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Moyen-Orient - - SOMMAIRE - J.-L. Ra­cine

My­riam Abab­sa (Jor­da­nie), Fa­brice Ba­lanche (Sy­rie), Claire Beau­grand (Ko­weït), Jean-paul Bur­dy (Bah­reïn, Oman), De­nis Char­bit (Is­raël), Oli­vier Da Lage (Qa­tar), Ho­sham Da­wod (Irak), Fa­ti­ha Da­zi-hé­ni (Ara­bie saou­dite), Ni­co­las Dot-pouillard (Ter­ri­toires

pa­les­ti­niens), Guillaume Fourmont (Mau­ri­ta­nie), Saïd Had­dad (Li­bye, Tu­ni­sie), Jean Mar­cou (Tur­quie), Da­niel Meier (Li­ban), Ali Most­fa (Ma­roc), Ma­rine Poi­rier (Yé­men), Jean-luc Ra­cine (Af­gha­nis­tan), Thomas Serres

(Al­gé­rie), Clé­ment Steuer (Égypte), Frank Té­tart (Émi­rats arabes unis), Clé­ment Therme (Iran)

Au pou­voir de­puis 2014, le pré­sident Ash­raf Gha­ni reste à la tête d’un pays où l’in­sé­cu­ri­té pré­vaut tou­jours. Un rap­port of­fi­ciel amé­ri­cain es­ti­mait en mai 2018 que 65 % des 35,53 mil­lions d’af­ghans (2017) vivent « sous le contrôle ou l’in­fluence » du gou­ver­ne­ment, 12 % sous ce­lui des in­sur­gés et 23 % dans des « zones contes­tées ». À la de­mande de Ka­boul, ce do­cu­ment n’in­dique pas les pertes des forces af­ghanes (6 700 morts en 2016) : un mau­vais signe.

L’ONU a re­cen­sé 10 453 vic­times ci­viles en 2017, dont 3 438 dé­cès, chiffres com­pa­rables à ceux des an­nées pré­cé­dentes, mais le nombre de morts dans des at­ten­tats-sui­cides et à cause d’en­gins ex­plo­sifs est en hausse. Il n’y a plus de trêve hi­ver­nale. Jan­vier 2018 a été san­glant à Ka­boul : 20 po­li­ciers tués le 4 ; 40 morts à l’hôtel In­ter­con­ti­nen­tal le 20, 103 fau­chés par une fausse am­bu­lance bour­rée d’ex­plo­sifs le 27 ; 11 à l’aca­dé­mie mi­li­taire le 29… Kan­da­har, Ja­la­la­bad et les pro­vinces de Ghaz­ni, de Ta­khar, de Fa­rah, de l’hel­mand s’ajoutent à la liste, les cibles étant des sol­dats, des po­li­ciers, des membres D’ONG ou des chiites Ha­za­ras, hon­nis des af­fi­liés de l’or­ga­ni­sa­tion de l’état is­la­mique de la Wi­layat Kho­ra­san (EI-K), fi­liale lo­cale de Daech ap­pa­rue en 2015. Elle compte moins de com­bat­tants ex­fil­trés de Sy­rie que d’an­ciens ta­li­bans pa­kis­ta­nais chas­sés par l’ar­mée d’is­la­ma­bad des zones tri­bales. Si les di­ri­geants ta­li­bans af­ghans se sont dé­mar­qués du « ca­li­fat » de Daech et ont com­bat­tu les nou­veaux af­fi­liés, cer­tains d’entre eux ont aus­si chan­gé de camp.

• Un gou­ver­ne­ment po­li­ti­que­ment af­fai­bli, en at­tente d’élec­tions

En dé­pit des re­la­tions com­plexes entre Ash­raf Gha­ni et Ab­dul­lah Ab­dul­lah, son « chef de l’exé­cu­tif », le gou­ver­ne­ment af­ghan a te­nu bon, mais son af­fai­blis­se­ment est pa­tent, comme l’ont mon­tré les ten­sions entre le pré­sident et deux gou­ver­neurs de pro­vinces du nord, Balkh et Sa­man­gan. La lutte contre l’opium échoue : la pro­duc­tion, en hausse de 87 % en 2017, at­teint 9 000 tonnes. La perte de cré­di­bi­li­té tient à l’in­sé­cu­ri­té et au cli­mat de peur en­tre­te­nu par les at­ten­tats. Les élec­tions lé­gis­la­tives, pré­vues en 2015, ont été plu­sieurs fois re­pous­sées. La mise à jour des listes élec­to­rales a com­men­cé en avril 2018 ; de­puis, les bu­reaux d’en­re­gis­tre­ment sont la cible d’at­ten­tats. Les lé­gis­la­tives au­ront-elles lieu le 20 oc­tobre comme an­non­cé ? L’en­jeu est de taille, la pré­si­den­tielle étant at­ten­due en 2019.

De­puis la créa­tion en 2010 du Haut Con­seil pour la paix, l’hy­po­thèse d’une né­go­cia­tion avec les ta­li­bans est po­sée. La com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale a en­té­ri­né ce pro­ces­sus « conduit par les Af­ghans ». En 2015, au Pa­kis­tan, émis­saires de Ka­boul et dé­lé­gués ta­li­bans s’étaient ren­con­trés, sous l’égide des ser­vices pa­kis­ta­nais, avec ob­ser­va­teurs chi­nois et amé­ri­cains. Réunion pro­met­teuse mais vaine. Ni le groupe qua­dri­la­té­ral de co­or­di­na­tion (Pa­kis­tan, Af­gha­nis­tan, Chine, États-unis) éta­bli en 2016 ni les trois ini­tia­tives russes de 2016-2017 n’ont per­mis de ré­amor­cer le dia­logue in­ter­af­ghan. En fé­vrier 2018, Ash­raf Gha­ni a pro­po­sé aux ta­li­bans l’ou­ver­ture d’un bu­reau à Ka­boul, une né­go­cia­tion sur la Cons­ti­tu­tion, un ces­sez-le-feu. Mais ils n’y ont pas don­né suite.

