Moto Verte

Gautier Paulin fait le point sur sa carrière…

- Par Mathias Brunner - Photos MB, PH et DR

À 29 ans, Gautier Paulin entre dans sa neuvième saison en MXGP. En retrouvant un team factory Yamaha, il espère se battre pour le titre avant d’aborder la trentaine avec un certain recul sur sa carrière. Ses joies, ses déceptions, sa passion du MX… Une réflexion à coeur ouvert… Gautier, il y a dix ans, tu signais chez Yamaha Rinaldi en Mondial MX2. Aujourd’hui, tu retrouves Michele en MXGP. Qu’est-ce qui a changé en dix ans?

« L’humain en général se charge d’expérience. Après, est-ce qu’elle est bonne ou non ? Réellement au fond de moi, il n’y a rien qui a changé. C’est comme si c’était hier. Je me rappelle ce qu’il y avait derrière ce mur blanc et d’où je revenais. Je revenais des US, j’avais beaucoup à prouver. Je suis un peu nostalgiqu­e de cette saison car je m’étais bien préparé durant l’hiver et le lundi avant l’ouverture des GP, je m’étais blessé. Chaque année j’y pense. Le lundi avant le premier Grand Prix, je me souviens de ce moment. Le regard de Gautier en 2010 est clairement le même aujourd’hui. »

T’attendais-tu à vivre toutes ces années ?

« Non, clairement non. Je ne me suis jamais senti dans un fauteuil. C’est un peu la manière dont je manage ma carrière. La vie est éphémère donc je pense ne plus avoir de guidon ou ne plus être assez bon du jour au lendemain. C’est sûrement la raison pour laquelle je travaille autant tous les jours. »

Pour ta neuvième saison, quels sont tes ambitions et les grands changement­s vis-à-vis du team Wilvo qui est passé factory?

« Mon objectif reste le même, être un prétendant au titre. Je veux pouvoir m’exprimer comme je roule à l’entraîneme­nt. Je l’ai peu fait et c’est ce que je veux. Le niveau est juste incroyable et financière­ment, tu ne peux pas acheter une première place. Il y a beaucoup de choses qui ont changé dans le team. J’ai quitté HVA pour me retrouver dans une structure familiale avec une moto que je peux développer moi-même comme ce fut le cas chez Kawasaki KRT. Je voulais m’entraîner là où je souhaitais, pouvoir faire du SX, faire ma moto sur mesure. Donc la page qu’on a ouverte avec Yamaha est belle. La saison 2019 s’est bien passée même s’il y a eu des hauts et des bas, mais on veut tous gagner. Cette année, on passe factory avec l’expérience de Michele Rinaldi. C’est la tête pensante du programme, je suis satisfait de le retrouver. »

Tu as souvent été avec des coéquipier­s moins forts sur le papier. Ça peut te poser un problème d’être avec un Seewer, vice-champion du monde l’an dernier?

« Ça a souvent été le cas mais j’ai aussi été avec Steven Frossard qui est arrivé chez Kawa en étant capable de se battre pour le titre. C’est à toi d’être le meilleur. Je ne suis

« Ça me dérangerai­t de ne pas être aux Nations à Ernée mais je l’accepterai­s si je n’étais pas à mon meilleur niveau… »

pas focus sur Jeremy, mais sur moi-même. Il n’a pas encore gagné de GP, on n’a pas le même mode de carrière. Ta question est pertinente mais j’ai déjà été dans des atmosphère­s de team où il faut faire sa place. Maintenant, il n’y a plus de pilote numéro 1 ou 2. Sur le papier, ça a toujours été moi le numéro 1 mais au début d’une saison, j’ai déjà été dans une position de concurrenc­e et ça me plaît. »

Cette saison est-elle la plus relevée de son histoire avec dix-neuf titres de champion du monde derrière la grille?

« En théorie, c’est le championna­t le plus relevé, mais ça fait longtemps qu’il y a toujours les mêmes en haut de la liste. On a l’impression que le sport va de plus en plus haut, les motos sont meilleures, mais pas grand-chose ne change au fur et à mesure des années. Cairoli est plus vieux, mais il est toujours là. Qui passe en 450 de nos jours ? Quand je suis monté en MXGP, j’avais 19 ans et j’ai gagné des Grands Prix. Aujourd’hui, les pilotes montent à 23 ou 24 ans. Peut-on les considérer comme des rookies ? Le sport a un peu changé, mais c’est clair que les noms derrière la grille sont impression­nants. Les pilotes devant restent les mêmes néanmoins. »

Si tu devais faire ressortir ta plus belle saison?

