À Re­tour vers le fu­tur

Moto Verte - - Sport - Par Jean-ma­rie Pou­get

l’heure de lire ces lignes, l’en­du­rogp 2018 au­ra vé­cu. Avec la fi­nale dis­pu­tée en Al­le­magne quelques jours après notre bou­clage, dif­fi­cile d’an­non­cer des ré­sul­tats spor­tifs d’ac­tua­li­té. On peut néan­moins af­fir­mer sans trop se trom­per que Steve Hol­combe de­vrait rem­por­ter son deuxième titre EGP d’af­fi­lée et le titre E3 au gui­don de sa Be­ta 300 (sauf ca­tas­trophe de der­nière mi­nute…). L’an­glais avait en ef­fet rem­por­té la deuxième jour­née du GP de France à Ma­zan alors qu’alex Sal­vi­ni ter­mi­nait 8e après un pro­blème mé­ca­nique. De quoi te­nir son prin­ci­pal ad­ver­saire à dis­tance et s’as­su­rer un nou­veau titre su­prême. De même, Mat­teo Ca­val­lo (Be­ta-boa­no) est lui dé­jà ti­tré au scratch Ju­nior de­puis le GP de France, tout comme Ruy Bar­bo­sa (HVA) en Youth 125. Un GP de France dé­ca­lé, voire in­con­gru dans notre pay­sage en­du­ris­tique tra­di­tion­nel. Très bien or­ga­ni­sée, vi­suel­le­ment au top (bien vu la Su­per Straight), spor­ti­ve­ment re­le­vée, l’épreuve gou­pillée par le MC Ma­za­nais et Gils’on Tracks n’en res­tait pas moins un Enduro Sprint. Soit un enduro sans liai­son, sans CH ni chan­ge­ment de pneus. Sans no­tion d’en­du­rance ni dif­fi­cul­té de fran­chis­se­ment (mal­gré un beau pas­sage tech­nique en spé­ciale). Un er­satz d’enduro qui lais­sait sur sa faim le fan pur et dur. Les or­ga­ni­sa­teurs n’y sont pour rien. Ils avaient au contraire pro­po­sé cette so­lu­tion de rem­pla­ce­ment après que le GP d’an­gle­terre soit pas­sé au WESS en der­nière mi­nute (seule­ment quatre mois avant la date pré­vue), per­met­tant ain­si à la FIM de conser­ver un ca­len­drier 2018 as­sez four­ni. Mais ça ne fai­sait que ra­jou­ter une épreuve « bâ­tarde » de plus après la Fin­lande (et ses spé­ciales en­nei­gées rou­lées trois mois avant par les lo­caux) ou en­core The Wall et ses manches de MX plus son ex­trême noc­turne avec as­sis­tance dans les coins pié­geurs (ce qui est nor­ma­le­ment in­ter­dit en enduro mon­dial). Soit trois épreuves to­ta­le­ment in­com­prises par le pu­blic ha­bi­tuel de l’enduro et sou­vent fus­ti­gées sur les ré­seaux so­ciaux ou dans les dis­cus­sions de comp­toir (fal­lait tendre l’oreille lors de la fi­nale du France à Brioude pour en com­prendre la por­tée…). Heu­reu­se­ment, il y eut de beaux en­du­ros comme en Es­pagne, au Por­tu­gal, en Es­to­nie (sauf son pro­logue sur le bi­tume) et en Ita­lie. De vrais en­du­ros bien tor­chés, aux spé­ciales sé­lec­tives et aux liai­sons ten­dues. De longues jour­nées de rou­lage et des condi­tions par­fois com­pli­quées (pluie en Es­pagne et en Ita­lie). Heu­reu­se­ment. Les cham­pions 2018 ne sont pas des cham­pions au ra­bais.

