HERMANN SCH­MID

Hermann Sch­mid, pi­lote et construc­teur de side-cars, a fait le lien entre Florian Ca­ma­thias et Rolf Bi­land, les fa­meux cham­pions suisses, et a fait en­trer la dis­ci­pline dans l’ère mo­derne.

Moto Revue Classic - - Sommaire - Texte : Pe­ter Wi­cked – Pho­tos : Mo­to Re­vue

Pi­lote et construc­teur, Hermann Sch­mid a fait en­trer le side-car dans l'ère mo­derne.

Àla fin des an­nées 60, Hermann Sch­mid, jeune ci­toyen hel­vète, est en­core un ap­pren­ti-mé­ca­ni­cien lorsque, cu­rieux, il tourne au­tour du side-car du cham­pion suisse Florian Ca­ma­thias, ob­ser­vant tous les dé­tails de sa construc­tion. Il pense pou­voir faire au­tre­ment pour al­ler en­core plus vite. De re­tour chez lui, il passe la nuit à des­si­ner des châs­sis dif­fé­rents, ga­gné par l’ob­ses­sion de construire son propre side-car. Le ré­sul­tat prend forme dans un box mal éclai­ré. Il a dé­ci­dé de par­tir de zé­ro car de toute fa­çon, il n’a pas les moyens de s’ache­ter un at­te­lage. Et puis, ce qui l’in­té­resse n’est pas de pi­lo­ter un side-car lamb­da mais de pi­lo­ter son propre en­gin. Avec un poste à sou­dure et des tubes, il se met au tra­vail alors qu’il n’a en­core ja­mais conduit un trois-roues. Un co­pain, An­dré Mayen­zet, lui donne un coup de main. Dans le châs­sis qui est main­te­nant ache­vé, ils montent un mo­teur BMW ache­té d’oc­ca­sion. Le cir­cuit de Mon­thoux, à cô­té d’an­ne­masse en France, leur tient lieu de banc d’es­sai mais aus­si d’école de pi­lo­tage. Et ça marche plu­tôt bien. À Ou­lens, pour leur pre­mière course de côte, Hermann rate une vi­tesse et c’est le tout droit. Le châs­sis et la fourche sont un peu tor­dus, il ré­pare les dé­gâts mais le plus dif­fi­cile est de convaincre An­dré de re­mon­ter dans le pa­nier ! Heu­reu­se­ment, une deuxième place au cir­cuit de Mon­thoux re­met le duo en selle. Mal­gré un mo­teur en­core peu per­for­mant, les ré­sul­tats ne tardent pas à ar­ri­ver. À ce mo­ment, au­cun des deux hommes n’en­vi­sage en­core une vé­ri­table car­rière, les courses sont pour eux une ma­nière de bien s’amu­ser et pour Hermann, une ma­nière de faire pro­gres­ser la tech­nique. Et puis, pro­gres­si­ve­ment, ils prennent goût à la com­pé­ti­tion. Ils af­fec­tionnent tout par­ti­cu­liè­re­ment les courses de côte alors nom­breuses en Suisse et avec le side-car perché sur le toit de leur vé­tuste DKW, ils par­courent le pays et s’étonnent presque de ne pas trou­ver d’ad­ver­saires à leur me­sure : en 1970, ils sont cham­pions de Suisse ! Avant même la der­nière course de la sai­son, Hermann vend son at­te­lage : il en a ti­ré le meilleur par­ti et il sait dé­jà com­ment construire le sui­vant. Du­rant l’hi­ver, il re­part de zé­ro, avec une nou­velle concep­tion et de nou­velles idées. Pe­tit à pe­tit, ses side-cars ont ac­quis une ré­pu­ta­tion de fia­bi­li­té en­viée et ils sont dé­sor­mais très de­man­dés. Hermann passe de plus en plus de temps à les construire : cer­taines an­nées, c’est plus d’une dou­zaine de châs­sis qui sortent de son ate­lier, com­man­dés par les meilleurs pi­lotes. Ce­pen­dant Hermann, n’a pas re­non­cé à pi­lo­ter lui-même.

EN CHOI­SIS­SANT UN MO­TEUR KONIG 2-TEMPS, HERMANN EN­TEND RE­METTRE EN QUES­TION LA SUPRÉMATIE AL­LE­MANDE

Il est main­te­nant as­so­cié à Jean-pierre Ma­tile et roule avec les ca­dors en cham­pion­nat du monde. Pour ri­va­li­ser avec les meilleurs, il lui manque un mo­teur vrai­ment ra­pide. Il n’a évi­dem­ment le sou­tien d’au­cune usine et les mo­teurs BMW RS 500 per­for­mants sont ré­ser­vés aux pi­lotes al­le­mands qui do­minent les Grands Prix. En choi­sis­sant de mon­ter un mo­teur Konig deux-temps, Hermann dé­cide de fran­chir le pas car il en­tend re­mettre en ques­tion la suprématie al­le­mande mais le mo­teur se ré­vèle ter­ri­ble­ment ca­pri­cieux. Sa puis­sance est im­pres­sion­nante mais il n’est pas fiable et pour Hermann, les aban­dons se suc­cèdent. Puis en 1976, il opte pour un mo­teur Yamaha. À As­sen, Hermann et Jean-pierre ont dû « mé­ca­ni­quer » toute la nuit. Sur la ligne de dé­part, ils sont dé­jà fa­ti­gués mais d’em­blée, ils prennent la tête et mènent la course de bout en bout. Épui­sés, ils sortent de la piste dans le der­nier tour mais re­partent de­vant leurs ad­ver­saires et rem­portent une belle vic­toire. Hermann s’écroule sur le bord de la piste mais pas à cause d’un simple éva­nouis­se­ment dû à la cha­leur : le coeur du Suisse s’est ar­rê­té il ne re­par­ti­ra que grâce à un éner­gique mas­sage car­diaque… Une deuxième vic­toire à Br­no en Tché­co­slo­va­quie prouve que cette fois, le règne des pi­lotes ger­ma­niques touche à sa fin. Cette an­née-là, il est cham­pion de Suisse pour la deuxième fois et troi­sième au cham­pion­nat du monde.

Hi­ver 78-79, c’est le coup de grâce

Ce se­ra sa meilleure sai­son. L’an­née sui­vante, sa marque se­ra cham­pionne du monde des construc­teurs grâce à l’at­te­lage four­ni à Rolf Bi­land, l’étoile mon­tante suisse. Dé­sor­mais, on se dis­pute les châs­sis qu’il construit. Il n’ar­rive que très dif­fi­ci­le­ment à ré­pondre à la de­mande. De sur­croît, en tant que pi­lote, il est à nou­veau pour­sui­vi par la mal­chance car il n’a plus as­sez de temps pour pré­pa­rer sa propre ma­chine. Du­rant l’hi­ver 1978-79, c’est le coup de grâce. Suite à un chan­ge­ment de rè­gle­ment, toutes les com­mandes pas­sées sont an­nu­lées et le ma­té­riel qu’il a en stock est dé­pas­sé… Au prin­temps 1979, on re­trouve sa voi­ture ga­rée au bord du Rhône, Hermann a dé­ci­dé d’en fi­nir. Son corps se­ra re­pê­ché près de deux mois plus tard, le jour du Grand Prix suisse dis­pu­té sur le cir­cuit du Cas­tel­let. Grâce à son gé­nie de la construc­tion, il fait par­tie des tech­ni­ciens qui ont ré­vo­lu­tion­né le monde des courses de side-cars. ❖

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