Après Har­ry et Ste­fan, voi­là Liam Everts…

Moto Verte - - Sommaire - Par Laurent Re­vi­ron

Avec un grand-père quatre fois cham­pion du monde et un père qui a dé­cro­ché dix cou­ronnes mon­diales, Liam, le fils de Ste­fan, semble lui aus­si tra­cer sa route en di­rec­tion des som­mets du cross mon­dial. Une jour­née en im­mer­sion dans la fa­mille nous a per­mis de vivre la suite d’une belle his­toire belge…

On peut dif­fi­ci­le­ment trou­ver un en­vi­ron­ne­ment plus fa­vo­rable pour un fu­tur cham­pion de mo­to­cross que la fa­mille Everts. De­puis son plus jeune âge, Liam, le fils de Ste­fan et de Kel­ly, semble avoir été pro­gram­mé pour suc­cé­der à son père et à son grand-père Har­ry au som­met de la hié­rar­chie mon­diale du mo­to­cross. Né en 2004, au mo­ment où Ste­fan était au zé­nith, Liam a pous­sé dans cet en­vi­ron­ne­ment de la course de haut ni­veau. Du­rant les trois pre­mières an­nées de sa vie, il a vu son père en­chaî­ner les vic­toires en GP et les titres comme on en­file des perles. Tous les wee­kends, il était dans les bras de Ste­fan sur les po­diums. Il n’avait que trois ans quand son père a rac­cro­ché en 2006, mais il était dé­jà mon­té sur bien plus de pre­mières marches de po­diums de GP que beau­coup de grands cham­pions. Il n’a ja­mais vu son pa­ter­nel échouer au gui­don d’une mo­to. C’est donc avec ce père (dix fois cham­pion du monde) et avec son grand-père (quatre fois cham­pion du monde) que Liam a ap­pris très jeune les ru­di­ments du pi­lo­tage MX. Le mi­lieu des GP, il le connaît évi­dem­ment par coeur puis­qu’il a tou­jours na­vi­gué de­dans avec Ste­fan qui, après avoir do­mi­né la classe reine, s’est re­trou­vé consé­cu­ti­ve­ment, team ma­na­ger de KTM Red Bull puis pro­prié­taire du team of­fi­ciel Su­zu­ki. En psy­cho­lo­gie, on sait com­bien il est na­tu­rel pour un être hu­main de re­pro­duire le mo­dèle pa­ren­tal. Tous les gar­çons cherchent in­las­sa­ble­ment à suivre les traces de leur père. Et si pour la plu­part des jeunes, de­ve­nir cham­pion re­pré­sente un rêve in­ac­ces­sible, pour Liam, ça res­semble presque à un pas­sage obli­ga­toire. Meilleur pi­lote belge en 85 du mo­ment, en ba­garre pour le titre en ADAC et en cham­pion­nat d’eu­rope 85, Liam Everts suit par­fai­te­ment cette voie toute tra­cée vers le haut ni­veau. Et tous les élé­ments s’im­briquent par­fai­te­ment pour ça. De­puis que Su­zu­ki a stop­pé son in­ves­tis­se­ment en Grand Prix, Ste­fan peut se consacre à 100 % à la car­rière de son fils. Et cette rup­ture bru­tale pour Ste­fan s’est trans­for­mée au­jourd’hui en atout pour Liam.

