FU­RY­GAN A 50 ANS

Créée en 1969 par Jacques Se­gu­ra, la marque à la Pan­thère noire fête ses 50 ans. Loin de s’être en­dor­mi sur ses lau­riers, Fu­ry­gan reste l’un des plus im­por­tants fa­bri­cants de vê­te­ments pour la mo­to.

Moto Revue Classic - - Sommaire - Texte : Pe­ter Wi­cked - Pho­tos : Fu­ry­gan et Mo­to Re­vue

Créée en 1969 par Jacques Se­gu­ra, la marque à la pan­thère noire fête ses 50 ans.

Au dé­but des an­nées 1970, il y avait une marque cuir, par­mi celles qui oc­cu­paient la place, dont l’em­blème était une pan­thère noire prête à bon­dir dont on en­ten­dait presque le ru­gis­se­ment… Les cuirs Fu­ry­gan portent en­core cet em­blème bes­tial. Avant son dé­cès en 2016, Jacques Se­gu­ra, père de cette en­seigne, nous ra­con­tait la nais­sance de cette his­toire d’homme… à la peau tan­née : « Mes pa­rents, ré­fu­giés es­pa­gnols en France, tra­vaillaient à la mai­son sur les sou­liers et les gants. En ren­trant de l’école, je me met­tais au tra­vail avec eux. À 14 ans, je m’y suis mis dé­fi­ni­ti­ve­ment pour ai­der la fa­mille, nous étions quatre en­fants et les autres al­laient faire des études, il fal­lait de l’ar­gent. J’ai gran­di comme ça, à Bon­dy, dans la ban­lieue pa­ri­sienne. Mes pre­miers bou­lots, je les ai faits dans la gan­te­rie, puis je suis par­ti faire mon ser­vice, 29 mois comme pi­lote dans l’avia­tion. J’en ai pro­fi­té pour pas­ser mes bre­vets de plon­gée sous-ma­rine et je suis de­ve­nu sca­phan­drier à ma li­bé­ra­tion. Entre les mis­sions que j’avais, pas for­cé­ment ré­gu­lières, je re­ve­nais à mon pre­mier mé­tier et je bos­sais dans les gants de sé­cu­ri­té pour des ate­liers di­vers et va­riés. Il y avait du bou­lot. Comme pa­ral­lè­le­ment je de­vais en être à ma énième mo­to, j’en ai eu trente-trois au to­tal, j’ai vou­lu mon­ter une gan­te­rie spé­cia­li­sée sous le nom de la fa­mille Se­gu­ra.

« Nous avions la rage, d’où Fu­rie-gants »

C’était en 1968. Je suis par­ti à Nîmes ins­tal­ler une usine, et on a com­men­cé à faire des gants de ski et de mo­to avec mon père et ma mère. Mon frère Louis, en école de chi­mie et un peu pour­sui­vi par ses études, est ve­nu me re­joindre. On ne s’est pas en­ten­du du tout. Bos­ser avec les siens quand ils n’y connaissent rien ou pas grand-chose, bref… Et un jour, je me suis fait li­cen­cier de chez moi sans in­dem­ni­té ! On était en 1969, Charles de Gaulle ve­nait aus­si de se faire vi­rer. Ma se­cré­taire a été ren­voyée parce qu’elle m’avait rac­com­pa­gné chez moi, ma voi­ture de fonc­tion étant in­ter­dite, même pour un der­nier tra­jet… Le 2 mai, alors que je ru­mi­nais de­puis trois jours, trois de mes meilleurs com­mer­ciaux sonnent à ma porte. Ils viennent de dé­mis­sion­ner et se disent prêts à me suivre. Moi qui ne sa­vais pas ce que j’al­lais faire ! On a mon­té une boîte et, comme nom, puisque nous al­lions faire des gants et que nous avions la rage, nous avons choi­si Fu­rie-gants, de­ve­nu ce que vous sa­vez pour res­sem­bler à quelque chose. La pan­thère, c’était l’em­blème de ces trois mecs, an­ciens du com­man­do pa­ra­chu­tiste du 11e choc où ils s’étaient connus sur le ca­nal de Suez en 1956. Des gars en or, vous pou­vez me croire. Du coup, j’ai ré­en­ga­gé aus­si ma se­cré­taire. » C’est tou­jours Jacques qui pré­cise quelques anec­dotes des an­nées 1970, époque où Fu­ry­gan se taillait la part du

