PION­NIERS DE L'EN­DU­RO

Moto Revue Classic - - Sommaire -

Ils s'ap­pellent Quei­rel, Ver­nier, Sa­mo­fal, Seu­rat, Fi­gu­reau et ils ont créé la dis­ci­pline en France.

de rou­ler avec, j’ai dé­cou­vert une mo­to at­ta­chante. Même si elle était ob­so­lète par rap­port aux 125 ja­po­naises. Pen­sez donc, il n’y avait pas de grais­sage sé­pa­ré et donc à chaque plein, je de­vais faire mon mé­lange. L’al­lu­mage était en 6 Volts et la nuit, je ne voyais pas grand-chose. Si l’échap­pe­ment était ef­fi­cace, en re­vanche, les ai­lettes du haut mo­teur vi­braient tel­le­ment qu’il s’en dé­ga­geait un son mé­tal­lique in­fer­nal. Et ne par­lons pas du dé­bat­te­ment du sé­lec­teur de vi­tesses, digne d’une mo­to des an­nées 50… Quand je suis ar­ri­vé au ly­cée avec ma teu­tonne, les co­pains qui roulaient en Yam’ ou en Hon­da se sont bien fou­tus de moi, d’au­tant que j’avais dé­jà ache­té l’équi­pe­ment des­ti­né à l’en­du­ro, un casque jet AGV et un en­semble Bre­ma rouge du plus bel ef­fet. Sauf que lors­qu’on s’est re­trou­vé sur la route, ils ont ri jaune… En fait, la KS était bien une mo­to de cross dé­gui­sée en mo­dèle de route. Une fois que j’ai com­pris le ma­nie­ment de la boîte de vi­tesses, per­sonne ne pou­vait me rat­tra­per lorsque le feu pas­sait au vert. Pa­reil sur l’axe nord-sud, le pé­ri­phé­rique lyon­nais, avec 130 km/h chro­no, les RDX et autre CB étaient loin der­rière… Le seul sou­ci, c’était pour s’ar­rê­ter, car le pauvre frein à tam­bour avant chauf­fait et de­ve­nait inef­fi­cace. Je me sou­viens qu’au cours d’une ar­souille dans les Monts du Lyon­nais, je n’ai pas pu né­go­cier un vi­rage et que j’ai dû ti­rer tout droit dans un champ. Heu­reu­se­ment, il n’y avait per­sonne en face. Et puis les an­nées ont pas­sé, j’ai pour­sui­vi mes études à l’étran­ger et j’ai fi­ni par vendre la KS 125 qui ne ser­vait plus à rien. Je n’étais même pas là quand un col­lec­tion­neur de Lyon est ve­nu l’ache­ter. Je me suis ex­pa­trié à mon tour mais plus au nord, en Suède.

« La GS était re­ve­nue dans ma vie »

Un jour, par le plus grand des ha­sards, alors que je me pro­me­nais en fa­mille à la cam­pagne, je suis tom­bé sur une épreuve d’en­du­ro, les Sué­dois étant de grands ama­teurs de la dis­ci­pline. En plus de mo­tos mo­dernes, il y avait des an­ciennes. Je me suis ap­pro­ché et je suis res­té té­ta­ni­sé, comme 40 ans au­pa­ra­vant de­vant le ma­ga­sin de Cou­tard : une Zündapp GS 125 trô­nait sur sa bé­quille cen­trale ! Im­mé­dia­te­ment, les odeurs d’époque me sont re­ve­nues et ça été pire lorsque le pi­lote l’a mise en route, avec ce son ca­rac­té­ris­tique : j’avais à nou­veau 10 ans ! Une fois que j’ai re­pris mes es­prits, j’ai en­ga­gé la conver­sa­tion avec le pro­prié­taire, un an­cien cham­pion sué­dois nom­mé Berndt Enö et je lui ai de­man­dé s’il ne vou­lait pas me la vendre. Il a sou­ri et il m’a ex­pli­qué que c’était un mo­dèle spé­cial équi­pé de pièces usine avec le­quel il rou­lait dans les an­nées 70 et qu’il ne s’en sé­pa­re­rait pour rien au monde. Je lui ai alors de­man­dé s’il n’en connais­sait pas d’autres. Il a en­core sou­ri : « La GS 125 n’a guère été fa­bri­quée à plus de 2 000 exem­plaires entre 1972 et 1977. Et en 1974, par exemple, seuls deux exem­plaires ont été ven­dus en Suède. Ici, les en­du­ristes pré­fé­raient les Mo­nark ou les Hus­q­var­na… » Dé­çu et convain­cu qu’à 50 ans pas­sés, je ne pour­rais pas re­ve­nir en ar­rière, je lui