Un mal pour un bien

Quand on dé­barque chez les Everts en cette ma­ti­née d’été, Liam est de­vant l’écran géant, à bloc sur sa console de jeux. Mais chez les Everts, ce n’est pas parce que l’on mise beau­coup sur la mo­to qu’on né­glige l’édu­ca­tion. Liam s’ar­rête de jouer tout de suite pour nous sa­luer. Il re­plonge dans sa par­tie alors qu’on at­taque un ca­fé avec Ste­fan. C’est en re­ve­nant sur sa sé­pa­ra­tion dou­lou­reuse avec Su­zu­ki qu’il at­taque la conver­sa­tion : « Ça n’a pas été évident. J’ai eu du mal à y croire. On avait tra­vaillé très dur du­rant deux sai­sons pour construire quelque chose et par­tir dans la meilleure di­rec­tion pos­sible. Quand tout s’est ar­rê­té, ça n’a vrai­ment pas été évident. Il a fal­lu li­cen­cier des gens qui étaient là de­puis long­temps. Ça a vrai­ment été com­pli­qué mo­ra­le­ment, sur­tout que cer­taines per­sonnes en ont pro­fi­té pour es­sayer de ti­rer pro­fit de la si­tua­tion. Il a fal­lu vendre le ma­té­riel mais de­puis le 1er dé­cembre, c’est de l’his­toire an­cienne. J’ai de­puis une vie com­plè­te­ment dif­fé­rente, mais je ne me plains pas. Ce n’est pas ce que j’ima­gi­nais faire il y a quelques an­nées, mais je suis fi­na­le­ment content de mon sort. Avant, je n’avais pas as­sez de temps à consa­crer à la fa­mille. Au­jourd’hui, je suis plus sou­vent à la mai­son, je peux pas­ser plus de temps avec Liam sur les cir­cuits et avec Mael­ly qui s’est der­niè­re­ment mise au golf. J’ai dé­sor­mais un hob­by en com­mun avec mes deux en­fants. » Liam nous a re­joints entre temps au­tour de la table. Il re­prend : « C’est vrai­ment agréable d’avoir pa­pa à mes cô­tés sur les courses et à l’en­traî­ne­ment. Il me donne plein de bons

conseils qui me per­mettent de rou­ler plus vite. Je fais pour le mo­ment une belle sai­son sans doute un peu grâce à ça. » Plu­sieurs fac­teurs semblent en fait ex­pli­quer cette pro­gres­sion

du jeune cham­pion en herbe : « Liam a pas­sé trois mois en Nou­velle-zé­lande chez Ben Town­ley dans un en­vi­ron­ne­ment nou­veau,

re­prend Ste­fan. Ben est as­sez exi­geant et avec lui, Liam a pu rou­ler sur un pa­quet de pistes dif­fé­rentes. C’était une sa­crée ex­pé­rience. Il a aus­si un peu gran­di et il a pro­gres­sé men­ta­le­ment. C’est sa deuxième sai­son sur la 85. Il est pas­sé de la Su­zu­ki, une mo­to de l’an­cienne gé­né­ra­tion, à la KTM qui évo­lue sans ar­rêt et ce­la aus­si a fait une bonne dif­fé­rence. Cette an­née, nous avons un mé­ca­no et Liam roule donc tou­jours sur des mo­tos au top ! En­fin, j’ai en ef­fet plus de temps pour le coa­cher et sans doute que c’est un avan­tage pour lui. »

« Rou­ler avec Ste­fan Everts… Un rêve pour beau­coup. La rou­tine pour Liam ! »

Ce n’est donc fi­na­le­ment pas par choix que Ste­fan s’est re­trou­vé à se consa­crer à 100 %

