L'EX­CEP­TION CMS

CMS, so­cié­té néer­lan­daise de vente de pièces dé­ta­chées, est unique au monde.

Moto Revue Classic - - Sommaire - Texte : Ch­ris­tophe Gaime – Pho­tos : Alexandre Kras­sovs­ky

Avant d’en­trer dans le bu­reau de Mi­chael But­tin­ger, pa­tron de la firme néer­lan­daise CMS, il faut en­le­ver ses chaus­sures. C’est un ri­tuel qu’il a importé du Ja­pon. Comme toutes les pièces qu’il vend à tra­vers le monde d’ailleurs. Mais avant d’aller plus loin, il est peut-être bon d’ex­pli­quer ce que si­gni­fient les trois lettres, car vous n’êtes pas for­cé­ment client de cette en­seigne. CMS, ça veut dire Consolidated Motor Spares, que l’on peut tra­duire par « Pièces de re­change re­grou­pées ». Ces pièces pro­viennent pour la plu­part des marques Hon­da mais dans les énormes en­tre­pôts, on trouve au­jourd’hui des élé­ments des trois autres fa­bri­cants nip­pons. Car tout a com­men­cé avec un cy­clo Hon­da, pré­ci­sé­ment un C310, que Mi­chael a payé l’équi­valent de 60 €. On est au mi­lieu des an­nées 80 et il est alors âgé d’une dou­zaine d’an­nées. Comme il n’a pas vrai­ment le droit de rou­ler avec sur la route, il passe son temps à le bi­chon­ner et n’hé­site pas à dé­mon­ter et re­mon­ter le mo­teur. À 16 ans, en­fin, il s’offre le SS 50, la ver­sion sport de ce cy­clo, qui bien que dé­mo­dé (on est en 1989), fait rê­ver de nom­breux tee­na­gers néer­lan­dais.

« Avez-vous des pièces de vieilles Hon­da ? »

Il ne se prive pas de vi­si­ter les en­trailles de son en­gin et, par exemple, de monter un pis­ton re­taillé de CB 400 F ! Pa­ral­lè­le­ment, il pour­suit ses études de mar­ke­ting, d’éco­no­mie et d’in­for­ma­tique, non sans en­tre­te­nir une re­la­tion avec une jeune fille. C’est grâce à elle que tout a bas­cu­lé. Du­rant l’été 1989, elle em­mène son pe­tit ami en An­gle­terre où vivent ses grands-pa­rents. Un jour, comme Mi­chael s’en­nuie un peu, il se rend chez un mo­to­ciste et pose la bonne ques­tion : « Avez-vous des pièces de vieilles Hon­da ? » Le conces­sion­naire est trop content de se dé­bar­ras­ser de stocks qui ne lui ser­vaient plus à rien et notre Néer­lan­dais rentre avec une voi­ture pleine à ras bord. Ar­ri­vé au pays, les 120 € qu’il a in­ves­tis se trans­forment ra­pi­de­ment en 1 000 €. Ni une ni deux, il loue une four­gon­nette et re­tourne en An­gle­terre pour faire la tour­née des ven­deurs de Hon­da. Pen­dant trois ans, il va écu­mer la Per­fide Al­bion et ra­me­ner plus de 1 500 cy­clos aux Pays-bas. Ache­tés 60 €, il les re­vend 1 000 €, je vous

laisse faire le cal­cul. Mi­chael a fi­ni ses études et, prag­ma­tique, il ré­in­ves­tit ses gains : peu pas­sion­né par son tra­vail de re­pré­sen­tant en gra­nules de plas­tique, il achète un stock de pièces an­ciennes mais neuves (les An­glais disent New Old Stock ou NOS) et le dé­balle dès son re­tour, à l’oc­ca­sion de la bourse d’utrecht. « Les gens me sont lit­té­ra­le­ment tom­bés des­sus et en une jour­née, j’ai ven­du 12 000 € de pièces que j’avais payées 1000 € » , nous pré­cise-t-il tout sou­rire, la cal­cu­lette à la main ! On est en 1996 et Mi­chael dé­cide de créer CMS. Il or­ga­nise tout ça dans sa mai­son en tri­ant les pièces par nu­mé­ros de série. « À l’époque, je n’avais pas d’or­di­na­teur et tout a été fait à la ma­chine à écrire. » Puis il fait des pho­to­co­pies et en­voie ces listes par cour­rier. N’ou­bliez pas qu’en ce temps-là, il n’y a pas de té­lé­phone por­table. Il com­mence à se faire connaître en Eu­rope lors­qu’un ami Amé­ri­cain lui de­mande si In­ter­net lui dit quelque chose, un sys­tème qui pour­rait lui per­mettre de dif­fu­ser ses pièces dans le monde en­tier. « J’ai pris contact avec les spé­cia­listes néer­lan­dais, j’ai ra­pi­de­ment eu une adresse élec­tro­nique puis j’ai in­ves­ti dans un ap­pa­reil pho­to di­gi­tal qui coû­tait alors une for­tune et

« LES GENS ME SONT TOM­BÉS DES­SUS ! EN UNE JOUR­NÉE, J’AI VEN­DU 12 000 € DE PIÈCES QUE J’AVAIS PAYÉES 1 000 € »

