Re­pères Al­gé­rie : Car­to­gra­phie

Moyen-Orient - - SOMMAIRE - Note (1) Ab­der­rah­mane Bou­chène, Jean-pierre Pey­rou­lou, Oua­nas­sa Sia­ri Ten­gour et Syl­vie Thé­nault (dir.), His­toire de l’al­gé­rie à la pé­riode co­lo­niale (1830-1962), La Dé­cou­verte, 2012.

En juillet 1962, une nou­velle na­tion nais­sait au sud de la Mé­di­ter­ra­née. Après cent trente-deux an­nées de pré­sence co­lo­niale fran­çaise et une guerre san­glante (19541962), l’al­gé­rie de­ve­nait le plus grand pays d’afrique avec 2,38 mil­lions de ki­lo­mètres car­rés, dont le ter­ri­toire pré­sen­tait de prime abord de grandes in­éga­li­tés, entre une côte peu­plée et dé­ve­lop­pée et un sud dé­ser­tique et aban­don­né. Mais la géo­gra­phie ré­vé­la des ri­chesses en hy­dro­car­bures uniques, per­met­tant à l’al­gé­rie de fi­nan­cer un pro­jet éta­tique so­cia­liste. Plus d’un de­mi-siècle plus tard, ce mo­dèle fait pâle fi­gure : le pays ap­pa­raît comme blo­qué, po­li­ti­que­ment et éco­no­mi­que­ment.

• L’af­faire du chasse-mouches

En avril 1827, un in­ci­dent di­plo­ma­tique consti­tue le point de dé­part, trois ans plus tard, d’une ex­pé­di­tion mi­li­taire condui­sant à la prise d’al­ger par la France (1). L’al­gé­rie – elle ne prit ce nom qu’en 1839 – est alors sous do­mi­na­tion ot­to­mane, di­ri­gée par un dey. Au pou­voir de­puis 1818, Hus­sein ré­clame à Pa­ris le paie­ment d’une li­vrai­son de blé et perd pa­tience en don­nant un coup de chasse-mouches au consul fran­çais à Al­ger. Le Di­rec­toire ré­pond en im­po­sant un blo­cus de la côte al­gé­rienne ; un na­vire fran­çais est ca­non­né. La France, qui cherche à concur­ren­cer le Royaume-uni en Mé­di­ter­ra­née, y voit l’oc­ca­sion rê­vée pour ten­ter sa chance dans le monde arabe. Le 18 mai 1830, 103 na­vires de guerre et 40 000 sol­dats partent de Tou­lon ; ils dé­barquent à Si­di-fer­ruch (Si­di-fredj) le 14 juin. Le dey d’al­ger ca­pi­tule le 5 juillet. Quelque 3 mil­lions de per­sonnes, ma­jo­ri­tai­re­ment ru­rales et ha­bi­tant entre Oran, à l’ouest, et Constan­tine, à l’est, passent alors sous ad­mi­nis­tra­tion fran­çaise. Les troupes se heurtent à l’op­po­si­tion des tri­bus, tan­dis que la dé­ci­sion dé­fi­ni­tive de res­ter est adop­tée en fé­vrier 1834 sur or­don­nance royale. Pa­ris ne se li­mite alors pas à la côte et en­voie des ex­pé­di­tions jus­qu’au fin fond du Sa­ha­ra avec la prise de Ta­man­ras­set en 1910. Des cam­pagnes de « pa­ci­fi­ca­tion » se mul­ti­plient, avec l’usage de la force. Des ré­voltes éclatent, dont la plus connue est celle di­ri­gée par Ab­del­ka­der ibn Mou­hied­dine (1808-1883), qui lutte entre 1832 et 1847. Le sys­tème co­lo­nial s’ins­talle ad­mi­nis­tra­ti­ve­ment avec la créa­tion, en 1848, des dé­par­te­ments fran­çais d’al­gé­rie (Oran, Al­ger et Constan­tine) et, en 1902, des Ter­ri­toires du Sud, avec une re­pré­sen­ta­tion à la Chambre des dé­pu­tés et un gou­ver­neur gé­né­ral. Tou­te­fois, les au­toch­tones ne de­viennent pas ci­toyens et res­tent des su­jets, mal­gré le fait qu’ils soient ma­jo­ri­taires – les Mu­sul­mans sont en­vi­ron 9 mil­lions en 1960, contre un mil­lion d’eu­ro­péens non mu­sul­mans.

De la guerre d’in­dé­pen­dance à la guerre ci­vile : quelle dé­mo­cra­tie ?

L’in­éga­li­té ju­ri­dique, éco­no­mique et so­ciale entre les po­pu­la­tions ins­tal­lées en Al­gé­rie est l’une des prin­ci­pales causes du mo­teur na­tio­na­liste. La pau­vre­té, le chô­mage, le manque d’ac­cès aux soins et à l’édu­ca­tion conduisent dif­fé­rentes franges de la po­pu­la­tion al­gé­rienne mu­sul­mane, no­tam­ment par­mi des in­di­vi­dus ayant pu al­ler à l’uni­ver­si­té, à lut­ter pa­ci­fi­que­ment contre l’idéo­lo­gie co­lo­niale. Les dif­fé­rentes me­sures et les chan­ge­ments de sta­tuts dé­cré­tés sur le tard par Pa­ris n’ar­rivent pas à dé­tendre une pé­riode mar­quée par la Se­conde Guerre mon­diale et des at­ten­tats « an­ti-fran­çais » en Al­gé­rie. Le mas­sacre de Sé­tif, le 8 mai 1945, marque les es­prits, et un ré­gime qui per­dure jus­qu’aux évé­ne­ments de 1988, quand, dans un sur­saut dé­mo­cra­tique, le peuple ap­pelle à la li­ber­té. Le sys­tème s’ouvre, avant de s’en­gouf­frer dans une longue guerre ci­vile (1992-2002). Trente ans plus tard, l’exé­cu­tif al­gé­rien doit ré­pondre aux at­tentes d’une po­pu­la­tion jeune et ins­truite : en jan­vier 2018, se­lon les don­nées of­fi­cielles, l’al­gé­rie compte 42,2 mil­lions d’ha­bi­tants, dont la ma­jo­ri­té a moins de 35 ans ; le taux de chô­mage at­teint 11,1 %, mal tou­chant sur­tout les femmes (19,5 %) et les 16-24 ans (26,4 %), alors que le pays pos­sède 2,2% (2017) des ré­serves mon­diales de gaz na­tu­rel. G. Fourmont

Sources re­pères : Gou­ver­ne­ment al­gé­rien, CIA World Fact­book, Banque mon­diale, Na­tions unies Sauf men­tion contraire, les don­nées cor­res­pondent à l’an­née 2017 ; L’IDH à l’an­née 2015

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