« LA PAN­THÈRE, C’ÉTAIT L’EM­BLÈME DE MES TROIS EX-COM­MER­CIAUX, DES AN­CIENS COMMANDOS »

lion : « Dès le dé­part, on a fait des gants de mo­to bien fi­chus, confor­tables et so­lides. C’était mon mé­tier après tout. On a vite fait des blou­sons, en choi­sis­sant des peaux de qua­li­té. C’était en­core pos­sible en France, et on a trou­vé les deux bandes de cuir clair ou de cou­leur comme marque. Dès le com­men­ce­ment aus­si, comme j’étais sou­vent sur les cir­cuits, j’ai eu des contacts avec les pi­lotes. C’était le grand boum de la mo­to, et les Fran­çais mar­chaient fort en GP. Cô­té vi­trine, il n’y avait pas mieux. On a tou­jours eu de­puis ce temps-là une flo­pée de pi­lotes sous nos cou­leurs et ha­billés de nos cuirs. Par exemple, Ch­ris­tian Es­tro­si, le seul mi­nistre que je tu­toyais au té­lé­phone et qui au pas­sage n’était pas mau­vais à mo­to ; Alain Prieur qui a fait toute sa car­rière avec nous et bien sûr Gia­co­mo Agos­ti­ni en 1974 ! Notre plus belle prise, d’au­tant que d’autres grands ont sui­vi : Ga­briel Pons, Joël Ro­bert en mo­to­cross. » Jacques ne man­quait pas d’anec­dotes sur les pi­lotes de cette pé­riode : « Marl­bo­ro nous avait de­man­dé de faire un cuir d’équipe, iden­tique, et aux cou­leurs de la marque rouge et blanche, pour Agos­ti­ni et John­ny Ce­cot­to, son co­équi­pier vé­né­zué­lien chez Yamaha. On se dé­fonce pour faire les com­bi­nai­sons à l’heure, on les livre via la Suisse en Fin­lande sur le cir­cuit d’ima­tra, par avion bien en­ten­du, et on donne les cuirs aux pi­lotes. Ago res­sort de son bus pour se faire pho­to­gra­phier par la presse in­ter­na­tio­nale dans sa nou­velle com­bi­nai­son. Ma­gni­fique !

« On a tou­jours fait des cuirs pour les GP »

Ce­cot­to le re­joint et s’aper­ce­vant qu’ils ont tous les deux la même, avec des noms dif­fé­rents, il rentre dans une co­lère noire, file dans son cam­ping-car et res­sort avec son an­cien cuir en di­sant qu’il re­fuse de por­ter les mêmes cou­leurs que ce­lui qu’il avait dé­ci­dé de battre. Ce qu’il a fait d’ailleurs l’an­née d’après en 350. Ago s’est chan­gé, il n’avait plus de rai­son de por­ter ce cuir, et l’opé­ra­tion a fait long feu… » On pas­sait des heures à écou­ter Jacques, tou­jours « conseiller di­let­tante » à l’usine de Nîmes où son fils Da­vid of­fi­cie de­puis 1995 comme di­ri­geant de l’en­tre­prise. Ce der­nier a re­pris les rênes de la so­cié­té à par­tir de 1993. Quand on lui de­mande ce qui ca­rac­té­rise la marque au­jourd’hui, il ré­pond sans hé­si­ta­tion : « Nous fa­bri­quons des vê­te­ments de mo­to de belle fac­ture, tech­niques et per­for­mants. À Nîmes, l’équipe de Re­cherche et Dé­ve­lop­pe­ment planche en per­ma­nence. Nous cou­pons tous nos cuirs ici, en France, et ils partent en as­sem­blage en Tu­ni­sie où nous avons des ac­cords de très longue date avec des ar­ti­sans que nous connais­sons par­fai­te­ment. Le contrôle qua­li­té et la fi­ni­tion des pro­duits sont ef­fec­tués à l’usine, et nous dif­fu­sons nous-mêmes avec une équipe de com­mer­ciaux en France et en Eu­rope. » À la ques­tion sur sa fibre spor­tive et mo­to­cy­cliste, Da­vid af­firme : « Pour être pris au sé­rieux, on n’a pas d’autres moyens que de mon­trer son sa­voir-faire en condi­tion ex­trême. On a tou­jours fait des cuirs pour les Grands Prix, et comme mon père le fai­sait au­pa­ra­vant, je sou­tiens tou­jours des pi­lotes, fran­çais ou non. On a eu ou on a en­core sous nos cou­leurs Oli­vier Jacque, Ré­gis La­co­ni, Mi­chael Rut­ter, Vincent Phi­lippe, Syl­vain Guin­to­li sans ou­blier Jo­hann Zar­co. C’est notre marque de fa­brique aus­si. » ❖

1- Les blou­sons tex­tiles font aus­si par­tie de la gamme Fu­ry­gan. 2- En Mo­togp, Jo­hann Zar­co porte les cou­leurs de la marque fran­çaise. 3- Jacques Se­gu­ra, fon­da­teur de la marque, sa­vait de quoi il par­lait. 4- En cin­quante ans, la marque à la Pan­thère noire a lais­sé son em­preinte sur toutes les routes fran­çaises.

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