Adrien Van Be­ve­ren, le Da­kar en tête…

Moto Verte - - Sommaire - Par Ma­thias Brun­ner – Pho­tos Math Brun­ner et Ya­ma­ha

Dans un coin de sa tête, Adrien Van Be­ve­ren a une re­vanche à prendre sur le Da­kar. Lui qui se voyait dé­jà sou­le­ver le tro­phée de toute une vie l’an der­nier a dû se re­cons­truire après un ter­rible crash. Plus fort et avec plus d’ex­pé­rience, il a soif de vic­toire et rêve d’un dou­blé his­to­rique Da­kar/le Tou­quet pour lui, sa fa­mille et Ya­ma­ha à qui il as­sure sa confiance alors que les plus gros construc­teurs lui font les yeux doux.

Adrien Van Be­ve­ren est plu­tôt un pi­lote pres­sé à deux mois tout juste de son qua­trième Da­kar. Entre pré­pa­ra­tion phy­sique, en­traî­ne­ment sur la mo­to, deux courses de sable et les obli­ga­tions pro­fes­sion­nelles, réus­sir à dis­cu­ter avec Adrien n’est pas une mince af­faire. Pour au­tant, le pi­lote Ya­ma­ha est tou­jours aus­si sou­riant et met tout en oeuvre pour dé­ga­ger du temps. Il se confie dans ces co­lonnes sur son an­née noire, le ral­lye, le sable, son ave­nir, mais aus­si la sé­cu­ri­té, l’évo­lu­tion du sport, son en­tou­rage et bien d’autres…

Après tes deux frac­tures de l’épaule, peut-on dire que tu vois en­fin le bout du tun­nel ?

« Pour ré­pondre sin­cè­re­ment, le tun­nel a été plus long que je l’au­rais ima­gi­né. Je pen­sais re­prendre la mo­to et être ra­pi­de­ment à mon ni­veau. Sauf qu’en ayant ar­rê­té six mois, je n’ai pas en­core re­trou­vé toutes mes ca­pa­ci­tés. On peut dire que ça va me prendre un an pour être de nou­veau à 100 %. J’ai ré­cu­pé­ré toute la mo­bi­li­té de l’épaule, mais pas toute la force. Je me suis ali­gné sur des courses comme Berck et Loon pour faire un état des lieux et voir où j’en suis. Donc oui, je com­mence seule­ment à voir le bout du tun­nel et je le ver­rai to­ta­le­ment en jan­vier au dé­part du Da­kar où j’es­père re­par­tir dans une nou­velle spi­rale po­si­tive. »

Cette pé­riode dif­fi­cile a chan­gé ta vi­sion de ce sport ?

« Je me suis ren­du compte que rien ne rem­place la mo­to. J’ai beau­coup tra­vaillé phy­si­que­ment pour re­ve­nir et j’ai pas­sé des tests ré­vé­lant que j’étais très proche d’un gros cy­cliste ama­teur. Mal­gré tout, quand j’ai re­pris la mo­to, mon coeur s’est em­bal­lé et j’avais mal par­tout. C’est un sport qui est ir­rem­pla­çable. Pour au­tant, les sen­sa­tions que j’ai re­trou­vées m’ont re­don­né une joie de vivre que j’avais un peu per­due. Je ne me ren­dais plus compte à quel point ça me pro­cu­rait du plai­sir d’al­ler rou­ler. Je n’ai pas eu un grave ac­ci­dent, mais ça a été très long, six mois sans mo­to et au­tant pour se re­cons­truire. »

Si c’était à re­faire, que chan­ge­rais­tu sur les der­niers ki­lo­mètres de cette fa­meuse 10e étape du Da­kar ?

(rire !) « Avec des si, on coupe des planches. Fran­che­ment, je ne chan­ge­rais rien. C’est ar­ri­vé et ça fait par­tie du des­tin, je crois en ça. Il faut voir le bon cô­té des choses, ça me ren­dra plus fort à l’ave­nir. J’ai eu un ac­ci­dent, mais j’ai la chance d’être en­core en me­sure de pra­ti­quer mon sport alors que d’autres n’ont pas eu cette pos­si­bi­li­té mal­heu­reu­se­ment. Je po­si­tive et je me dis que tout va bien. »

Par­lons du pré­sent dé­sor­mais. Penses-tu être plus fort au dé­part du pro­chain Da­kar ?

