UNE RC30 AU BOC

À l’oc­ca­sion du Bol d’or Clas­sic, Pao­lo di Mau­ro, pa­tron de Mo­to Éva­sion à Lau­sanne, a fait coup double en fê­tant les 40 ans de son en­seigne au gui­don d’une RC30 qui vient de souf­fler ses trente bou­gies !

Moto Revue Classic - - Sommaire - Texte et pho­tos : Claude Cieu­tat

Le boss de Mo­to Éva­sion a fê­té les 40 ans de sa boîte et les 30 ans de la RC30 au BOC 2018.

En 1978, le jeune Pao­lo Di Mau­ro ouvre une conces­sion Hon­da du cô­té de Lau­sanne. Il est dé­jà très fé­ru de com­pé­ti­tion avec sa par­ti­ci­pa­tion au cham­pion­nat suisse sur une Yamaha RD 250 puis, plus tard, sur les ral­lyes afri­cains avec de beaux ré­sul­tats dans le Ral­lye aux Pha­raons. Il fi­nit même le Pa­ris-da­kar 1989 pour sa pre­mière par­ti­ci­pa­tion au gui­don d’une des 50 Hon­da 650 Afri­ca Twin Ma­ra­thon, qua­si­ment sans as­sis­tance. 40 ans plus tard, Pao­lo s’est mis en tête de fê­ter l’an­ni­ver­saire de Mo­to Éva­sion en par­ti­ci­pant au Bol d’or Clas­sic. Ce­rise sur le gâ­teau, rou­ler au gui­don de la fa­meuse VFR 750 R type RC30 per­met­tra de fê­ter les 30 ans de la my­thique ma­chine. Pour Pao­lo, fan de la pre­mière heure de cette mo­to, l’oc­ca­sion était trop belle, il fal­lait cé­lé­brer ce double an­ni­ver­saire avec lui et son fils Yann au gui­don du plus cé­lèbre des V4. Fin mai 2018, ils trouvent en­fin une RC30 en bon état, avec 10 000 km au comp­teur, mais qui n’a pas tour­né de­puis 20 ans. Dé­but juin, la mo­to ar­rive à l’ate­lier et le chan­tier peut com­men­cer. Celle-ci est en­tiè­re­ment désha­billée par Sé­bas­tien Su­chet, le mé­ca­no de la mai­son, et le mo­teur, po­sé sur l’éta­bli, at­tire aus­si­tôt tous les re­gards de l’ate­lier avec son ar­chi­tec­ture, ses car­ters en ma­gné­sium et ses bielles en ti­tane : un vrai mo­teur d’usine ! Sé­bas­tien change tous les joints, monte un plus gros car­ter d’huile et un plus grand ra­dia­teur d’eau is­su du kit HRC.

Une pre­mière fuite d’huile alerte le team

L’amor­tis­seur d’ori­gine est rem­pla­cé par un Öh­lins flam­bant neuf et les biel­lettes du Pro-link sont mo­di­fiées pour per­mettre le mon­tage d’une roue de 17 pouces. Celle-ci doit être dé­ca­lée de 2 mm pour per­mettre le pas­sage d’un pneu de 180 mm dans le bras os­cil­lant. La mo­to est rha­billée avec un ca­ré­nage mo­di­fié pour lais­ser pas­ser le double pot d’échap­pe­ment Ter­mi­gno­ni pré­le­vé sur une RC45, seule en­torse à son look d’ori­gine. Une fois re­mon­tée, la mo­to est pas­sée au banc de puis­sance pour ré­gler la car­bu­ra­tion et elle prend la di­rec­tion du cir­cuit de Magny-cours pour les pre­miers rou­lages. Yann, le fils de Pao­lo, est un peu in­quiet avant ses pre­miers es­sais : il est plu­tôt ha­bi­tué aux spor­tives mo­dernes quatre-cy­lindres pleines d’élec­tro­nique ! Fi­na­le­ment, à part le frei­nage, il la trouve agréable à pi­lo­ter et as­sez mo­derne de com­por­te­ment. Après quelques ré­glages de sus­pen­sions et un chan­ge­ment de dé­mul­ti­pli­ca­tion, Yann et Pao­lo sont ras­su­rés sur le po­ten­tiel de leur ma­chine, il ne reste plus qu’à po­ser une belle pein­ture sur l’ha­billage et la voi­là prête pour le Bol d’or Clas­sic. 11 sep­tembre, le team Mo­to Éva­sion s’ins­talle sur le cir­cuit du Cas­tel­let, un pe­tit air de va­cances flotte sur leur cam­pe­ment. Le contrôle tech­nique ne pose au­cun pro­blème et les com­mis­saires fé­li­citent même nos Suisses pour la qua­li­té de la pré­pa­ra­tion. Mal­heu­reu­se­ment, la suite ne se­ra pas un long fleuve tran­quille. Les es­sais libres du jeudi ma­tin se passent bien et l’équipe se contente de chan­ger les pla­quettes de frein. La pre­mière alerte ar­rive après les es­sais qua­li­fi­ca­tifs lors­qu’une fuite d’huile est dé­tec­tée sur le mo­teur.

