CH. BOUR­GEOIS

Montl­hé­ry de­ve­nu trop dan­ge­reux, les es­sayeurs chan­gèrent de ter­rain de jeu...

Moto Revue Classic - - Sommaire -

En tant qu’es­sayeur mo­to, nous avons tous été confron­tés aux forces de l’ordre un jour ou l’autre. Montl­hé­ry était le lieu uti­li­sé par toute la presse pour ef­fec­tuer les me­sures de vi­tesse mais l’ef­fet conju­gué de l’aug­men­ta­tion des vi­tesses de pointe et de la dé­gra­da­tion de l’an­neau a contri­bué à son aban­don pro­gres­sif. Ce cap se si­tue vers le mi­lieu des an­nées 80. La prise de risque était de­ve­nue trop im­por­tante et la per­for­mance ob­te­nue était plus à mettre au cré­dit du pi­lote que de la ma­chine. Le ré­seau rou­tier est donc de­ve­nu, par dé­faut, le ter­rain de jeu des es­sayeurs. Le risque était autre car hor­mis les ra­dars qui com­men­çaient à fleu­rir au bord de notre ré­seau rou­tier, s’ajou­tait le tra­fic crois­sant. Il fal­lait donc trou­ver des so­lu­tions et faire jouer ses re­la­tions. Par chance, les mo­tards, qu’ils soient de la po­lice ou de la gen­dar­me­rie, étaient avant tout des mo­tards. À titre per­son­nel, je me suis tou­jours fé­li­ci­té de leur com­pré­hen­sion, même encore au­jourd’hui. Plus tard, chez Ka­wa­sa­ki, nous jouions sur du ve­lours car la po­lice na­tio­nale uti­li­sait des Ka­wa­sa­ki et Go­dier-ge­noud était le four­nis­seur des ma­chines de l’équipe compétition de la gen­dar­me­rie. La presse aus­si avait ses connexions. Les mieux or­ga­ni­sés dans ce do­maine étaient sans au­cun doute Mo­to Flash, jour­nal ba­sé à Mar­seille. Et vu qu’ils avaient en plus l’avan­tage d’avoir comme es­sayeur un po­li­cier et pi­lote émé­rite, Pa­trick Orio­li, les es­sais se fai­saient « en fa­mille » comme on dit dans le Mi­di. C’est ain­si que l’es­sai de la Ka­wa­sa­ki GPZ 750 de 1983 res­te­ra sû­re­ment un grand mo­ment. Ren­dez­vous est pris, Jean-ma­rie Pan­dol­fi, Serge Klutch­ni­koff, les deux com­pères de Mo­to Flash et moi-même nous re­trou­vons au poste des CRS de la bri­gade au­to­rou­tière, à Sep­tèmes-les-val­lons sur l’a7, au nord de Mar­seille. L’or­ga­ni­sa­tion est iden­tique à celle d’un es­sai nor­mal : Re­nault 21 break, Re­nault Tra­fic et bien en­ten­du, la fa­meuse « poêle à frire ». Évi­dem­ment, la mis­sion doit être en­re­gis­trée et j’ai encore en mé­moire le mo­tif ins­crit sur la main cou­rante : vé­ri­fi­ca­tion des ap­pa­reils de me­sure. Le cor­tège se rend sur la voie ra­pide A55, di­rec­tion Berre. La por­tion de route de plu­sieurs ki­lo­mètres, à dé­faut d’être rec­ti­ligne, est plane. Pour ceux qui connaissent l’en­droit, la base de chro­no­mé­trage se si­tuait au ni­veau de la sta­tion Shell, à Châ­teau­neuf-lesMar­tigues. L’équipe se met en place et une pre­mière ten­ta­tive de contrôle est ef­fec­tuée. Tout fonc­tionne par­fai­te­ment : je dois me lan­cer pour trois ten­ta­tives, bien ca­ché der­rière la bulle. La meilleure vi­tesse re­le­vée, et of­fi­cia­li­sée par une pho­to, se­ra de 213 km/h. Pour bou­cler la séance, je de­vais faire de­mi-tour. Comme il n’y avait pas de sor­ties à proxi­mi­té, j’ef­fec­tuais cette ma­noeuvre en em­prun­tant le large terre-plein her­beux, à la grande sur­prise des au­to­mo­bi­listes. Et m’élan­çant un bon ki­lo­mètre avant le ra­dar, je ne vous dis pas le nombre d’ap­pels de phare que je re­ce­vais de la part des voi­tures ar­ri­vant en face. Eux avaient bien vu le ra­dar et le co­mi­té d’ac­cueil. Ils étaient sû­re­ment à mille lieues de se dou­ter que tout était or­ga­ni­sé avec leur com­pli­ci­té ! Je ne manque pas, à chaque fois que je re­passe à cet en­droit, de sou­rire en mon for in­té­rieur. Si la route n’a pas chan­gé, la den­si­té du tra­fic ne per­met­trait plus de telles fan­tai­sies avec cette même ma­chine. Les bo­lides dé­pas­sant désormais les 300 km/h, cet es­sai ap­par­tient dé­fi­ni­ti­ve­ment au pas­sé.

« PAR CHANCE, LES MO­TARDS DE LA PO­LICE OU DE LA GEN­DAR­ME­RIE ÉTAIENT AVANT TOUT DES MO­TARDS »

Ch­ris­tian Bour­geois, cham­pion de France de vi­tesse de­ve­nu jour­na­liste à Mo­to Re­vue puis di­rec­teur de la compétition chez Ka­wa­sa­ki, est au­jourd’hui re­trai­té. Il a donc le temps de nous conter quelques anec­dotes.

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