JET'S MOTORCYCLES

Au dé­but des an­nées 70, les frères Le­fèvre par­ti­ci­paient au Bol d'or avec des Nor­ton.

Moto Revue Classic - - Sommaire - Texte : Ch­ris­tophe Gaime – Pho­tos : ar­chives Le­fèvre et MR

En France, l’homme qui a fait dé­col­ler la marque Nor­ton, c’est Clé­ment Gar­reau. On est dans l’im­mé­diat après-guerre et Clé­ment, qui ne se sé­pare ja­mais de son bé­ret basque et de sa blouse grise, écoule les stocks de 16H de l’ar­mée an­glaise qui ont été aban­don­nées sur les plages du Dé­bar­que­ment. Mais ce n’est pas seule­ment en re­con­di­tion­nant ces braves mo­nos à sou­papes la­té­rales que Gar­reau est de­ve­nu le re­pré­sen­tant of­fi­ciel de la marque. Il s’est aus­si in­ves­ti à fond dans la com­pé­ti­tion, ce qui ne pou­vait pas dé­plaire aux Bri­tan­niques. Son pi­lote fé­tiche est Gus­tave Le­fèvre, dit Ta­tave, qui fait le spec­tacle dès le 9 mai 1945 (le len­de­main de l’ar­mis­tice !) lors des Coupes de Pa­ris au gui­don de sa Manx 500, même s’il casse à trois tours de l’ar­ri­vée alors qu’il est en tête. Le duo se rat­tra­pe­ra en ga­gnant pas moins de sept Bol d’or en 1947, 1949, 1950, 1951, 1953, 1956 et 1957 ! Et en épou­sant la fille de Clé­ment, Ta­tave de­vient son gendre et lui donne deux pe­tit-fils, Pa­trick et Di­dier. Dans les an­nées 60, la mo­to n’in­té­resse plus grand monde car le Fran­çais moyen peut s’of­frir une au­to­mo­bile lui per­met­tant d’em­me­ner sa fa­mille. C’est la pé­riode de vaches maigres pour Gar­reau qui conti­nue ce­pen­dant à être le re­pré­sen­tant of­fi­ciel de la marque. Le sport est aus­si tou­ché de plein fouet et le Bol d’or s’ar­rête en 1960.

« Rigal a chu­té, la mo­to a fi­ni dans la mare »

En 1967, la Com­man­do ouvre ce­pen­dant une nou­velle page de l’his­toire de Nor­ton. Gar­reau peut sou­rire de nou­veau et en 1969, le Bol d’or fait son grand re­tour. « Cette an­née-là, j’ef­fec­tuais mon ser­vice mi­li­taire et mon frère ne fai­sait pas en­core de mo­tos » , ex­plique Pa­trick Le­fèvre. Par cette phrase, il veut dire qu’il au­rait bien en­ga­gé une Com­man­do à Montl­hé­ry, théâtre du Bol, mais que son grand-père n’était plus in­té­res­sé par l’épreuve. Car Pa­trick et Di­dier sont main­te­nant sa­la­riés de l’en­tre­prise fa­mi­liale, le pre­mier comme ma­ga­si­nier et le se­cond comme mé­ca­ni­cien. « Je pi­lo­tais en cham­pion­nat de France avec ma Manx 500 mais je suis par­ti l’ache­ter en An­gle­terre car mon grand-père n’a pas vou­lu m’en prê­ter une… » , re­prend Pa­trick, pour si­tuer le per­son­nage qu’il qua­li­fie vo­lon­tiers d’oncle Pic­sou ! Pour­tant, l’an­née sui­vante, Pa­trick par­vient à le convaincre et il s’en­gage avec son co­équi­pier Lon­get sur une Com­man­do. « On était 9e au clas­se­ment gé­né­ral mais au pe­tit ma­tin, à cause des vi­bra­tions, le cy­lindre s’est dé­cou­pé, on a dû aban­don­ner. On n’était pas les plus ra­pides mais comme la Nor­ton était très ma­niable et comme il a beau­coup plu, on au­rait pu faire une bonne place… » En 1971, Pa­trick fait l’im­passe sur l’épreuve qui se dé­roule dé­sor­mais au Mans, il faut dire que c’est l’an­née du grand cham­bar­de­ment : Nor­ton fait dé­sor­mais par­tie du groupe NVT et Clé­ment perd l’im­por­ta­tion de la marque ! À 71 ans, ce der­nier dé­cide de prendre sa re­traite : « Avec mon frère, on a re­pris le ma­ga­sin car les An­glais sou­hai­taient quand même que l’on reste conces­sion­naire. » En fait, les af­faires marchent bien car les Com­man­do ont du suc­cès et sur­tout, Pa­trick et Di­dier vendent des pièces spé­ciales et des ac­ces­soires, ce que le grand-père a tou­jours re­fu­sé. C’est cette