« L’ob­jec­tif prin­ci­pal est d’être à 100 % sur ce Da­kar. Je me suis poin­té à Berck et à Loon en n’ayant pas fait de courses de l’an­née, ce qui n’était pas l’idéal pour al­ler cher­cher la vic­toire. Je me suis beau­coup re­mis en ques­tion pour ac­cep­ter la si­tua­tion et bos­ser pour que ce soit dif­fé­rent de­main. Glo­ba­le­ment, je se­rai à 100 % et je se­rai même plus fort car j’au­rai re­trou­vé mon meilleur ni­veau avec de l’ex­pé­rience. L’ex­pé­rience est très im­por­tante pour la vic­toire. »

Éric de Seynes di­sait dans nos co­lonnes le mois der­nier que Ya­ma­ha était prêt à ga­gner le Da­kar dé­sor­mais. C’est une pres­sion sup­plé­men­taire pour la pro­chaine édi­tion ?

« Non, au contraire, car de sa­voir qu’ils sont prêts à s’in­ves­tir et qu’ils se sont in­ves­tis pour me don­ner les moyens de ga­gner, j’en suis content. C’est comme quand on te consi­dère

comme un fa­vo­ri. Tu as deux fa­çons de le voir. Soit tu as la pres­sion, soit tu dis c’est un bon point car on croit en moi pour ga­gner. C’est pour ce­la que je me lève tous les ma­tins. »

Ya­ma­ha manque-t-il de moyens pour jouer la gagne face à KTM et Hon­da ?

« Non, ça ne nous em­pê­che­ra pas de ga­gner. Je suis as­sez fier du pro­jet avec eux. On a des bud­gets un peu moindres, mais je n’ai pas la sen­sa­tion d’être en manque de moyens pour dé­ve­lop­per la mo­to. Avec une équipe comme Ya­ma­ha, je peux tra­vailler comme je le sou­haite sur ma mo­to ce qui n’est pas for­cé­ment le cas chez KTM par exemple. Je suis beau­coup avec Sam Sun­der­land (nl­dr : le vain­queur du Da­kar 2018 sur KTM est en couple avec sa pe­tite soeur Flo­rence), il a beau­coup moins de pos­si­bi­li­tés de dé­ve­lop­pe­ment. KTM fait une mo­to qui marche et tu uti­lises cette mo­to. De mon cô­té, j’ai mon mot à dire sur plein de choses. Il y a du pour et du contre vu que je peux avoir la mo­to dont j’ai en­vie, mais à l’in­verse quand je me blesse, comme cette an­née, ça avance un peu moins vite. »

Penses-tu avoir la meilleure mo­to pour le ral­lye ?

« Je rec­ti­fie ta ques­tion en te ré­pon­dant que oui pour le Pé­rou, je pense avoir la meilleure mo­to. »

Ne crains-tu pas que si Ya­ma­ha ne gagne pas ra­pi­de­ment le Da­kar, ils prennent la même dé­ci­sion qu’en en­du­ro, c’est-à-dire ar­rê­ter les frais ?

« Je n’ai pas cette crainte-là et pour tout te dire, on est en train de fi­na­li­ser un contrat pour plu­sieurs an­nées. Ils veulent m’ame­ner à mon ob­jec­tif. J’ai eu la pos­si­bi­li­té de par­tir plu­sieurs fois et je suis res­té parce que ga­gner sur Ya­ma­ha est un beau chal­lenge. J’ai dé­ci­dé de leur faire confiance et ils me font confiance aus­si. »

Ce n’est donc pas l’as­pect fi­nan­cier qui guide tes choix ?

« Tout à fait ! Ce n’est pas un se­cret, KTM et Hon­da cherchent un bon pi­lote. On n’est pas très nom­breux à avoir mon­tré des choses as­sez jeune en ral­lye. C’est vrai que chez Ya­ma­ha, ce n’est pas l’as­pect fi­nan­cier le plus im­por­tant. Ils ont fait des ef­forts pour que je me sente bien et donc je suis re­con­nais­sant. Ce sont des gens avec qui l’on a de vraies dis­cus­sions. Je peux prendre mon té­lé­phone et ap­pe­ler Éric de Seynes à n’im­porte quel mo­ment de la jour­née et ça, c’est une va­leur sup­plé­men­taire sur mon contrat. »

Ac­tuel­le­ment, tu prends plus de plai­sir au gui­don de ta mo­to de ral­lye ou de sable?