• La po­li­tique bel­li­queuse de Do­nald Trump en Af­gha­nis­tan

Le pré­sident amé­ri­cain a por­té à 14 000 hommes la pré­sence mi­li­taire de son pays en Af­gha­nis­tan. In­ten­si­fiées, les frappes aé­riennes ont ac­cru le nombre de vic­times ci­viles en zones ru­rales, mais nul ne gagne cette guerre asy­mé­trique. La po­li­tique sud-asia­tique de Do­nald Trump, ex­po­sée en août 2017, a mis le Pa­kis­tan sous pres­sion, ré­dui­sant les fi­nan­ce­ments amé­ri­cains faute d’ac­tions claires contre tous les groupes ter­ro­ristes, et louant la po­li­tique in­dienne d’aide à l’af­gha­nis­tan. Les re­la­tions entre Ka­boul et Is­la­ma­bad sont res­tées ten­dues, mal­gré les vi­sites de haut ni­veau, cha­cun ac­cu­sant l’autre d’of­frir des sanc­tuaires à ses ta­li­bans, tan­dis que Wa­shing­ton consi­dère que Mos­cou et Té­hé­ran four­nissent des armes lé­gères aux ta­li­bans af­ghans afin de contrer L’EI-K.

Les po­li­tiques de connec­ti­vi­té ré­gio­nales mé­ritent aus­si l’at­ten­tion. Les pre­mières li­vrai­sons in­diennes de blé sont ar­ri­vées en Af­gha­nis­tan en no­vembre 2017 par le port ira­nien de Cha­ba­har. Le vieux pro­jet de ga­zo­duc TAPI (Turk­mé­nis­tan, Af­gha­nis­tan, Pa­kis­tan, Inde) a été re­lan­cé à Hé­rat en fé­vrier 2018. Mais si les ta­li­bans ont an­non­cé qu’ils pro­té­ge­raient la construc­tion, le fi­nan­ce­ment du pro­jet est loin d’être as­su­ré. La Chine ac­croît sa pré­sence, pour des rai­sons à la fois stra­té­giques (la crainte d’un dé­bor­de­ment ex­tré­miste vers le Xin­jiang), di­plo­ma­tiques (ini­tia­tive qua­dri­la­té­rale) et éco­no­miques (in­té­rêts mi­niers, pro­jet de cor­ri­dor fer­ro­viaire Chine-iran). Les ini­tia­tives éco­no­miques contri­buent-elles à la paix, ou la ques­tion sé­cu­ri­taire bloque-t-elle le dé­ve­lop­pe­ment ? Cer­taines avan­cées sont no­tables, mais le taux de crois­sance en 2017 de­meure à 2,5 %, com­pa­rable à la crois­sance dé­mo­gra­phique,

pour un PIB es­ti­mé à 21 mil­liards de dol­lars, l’es­pé­rance de vie moyenne étant de 52 ans. L’aide in­ter­na­tio­nale est plus que ja­mais né­ces­saire, mais la paix in­dis­pen­sable de­meure élu­sive.

De­puis les « prin­temps arabes » de 2011, l’al­gé­rie se trouve dans une po­si­tion pa­ra­doxale : d’un cô­té, ses di­ri­geants pré­sentent le pays comme un îlot de sta­bi­li­té dans le chaos moyen-orien­tal, de l’autre, la vie po­li­tique est en­tiè­re­ment condi­tion­née par la crainte d’une dé­gra­da­tion des équi­libres so­cio-éco­no­miques et ins­ti­tu­tion­nels. De ce point de vue, l’an­née écou­lée ne dé­roge pas à la règle, si ce n’est qu’elle rap­proche l’al­gé­rie de l’élec­tion pré­si­den­tielle de 2019, une échéance cru­ciale qui po­se­ra à nou­veau la ques­tion de la per­pé­tua­tion ad vi­tam du man­dat d’ab­de­la­ziz Bou­te­fli­ka, au pou­voir de­puis 1999.

• L’in­dus­trie pour sau­ver l’éco­no­mie

Les ré­serves de de­vises du pays ont fon­du, pas­sant de 192 mil­liards de dol­lars en juillet 2014 à 98 mil­liards en no­vembre 2017 et condui­sant le gou­ver­ne­ment à lan­cer un pro­gramme de re­struc­tu­ra­tion éco­no­mique dans des sec­teurs stra­té­giques iden­ti­fiés (in­dus­trie, agri­cul­ture, tou­risme, éner­gies re­nou­ve­lables, tech­no­lo­gies de com­mu­ni­ca­tion). Ob­jec­tif : ré­duire la dé­pen­dance aux hy­dro­car­bures et pré­ve­nir le gon­fle­ment de la dette ex­té­rieure. L’ac­cent a été mis sur le ren­for­ce­ment des ca­pa­ci­tés pro­duc­tives afin de di­mi­nuer la dé­pen­dance aux im­por­ta­tions. Tout au long de l’an­née 2017, ces ef­forts se sont heur­tés à un cer­tain nombre d’obs­tacles liés aux in­té­rêts di­ver­gents entre tra­vailleurs, hommes d’af­faires lo­caux, en­tre­prises étran­gères et gou­ver­ne­ment. La ques­tion sen­sible de la dé­li­vrance des li­cences d’im­por­ta­tion a ain­si don­né lieu à d’in­tenses luttes de pou­voir. Dans ce contexte, le Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI) a ac­cru la pres­sion sur les au­to­ri­tés al­gé­riennes en pu­bliant des prévisions de crois­sance en baisse (1,3 % en 2017, 0,8 % en 2018). En ré­ponse, la loi de fi­nances 2018 vise à ré­duire le déficit bud­gé­taire en aug­men­tant cer­taines taxes et cer­tains frais ad­mi­nis­tra­tifs et en bais­sant les sub­ven­tions pour les car­bu­rants et les ci­ga­rettes. Le Pre­mier mi­nistre, Ah­med Ouya­hia (de­puis août 2017), a pro­mis un contrôle strict des dé­penses pu­bliques. Le gou­ver­ne­ment s’est en­ga­gé à ré­for­mer le mar­ché du tra­vail et le sys­tème de re­traite mal­gré une contes­ta­tion so­ciale tou­jours vive, y com­pris de la part d’or­ganes connus pour leur sou­tien au pré­sident Bou­te­fli­ka, tels que le Par­ti so­cia­liste des tra­vailleurs (PST) et l’union gé­né­rale des tra­vailleurs al­gé­riens (UGTA). Afin de cal­mer le mé­con­ten­te­ment, l’exé­cu­tif s’ef­force de contrô­ler l’in­fla­tion et met l’ac­cent sur sa po­li­tique du lo­ge­ment. Les mou­ve­ments so­ciaux conti­nuent néan­moins de se suc­cé­der, ex­pri­mant une co­lère mul­ti­forme. Les syn­di­cats au­to­nomes sont tou­jours à l’avant­garde des dif­fé­rentes mo­bi­li­sa­tions, no­tam­ment dans le sec­teur de l’édu­ca­tion. À la fin du mois de mai 2018, le mou­ve­ment des mé­de­cins ré­si­dents pa­ra­ly­sait en­core de nom­breux hô­pi­taux. La mo­bi­li­sa­tion, qui avait dé­bu­té en oc­tobre 2017 pour pro­tes­ter contre l’obli­ga­tion de prendre des gardes