à la car­rière de son fils : « J’ai eu quelques op­por­tu­ni­tés après l’épi­sode Su­zu­ki mais ce n’était pas ce qui me conve­nait à ce mo­ment-là. Je sais que les trois pro­chaines an­nées vont être im­por­tantes pour Liam. Il va de­voir pas­ser en 125 et tra­vailler cor­rec­te­ment tout au lond de cet hi­ver de tran­si­tion. Je n’ai pas en­vie de faire d’er­reurs, alors je vais res­ter proche de lui pour lui don­ner toutes les chances de réus­sir jus­qu’à ce qu’il signe, peut-être un jour, dans un bon team. Je sais qu’il ne faut pas que je reste à ses cô­tés toute sa car­rière mais pour le mo­ment, je pense qu’il a en­core be­soin de moi. » En pa­ral­lèle, Ste­fan a aus­si mon­té une ac­ti­vi­té de vente de gin : « Pour le mo­ment, ça reste un passe-temps mais peut-être qu’on pour­ra faire un jour du bu­si­ness puisque ça gran­dit dou­ce­ment. » Il est alors l’heure de pas­ser un peu à l’ac­tion. Ste­fan et Liam ont pré­vu une séance de sport. D’abord dans la salle de gym du sous-sol puis à VTT. Gran­dir dans une mai­son de cham­pion équi­pée d’une salle de sport re­pré­sente un avan­tage évident pour Liam : « Ces séances de sport à la mai­son dans ma salle sont très courtes, ex­plique Ste­fan, elles durent moins d’une heure et l’on en­chaîne neuf/dix exer­cices. » Du­rant l’hi­ver, le fu­tur cham­pion a un pro­gramme spor­tif très in­ten­sif : « Liam a in­té­gré MSF (Mo­tor Sport Fu­tur), un or­ga­nisme qui sé­lec­tionne les meilleurs jeunes pi­lotes belges du mo­ment pour les ai­der dans leurs en­traî­ne­ments. Je dé­cide tou­jours où, quand et comment Liam s’en­traîne à mo­to. En re­vanche, nous fai­sons le plan d’en­traî­ne­ment phy­sique en concer­ta­tion avec MSF. Jusque-là, ça de­vait

res­ter du jeu. Il était trop jeune pour suivre un plan strict. Là, on va pou­voir com­men­cer à en faire plus. Son pro­gramme pré­voit qua­rante heures de sport par se­maine. C’est beau­coup. Il va fal­loir res­ter vi­gi­lant. Avec l’école, l’em­ploi du temps va être char­gé. Il va aus­si en­trer dans la pu­ber­té et l’on sait que ces pé­riodes en­gendrent éga­le­ment de la fa­tigue. »

Trial à la mai­son

Après une boucle de VTT au­tour de la mai­son pour dé­rouiller les ar­ti­cu­la­tions, Ste­fan sort les deux mo­tos de trial pour une ces­sion dans la fo­rêt de la pro­prié­té où il a tra­cé une piste géante de pit bike sur une terre par­faite. Tous les deux ont l’ha­bi­tude de­puis des an­nées de rou­ler en­semble sur ces traces. Au­jourd’hui, la vi­tesse entre les arbres a lar­ge­ment évo­luée pour Liam et ces par­ties de plai­sir se trans­forment vite en ti­rage de