« Ça dé­pend dans quelles condi­tions. Par­fois je me dis que c’est top la mo­to de sable quand je roule avec, je n’ai en­vie de faire que ça. Et quand je re­tourne sur ma mo­to de ral­lye, je vais me faire une spé­ciale d’en­traî­ne­ment avec un bon grip, de l’angle, de la vi­tesse et c’est vrai­ment ça que j’aime. Même si je me suis cra­shé avec de la vi­tesse, j’aime al­ler vite. Pour ré­pondre, j’ai beau­coup de chance d’ai­mer et de maî­tri­ser les deux donc pour­vu que ça dure. C’est ce que j’ap­pré­cie chez Ya­ma­ha. On ne me prive de rien. »

Es-tu prêt à sa­cri­fier ta vie pri­vée pour at­teindre tes ob­jec­tifs ?

« Je n’ai pas cette sen­sa­tion. Je fais des sa­cri­fices, mais je ne pense pas sa­cri­fier ma vie pri­vée. J’ai ar­ti­cu­lé ma vie au­tour de ça grâce à une fa­mille et des amis qui sont com­pré­hen­sifs et qui par­tagent ma pas­sion. On pré­fère faire du tri­ath­lon, de la mo­to ou al­ler cou­rir sous la pluie dans les dunes plu­tôt que d’al­ler faire la fête. Je suis très épa­noui dans ma vie et je fais les sa­cri­fices né­ces­saires pour y ar­ri­ver. Et si je ren­contre

une fille qui me de­mande de sor­tir au ci­né­ma et bien je lui di­rai oui, mais après l’en­traî­ne­ment. » (rire !)

Qu’est-ce qui t’at­tire au­tant dans le ral­lye?

« La vi­tesse, l’aven­ture et sur­tout que ce soit com­pli­qué, c’est-à-dire maî­tri­ser au­tant d’élé­ment pour ga­gner. Il faut tou­jours se re­mettre en ques­tion, al­ler cher­cher des pa­ra­mètres psy­cho­lo­giques et ré­pondre à des pro­blé­ma­tiques de na­vi­ga­tion ou de stra­té­gie. Tu dois par­fois t’adap­ter à des si­tua­tions dif­fi­ciles quand tu as trop chaud ou trop froid, quand tu as une sen­sa­tion de soif. Je suis un peu un aven­tu­rier mo­derne. J’aime le confort mais j’aime aus­si l’aven­ture. Si je dois al­ler faire un trail, je ne suis pas plus heu­reux quand il fait su­per beau avec

« L’ob­jec­tif prin­ci­pal est d’être à 100 % sur ce Da­kar… »

une belle vue que quand il pleut ou il neige. Je vais cher­cher le plai­sir dans la dif­fi­cul­té et dans cette sen­sa­tion d’aven­ture. »

À l’in­verse, c’est une dis­ci­pline qui te fait peur ?

« Ce sont les dé­ci­sions que prennent par­fois les gens qui nous gèrent, la fé­dé­ra­tion ou les or­ga­ni­sa­teurs. C’est cette in­com­pé­tence de cer­taines per­sonnes qui im­posent des règles avec un manque de dis­cer­ne­ment et de réa­li­té. À un mo­ment, il faut prendre des dé­ci­sions pour faire avan­cer notre sport et ils ne sont pas tou­jours ca­pables de le faire comme il faut. »

Faire bou­ger les choses car le ral­lye est de­ve­nu trop dan­ge­reux avec les ré­cents évé­ne­ments que l’on connaît ?

« Oui, le risque aug­mente car on s’en­traîne énor­mé­ment pour être bon et ne plus se perdre, mais cer­taines dé­ci­sions nous font faire de la Ba­ja ou du mo­to­cross dans le dé­sert. C’est dû à l’in­com­pré­hen­sion des organisations qui font par­fois des road-books trop ris­qués. Je vais te don­ner un exemple. On nous fait em­prun­ter des rios de pierres, c’est vrai­ment dan­ge­reux. Ça peut faire par­tie du ral­lye, je ne dis pas le contraire, mais rou­ler là-de­dans 50 % du temps, c’est trop la rou­lette russe et moi je n’ac­cepte pas ça. Sur cer­tains rallyes, il se­rait temps de prendre conscience qu’on prend des risques et qu’on roule très vite, c’est du mo­to­cross pen­dant trois heures dé­sor­mais. »

Quelles se­raient les so­lu­tions pour in­ver­ser cette ten­dance?