pen­dant la jour­née, s’est heur­tée à une ré­pres­sion bru­tale lors d’une ma­ni­fes­ta­tion au dé­but du mois de jan­vier 2018. Cer­tains conflits donnent aus­si nais­sance à des al­liances im­pro­bables : à Bé­jaïa, sur la côte, à en­vi­ron 220 ki­lo­mètres à l’est d’al­ger, le blo­cage de l’usine du géant de l’agroa­li­men­taire Ce­vi­tal, en sep­tembre 2017, a en­traî­né une mo­bi­li­sa­tion po­pu­laire au nom du « sou­tien aux tra­vailleurs et aux in­ves­tis­se­ments ».

• Un cin­quième man­dat pour Bou­te­fli­ka ?

Dans ce contexte ten­du, le pré­sident est mis en scène. Absent phy­si­que­ment des dé­bats pu­blics, il est pré­sen­té comme un ar­bitre qui cor­rige ou re­jette cer­tains pro­jets de loi, fi­gu­rant une forme d’au­to­ri­té dés­in­cor­po­rée. Ce­la ne règle nul­le­ment la ques­tion de l’ave­nir po­li­tique du pays à un an de la pro­chaine pré­si­den­tielle. L’in­sta­bi­li­té gou­ver­ne­men­tale a été à son comble en 2017. Après cinq an­nées de ser­vices, Ab­del­ma­lek Sel­lal a été re­mer­cié en mai. Son suc­ces­seur, Ab­del­mad­jid Teb­boune, n’a te­nu que trois mois, avant d’être sa­cri­fié au nom des in­té­rêts des af­fai­ristes liés à la coa­li­tion di­ri­geante. C’est donc à Ah­med Ouya­hia, pré­sident du Ras­sem­ble­ment na­tio­nal dé­mo­cra­tique (RND), qu’il re­vient de me­ner le gou­ver­ne­ment al­gé­rien pour la qua­trième fois en un peu plus de vingt ans.

Tan­dis qu’il s’at­telle à mettre en oeuvre les ré­formes et à conte­nir le mé­con­ten­te­ment po­pu­laire, l’hy­po­thèse d’un cin­quième man­dat re­jaillit. Si l’op­tion de la conti­nui­té ne fait pas l’una­ni­mi­té au sein de la coa­li­tion di­ri­geante, les sou­tiens du pré­sident, au pre­mier rang des­quels le Front de li­bé­ra­tion na­tio­nale (FLN), se mettent en ordre de ba­taille. Plu­sieurs or­ga­ni­sa­tions pa­tro­nales et syn­di­cales liées au ré­gime ont re­nou­ve­lé leur al­lé­geance à Ab­de­la­ziz Bou­te­fli­ka. Avec l’échéance élec­to­rale qui se pro­file dans moins d’un an, les par­tis d’op­po­si­tion sont, pour leur part, confron­tés à un nou­veau di­lemme stra­té­gique : boy­cott, can­di­da­tures dis­per­sées ou can­di­da­ture unique, ou né­go­cia­tion avec le ré­gime. L’in­cer­ti­tude est d’au­tant plus grande qu’il est tou­jours aus­si dif­fi­cile de dé­co­der la vo­lon­té pré­si­den­tielle, si tant est qu’elle existe en­core.