bourre ! : « Ce sont des amis qui m’avaient fait dé­cou­vrir le trial en 1993. J’al­lais rou­ler dans des car­rières, j’ado­rais ça. Puis je me suis ren­du compte que ça me fai­sait pro­gres­ser dans mon pi­lo­tage MX. Main­te­nant, je sais que c’est aus­si bien pour Liam. J’ap­pré­cie ces séances de trial avec lui. On passe alors l’après-mi­di dans la fo­rêt. On a créé de nou­velles bosses, de nou­velles pistes… C’est bien pour faire pro­gres­ser la tech­nique. Un tour il passe de­vant et je re­garde son style en­suite, c’est lui qui es­saie de suivre en ob­ser­vant mes traces. C’est un bon exer­cice d’équi­libre, sur­tout dans les longs vi­rages. On ne peut ja­mais s’as­seoir. On peut aus­si tra­vailler la po­si­tion des pieds sur les re­pose-pieds comme on n’a pas be­soin de chan­ger de vi­tesse sans ar­rêt. » Liam ap­pré­cie aus­si ces bons mo­ments avec son père. Il est alors l’heure de cas­ser la croûte. Kel­ly a pré­pa­ré un re­pas à ses cham­pions. Il faut re­prendre un peu de forces avant l’en­traî­ne­ment mo­to pré­vu l’après-mi­di à Hon­da Park. Un cir­cuit en sable exi­geant si­tué à une tren­taine de mi­nutes de chez les Everts. Ste­fan a sor­ti la mo­to. En­core une Su­zu­ki. « Dans nos ac­cords avec Su­zu­ki, je de­vais res­ter dis­po­nible pour faire de la pro­mo­tion pour la marque. Ils ne m’ont pour le mo­ment ja­mais sol­li­ci­té mais je res­pecte mes en­ga­ge­ments et quand je roule, je le fais avec une Su­zu­ki. Néan­moins, je n’ai vrai­ment pas rou­lé beau­coup ces der­niers temps. Ma mo­ti­va­tion a bais­sé ces der­nières an­nées. J’ap­pré­cie en­core de rou­ler avec Liam, mais je n’irais pas seul. » Du­rant une par­tie de l’après-mi­di, Ste­fan et Liam vont en­chaî­ner les tours roues dans roues. Tous les pi­lotes rê­ve­raient de bou­cler des tours de piste avec un cham­pion comme Ste­fan, mais pour Liam, c’est la rou­tine. Liam adore ce genre de piste. Con­trai­re­ment à la ma­jo­ri­té des pi­lotes de sa gé­né­ra­tion, il ne rêve pas de SX et des US. C’est plu­tôt une car­rière comme son père qu’il vise et ce n’est pas pour dé­plaire à Ste­fan : « Si son rêve avait été de rou­ler en SX US, on ne l’au­rait pas em­pê­ché. Mais je suis bien pla­cé pour sa­voir que l’on peut réa­li­ser une belle car­rière sans al­ler aux US. Cer­taines per­sonnes trouvent qu’un titre US manque à mon pal­ma­rès, mais je suis très content de ce que j’ai ac­com­pli. J’es­père que Liam va faire de son mieux mais sur­tout qu’il ne connaî­tra pas de grosses bles­sures. Pour un père, c’est tou­jours dur de voir son fils souf­frir. Et c’est sûr qu’en su­per­cross, le risque est plus éle­vé. Le but est qu’il ne se fasse pas mal et à mon avis, c’est pos­sible. Joël Ro­bert ne s’est ja­mais cas­sé un os. Pour Liam, c’est trop tard puis­qu’il s’est dé­jà cas­sé la cla­vi­cule il y a trois ans. Mal­gré tout, une grosse part de mon bou­lot consiste à faire en sorte qu’il ne se blesse pas. Je dois à tout mo­ment, que ce soit en course ou à l’en­traî­ne­ment, ana­ly­ser les risques et le pro­té­ger. » Un ob­jec­tif au moins aus­si stres­sant que ce­lui de ra­me­ner des titres à la mai­son : « Je suis par­fois ten­du comme par exemple cette an­née à Lo­ket. Je le voyais bien rou­ler, je sen­tais qu’il pou­vait faire vrai­ment quelque chose de bien. C’est une ten­sion dif­fé­rente de celle que je res­sen­tais quand je rou­lais mais à choi­sir, je pré­fé­rais être sur la mo­to. » Ste­fan prend tout de même énor­mé­ment de plai­sir aux cô­tés de son fils qui pour lui a en­core plus d’atouts en main pour de­ve­nir un grand pi­lote que lui au même

âge : « Il a tout pour faire une belle car­rière. S’il conti­nue à pro­gres­ser comme ça chaque sai­son, il peut es­pé­rer al­ler très vite. Liam a bien plus de qua­li­tés que moi. Il est am­bi­tieux, il a du ca­rac­tère, il a bien moins de mal à se pous­ser que moi au même âge. Et il a sur­tout toute l’ex­pé­rience de mon père, de sa mère et de moi­même. Je pense qu’il y a un pa­quet de ga­mins qui rê­ve­raient d’avoir le même en­tou­rage. » Dans ce contexte, il est dif­fi­cile de ne pas ima­gi­ner Liam cham­pion du monde as­sez ra­pi­de­ment.

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