« Il y a plu­sieurs op­tions. Par rap­port au tra­cé, Mes­sieurs les or­ga­ni­sa­teurs, ar­rê­tez de nous faire prendre des pistes que vous sa­vez per­ti­nem­ment dan­ge­reuses. Si l’on roule avec une marge de sé­cu­ri­té, on se fait dé­boî­ter par une di­zaine d’ad­ver­saires dont trois ou quatre qui prennent de gros risques en pas­sant entre les gouttes. Donc il faut ré­duire au maxi­mum les risques, faire en sorte que les ou­vreurs qui ont de l’ex­pé­rience passent au plus proche pos­sible avant nous. Pour­quoi ne pas ap­por­ter en plus une li­mi­ta­tion de vi­tesse dans les zones dan­ge­reuses comme un rio de cailloux. En­suite l’autre point, ce sont les road-books. Je suis pour les avoir le ma­tin juste avant la course. Cer­tains pi­lotes vont dire que c’est trop dan­ge­reux parce qu’on ne pour­ra pas co­lo­rier les dan­gers et les iden­ti­fier. Sauf que dans un road-book de 400 cases, tu ne re­tiens pas les dan­gers par coeur. Donc si l’on nous les four­nit co­lo­rés avec le bon code cou­leur réa­li­sé par un pi­lote qui a dé­jà fait du ral­lye, ça ne po­se­ra pas de pro­blème. On se­ra obli­gé d’étu­dier plus les dé­tails, de re­gar­der da­van­tage les notes, on se­ra en dé­cou­verte per­ma­nente et donc contraint de ra­len­tir le rythme si l’on ne veut pas se perdre, ce qui don­ne­ra un cô­té un peu plus “aven­ture” au ral­lye. Au­jourd’hui, on a des map­men, ils pré­parent le road-book en nous fai­sant cou­per la piste, évi­ter les dunes. Grâce à eux, on connaît qua­si­ment l’étape par coeur la veille. Il faut ar­rê­ter avec tout ça ! Il faut que ce soit ce­lui qui res­pecte le mieux le road­book qui gagne le ral­lye et non ce­lui qui a le meilleur tra­ceur qui lui in­dique les bons rac­cour­cis. Je ne dis pas que KTM et Hon­da gagnent grâce à ça, mais pour l’équi­té de tous, ça se­rait bien de faire ain­si. »

Comment fait-on pour res­ter concen­tré du­rant les quatre heures d’une spé­ciale. Conserves-tu une marge de sé­cu­ri­té?

« Pour rou­ler de­vant, oui, et ce n’est pas confor­table. Au­jourd’hui, je roule à 100 % même si me concer­nant, mon 100 % a une pe­tite marge. Mais du­rant quatre heures, il faut at­ta­quer beau­coup et réus­sir à gar­der cette concen­tra­tion. »

Il t’est dé­jà ar­ri­vé de rou­ler hors de ta zone de confort ?

(il ré­flé­chit) « Ça m’est ar­ri­vé plu­sieurs fois quand on est dans des en­droits dan­ge­reux comme un rio ou une piste de cailloux. Vo­lon­tai­re­ment, je roule moins vite, mais sur un Da­kar ou

« Le sable n’est plus ma prio­ri­té et je l’ac­cepte mais je re­viens pe­tit à pe­tit… »

lorsque j’ai en­vie de ga­gner, je sors de cette zone de confort. Cette an­née au Ma­roc, on a eu des marches énormes qui cassent les roues. Eh bien je suis sor­ti de ma zone de confort pour rou­ler à fond. Je serre les fesses, je me dis soit fort et que tout va bien se pas­ser. Mais si les or­ga­ni­sa­teurs veulent évi­ter les ac­ci­dents, alors on évite les zones mé­chantes. To­by Price, Sam Sun­der­land, Ke­vin Be­na­vides et moi-même nous nous sommes bles­sés dans un rio. Ma­thias Bel­li­no aus­si est tom­bé dans un rio même s’il n’avait pas beau­coup de vi­tesse. À un mo­ment, on n’est pas des pions qu’on en­voie au casse-pipe. J’adore le ral­lye, j’aime la vi­tesse et l’adré­na­line qui dé­coule de la prise de risque. Pour au­tant, il faut sa­voir ana­ly­ser in­tel­li­gem­ment notre dis­ci­pline pour la faire évo­luer dans le bon sens. »

Comment gères-tu la pres­sion avant le dé­part d’un Da­kar ou d’un Tou­quet ?

