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MX Magazine - - Sommaire - Par Xa­vier Au­douard

L’oeil de dirt dic­ta­tor…

Si un fan de MX d’il y a dix ans pou­vait se té­lé­por­ter di­rec­te­ment en 2018, qu’est-ce qui le sur­pren­drait le plus ? Sans le moindre doute, ce se­rait de consta­ter le stu­pé­fiant glis­se­ment de pouvoir qui s’est opé­ré, sur une aus­si courte pé­riode, du So­leil Le­vant vers un village au­tri­chien d’à peine 6 000 ha­bi­tants nom­mé Mat­ti­gho­fen, siège his­to­rique de KTM (Kron­reif Trun­ken­polz Mat­ti­gho­fen, acro­nyme des deux fon­da­teurs et du village en ques­tion). Il y a dix ans, la ré­pu­ta­tion de KTM en MX se li­mi­tait à une mois­son de titres sur la scène des GP en pe­tite cy­lin­drée (125 2T puis 250F avec no­tam­ment un cer­tain Mar­vin Mus­quin) mais, pour ce qui était de la ca­té­go­rie-reine et de la scène US, mis à part le titre de Grant Lang­ston en MX 125 (2004), c’était la di­sette ab­so­lue… Clai­re­ment, en Amé­rique, KTM était la marque vers la­quelle un bon pi­lote de la ca­té­go­rie reine ne se tour­nait qu’en der­nier re­cours, le dé­fi­cit de cré­di­bi­li­té en 450 – et, no­toi­re­ment, en SX – étant à l’époque rédhi­bi­toire. Le « tour­nant du match » fut très cer­tai­ne­ment la sai­son 2010, la­quelle a vu la firme au­tri­chienne réus­sir deux coups énormes: le dé­bau­chage du duo Antonio Cai­ro­li-clau­dio De Car­li (de Ya­ma­ha) cô­té « Mon­dial » et ce­lui de Ro­ger De­cos­ter (de Su­zu­ki) cô­té US (Ro­ger convain­quant Ryan Dun­gey de le re­joindre l’an­née sui­vante). Dans un contexte d’ex­trême pru­dence cô­té ja­po­nais (suite à la crise éco­no­mique de 2008), la ma­chine de guerre KTM, avec le sou­tien ef­fi­cace du spon­sor­mai­son Red Bull, était lan­cée. Pour le MX, son autre gros atout était (et est tou­jours) la proxi­mi­té in­com­pa­rable (par rap­port aux Ja­po­nais) entre les services-course (Pit Bei­rer en Mon­dial et « The Man » en Amé­rique) et la di­rec­tion gé­né­rale de l’en­tre­prise (Ste­fan Pie­rer). Des choix tech­niques dé­ci­sifs ont été opé­rés : le main­tien d’un cadre acier sur toute la gamme, la 350 que Cai­ro­li mè­ne­ra cinq fois (!) au titre avant de re­ve­nir à l’or­tho­doxie de la 450 (un titre de plus de­puis) et le dé­ve­lop­pe­ment d’une sus­pen­sion conven­tion­nelle, clé de la réus­site en SX (vic­toires dès la pre­mière sai­son puis trois titres consé­cu­tifs pour Dun­gey, deux fois cham­pion out­door par ailleurs). Cette pluie de titres a bien en­ten­du (et ra­di­ca­le­ment) chan­gé la donne sur le mar­ché des trans­ferts, les gui­dons of­fi­ciels de la marque de­ve­nant qua­si­ment les plus convoi­tés. Sur les cinq der­nières an­nées, Ken Roc­zen a ain­si été la seule star à quit­ter KTM de son plein gré tan­dis que Hon­da, en dé­pit d’ef­forts consé­quents et ré­pé­tés, a échoué à dé­bau­cher Jef­frey Her­lings. Le suc­cès ap­pe­lant le suc­cès, en 2013, Ste­fan Pie­rer a ten­té et réus­si un coup ma­gis­tral avec le ra­chat d’hus­q­var­na. Pres­ti­gieux