Au Moyen-orient, 2017 a sou­vent été sy­no­nyme d’« an­née MBS », tri­gramme at­tri­bué au prince hé­ri­tier d’ara­bie saou­dite, Mo­ha­med bin Sal­man, tant il a été l’ob­jet d’une cou­ver­ture mé­dia­tique sai­sis­sante. Les im­pres­sions qui res­sortent sont mi­ti­gées, os­cil­lant entre fas­ci­na­tion et dé­fiance, mais, sur­tout, in­cer­ti­tude liée à son as­cen­sion ful­gu­rante. Cette per­cep­tion confuse a été en­tre­te­nue par un contexte in­té­rieur dense et une exa­cer­ba­tion des ten­sions ré­gio­nales où l’ara­bie saou­dite et les Émi­rats arabes unis s’im­posent comme les ac­teurs clés d’une nou­velle di­plo­ma­tie faite d’in­ter­ven­tion­nisme et d’in­ti­mi­da­tion. Mo­ha­med bin Sal­man cible les moins de 30 ans (60 % de la po­pu­la­tion) en s’adres­sant à eux avec des ré­fé­rences cultu­relles gé­né­ra­tion­nelles, comme les pro­meuvent sa fon­da­tion MISK et le plan « Vi­sion 2030 », dont l’am­bi­tion prin­ci­pale est d’of­frir des for­ma­tions et des em­plois aux 18-35 ans. L’ob­jec­tif de MISK est d’at­ti­rer les pôles d’ex­cel­lence au sein de cette tranche d’âge dans les sec­teurs des mul­ti­mé­dias et de la nu­mé­ri­sa­tion de la nou­velle éco­no­mie. Le prince fait de ce pu­blic le socle de sa lé­gi­ti­mi­té po­pu­laire en par­ve­nant à re­cueillir son adhé­sion à son pro­jet de trans­for­ma­tion ha­billé en sur­face d’une dose de li­bé­ra­li­sa­tion so­ciale. Ce­pen­dant, contrai­re­ment à ses pré­dé­ces­seurs, Mo­ha­med bin Sal­man, qui ne jouit pas de la lé­gi­ti­mi­té dy­nas­tique, est plus que ja­mais sou­mis à une obli­ga­tion de ré­sul­tat. Les jeunes certes adhèrent à son pro­jet de trans­for­ma­tion, mais at­tendent de lui des em­plois et un bon ni­veau de vie, sa­chant que le chô­mage a aug­men­té, pas­sant de 12,3 % en 2016 à 12,8 % en 2017, se­lon les au­to­ri­tés. En sep­tembre 2017, Mo­ha­med bin Sal­man met en place le chan­tier d’une grande ci­té du di­ver­tis­se­ment et du sport. Le 25, il an­nonce que les femmes au­ront le droit de conduire à comp­ter de juin 2018. Il or­ga­nise un coup d’éclat des­ti­né à in­ti­mi­der les contes­ta­taires qui ten­te­raient de s’éle­ver contre sa po­li­tique in­té­rieure et étran­gère. Entre sep­tembre et oc­tobre 2017, il pro­cède à une vague d’ar­res­ta­tions ci­blant des in­tel­lec­tuels, des mi­li­tants pour les droits ci­viques et de l’homme, des proches de la mou­vance « sah­wiste » (Frères mu­sul­mans), dont cer­tains clercs pres­ti­gieux et po­pu­laires. Il en­tend bri­ser la voix au­tant de ceux qui dé­noncent le dur­cis­se­ment de sa po­li­tique étran­gère que de ceux qui cri­tiquent la « Vi­sion 2030 » et re­mettent en cause les me­sures d’aus­té­ri­té et les pro­jets de pri­va­ti­sa­tion d’une par­tie des grandes en­tre­prises pu­bliques. Pa­ral­lè­le­ment, le prince choi­sit de mar­quer les es­prits en s’adres­sant au monde ex­té­rieur à l’oc­ca­sion du sé­mi­naire « Da­vos du dé­sert » des 24 et 25 oc­tobre 2017, qui réunit les plus im­por­tants in­ves­tis­seurs in­ter­na­tio­naux, et dé­clare vou­loir mettre fin à la com­pro­mis­sion du royaume avec l’obs­cu­ran­tisme re­li­gieux. Le 4 no­vembre, il or­donne une purge à grande échelle, in­édite dans l’his­toire du pays. Il en­voie un si­gnal d’in­ti­mi­da­tion fort au reste de la com­mu­nau­té saou­dienne des af­faires en af­fir­mant sa vo­lon­té d’en fi­nir avec une cor­rup­tion en­dé­mique et ins­ti­tu­tion­na­li­sée.

• Rup­ture au sein du CCG

Mo­ha­med bin Sal­man semble pla­car­der à sa po­li­tique ré­gio­nale la même for­mule qu’il ap­plique à

sa po­li­tique in­té­rieure, où sé­duc­tion, co­op­ta­tion, ra­di­ca­li­té et in­ti­mi­da­tion al­ternent. La crise avec le Qa­tar et la conduite de la guerre au Yé­men semblent da­van­tage s’im­pri­mer sous le sceau de son al­lié pri­vi­lé­gié du mo­ment, Mo­ha­med bin Zayed, prince hé­ri­tier d’abou Dha­bi et ar­ti­san de l’ar­mée la plus en­traî­née et la mieux équi­pée du Con­seil de co­opé­ra­tion du Golfe (CCG). Ain­si, l’an­nonce, avant la te­nue du som­met de Ko­weït les 5 et 6 dé­cembre 2017, de l’ins­tau­ra­tion d’un par­te­na­riat stra­té­gique pri­vi­lé­gié réunis­sant Riyad et Abou Dha­bi par le gou­ver­ne­ment émi­ra­ti a eu pour ob­jec­tif de sa­per la cré­di­bi­li­té de la ren­contre et les ef­forts de mé­dia­tion du Ko­weït pour par­ve­nir à une is­sue né­go­ciée de la crise avec le Qa­tar. Le 5 juin 2017, l’ara­bie saou­dite, les Émi­rats arabes unis, Bah­reïn et l’égypte an­non­çaient la rup­ture de leurs re­la­tions di­plo­ma­tiques avec Do­ha, l’ac­cu­sant de « sou­tien au ter­ro­risme » et de par­ti­ci­pa­tions à di­verses en­tre­prises de dé­sta­bi­li­sa­tion aux cô­tés de l’iran. Dans la fou­lée, Saou­diens et Émi­ra­tis fer­maient leurs es­paces aé­rien et ma­ri­time ain­si que la seule fron­tière ter­restre de la pe­tite pé­nin­sule qa­ta­rie. Un tel ni­veau de confron­ta­tion entre membres du CCG n’a ja­mais été at­teint, rom­pant avec la tra­di­tion vou­lant que les ri­va­li­tés et ten­sions in­ter­dy­nas­tiques se règlent « en fa­mille ». La guerre mé­dia­tique mise en place par les qua­si-mo­narques d’abou Dha­bi et de Riyad, à la­quelle l’émir de Do­ha a ré­pon­du avec les mêmes tech­niques de dés­in­for­ma­tion, est in­édite dans l’his­toire du CCG.

En in­tro­dui­sant le pa­ra­digme de la rup­ture gé­né­ra­tion­nelle, avec un style po­pu­liste consis­tant à dé­lé­gi­ti­mer les an­ciennes élites, y com­pris la fa­mille ré­gnante, pour se rendre in­con­tour­nable, Mo­ha­med bin Sal­man crée deux si­tua­tions in­édites. D’une part, il est par­ve­nu à faire le vide au­tour de lui : per­sonne au sein de la fa­mille royale n’est en me­sure de lui dis­pu­ter sa place de dau­phin. D’autre part, en ci­blant la jeu­nesse, il clive une autre par­tie de la po­pu­la­tion, outre les an­ciennes élites : les tranches d’âge plus âgées qui se montrent scep­tiques face à ce style dé­ton­nant, ne res­pec­tant pas les tra­di­tions liées à la sé­nio­ri­té. Plus en­core, l’ap­proche ré­gio­nale in­quiète. Mais Mo­ha­med bin Sal­man pour­rait, à court terme, ti­rer pro­fit de son ac­tion sur le conflit au Yé­men s’il par­vient à né­go­cier le re­trait des Hou­this des ter­ri­toires qu’ils ont conquis de­puis sep­tembre 2014.