« C’est quelque chose que j’ai tra­vaillé. Ce que j’aime, c’est la course donc lorsque j’ai une boule au ventre, j’es­saie de chan­ger cette pres­sion né­ga­tive en pres­sion po­si­tive. La course m’a man­qué du­rant six mois et de­main quand j’au­rai la pres­sion avant une course, je me di­rai rap­pelle-toi à quel point ça t’a man­qué et que tu aimes ça. »

En par­lant de sable, tu as par­ti­ci­pé aux deux pre­mières épreuves du cham­pion­nat de France. Sur­pris par le ni­veau ?

« Je n’ai pas été sur­pris par les autres pi­lotes et c’est nor­mal car ils ne font que ça. Je me suis tou­jours bat­tu avec Mil­ko Po­ti­sek, Yen­tel Mar­tens ou Jef­frey De­wulf. Ce n’est pas nou­veau mais au­jourd’hui, ce qui m’em­pêche de ga­gner n’est pas mon ni­veau mais mon adap­ta­tion à cette dis­ci­pline qui est com­pli­quée. Ils ont été plus forts car ils ont pré­pa­ré ces courses plus que moi. On dit que le tra­vail paie et moi je n’ai pas tra­vaillé ça donc il faut que je l’ac­cepte, c’est nor­mal. Au­jourd’hui, je connais tous les in­gré­dients, mais je ne les ai pas en ma pos­ses­sion pour ga­gner dans le sable. »

Jus­te­ment, penses-tu avoir en­core tous les in­gré­dients pour ac­cro­cher un nou­veau Tou­quet à ton pal­ma­rès ?

« Oui, je les ai en­core tous… Mais tout dé­pen­dra de ma ca­pa­ci­té à les uti­li­ser comme il faut. Les clés, je les ai, mais elles ne doivent pas être trop rouillées afin d’en­trer dans les ser­rures. Le sable n’est plus ma prio­ri­té et je l’ac­cepte. Mais je re­viens pe­tit à pe­tit et si je peux les taxer, je vais le faire, c’est un gros chal­lenge. »

Est-ce que l’on ver­ra un jour Adrien Van Be­ve­ren sur une autre cou­leur de mo­to?

« Ques­tion dif­fi­cile… (il ré­flé­chit) Quand Ya­ma­ha dé­ci­de­ra de re­peindre toutes ses mo­tos en vert (rire !). C’est com­pli­qué

de ré­pondre sa­chant que je suis bien chez Ya­ma­ha. Ils m’ont fait confiance de­puis le dé­but et ça compte pour moi, plus que l’argent même s’ils savent faire les ef­forts fi­nan­ciers quand c’est né­ces­saire. »

Quelle re­la­tion en­tre­tiens-tu avec tes pa­rents par rap­port à ta car­rière?

« J’ai une fa­mille avec des pa­rents et une soeur très proches de moi. Je sais que le ral­lye leur fait da­van­tage peur par rap­port au sable, c’est un pa­ra­mètre qui n’est pas fa­cile à gérer. J’ai une re­la­tion avec mon père qui est moins proche qu’au­pa­ra­vant car je gran­dis, je m’af­firme et j’ai par­fois en­vie d’al­ler au bout de mes idées en me fai­sant confiance. Au­jourd’hui, il a un rôle moins im­por­tant dans le sui­vi. Nos re­la­tions sont moins fa­ciles car il a ses idées et j’ai les miennes. Je suis par­fois d’ac­cord avec lui et par­fois non, donc pour évi­ter de se dis­pu­ter, je me garde de lui de­man­der cer­taines choses, mais il est tou­jours là quand il le faut tout de même. Je suis peut-être en train de m’en­dur­cir et d’at­tra­per son ca­rac­tère, mais j’es­père que je ne se­rai pas aus­si dur que lui. Néan­moins, il est tou­jours là quand j’ai be­soin de lui. Ma mère me suit sur­tout, elle est par­fois là pour me ras­su­rer et me ré­con­for­ter. Je lui en suis très re­con­nais­sant. Ma pe­tite soeur Flo fait un peu le tam­pon entre mes pa­rents et moi. Elle me connaît par coeur. Avec un re­gard, elle com­prend ce dont j’ai be­soin. Elle est dé­gour­die, bos­seuse, cou­ra­geuse. Pour moi, c’est la per­sonne idéale sur les courses. Elle se pose par­fois des ques­tions comme sa­voir si elle va conti­nuer ou non, mais j’es­père qu’elle va le faire. En­fin il y a Sé­bas­tien Sa­got, il a un rôle très im­por­tant de coach et de conseiller, je suis su­per content de l’avoir. »

Tu évoques le fait de t’en­dur­cir. C’est un pas­sage obli­ga­toire pour ga­gner le Da­kar un jour ?