lais­sais quand même mes co­or­don­nées. Sur le che­min du re­tour, ma femme m’a de­man­dé si tout al­lait bien car je ne par­lais pas : la GS 125 était re­ve­nue dans ma vie mais je n’ai pas osé lui dire. À par­tir de là, j’ai pas­sé une par­tie de mes soi­rées sur In­ter­net, à la re­cherche de cette mo­to dans toute l’eu­rope. J’ai vu que les Ita­liens étaient dingues de ce mo­dèle et que des GS, certes par­fai­te­ment res­tau­rées, pou­vaient s’af­fi­cher à plus de 7 000 € ! Le plus gros mar­ché se si­tue aux États-unis où la moi­tié des MC et GS ont été ex­por­tées mais ache­ter une mo­to à dis­tance est dé­li­cat et en­suite, il faut la ra­pa­trier en Eu­rope. Le plus rai­son­nable sem­blait de se tour­ner vers l’al­le­magne ou les Pays-bas mais sur ebay, les prix s’en­volent quand ar­rivent les der­nières en­chères… Et puis, mi­racle, après quelques mois, j’ai re­çu un coup de fil de Berndt Enö, l’an­cien en­du­riste : « Mon ami An­ders se sé­pare de sa mo­to, elle est en­tiè­re­ment res­tau­rée et pas trop chère… » Le week-end sui­vant, je me re­trou­vais à trois heures de Stock­holm face à une GS im­pec­cable dont An­ders ne vou­lait que 4 500 €. Comme moi, il était dingue de cette mo­to. Il l’a ache­tée avec le mo­teur cas­sé en 1979 puis l’a pa­tiem­ment res­tau­rée en ré­cu­pé­rant des pièces dans le monde en­tier mais au­jourd’hui, il veut s’of­frir une voi­ture amé­ri­caine de col­lec­tion. « Je ne vou­lais vendre cette mo­to qu’à un vé­ri­table pas­sion­né et quand Berndt m’a ra­con­té ton his­toire, je me suis dit que tu étais la bonne per­sonne… » Je roule dans la cam­pagne sué­doise. 40 ans après, je che­vauche en­fin une GS 125, ma GS 125 ! Je re­trouve les sen­sa­tions de la KS 125. D’ailleurs, les amor­tis­seurs Ko­ni sont iden­tiques et Bernt m’a pro­mis de m’en trou­ver d’autres plus adap­tés à mon ga­ba­rit et au tout-ter­rain. Car le mois pro­chain, je par­ti­cipe à un en­du­ro à l’an­cienne. Je vais aus­si mon­ter une grille pour pro­té­ger le phare comme le fai­sait l’équipe d’al­le­magne aux Six jours. Cet hi­ver, je dé­mon­te­rai les garde-boue en alu­mi­nium car j’ai trop peur de les cas­ser. À la place, je mon­te­rai des élé­ments en plas­tique comme sur la mo­to d’an­dré Mal­herbe. Sur­tout, il ne faut pas que j’ou­blie la plaque « porte-nu­mé­ro ». ❖

Avec 18 che­vaux pour une cen­taine de ki­los, la GS 125 se met fa­ci­le­ment sur la roue ar­rière.

1- La GS 125 est mu­nie d’un pe­tit comp­teur dont l’ai­guille va de haut en bas ! 2- Sur le gui­don Ma­gu­ra, on trouve la ma­nette de star­ter et l’in­ter­rup­teur phare/klaxon. 3- L’équipe al­le­mande ga­gnante des ISDT 1975 : que des Zündapp !

Joël Quei­rel est le pre­mier cham­pion de France d’en­du­ro, il rou­lait sur une Mo­nark 125. Page de droite, on re­con­naît : Jean-ma­rie Hu­guet, De­nis Baillard, Ja­cky Ver­nier et Ni­co­las Sa­mo­fal (de gauche à droite et de haut en bas).

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