Sept ans après le « prin­temps de la place de la Perle », une ap­pa­rence de nor­ma­li­té règne à Bah­reïn : un Grand Prix de For­mule 1, une offre tou­ris­tique, le dia­logue in­ter­re­li­gieux, l’an­nonce de la dé­cou­verte d’un gi­se­ment de pé­trole et de gaz de schiste. Et l’en­vers du dé­cor : une ré­pres­sion in­in­ter­rom­pue, une in­gé­nie­rie élec­to­rale an­ti­chiite, un ali­gne­ment sys­té­ma­tique sur les choix ré­gio­naux de l’ara­bie saou­dite.

Bah­reïn évo­lue vers un sta­tut d’émi­rat post­pé­tro­lier, mais les hy­dro­car­bures re­pré­sentent 85 % des re­ve­nus de l’état. La fai­blesse per­sis­tante du prix du ba­ril a gé­né­ré en 2017 un déficit bud­gé­taire de 3,5 mil­liards de dol­lars et creusé un peu plus une dette de 26 mil­liards. Or les res­sources en pé­trole s’épui­sant, les hy­dro­car­bures sont pour l’es­sen­tiel four­nis par l’ara­bie saou­dite, et les in­ves­tis­se­ments étran­gers n’ont ja­mais re­dé­col­lé de­puis la crise de 2011. Dès lors, les agences de no­ta­tion ont dé­gra­dé la dette sou­ve­raine du royaume ; les choix de la Banque cen­trale sont contes­tés par le Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal. Le sec­teur ter­tiaire (61 % du PNB) est concur­ren­cé par ce­lui des Émi­rats arabes unis, de même qu’un sec­teur im­mo­bi­lier spé­cu­la­tif. Les ef­forts de di­ver­si­fi­ca­tion sont réels. Ma­na­ma mise sur le tou­risme (6 % du PNB) en me­nant des cam­pagnes de pro­mo­tion du pa­tri­moine, des mu­sées et du sport (For­mule 1, tennis, for­ma­tion cy­cliste Bah­rain­me­ri­da). Le parc hô­te­lier monte en gamme, mais son taux d’oc­cu­pa­tion est faible. L’ar­chi­pel pâ­tit d’un déficit de no­to­rié­té par rap­port au Qa­tar, à Abou Dha­bi et à Du­baï. Des ré­formes struc­tu­relles sont mises en oeuvre. La gé­né­ro­si­té de l’état-pro­vi­dence va dé­cli­nant : si le sec­teur pu­blic reste le prin­ci­pal em­ployeur des na­tio­naux, le gou­ver­ne­ment a pro­gres­si­ve­ment sup­pri­mé les sub­ven­tions pour la viande et les car­bu­rants, et aug­mente les ta­rifs de l’élec­tri­ci­té et de l’eau. Une taxe à la va­leur ajou­tée se­ra in­tro­duite fin 2018. Le 1er avril, le royaume a an­non­cé la dé­cou­verte d’un gi­gan­tesque gi­se­ment de pé­trole et de gaz de schiste près de ses côtes orien­tales. Mais les opé­ra­teurs in­ter­na­tio­naux at­tendent des éva­lua­tions fiables des res­sources ex­ploi­tables pour en­vi­sa­ger d’in­ves­tir : le re­tour an­non­cé de l’or noir est pour le mo­ment vir­tuel.

• Une ré­pres­sion an­ti­chiite per­ma­nente

Les mé­dias lo­caux étant aux ordres du gou­ver­ne­ment et les in­ter­na­tio­naux in­ter­dits de sé­jour, seuls les ré­seaux so­ciaux et une so­cié­té ci­vile ex­sangue per­mettent de chro­ni­quer une ré­pres­sion per­ma­nente de­puis 2011. Les or­ga­ni­sa­tions po­li­tiques ont été dis­soutes, les di­ri­geants et les prin­ci­paux mi­li­tants de l’op­po­si­tion condam­nés à de lourdes peines de pri­son par des tri­bu­naux ci­vils ou mi­li­taires pour at­teinte à la sû­re­té de l’état, mais par­fois, aus­si, pour cri­tique de la guerre au Yé­men de­puis 2015 ou des me­sures prises contre le Qa­tar en 2017. Au prin­temps 2018, 22 condam­nés à mort at­tendent leur exé­cu­tion. Les mi­li­tants des Droits de l’homme sont har­ce­lés, em­pri­son­nés. Des op­po­sants sont ex­pul­sés, d’autres, pri­vés de leur pas­se­port pour les em­pê­cher d’al­ler té­moi­gner de­vant la Com­mis­sion

des droits de l’homme de L’ONU, à Ge­nève. Le ré­gime a pro­non­cé 741 dé­chéances de na­tio­na­li­té de­puis 2012, dont 223 entre jan­vier et mai 2018. Les jeunes qui par­ti­cipent aux ma­ni­fes­ta­tions dans les quar­tiers chiites sont sou­vent tor­tu­rés.

La ville de Di­raz, bas­tion his­to­rique du chiisme lo­cal, est en état de siège de­puis juin 2016 ; l’aya­tol­lah Is­sa Ah­med Qas­sim, né en 1937 et de san­té fra­gile, y est dé­te­nu à son do­mi­cile. Dé­chu de sa na­tio­na­li­té en 2016, il fait de­puis 2017 l’ob­jet d’une pro­cé­dure pour « me­nées théo­cra­tiques en lien avec [l’iran] », « sou­tien au ter­ro­risme » et « col­lecte illé­gale de fonds et blan­chi­ment ». Cette coû­teuse coer­ci­tion per­ma­nente (plus du quart du bud­get de l’état), lar­ge­ment an­ti­chiite, en­tre­tient la contes­ta­tion. Les lé­gis­la­tives pré­vues fin 2018 se­ront de pure forme, le dé­cou­page des cir­cons­crip­tions mi­no­rant le vote chiite et les mi­li­tants des or­ga­ni­sa­tions dis­soutes étant in­ter­dits de can­di­da­ture.

