils res­tent des heures à ob­ser­ver leurs idoles sur le bord de la piste.

[1] À la coule Après une vic­toire, Mi­chael Dun­lop pro­fite hum­ble­ment du tra­vail ac­com­pli. As­sis dans l'herbe,

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