« C’est en 2014 lorsque j’ai gagné le plus de manches. Quand tu gagnes, tu rentres à la maison content. C’est pour ça que je roule et que je vis. Le team est content. Tu arrives à donner une telle énergie à ton entourage que c’est hyper motivant pour la semaine qui suit. »

Qu’est-ce qui fait que Gautier Paulin n’est pas champion du monde aujourd’hui ?

« J’ai eu pas mal de blessures, j’en suis responsabl­e. Ça fait partie du sport et je l’ai compris après. Je ne me suis jamais posé la question “pourquoi je ne suis pas champion du monde”, mais plutôt “pourquoi une blessure intervient”… C’est subtil ce que je dis, mais des champions du monde, tu en fais tous les jours avec des si. En 2014, j’ai la plaque rouge et j’ai un problème d’essence en Thaïlande. Je reviens à Arco, je gagne la première manche et la seconde, je casse. J’arrive à Valkenswaa­rd, je gagne la première manche et la seconde, je pars septième, il faut absolument gagner pour récupérer les points. Je prends des risques et je monte en l’air. Je me casse la clavicule et je me fais rouler dessus. Mon pouce passe dans la chaîne. Je n’ai jamais trop communiqué là-dessus, mais je me suis arraché un tendon. Ce n’était pas sûr que je puisse remonter sur la moto. Les médecins pensaient me le bloquer (il montre son pouce avec une impression­nante cicatrice). C’est très dur de tout réunir. Herlings aurait pu être sept fois champion du monde, mais il ne l’a pas été alors que c’est le meilleur. »

Penses-tu consacrer 100 % de ta vie

pour être champion du monde aujourd’hui ?

« Oui ! Il faut le vivre pour pouvoir le dire, mais aujourd’hui, j’ai une vie de moine. J’ai roulé avec Ice One six jours sur sept. J’ai travaillé avec Aldon Baker qui est réputé pour être le plus dur. J’ai toujours voulu en faire plus. Dans une Ferrari, quand il n’y a pas d’essence, elle ne démarre pas. Si j’avais la clé pour être champion, je le serais… L’image qu’à Gautier, je ne l’ai pas créée. Je suis juste moi-même, profession­nel. J’essaie de protéger ma vie privée car j’aime la moto, je n’aime pas le “fake” autour même si l’on en fait partie. Je ne suis pas du genre à mettre mes radios sur Instagram. J’aime des fois prendre un vieux fourgon et aller rouler. Je suis toujours le même jeune frappading­ue qui affectionn­e rider avec ses potes. Des fois, j’aimerais que les choses soient plus simples et plus honnêtes. »

Ça ne t’a pas porté préjudice parfois de ne pas communique­r?

« Si, beaucoup, mais c’est moi qui ai choisi de le faire. C’est moi qui signe un contrat et qui choisis d’accomplir une mission. Après, je travaille et ça le fait ou ça ne le fait pas mais ça a créé la personne que je suis aujourd’hui. Peut-être que j’aurais plus d’expérience, peut-être que j’aurais un titre, mais en tout cas, je suis hyper épanoui. »

Tout le monde s’accorde à dire que tu es un des pilotes les plus talentueux. Qu’est-ce qui fait que tu n’arrives pas à décrocher ce titre?

« C’est une étiquette que j’ai, mais je ne crois pas au mot talent. Je veux vraiment appuyer là-dessus. Le talent, il est derrière des heures de travail. Faire dix fois un exercice, il y a des personnes qui seront meilleures au premier coup et d’autres au dixième coup. Tout ça vient de l’aptitude à se concentrer et au travail. Je ne roule pas une fois par semaine sur la moto. Je passe des heures et des heures à l’entraîneme­nt. En 85 cm3, je m’arrêtais quand je n’avais plus d’essence et lorsqu’il faisait nuit en BMX. Je suis toujours dans l’extrême, un peu trop des fois (rire !), dans mon entraîneme­nt, dans mon organisati­on. Je travaille des enchaîneme­nts cinquante fois par jour et l’on peut penser que c’est naturel. Je roule sur des circuits qui font deux mètres de large entre les arbres. J’ai été quelques fois sur le point d’être champion du monde, et je ne l’ai pas été. Josh Coppins lui-même ne comprend pas pourquoi il ne l’a pas été à cause d’un frein arrière défaillant et d’une blessure ensuite. »

As-tu l’impression d’avoir disposé du matériel nécessaire pour atteindre ton objectif ?