• Contre l’iran, l’ali­gne­ment sur l’ara­bie saou­dite

Di­plo­ma­ti­que­ment et mi­li­tai­re­ment sou­te­nu par Londres et Wa­shing­ton, le royaume reste ali­gné sur la po­li­tique ré­gio­nale de Riyad : par­ti­ci­pa­tion à la coa­li­tion contre les Hou­this au Yé­men de­puis 2015 ; rup­ture des liens di­plo­ma­tiques avec Té­hé­ran en jan­vier 2016 ; stig­ma­ti­sa­tion de Do­ha de­puis la mise en qua­ran­taine du Qa­tar à l’été 2017. Alors que la nor­ma­li­sa­tion des re­la­tions avec Is­raël pro­gresse dis­crè­te­ment, celles avec l’iran sont dé­tes­tables. Ma­na­ma at­tri­bue ri­tuel­le­ment à Té­hé­ran (et au Hez­bol­lah li­ba­nais) la res­pon­sa­bi­li­té des ten­sions dans l’ar­chi­pel. L’in­cri­mi­na­tion de l’iran est étayée par le sou­tien dé­cla­ra­toire qu’ap­porte Té­hé­ran aux re­ven­di­ca­tions des chiites dans leur en­semble, et des chiites bah­reï­nis en par­ti­cu­lier. Compte te­nu des pré­ven­tions oc­ci­den­tales en­vers l’iran, exa­cer­bées de­puis l’ar­ri­vée de Do­nald Trump à la Mai­son Blanche en jan­vier 2017, il est po­li­ti­que­ment payant pour Ma­na­ma de dé­non­cer la main de la Ré­pu­blique is­la­mique dans les ten­sions in­ternes et ré­gio­nales. Bah­reïn s’est donc fé­li­ci­té de la dé­ci­sion amé­ri­caine de dé­chi­rer le 8 mai 2018 l’ac­cord sur le nu­cléaire ira­nien.

Mal­gré des ré­formes en chan­tier dans de nom­breux do­maines, le choix du tout sé­cu­ri­taire ne per­met pas à la vie po­li­tique égyp­tienne de sor­tir de son ato­nie. Preuve en est, la ré­élec­tion d’ab­del Fat­tah al-sis­si à la pré­si­dence lors du scru­tin des 26-28 mars 2018 avec 97,08 % des voix, en l’ab­sence d’op­po­si­tion et avec une par­ti­ci­pa­tion en baisse (41 %).

À la suite des me­sures in­ter­ve­nues dans le cadre du prêt du Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal ac­cor­dé à l’égypte fin 2016 (dé­va­lua­tion de la livre, ré­duc­tion des sub­ven­tions, in­tro­duc­tion de la TVA), les ré­serves de change ont crû de ma­nière spec­ta­cu­laire, la ba­lance com­mer­ciale s’est amé­lio­rée, le déficit cou­rant a été ré­duit et la dette en par­tie rem­bour­sée. Le tou­risme re­part. Le co­rol­laire de cette po­li­tique éco­no­mique est ce­pen­dant une in­fla­tion mal maî­tri­sée, qui pé­na­lise les po­pu­la­tions les plus dé­mu­nies en af­fec­tant sur­tout l’ali­men­ta­tion et les trans­ports. Le prix du ti­cket de mé­tro cai­rote a ain­si aug­men­té en mai 2018 de 250 % pour les longs tra­jets, pas­sant de 2 à 7 livres égyp­tiennes, soit de 0,09 cen­times d’eu­ro à 0,33, alors qu’il avait dé­jà dou­blé en 2017.

• Des me­sures éco­no­miques pour un ave­nir meilleur ?

Des ré­formes sont néan­moins en cours afin d’amé­lio­rer la qua­li­té de vie des Égyp­tiens. Ain­si, une loi d’as­su­rance so­ciale a été adop­tée par le Par­le­ment en dé­cembre 2017, vi­sant à l’élar­gis­se­ment pro­gres­sif de la cou­ver­ture à l’ho­ri­zon 2032. Par ailleurs, la Banque mondiale a si­gné en avril 2018 un ac­cord avec l’égypte, par le­quel elle s’en­gage à ap­por­ter à la ré­forme de l’édu­ca­tion na­tio­nale un sou­tien fi­nan­cier à hau­teur de 500 mil­lions de dol­lars. Sur le front de l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire, outre l’ex­ten­sion de la troi­sième ligne du mé­tro du Caire et le pro­jet de ré­no­va­tion du tram­way d’alexan­drie, no­tons l’an­nonce de la construc­tion de mo­no­rails re­liant Le Caire à deux villes nou­velles, ain­si que celle de nou­velles lignes de trains à grande vi­tesse vi­sant no­tam­ment à connec­ter la fu­ture nou­velle ca­pi­tale ad­mi­nis­tra­tive au reste du ter­ri­toire. Le gou­ver­ne­ment in­ves­tit par ailleurs dans le dé­ve­lop­pe­ment de l’éner­gie re­nou­ve­lable (usines so­laires et hy­drau­liques), en sus de l’ex­ploi­ta­tion du champ ga­zier Al-zohr (com­men­cée en dé­cembre 2017) afin de faire face aux be­soins éner­gé­tiques crois­sants de la po­pu­la­tion. En­fin, le dé­ve­lop­pe­ment du Nord-si­naï semble être dé­sor­mais une prio­ri­té, avec des an­nonces de fi­nan­ce­ment avoi­si­nant 100 mil­liards de livres. La si­tua­tion dans la pé­nin­sule est de­ve­nue ex­trê­me­ment pré­oc­cu­pante, l’an­née écou­lée ayant été mar­quée par le mas­sacre per­pé­tré par un groupe dji­ha­diste en no­vembre 2017 à l’heure de la prière du ven­dre­di dans une mos­quée sou­fie de Bir ala­bed. Cet at­ten­tat a coû­té la vie à 311 per­sonnes et en a bles­sé plus de 100 autres. En fé­vrier 2018, l’ar­mée a lan­cé le plan « Si­naï 2018 » pour mettre un terme au ter­ro­risme dans la pé­nin­sule. La ré­pres­sion ne se li­mite pas aux dji­ha­distes et vise la plu­part des cou­rants as­so­ciés à la ré­vo­lu­tion de 2011. Le ré­gime tend par ailleurs à se cris­per sur le plan des moeurs. La com­mu­nau­té LGBT a ain­si été vi­sée par une vague d’ar­res­ta­tions du­rant l’hi­ver 2017-2018, et un pro­jet de loi cri­mi­na­li­sant l’ho­mo­sexua­li­té a été dé­po­sé au Par­le­ment. De la même ma­nière, des dis­cus­sions ont lieu au sein de la même as­sem­blée afin d’in­ter­dire l’athéisme.