« La guerre ! »

Mais après le dé­part des teams KTM et HVA et la créa­tion du WESS, le monde de l’enduro

En an­non­çant un ca­len­drier 2019 consti­tué à 95 % d’épreuves ty­pi­que­ment enduro, la FIM et son pro­mo­teur veulent clai­re­ment re­ve­nir aux sources de la dis­ci­pline. Il était temps…

mon­dial n’a qu’une en­vie : que cesse cette mas­ca­rade d’enduro. Que le Mon­dial re­trouve en­fin son vi­sage ha­bi­tuel. « Oui, il faut re­ve­nir à l’enduro tra­di­tion­nel ou clas­sique, tu l’ap­pelles comme tu veux, lance Fa­bri­zio Az­za­lin, le boss du team Sher­co.

Il faut re­ve­nir dans des pays où l’on connaît l’enduro, où il y a un mar­ché enduro, où le pu­blic aime ça. En Ita­lie du cô­té de Ber­game, en France en Au­vergne, dans le nord de l’es­pagne et au Por­tu­gal, en Fin­lande ou en Suède en été pas en hi­ver… » L’avis est par­ta­gé par l’en­semble des ma­na­gers qui ont vu le Mon­dial chan­ger trois fois de phy­sio­no­mie en trois ans. Et sur­tout de­ve­nir in­com­pré­hen­sible par la ma­jo­ri­té de ses fans. « La FIM doit ré­agir vite. Très vite, main­te­nant,

pour­suit Az­za’ qui lance quelques pistes simples. Pre­miè­re­ment, re­ve­nir à des épreuves nor­males. Deuxiè­me­ment, ai­der les or­ga­ni­sa­teurs parce qu’ils ne peuvent pas s’en sor­tir avec seule­ment cin­quante pi­lotes. En­fin, trou­ver un in­ter­lo­cu­teur va­lable entre la FIM et les or­ga­ni­sa­teurs. Une per­sonne cré­dible qui connaît l’enduro, qui se­ra écou­tée et qui ap­por­te­ra de l’aide. » Fa­bri­zio reste per­sua­dé que l’enduro ne se­ra ja­mais de la For­mule 1, un sport mé­ca­nique qui dé­chaîne des foules et des mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs. « L’enduro, c’est l’enduro. Quand il est bien or­ga­ni­sé comme cette an­née au GP d’ita­lie à Edo­lo, les fans se dé­placent et se ré­galent. La course est cré­dible même si elle est com­pli­quée à suivre. Bien sûr les en­du­ros ex­trêmes sont plus spec­ta­cu­laires, mais il n’y a pas de rè­gle­ment, c’est juste la guerre ! Tu ne peux pas les in­té­grer au cham­pion­nat du monde d’enduro qui a un cadre pré­cis, où tout le monde se bat dans les mêmes condi­tions… »