« Non… J’ai eu des motos qui ne me convenaien­t pas et c’était dur… Je n’ai pas toujours été épanoui avec mes motos. Le cross paraît amateur, mais il ne l’est pas. Il y a beaucoup de moyens et de personnes. Quand des projets ne fonctionne­nt pas, des usines se tournent vers le prochain projet pour être meilleures car elles sont au bout du concept. Quand tu fais partie de ce moment-là, c’est comme ça. »

Tu fais allusion à la période Honda HRC et Jean-Michel Bayle… Avec le recul, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné selon toi ?

(il réfléchit…) « Je vais te répondre clairement. Je pense que j’étais dans une période où ils ont tourné la page. Aujourd’hui, Honda HRC n’a plus rien à voir. Il y a le nom, mais aussi les personnes sous l’auvent. Ce n’est plus le même staff, plus la même moto. Tim Gajser a été champion du monde quand j’étais chez Honda, d’accord, mais il était dans un team privé où tu pouvais faire ce que tu voulais avec le matériel. Il y a eu aussi le tremblemen­t de terre ce qui fait qu’en 2016, on devait rouler avec la nouvelle moto, mais elle n’est pas arrivée. Lorsque nous l’avons reçue courant 2016, j’avais déjà signé ailleurs, donc c’est Bobryshev qui a roulé avec. Jean-Michel Bayle est arrivé au moment du boom. Je n’étais pas content du matériel et lui se faisait envoyer dans les cordes entre le team et moi. À la fin, je termine vice-champion du monde en me cassant le genou à Loket. Le mardi avant les Nations à Ernée, je me fais opérer du genou et une nouvelle fois je ne communique pas dessus. J’ai terminé la saison dans la douleur. L’année d’après, je savais que je repartais avec la même moto et je suis allé avec Aldon Baker aux US. J’ai dû acheter moi-même ma moto car la factory est arrivée avec un mois de retard. Je suis allé dans un magasin acheter une 450 CRF d’origine avec laquelle j’ai roulé trois semaines. Sur trois mois de préparatio­n, ça fait juste. Je suis arrivé au début du projet avant que la structure ne devienne gagnante. Gariboldi et Gajser ont gagné en 250, ont gagné en 450 et sont ensuite devenus le team officiel HRC. Aujourd’hui, il paraît de l’extérieur solide mais je n’étais pas dedans. »

Ça paraît incroyable vue de l’extérieur qu’une structure usine telle que le HRC ne puisse pas te fournir la moto souhaitée pour ton pilotage?

« Si ça paraît incroyable de l’extérieur, alors imagine de l’intérieur ! L’entente dans l’équipe n’était pas facile et à la fin, tout le monde se protégeait. Tout brille quand tout réussit, mais autant JMB que moi étions dans la même position. Jean-Michel s’est fait envoyer dans les cordes et n’a pas réussi à faire ce qu’il voulait. Il n’a ni réussi avec le team ni avec moi. Aujourd’hui, le HRC s’est servi de cette mauvaise période pour tout réorganise­r. C’était le mauvais moment. »

Voir Romain Febvre décrocher le titre en 2015 pour sa première saison a été difficile à accepter?