La chan­teuse Shai­ma Ah­med a été condam­née à deux ans de pri­son en dé­cembre 2017 pour « in­ci­ta­tion à la dé­bauche » ; une autre ar­tiste, She­rine Ab­del Wa­hab, à six mois en fé­vrier 2018 pour s’être mo­quée de la qua­li­té des eaux du Nil.

• Un pou­voir sans op­po­si­tion

Sur le plan po­li­tique, le pré­sident sor­tant a été ré­élu sans sur­prise, à l’is­sue d’un scru­tin or­ga­ni­sé du 26 au 28 mars 2018 et mar­qué par l’ab­sence de l’op­po­si­tion. Les can­di­dats is­sus de l’ar­mée (dont l’an­cien mi­nistre de Hos­ni Mou­ba­rak et fi­na­liste des élec­tions de 2012, Ah­med Cha­fik, et l’an­cien chef d’état-ma­jor, Sa­mi An­nan) ont été em­pê­chés de se pré­sen­ter, tan­dis que les can­di­dats ci­vils (dont le ne­veu de l’an­cien pré­sident Anouar el-sa­date et l’avo­cat Kha­led Ali) ont pré­fé­ré je­ter l’éponge. Le seul ayant fait face à Ab­del Fat­tah al­sis­si fut l’un de ses sou­tiens, l’homme d’af­faires Mous­sa Mos­ta­fa Mous­sa, qui a re­cueilli moins de 700 000 voix, contre 24,3 mil­lions pour son ad­ver­saire vic­to­rieux.

Le vide pro­duit par la dis­so­lu­tion du Par­ti na­tio­nal dé­mo­cra­tique de Hos­ni Mou­ba­rak en 2011, puis par la ré­pres­sion vi­sant les Frères mu­sul­mans et leurs al­liés de­puis 2013 n’a tou­jours pas été com­blé, et la scène par­ti­sane égyp­tienne est plus que ja­mais mar­quée par la fai­blesse et la dis­per­sion des par­tis po­li­tiques. Dans la pers­pec­tive des pro­chaines élec­tions lo­cales, an­non­cées pour 2019, puis des lé­gis­la­tives pré­vues pour 2020, le pou­voir cherche à don­ner plus de li­si­bi­li­té à l’offre po­li­tique égyp­tienne en pous­sant les par­tis à fu­sion­ner. Le but dé­cla­ré est de créer quatre grands mou­ve­ments aux contours idéo­lo­giques dé­fi­nis, mais, à ce jour, la ten­ta­tive en ce sens la plus avan­cée est celle vi­sant à la créa­tion d’un par­ti de la ma­jo­ri­té pré­si­den­tielle.

Le 8 no­vembre 2017, les Émi­rats arabes unis ont inau­gu­ré en grande pompe le Louvre Abou Dha­bi, en pré­sence de plu­sieurs chefs de l’état étran­gers, dont le Fran­çais Em­ma­nuel Ma­cron. Point d’orgue de dix an­nées de tra­vaux, ce sym­bole de la co­opé­ra­tion cultu­relle fran­co-émi­ra­tie est le pre­mier mu­sée uni­ver­sel du monde arabe, et, se­lon les termes du pré­sident fran­çais, un « mes­sage en­voyé contre tous les obs­cu­ran­tismes ». Der­rière l’image d’un pays arabe éclai­ré pro­je­té par cet évé­ne­ment mé­dia­ti­sé, l’on as­siste tou­te­fois à un dur­cis­se­ment du ré­gime, à l’in­té­rieur comme à l’ex­té­rieur.

La crois­sance éco­no­mique de la deuxième éco­no­mie du monde arabe après l’ara­bie saou­dite de­vrait s’éta­blir entre 2,5 et 2,8 % en 2018, contre 1,3 % en 2017 et après un ra­len­tis­se­ment conti­nu de­puis 2013. Cette re­prise est due à la hausse des prix pé­tro­liers, à la pers­pec­tive de l’ex­po­si­tion uni­ver­selle or­ga­ni­sée à Du­baï en 2020, qui condi­tionne la construc­tion de nom­breuses in­fra­struc­tures, et, sur­tout, au sec­teur tou­ris­tique. Ce­lui-ci re­pré­sente plus de 12 % du PIB émi­ra­ti, 5,4 % de l’em­ploi et 7 % de l’en­semble des in­ves­tis­se­ments du pays. Du­baï est de­ve­nu au cours de la der­nière dé­cen­nie un haut lieu du tou­risme mon­dial. En 2017, l’émi­rat a ac­cueilli 15,8 mil­lions de vi­si­teurs, tan­dis qu’abou Dha­bi a vu les ar­ri­vées de tou­ristes aug­men­ter de presque 10 % par rap­port à 2016 et at­teindre 4,8 mil­lions. L’inau­gu­ra­tion du Louvre sur l’île de Saa­diyat de­vrait en­core boos­ter la crois­sance d’un sec­teur de­ve­nu stra­té­gique pour le pays. Les émi­rats de Shar­jah et de Ras al-khaï­mah y par­ti­cipent éga­le­ment : 1,8 mil­lion de per­sonnes ont vi­si­té Shar­jah en 2017 et Ras al-khaï­mah pour­suit l’ob­jec­tif d’un mil­lion de vi­si­teurs en 2018. Avec plus de 88,2 mil­lions de pas­sa­gers in­ter­na­tio­naux, l’aé­ro­port de Du­baï con­serve sa place de pre­mier mon­dial pour la qua­trième an­née consé­cu­tive et contri­bue à l’es­sor tou­ris­tique dans le pays en tant que plaque tour­nante des flux de voya­geurs entre l’eu­rope et l’asie-pa­ci­fique.