CMS a pris son vrai dé­part. » Fi­ni, les pho­to­co­pies et les cour­riers, Mi­chael entre de plain-pied dans le XXIE siècle. Mieux encore, il crée ra­pi­de­ment un site avec une base de don­nées, le tout pre­mier dans le do­maine de la pièce dé­ta­chée mo­to, avant même cer­tains construc­teurs ! Au fil du temps, il va faire évoluer son site et le re­fondre en­tiè­re­ment en 2004 lorsque les pièces ap­pa­raissent à l’écran. Pa­ral­lè­le­ment, le stock a aug­men­té et CMS a dû dé­mé­na­ger. Il fait construire un bâ­ti­ment en 2002 qu’il fe­ra agran­dir cinq ans plus tard. Car notre homme ne se contente plus de l’eu­rope pour dé­ni­cher ses pièces : il voyage sur les cinq conti­nents et en ra­mène des tonnes du Ja­pon et des États-unis par exemple. Au­jourd’hui, sa so­cié­té pro­pose 2 000 000 de pièces sur plus de 10 000 m2 et em­ploie 35 per­sonnes à plein-temps.

« C’est moi qui charge les ca­mions »

Dans un autre do­maine, CMS de­vient cé­lèbre pour ses pu­bli­ci­tés met­tant en scène de très belles femmes « courtes vê­tues » che­vau­chant de vieilles Hon­da. Un fan­tasme ? « Non pas vrai­ment, ré­pond-il en sou­riant. Ma femme me sa­tis­fait plei­ne­ment mais en tout cas, à cause de ces images, une association fé­mi­niste fran­çaise (Les Chiennes de garde) m’a cau­sé des en­nuis. » Ras­su­rez-vous, de­puis, tout s’est ar­ran­gé. Au fil du temps, Mi­chael se rend compte que cer­taines pièces d’ori­gine sont de­ve­nues in­trou­vables comme par exemple les quatre pots des CB 750. Il dé­cide alors de se tour­ner vers les four­nis­seurs his­to­riques de Hon­da pour com­man­der des re­fa­bri­ca­tions : « J’ai es­suyé des re­fus car ces pièces sont la pro­prié­té de Hon­da, on ap­pelle ça des pièces cap­tives. » Pour­tant, à force de cher­cher, Mi­chael a fi­ni par trou­ver des ar­ti­sans qui réa­lisent de fi­dèles ré­pliques qui se vendent comme des pe­tits pains. CMS est encore en plein dé­ve­lop­pe­ment et Mi­chael va agran­dir ses lo­caux car il ne cesse d’ache­ter des pièces par­tout dans le monde. Il compte aus­si ou­vrir un mu­sée pour y ex­po­ser sa col­lec­tion qui re­gorge de mo­dèles rares : « Bien sou­vent, lorsque je vais voir

« JE DÉ­NICHE SOU­VENT DES TRÉ­SORS OU­BLIÉS DANS DES CAVES, DES PROTOTYPES EN­VOYÉS PAR LES USINES »

un conces­sion­naire qui dé­sire vendre son stock, je tombe sur des tré­sors dans sa cave, par­fois des prototypes prê­tés à l’époque par l’usine et ou­bliés là. » Entre ses lo­caux flam­bant neufs, sa col­lec­tion de For­mule 1 (à mo­teur Hon­da, comme il se doit), l’aide qu’il ap­porte à l’écu­rie de Mo­togp LCR, on pour­rait pen­ser que Mi­chael se contente de comp­ter ses dol­lars. Pas vrai­ment : « L’an der­nier, j’ai été ab­sent de chez moi 6 mois à la re­cherche de pièces ou de four­nis­seurs et la plu­part du temps, c’est moi qui charge les ca­mions pour em­me­ner les pièces. » Et puis lorsque je lui de­mande quelle mo­to il em­mè­ne­rait s’il n’en avait qu’une seule à choi­sir, contre toute at­tente et alors qu’il pos­sède des mo­dèles uniques, il me ré­pond la CB 450 « dans son jus » qu’il uti­lise tous les jours. Comme quoi, mal­gré la réus­site, notre Mi­chael a su res­ter simple.

Le coin ate­lier pour tes­ter les re­fa­bri­ca­tions de pots d’échap­pe­ment et, à l’ar­riè­re­plan, une par­tie de la col­lec­tion de Mi­chael But­tin­ger.

1- La mas­cotte de CMS. 2- Avant d’en­voyer les pièces, elles sont scan­nées pour vé­ri­fier qu’elles cor­res­pondent bien aux part-lists du construc­teur. 3- Par­mi les re­fa­bri­ca­tions de CMS, on trouve ces amor­tis­seurs de Hon­da CB 750 ven­dus avec des gants...

Mi­chael But­tin­ger, créa­teur de CMS, pose de­vant son mur de réservoirs et ses For­mule 1 : que du Hon­da.

1- Mi­chael But­tin­ger a com­men­cé avec un cy­clo­mo­teur Hon­da C310 mais main­te­nant, dans son bu­reau, il ex­pose une 50 cm3 RC 116, un pro­to­type d’usine... 2- Dans les car­tons, des bi­joux vous at­tendent. 3- L’or­ga­ni­sa­tion est une des clés de la réus­site de...

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