« Je ne sais pas. Je sens que je suis en train de m’en­dur­cir. Le Da­kar, c’est toute ma vie alors le perdre comme ça alors que je le te­nais à por­tée de main, ça a été très dif­fi­cile. J’étais anéanti et ça a été un long com­bat pour re­ve­nir. Re­trou­ver mon ni­veau, c’est comme une pe­tite vic­toire. Quand on dit ce qui ne te tue pas te rend plus fort, ça prend tout son sens ici. Avoir réus­si à sur­mon­ter tout ça a été une forme d’en­dur­cis­se­ment. Dé­sor­mais, je me fais confiance et j’ai à coeur d’em­me­ner mes idées au bout. »

Ta cote de po­pu­la­ri­té est très im­por­tante. Penses-tu être plus qu’un simple pi­lote de mo­to et no­tam­ment dans ta ré­gion ?

« La fibre Da­kar a tou­ché les gens dans le Nord. On reste des pi­lotes avant tout, on n’est pas des mé­ga stars et je n’en ai pas en­vie. Quand tu com­mences à plaire et à avoir de vrais fans, tu n’as pas en­vie de les dé­ce­voir. Mais éga­le­ment, quand tu com­mences à être ai­mé, tu es par­fois aus­si dé­tes­té et ça, je dois l’ac­cep­ter. Il faut que j’ap­prenne à ne pas écou­ter ces per­sonnes mais j’ai beau­coup de gens qui me sou­tiennent donc ça fait plai­sir. J’es­saie de res­ter nor­mal et je pense que ça plaît. »

Il y a une pers­pec­tive de car­rière en quatre roues après tout ça ?

« Oui, j’adore le pi­lo­tage et je suis plus ani­mé par la maî­trise de ce pa­ra­mètre que par tout le reste, que ce soit dans le sable, sur la terre, sur une piste de vi­tesse, avec un bug­gy ou avec une voi­ture de ral­lye. Donc c’est trop flou pour don­ner une ré­ponse, mais il y au­ra du quatre roues sur le bi­tume car ça me branche et j’ai quelques ap­ti­tudes. Je ver­rai en fonc­tion des op­por­tu­ni­tés parce que c’est com­pli­qué d’ob­te­nir un vo­lant. »

Tu te donnes com­bien d’an­nées avant de pas­ser à autre chose?

« Je me vois en­core rou­ler à mo­to jus­qu’à 70 ans et pro­fes­sion­nel­le­ment… (il ré­flé­chit) en­core du­rant cinq ans je pense si tout se passe bien et je peux pro­lon­ger si j’ai be­soin d’at­teindre d’autres ob­jec­tifs. »

Comment ai­me­rais-tu que les gens se sou­viennent de toi dans vingt ans ?

(il ré­flé­chit) « J’ai­me­rais dé­jà qu’ils se sou­viennent de moi comme de quel­qu’un de gen­til parce que j’es­saie d’être sym­pa avec les gens, même avec les casse-couilles. Je vou­drais qu’on se sou­vienne de moi comme d’un pi­lote qui a été ca­pable de cas­ser les règles. Je n’ai pas été une star du mo­to­cross par contre, j’ai fait un par­cours plu­tôt ré­gio­nal avec Le Tou­quet au dé­but. J’ai su faire les bons choix au bon mo­ment. J’ai­me­rais qu’on se sou­vienne de moi comme d’un pi­lote qui a su ga­gner dans des dis­ci­plines dif­fé­rentes. Comme ce­lui qui a ga­gné Le Tou­quet trois fois d’af­fi­lée. Il reste tout à faire pour le Da­kar. »

Du Tou­quet aux dunes du Pé­rou, tout ça reste une his­toire de sable, une tex­ture où Adrien se ré­gale et maî­trise à mer­veille.

Adrien en­tou­ré d’éric de Seynes, boss Ya­ma­ha Eu­rope, Xa­vier de Soul­trait, à droite, et Fran­co Cai­mi, les deux autres pi­lotes of­fi­ciels.

Le boss du team Ya­ma­ha Ral­lye est éga­le­ment un pur pas­sion­né et l’es­prit de fa­mille règne. Au fond, Guillaume Da­vion le chef mé­ca­ni­cien.

DNF, pro­blème mé­ca­nique… Les pre­mières courses de sable de pré­pa­ra­tion pour l’en­du­ro­pale ne se sont pas aus­si bien dé­rou­lées que la sai­son der­nière. Mais Adrien compte re­dres­ser la barre.

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