fleu­ron (plu­sieurs fois cen­te­naire) de l’in­dus­trie sué­doise, la marque s’est tour­née vers la moto et le MX dès la fin des an­nées 50, avec grand suc­cès : en 500, titre eu­ro­péen de Rolf Tib­blin en 1959 et pre­mier titre mon­dial de l’his­toire avec Bill Nill­son l’an­née sui­vante ; en 250, quatre titres mon­diaux pour Tors­ten Hall­man entre 62 et 67 ! Cô­té amé­ri­cain, Hus­ky a lit­té­ra­le­ment lan­cé le MX dans le pays à tra­vers une sé­rie de courses or­ga­ni­sée par son im­por­ta­teur, Edi­son Dye, en 1966, la my­thique In­ter-am… Dé­bor­dée tech­ni­que­ment à la fin des an­nées 70 suite à l’arrivée en force des Ja­po­nais sur le mar­ché du MX et en proie à des dif­fi­cul­tés éco­no­miques, HVA a fi­ni par être ra­che­tée par Ca­gi­va en 1987. Mais les Hus­ky sauce ita­lienne ont conti­nué de dé­cli­ner et fi­ni par perdre toute cré­di­bi­li­té au pre­mier plan mon­dial de la discipline. C’est alors qu’en grand ca­pi­taine d’in­dus­trie, Pie­rer a ra­che­té la vé­né­rable marque, je­tant à la pou­belle son patrimoine tech­nique dé­va­lué et re­bâ­tis­sant une gamme in­édite, sur base tech­no­lo­gique KTM. Au dé­part qua­sii­den­tiques, les Hus­ky au­tri­chiennes se sont dé­mar­quées suf­fi­sam­ment de leurs cou­sines orange de­puis pour dé­ve­lop­per une image et une iden­ti­té propres, sou­te­nues par des teams aus­si sé­rieux et at­trac­tifs que les teams KTM (avec Rocks­tar dans le rôle de Red Bull). C’est ain­si qu’en l’es­pace de deux ou trois ans, la cel­lule di­ri­geante de Mat­ti­gho­fen com­mune à KTM et HVA s’est re­trou­vée à contrô­ler un tiers des teams of­fi­ciels (deux construc­teurs au­tri­chiens ne fai­sant qu’un face à quatre construc­teurs ja­po­nais) ! En piste, le ré­sul­tat est dé­coif­fant : en GP, les KTM « fac­to­ry » écrasent les dé­bats (Jo­nass-pra­do d’un cô­té, Her­lings-cai­ro­li de l’autre), leurs ri­vaux étant sou­vent des… Hus­ky (Kjer-ol­sen, Co­ving­ton, Pau­lin…). En Amé­rique, Hus­q­var­na se di­rige vers la consé­cra­tion suprême, le titre SX, avec l’épa­tant Ja­son An­der­son, la place de vice-cham­pion sem­blant des­ti­née à… Mar­vin Mus­quin et sa « Ka­té ». Cô­té 250 « Est », comme l’an der­nier, Zach Os­borne (cham­pion out­door 2017, pre­mier titre pour Hus­ky aux US) s’oc­cupe de tout ! Dans ce contexte, le contrôle po­si­tif de Broc Ti­ckle à un sti­mu­lant as­sez ba­nal (qu’on trouve dans des com­plé­ments ali­men­taires en vente libre) fait tache. Heu­reu­se­ment pour Mat­ti­gho­fen, non seule­ment Ti­ckle est le moins per­for­mant des ath­lètes-mai­son en­traî­nés par Al­don Ba­ker mais Mar­vin lui-même, ain­si que « El Hombre », eux aus­si contrô­lés au SX de San Die­go, n’étaient nul­le­ment po­si­tifs. Si pour Broc le par­cours pour­rait s’ar­rê­ter là (lourde sus­pen­sion en vue), le duo KTM/HVA est bien à son zé­nith sur tous les fronts du cross mon­dial.

« Les KTM “fac­to­ry” écrasent les dé­bats, leurs ri­vaux étant sou­vent des… Hus­ky! »

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