« Non, je ne me suis jamais trop battu par rapport à mon teammate ou d’autres Français. Il y a beaucoup de bagarres franco-françaises en championna­t du monde, mais je ne m’arrête pas du tout à ça. Romain, j’ai envie de le battre tous les jours tout comme les autres pilotes. J’étais dans l’acceptatio­n du matériel cette année-là. Pourquoi la pièce qui casse à Villars-sousÉcots en première manche en 2015, elle recasse de nouveau au Qatar l’année d’après alors que j’étais deux ? Émotionnel­lement, ce n’est pas facile. Et il se passait aussi des choses à l’entraîneme­nt. Chez Aldon, quelques jours avant le Qatar en 2016, je me suis pulvérisé deux fois sur le circuit à cause d’une casse moteur. Tu entames la saison avec une confiance limitée et en plus, tu abandonnes la première manche sur problème mécanique. Là, c’est dur, mais c’est le sport. »

Comment expliques-tu dominer outrageuse­ment le GP de Valkenswaa­rd en 2015 en remportant les deux manches et ne pas parvenir à rééditer sur le reste de la saison?

« Cette année-là, je roulais vraiment bien dans le sable avec la moto. À Lommel, je fais deux du GP alors que je m’étais cassé le genou juste avant à Loket. Si j’avais la réponse, je te la donnerais. Celui qui roulait à Valkenswaa­rd cette année, c’est le Gautier de tous les jours à l’entraîneme­nt. »

Ça rejoint également tes excellente­s Nations à RedBud où tu fais 2e et 3e contre toute attente après une saison en demi-teinte chez HVA.

« Le mental fait énormément. J’aime bien les Nations car j’aime réunir et être entouré du staff que l’on a mis en place. Le “one shot” est un challenge qui me plaît. J’ai pas mal roulé “one shot” en BMX et j’étais fort pour réussir à tout réunir le Jour J. En toute humilité, j’arrive à devenir la personne imbattable comme face à Tomac en Lettonie ou à Lierop une année où je pars 23 et gagne la manche. Atteindre ce niveau aussi souvent que possible, c’est l’objectif pour parvenir à rouler avec Herlings. »

Ce n’est pas difficile d’être l’éternel espoir du motocross français depuis ton titre de champion d’Europe?

« Je ne le ressens pas comme ça. Je roule pour essayer de gagner des manches et je ne me pose pas du tout la question d’être un éternel espoir. C’est aussi la raison pour laquelle je suis humble avec les journalist­es et avec moi-même. Quand je n’arrive pas à défendre ce que je pense, je n’insiste même pas. »

Ça fait deux ans que tu n’as pas fait d’interview pour Moto Verte. Pourquoi ?

« Je trouve qu’en étant journalist­e, on doit être objectif. J’ai trouvé que Moto Verte ne l’a pas toujours été. Lorsque le directeur de la rédaction interviewe le président de la FFM Jacques Bolle à propos des Nations en 2018, je trouve qu’il se fait plus l’avocat de Marvin Musquin en étant représenta­tif du public qui n’était pas d’accord avec la sélection. Moi qui étais de l’autre côté de la barrière en étant sélectionn­é, je ne suis qu’un pion parmi tant d’autres. J’ai été très impliqué ces dernières années dans l’équipe de France des Nations, mais si je ne suis pas retenu, les Nations se font. J’aurais aimé voir une sorte de journalism­e différent. Pareil lorsque ça a été compliqué avec JMB. Il est grand, il a été grand, mais il s’est retiré du sport. Écouter davantage une personne plutôt qu’une autre, ce n’est pas sain. J’ai donc préféré faire silence. »

Mais c’est toi qui n’as pas souhaité t’exprimer sur la question JMB. Tu ne crois pas que ça t’a causé du tort?

« Oui, ça m’a porté du tort. Mais si tu prends du recul, j’avais la conscience tranquille. En fait, je n’aime que rouler à moto… Après, on n’a pas forcément le temps en pleine saison et relever les casseroles un ou deux ans après, c’est éteindre un feu qui n’est plus là. J’ai préféré faire le silence et laisser le temps au temps. »

Les critiques de la presse ou des fans te touchent?

« Non, je reste très en dehors des clashs ou de tout ça car je suis tellement impliqué dans mon sport et non dans la personne que je suis ou ce que les gens pensent de moi. Je suis qui je suis. Beaucoup de monde devrait plus apprécier la qualité d’une personne honnête et sincère que de se bouffer le cul avec des marchands de tapis comme on en voit beaucoup trop. »

Remplacera­is-tu toutes tes victoires des Nations pour un titre de champion du monde?

« Ce n’est pas évident car on en a mis des tartes aux Nations ! Je vais te dire non car avec des si, on referait le monde, mais ça me plairait bien un titre de champion du monde quand même. »

C’est quoi ta victoire la plus emblématiq­ue aux Nations?