LE MO­TEUR AT­TIRE TOUS LES RE­GARDS AVEC SES CAR­TERS EN MA­GNÉ­SIUM, SON AR­CHI­TEC­TURE ET SES BIELLES EN TI­TANE

Pao­lo pense qu’elle vient d’une fis­sure d’un des car­ters mo­teur. Heu­reu­se­ment, avant de par­tir, Yann avait ache­té une autre RC30 en état d’épave pour pré­le­ver des pièces de re­change en cas de chute. Le car­ter est chan­gé et l’équipe pense avoir ré­glé le pro­blème. Sauf qu’au troi­sième tour des es­sais de nuit, Yann rentre au ra­len­ti : la mo­to est à nou­veau re­peinte à l’huile du mo­teur… L’équipe conster­née dé­couvre l’éten­due des dé­gâts, sans doute à cause d’une sur­pres­sion, l’huile sort par le re­ni­flard… À onze heures, après une brève réunion, Pao­lo et l’équipe dé­cident de conti­nuer : ils ne sont pas ve­nus de Lau­sanne jus­qu’au Cas­tel­let pour tout lais­ser tom­ber. Les deux mo­teurs, ce­lui de l’épave, dont ils ne savent rien, et ce­lui de la mo­to de course sont sor­tis de leur cadre et po­sés sur l’éta­bli. Il faut en fa­bri­quer un nou­veau en mé­lan­geant les deux du­rant la nuit ! L’équipe des trois mé­ca­nos plus les Di Mau­ro père et fils se mettent au tra­vail. À la lu­mière des lampes frontales, l’équipe tra­vaille toute la nuit et à 7 heures du ma­tin, la mo­to dé­marre au quart de tour et semble très bien tour­ner ! Il était temps car les es­sais qua­li­fi­ca­tifs du vendredi com­mencent à 9 h 30. Évi­dem­ment, les deux pi­lotes roulent sur des oeufs, ils ne dé­passent pas 10 500 tr/min et ne cherchent sur­tout pas à faire un chro­no. Ré­sul­tat, un 38e temps qui place la mo­to en fond de grille mais peu im­porte, la Hon­da tourne im­pec­ca­ble­ment et sur­tout, sans fuite d’huile !

« La RC30 va vite toute seule »

Vendredi 20 h 30, Yann prend le dé­part. Tout se passe au mieux car il trouve très plai­sant de rou­ler la nuit. Les chro­nos sont bons mal­gré la longue ligne droite du Mis­tral où la pe­tite 750 se fait dé­po­ser par des 1000 qui dis­posent de 20 à 30 che­vaux de plus. Ça ne l’em­pêche pas de re­mon­ter de la 38e place à la 30e. À la soixante-cin­quième mi­nute, le fils passe le gui­don au père sauf que Pao­lo, lui, n’est pas trop à l’aise car il n’a pas pu rou­ler de nuit. Au bout de quelques tours, il trouve ses re­pères et il amé­liore ses chro­nos. La RC30 n° 40 fi­nit vingt-sep­tième sur soixante de la pre­mière manche : la mo­to et l’équipe ont as­su­ré et tout le monde a la ba­nane chez Mo­to Éva­sion ! Sa­me­di ma­tin 8 h 30, dé­part de la deuxième manche. Yann re­prend le dé­part et dé­cide de se lâ­cher, il tourne 5 se­condes plus vite sauf que la mo­to se met à ra­ta­touiller. Il sent la panne sèche ar­ri­ver mais, mi­racle, il ar­rive à ren­trer au stand au ra­len­ti. Dom­mage, il était 13e au gé­né­ral. L’équipe ra­vi­taille et en pro­fite pour chan­ger le pneu ar­rière. C’est au tour de Pao­lo de prendre le gui­don. Lui aus­si fait une belle course, il amé­liore ses temps à chaque tour et prend beau­coup de plai­sir à « se ti­rer la bourre » avec une Yamaha FZR 750. Au clas­se­ment gé­né­ral, la Hon­da est 19e, une place très ho­no­rable vu les dé­boires ren­con­trés du­rant les es­sais. Il faut dire que la RC30 est, de l’avis de ses deux pi­lotes, une ma­chine éton­nante : « C’est une mo­to fa­cile, pas épui­sante, elle va vite toute seule… » , ex­pliquent-ils de con­cert. Peut-être re­ver­rons-nous les Suisses l’an­née pro­chaine avec une RC30 en­core plus af­fû­tée... ❖

L’ÉQUIPE TRA­VAILLE TOUTE LA NUIT ET À 7 HEURES DU MA­TIN, LA MO­TO DÉ­MARRE AU QUART DE TOUR

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1- L’équipe Mo­to Éva­sion au grand com­plet : pi­lotes, mé­ca­nos, pan­neau­teurs, cui­si­niers, sans ou­blier les in­dis­pen­sables um­brel­la-girls ! 2- Jeudi soir, la nuit va être longue, il faut re­faire en­tiè­re­ment le mo­teur. 3- Tan­dis que le ra­vi­tailleur re­fait le plein, Yann donne les ul­times ins­truc­tions à son père.

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