an­née-là aus­si que Jet’s Motorcycles – le nou­veau nom de l’éta­blis­se­ment pour bien mar­quer la rup­ture – prête une Com­man­do à Hu­bert Rigal pour ses par­ti­ci­pa­tions à quelques courses de côte. « Je me sou­viens que sur la pre­mière épreuve de l’an­née, il a chu­té et la mo­to a fi­ni dans une mare. Elle était dans un état pi­toyable et Hu­bert n’était pas très fier… », sou­rit Pa­trick. En 1972, les frères Le­fèvre y voient plus clair et ils s’or­ga­nisent pour en­ga­ger une Com­man­do aux cou­leurs de leur ma­ga­sin : « On était un peu les chou­chous de Ma­dame Ma­thieu, la di­rec­trice de NVT Eu­rope si­tué à Pu­teaux. Du coup, l’usine a fait ve­nir deux mo­tos : une pour Pe­ter Williams et Evans et l’autre pour Lon­get et moi. » Sauf que Pe­ter Williams, qui est plu­tôt un sprin­ter, dé­clare for­fait et il est rem­pla­cé par Knight. Las, l’équi­page an­glais casse son vi­le­bre­quin dès la pre­mière heure. Ce n’est guère mieux pour les Fran­çais qui ren­contrent des pro­blèmes de boîte alors qu’ils sont en 7e po­si­tion. « Blair, le com­mer­cial de chez Nor­ton, a in­sis­té pour que l’on conti­nue et ça n’a pas lou­pé, dans le vi­rage de la Cha­pelle, la boîte s’est blo­quée et j’ai fi­ni à l’hô­pi­tal avec un trau­ma­tisme crâ­nien… » Re­be­lote en 1973 avec NVT Eu­rope qui im­pose à Pa­trick un pi­lote belge du nom de Nies. « Les An­glais nous ont confié une vraie mo­to d’usine, une JPN “space frame” sauf que nous avions une toute pe­tite or­ga­ni­sa­tion et que l’on n’avait pas le droit de faire plus de 2 tours d’af­fi­lée aux es­sais ! En plus, le mo­teur cou­pait dans la courbe Dun­lop et il fal­lait ¾ d’heure pour chan­ger les gi­cleurs. » Nies prend le dé­part dans les 10 pre­miers mais chute dans son pre­mier re­lais.

1974 : les “bro­thers” prennent le tau­reau par les cornes

« Blair a vou­lu que je re­parte mais cette fois-ci, j’ai re­fu­sé. » Cette an­née-là, Pa­trick ne fe­ra pas un seul tour en course. En 1974, les « bro­thers », qui vendent 160 Com­man­do par an, dé­cident de prendre le tau­reau par les cornes : ils pré­parent une mo­to qui se­ra pi­lo­tée par Di­dier qui s’est mis à rou­ler sur cir­cuit et qui est plu­tôt doué. Et ça marche puis­qu’à mi­di, le di­manche, la Nor­ton os­cille entre la 8e et la 9e place ! Sauf que dans la nuit, le res­sort de sé­lec­tion a sau­té. Il a fal­lu dé­mon­ter le car­ter de boîte pour le re­mettre en place et dans la pré­ci­pi­ta­tion, le joint spi a été mal re­mis ce qui a pro­vo­qué une pe­tite fuite d’huile. À 4 heures de l’ar­ri­vée, la boîte a lâ­ché et la Nor­ton n° 19 a aban­don­né. Pa­trick, lui, rou­lait sur une Com­man­do moins af­fû­tée qui a cas­sé son vi­le­bre­quin à 22 heures… Pour­tant, les Le­fèvre re­partent en 1975. Là en­core, Di­dier est bien pla­cé (10e) et dé­tient même le re­cord du tour. Mais à 4 heures du ma­tin, il est pris dans une chute col­lec­tive dans la courbe Dun­lop : il est pro­je­té de l’autre cô­té du rail et se re­trouve avec les spec­ta­teurs ! In­utile de pré­ci­ser que la mo­to est dé­truite. Par la suite, Nor­ton va dis­pa­raître, Pa­trick et Di­dier vont de­ve­nir conces­sion­naires Ka­wa­sa­ki et l’écu­rie Jet’s Motorcycles va briller en en­du­rance grâce aux mo­tos nip­pones. ❖

4 H DU MA­TIN, CHUTE COL­LEC­TIVE. DI­DIER EST PRO­JE­TÉ DE L’AUTRE CÔ­TÉ DU RAIL ET SE RE­TROUVE AVEC LES SPEC­TA­TEURS !

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1- En 2003, Pa­trick et Di­dier Le­fèvre posent de­vant leur See­ley-nor­ton à l’oc­ca­sion du Bol d’or Clas­sic. 2- En 1975, la belle Com­man­do est trans­for­mée en épave après une chute. 3- Bol d’or 1974 : la Com­man­do Jet’s Motorcycles a te­nu jus­qu’à mi­di. 4-...

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