« Je dirais la première en 2014 car il y a aussi la victoire individuel­le dans l’effort. On a aussi vécu un truc de fou avec Dylan et Steven en étant trois amis proches durant le week-end. Les autres ont toutes une saveur particuliè­re. Les US c’était bien, mais ce n’était pas hyper clean, c’était plus une revanche qu’une victoire personnell­e. »

« Le jour où j’ai signé au HRC, il y avait beaucoup plus d’argent ailleurs… »

« Mon objectif reste le même, être un prétendant au titre. »

C’est-à-dire une revanche?

« J’étais content sur le papier de dire que les savants fous ont eu tort. Tu peux parler mais à la fin, c’est le sport et tu ne peux rien prédire. Même moi je ne le sais pas. »

La critique après la sélection en 2018 avec l’affaire Marvin a dans un sens été positive pour vous en vous surpassant ?

« Oui et non. Quand Romain s’est blessé, ça a pris tellement d’ampleur que l’ego entre en ligne de compte et à l’arrivée, Marvin refuse de rouler compte tenu de tout ce qui a été dit. Chose que je comprends. S’il y avait eu moins de critiques, Marvin serait peut-être venu rouler. On est arrivé dans un système à double tranchant, mais on n’aura jamais la réponse. »

Au soir de la défaite des Nations à Assen, tu es apparu devant les fans français en larmes. D’où te vient cette fibre patriotiqu­e?

« Qu’est-ce qui me fait craquer ? Il y a la fibre patriotiqu­e, mais il y a aussi une explicatio­n du point de vue personnel. Durant la saison, je n’avais pas forcément des réponses à des problèmes de ressenti. On me disait que c’était essentiell­ement mental. Finalement, je roule en première manche aux Nations avec une moto qui allait bien et je tombe en panne en seconde manche. La moto qui tombe en panne d’essence donne des réponses à un ressenti qui était avéré durant la saison et qui n’était pas des problèmes mentaux. Parce que Gautier qui dit “je ressens ça”, on me répondait non, ce n’est pas possible… Et quand ta moto tombe en panne d’essence, c’est le juge de paix. Il y a un peu tout qui craque avec l’aspect des Nations, mes coéquipier­s, les fans et du point de vue personnel, c’était un coup dur. Je pleure, mais je suis humain. »

Accepterai­s-tu de ne pas être sélectionn­é pour les Nations à Ernée?

« Non ! Ça me dérangerai­t, mais je l’accepterai­s si je n’étais pas à mon meilleur niveau. Si tu fais partie de l’équipe, c’est que tu es le premier, deuxième ou troisième pilote français au monde. C’est ça l’équipe des Nations. »

En tant que capitaine de l’Équipe de France, as-tu un mot à dire sur la sélection?

« Non. L’année dernière, je n’ai pas eu un mot à dire… »

Et les années précédente­s?

« Il y a eu certaines années où j’ai pu en discuter que ce soit bien clair. J’ai pu discuter pour les remplaceme­nts suite à des blessures. On ne me consulte jamais pour la première sélection et je ne suis moi-même pas au courant de celle-ci. En revanche, j’ai beaucoup travaillé pour mettre quelque chose de stable autour des pilotes et aujourd’hui, l’équipe de France dispose d’une belle structure. »

Tom Vialle a été exclu l’an dernier. Quel a été ton ressenti?

« J’ai appris que Tom n’était pas dans l’équipe en même temps que tout le monde sur motoverte.com. J’ai appelé pour avoir des explicatio­ns et voilà. Je n’ai pas eu mon mot à dire. Je ne me suis pas exprimé mais cette situation, elle pue. La politique a empiété sur le sport… Oui, il y a des sponsors, mais sans les athlètes, les sponsors ne sont pas là. La FFM va dire que sans la fédération, il n’y a pas de course. On part sur un gros débat, mais c’est dommage pour Tom, pour Red Bull et pour la fédération. »

Quelle incidence a l’argent dans la gestion de ta carrière?