Nou­velles ca­té­go­ries

« Le but pour 2019 est clair : re­ve­nir aux sources de l’enduro, lance de son cô­té Bas­tien Blan­chard, fils du pro­mo­teur de l’enduro mon­dial. Le nou­veau di­rec­teur de la com­mis­sion enduro de la FIM – John Col­lins – a écou­té l’en­semble des teams ma­na­gers. Hor­mis l’épreuve en Corse qui se­ra un Enduro Sprint, les six autres épreuves se­ront de l’enduro tel qu’on le connaît. » Ce à quoi s’ajoutent des évo­lu­tions pour ra­me­ner de nou­veaux pi­lotes sur le Mon­dial et en faire bé­né­fi­cier les clubs or­ga­ni­sa­teurs : « Les ca­té­go­ries vont res­ter telles que cette an­née : E1, E2, E3 et L’EGP, plus le titre Ju­nior qui se­ra tou­jours dé­dou­blé en deux coupes du monde Ju­nior 1 et Ju­nior 2. On garde le Youth 125 avec des jo­kers qui per­mettent aux plus jeunes de faire l’im­passe sur une ou deux épreuves. Par contre, on de­vrait ajou­ter de nou­velles Coupes du monde qui se dé­rou­le­ront sur une poi­gnée d’épreuves mais pas tout le cham­pion­nat. On au­ra ain­si une Coupe du monde Vé­té­ran et d’autres ca­té­go­ries ré­ser­vées à des pi­lotes qui n’ont pas le ni­veau suf­fi­sant pour mar­quer des points en Élite. Des pri­vés qui ont moins de moyens, des jeunes qui veulent se tes­ter avant de sau­ter dans le grand bain… etc. » Des dis­po­si­tions pas en­core en­té­ri­nées par la FIM mais que cette der­nière voit d’un bon oeil si elles per­mettent d’at­ti­rer plus de pi­lotes. En ré­su­mé, au vu du ca­len­drier pré­vi­sion­nel, le cham­pion­nat 2019 se­ra moins loin, plus cen­tra­li­sé dans des pays forts de l’enduro et plus at­ti­rant pour des pi­lotes moins for­tu­nés. Pi­lotes qui s’of­fraient le cham­pion­nat d’eu­rope car comp­tant quatre épreuves proches. Pas rien pour un pi­lote au mo­ment de cher­cher des par­te­naires que de par­ler de Coupe du monde au lieu de cham­pion­nat d’eu­rope… Le dé­part de KTM/HVA a certes af­fai­bli ce Mon­dial his­to­rique, mais les marques en­core im­pli­quées res­tent mo­ti­vées. Be­ta, Gas Gas, Honda, Sher­co, TM Racing re­partent l’an pro­chain. HVA Suède et Ya­ma­ha-jo­hans­son se­ront de la par­tie, tout comme Hva­za­nar­do, Be­ta Boa­no et l’équipe es­pa­gnole de la RFME. De son cô­té, le pro­mo­teur an­nonce une cou­ver­ture mé­dia­tique amé­lio­rée et des ré­sul­tats de vi­sion­nage in­ter­net bien su­pé­rieurs en 2018 qu’en 2017. Mal­gré le WESS et sa sur­puis­sante Red­bulltv. Un WESS dont Fa­bri­zio Az­za­lin parle en ces termes : « Ils ont des moyens im­por­tants et ils viennent s’ap­puyer sur des épreuves dé­jà exis­tantes. Mais leur cham­pion­nat se dis­pute fi­na­le­ment entre seule­ment sept pi­lotes KTM et Hus­q­var­na. Qu’est-ce que ça veut dire, un cham­pion­nat avec sept pi­lotes de la même marque ? » De son cô­té, le Mon­dial a un ge­nou à terre, mais ne semble pas en­core prêt à s’écrou­ler. Re­mon­te­ra-t-il à des ni­veaux his­to­riques comme par le pas­sé ? L’ave­nir proche nous le di­ra et on le sui­vra avec in­té­rêt. ❚ (Ré­sul­tats p.127)

Le but pour 2019 est clair : re­ve­nir aux sources de l’enduro.

Steve Hol­combe est en route pour son deuxième titre mon­dial EGP après le GP de France dis­pu­té à Mé­tha­mis. L’an­glais a pro­fi­té d’un pé­pin tech­nique d’alex Sal­vi­ni pour prendre le large.

Loïc Lar­rieu pointe à la 3e place du clas­se­ment E2 2018 der­rière Remes et Sal­vi­ni. Il peut en­core gri­gno­ter une place lors de la fi­nale en Al­le­magne…

Sur le po­dium E3 du GP de France sa­me­di, Hol­combe rafle la mise de­vant Dan­ny Mc­can­ney et Chris­tophe Nam­bo­tin.

L’ita­lien Mat­teo Ca­val­lo a dé­jà em­po­ché le titre mon­dial Ju­nior avant la fi­nale. Le pi­lote Be­ta-boa­no a clai­re­ment sur­vo­lé la ca­té­go­rie.

Ee­ro Remes dans un pas­sage tech­nique du GP de France. Le Fin­lan­dais est 2e en E2 et 4e de L’EGP.

Bas­tien Blan­chard (ABC Com’) s’en­gage sur un ave­nir plus tra­di­tion­nel pour l’enduro mon­dial.

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