• Ac­croître la com­pé­ti­ti­vi­té

L’in­tro­duc­tion en jan­vier 2018 d’une TVA à 5 % qui s’ap­plique à la ma­jo­ri­té des biens et ser­vices vise à di­ver­si­fier les re­cettes du pays et lui rap­por­te­rait, se­lon les ana­lystes éco­no­miques, l’équi­valent de 2 % de son PIB. Mais cette TVA pour­rait contri­buer à une baisse de la consom­ma­tion des mé­nages, voire de l’in­fla­tion, et à ra­len­tir la crois­sance éco­no­mique. Le 20 mai 2018, le gou­ver­ne­ment a an­non­cé l’en­trée en vi­gueur d’ici à la fin de l’an­née d’un vi­sa de dix ans pour les per­sonnes qua­li­fiées en sciences, mé­de­cine et tech­no­lo­gie, dont les in­gé­nieurs, ain­si que pour tout étran­ger éta­blis­sant une en­tre­prise dans le pays ou y in­ves­tis­sant fi­nan­ciè­re­ment.

À cette me­sure vi­sant à at­ti­rer les « ta­lents étran­gers » aux Émi­rats arabes unis s’ajoute

l’au­to­ri­sa­tion pour un in­ves­tis­seur de pos­sé­der son en­tre­prise à 100 % et ne plus dé­pendre d’un spon­sor dé­te­nant 51 % du ca­pi­tal. Jus­qu’à pré­sent, seules les com­pa­gnies im­plan­tées dans les zones franches pou­vaient le faire. Des vi­sas de cinq ans de­vraient éga­le­ment être pro­po­sés aux étu­diants au lieu d’un vi­sa an­nuel ; les plus brillants pour­ront res­ter jus­qu’à dix ans après l’ob­ten­tion de leur di­plôme. Ces me­sures ont pour am­bi­tion d’ac­croître la com­pé­ti­ti­vi­té in­ter­na­tio­nale du pays et de le trans­for­mer en une éco­no­mie de la connais­sance grâce à une di­ver­si­fi­ca­tion vers le do­maine des hautes tech­no­lo­gies, dont té­moigne le lan­ce­ment de son troi­sième sa­tel­lite dé­but 2018.

Sur le plan po­li­tique, tous les moyens lé­gaux, en par­ti­cu­lier les dis­po­si­tions re­la­tives à la dif­fa­ma­tion et les lois an­ti­ter­ro­ristes, sont uti­li­sés pour as­su­rer la sé­cu­ri­té in­té­rieure et évi­ter toute contes­ta­tion. Se­lon Am­nes­ty In­ter­na­tio­nal, ce­la conduit à une res­tric­tion de la li­ber­té d’ex­pres­sion et d’as­so­cia­tion de ma­nière ar­bi­traire dans le pays. Le mi­li­tant Ah­med Man­sour, qui avait ap­pe­lé à la ré­forme po­li­tique du pays en 2011, a ain­si été de nou­veau ar­rê­té en mars 2017 et condam­né à dix ans de pri­son en mai 2018 pour avoir por­té pré­ju­dice à la re­la­tion du pays avec ses voi­sins sur les ré­seaux so­ciaux et « avoir ter­ni le sta­tut et le pres­tige du pays et ses sym­boles », dont ses lea­ders. Des tri­bu­naux ont en outre pro­non­cé de nou­velles condam­na­tions à mort, et une per­sonne a été exé­cu­tée.

Cette pos­ture s’est tra­duite sur la scène in­ter­na­tio­nale par la mise au ban du Qa­tar, ac­cu­sé de sou­te­nir des groupes ter­ro­ristes, dont les Frères mu­sul­mans, et de se rap­pro­cher de l’iran. Cet ali­gne­ment stra­té­gique est par­ta­gé par l’ara­bie saou­dite, avec la­quelle les Émi­rats arabes unis mènent une guerre au Yé­men pour ré­ta­blir le pré­sident écar­té du pou­voir par les Hou­this que sou­tien­drait l’iran. La re­mise en cause de l’ac­cord sur le nu­cléaire ira­nien en mai 2018 par Do­nald Trump pour­rait contri­buer à de nou­velles ten­sions avec Té­hé­ran. Dans ce contexte, la si­gna­ture d’un par­te­na­riat stra­té­gique avec la Rus­sie le 1er juin 2018, vi­sant à une co­opé­ra­tion tous azi­muts, y com­pris dans le do­maine de la sé­cu­ri­té in­ter­na­tio­nale, sou­ligne le prag­ma­tisme émi­ra­ti pour as­su­rer sa sta­bi­li­té po­li­tique et éco­no­mique à long terme.

Une femme s’en­re­gistre pour par­ti­ci­per aux lé­gis­la­tives d’oc­tobre 2018, à Hé­rat, le 14 avril 2018.

Les ap­pa­ri­tions pu­bliques d’ab­de­la­ziz Bou­te­fli­ka sont rares et contrô­lées, comme ici à Al­ger, le 9 avril 2018.

De­puis l’ac­ces­sion au trône, en 2015, de son père, le prince Mo­ha­med bin Sal­man (gauche) est l’homme fort du royaume.

Des re­li­gieux chiites montrent leur sou­tien à Is­sa Ah­med Qas­sim, à Di­raz, en juin 2016.

Des par­ti­sans du pré­sident Al-sis­si ap­puient la ré­élec­tion de ce­lui-ci lors du scru­tin des 26-28 mars 2018, au Caire.

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