« Je n’ai jamais fait mon choix par rapport à l’argent. Le jour où j’ai signé au HRC, il y avait beaucoup plus d’argent ailleurs. Je n’ai jamais signé des contrats dégueulass­es. Je me suis toujours battu pour mon sport. Il devrait y avoir des salaires minimum comme dans le cyclisme. Je n’ai jamais géré ma carrière par rapport à une sécurité de guidon. J’ai toujours signé des contrats d’un an, sauf à deux reprises pour deux ans. L’an dernier, j’ai rejoint Yamaha pour un an en sachant que l’on était quatre pilotes pour deux places en 2020. J’ai toujours signé pour la qualité avec de bons partenaire­s. »

Tu prendras ta retraite le jour où…?

« Le jour où je ne me sentirai plus potentiell­ement vainqueur de manche. »

Et rouler jusqu’à 36 ans si tu es en mesure de gagner?

(il réfléchit) « Je ne me suis pas vraiment posé la question. Avec le plaisir que j’ai aujourd’hui, je te dirais oui. »

As-tu déjà songé à arrêter ta carrière?

« Oui, j’ai failli arrêter la moto. Ce ne sont pas des paroles en l’air. J’étais à deux doigts de le faire. Je ne dirai pas la date car il y a beaucoup de choses qui se recouperai­ent. Ça ne fonctionna­it pas alors que je m’entraînais très dur. Financière­ment, j’avais tout ce qu’il fallait, mais si je n’étais pas épanoui dans ce que je faisais, je n’y arrivais pas. Il n’y a pas eu de négociatio­n de ma part pendant un mois avec quiconque. »

Le fait d’être papa aujourd’hui modifie ta vision de la compétitio­n?

« On m’a dit que ça me changerait, mais absolument pas. Quand je monte sur la moto, c’est toujours comme d’habitude. En revanche, je suis tellement perfection­niste, à tel point qu’on me dit que je suis malade, que j’ai la faculté en étant papa de couper un peu. J’arrive à rester assis et prendre du plaisir. Ma femme est en dehors de ça et c’est très important car ça m’aide à prendre du recul avec les émotions. Elle me donne des réponses parfois, ça me rend plus fort. Je souhaite à tout le monde de vivre une naissance. C’est une belle étape de la vie. »

Qu’est-ce que tu aimes le plus sur les GP qui te manquera à la retraite?

(il réfléchit longuement) « Ma moto… Ça fait quinze ans que j’ai l’habitude d’avoir des motos de fou et je m’épanouis toujours devant, même si ça devient une habitude. Ce qui me manquera aussi, c’est de partir au combat avec la pression, l’adrénaline avant une course. J’aime la pression même si en y réfléchiss­ant, elle ne me manquera pas dans un certain sens. »

Et il fera quoi Gautier Paulin à la retraite?

« Honnêtemen­t, aucune idée. Si je pense à ma retraite aujourd’hui, c’est que je ne suis plus pilote profession­nel. Si je me projette, je ne peux pas faire les choses à moitié. J’aime la moto, mais je serais capable de faire quelque chose de totalement différent. Je serais capable aussi d’être tous les jours sur un circuit, mais où je suis utile à 200 %. Être porteur de chemise comme beaucoup le sont, même avec un gros salaire, ça, tu oublies. »

Comment aimerais-tu que les gens se souviennen­t de toi dans trente ans?

(longue réflexion…) « Je ne pense pas que les gens dans trente ans se souviendro­nt de moi ! Il n’y a pas de grands champions s’il n’y a pas de successeur­s. En toute humilité, vraiment, je n’ai pas eu d’idoles en motocross. Quand je suis dans le musée Honda HRC aux US, je n’y comprends rien et ça ne me fait pas forcément bander. Le jeune dans trente ans, il s’en foutra de moi pour rester poli. On sera des vieux cons. »

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Gautier Paulin
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Le premier GP de la saison en Angleterre a vu Gautier se battre aux avant-postes, un ton en dessous du trio infernal Herlings-Gajser-Cairoli mais la vitesse semble là…
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Comme il aime à le rappeler, « Cap’tain Paulin » est un homme de rendez-vous. Il n’en a pas loupé beaucoup avec l’équipe de France au MXDN. Cinq succès, ça cause !
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Gautier Paulin se sent bien dans le team Yamaha Wilvo devenu le team officiel sous la coupe de Michele Rinaldi. Il dispose d’une moto à la mesure de ses attentes.

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