« À 100 %! »

Dis­cret et tra­vailleur, Maxime Des­prey se fait peu à peu une place aux portes du top 10 du Mon­dial MXGP. Un beau dé­but de sai­son pour le pi­lote Ka­wa­sa­ki qui a connu des mo­ments com­pli­qués entre bles­sures et an­nées noires en MX2.

MX Magazine - - Interview - Par Ma­thias Brun­ner

Quin­zième du Mon­dial avec une épreuve en moins avant la Rus­sie, seul Ga­j­ser a fait mieux, c’est une belle sur­prise non? « Je n’avais pas for­cé­ment d’ob­jec­tif sur la sai­son comme je sa­vais que j’al­lais lou­per la pre­mière épreuve. L’an der­nier, j’étais plu­tôt entre la 15e et la 20e place et je n’avais pas mar­qué de points dans le sable. Cette sai­son, j’ai com­men­cé par deux places de 12e à Val­kens­waard, donc ça a été une bonne sur­prise et un dé­clic men­ta­le­ment. C’est une bonne spi­rale. »

Le sable n’a ja­mais été ta tasse de thé en plus ? « C’est vrai que j’y ai pas­sé des heures, mais il man­quait le truc en plus pour y prendre du plai­sir. Je lut­tais plus qu’autre chose quand j’étais sur les courses et de­puis, j’ai com­pris et ap­pris cer­taines choses pour prendre du plai- sir. On a bien amé­lio­ré les sus­pen­sions car il y a dé­sor­mais une per­sonne qui nous suit sur tous les GP. Le team s’est amé­lio­ré sur la par­tie moteur par rap­port à l’an­née der­nière et je sais ce que je veux au ni­veau des réglages. Ce n’est pas le top du top, mais j’ar­rive à me faire plai­sir sur la moto dans le sable. »

Tu sembles plus af­fû­té que ja­mais. L’hi­ver a été stu­dieux ? « Oui, j’ai com­men­cé tôt l’en­traî­ne­ment sans réel pro­blème. De­puis mioc­tobre, on a bien tra­vaillé avec mon en­traî­neur Fran­çois Pra­dier. Il s’oc­cu­pait de moi quand j’étais pe­tit et on s’est re­trou­vé en fin 2017. On a donc fait un bon hi­ver d’en­traî­ne­ment

et le team a as­su­ré der­rière au ni­veau des pièces. J’ai pu me pré­pa­rer dans de bonnes condi­tions. »

En Ita­lie, tu as rou­lé quinze mi­nutes entre Pau­lin et Febvre. Qu’est-ce qui t’a tra­ver­sé l’es­prit? « J’ai réus­si à me concen­trer sur moi­même et ne pas être in­ti­mi­dé car avant, j’avais ten­dance à re­gar­der le nom des pi­lotes sur le maillot. J’ai rou­lé nor­ma­le­ment et comme c’était dif­fi­cile de dou­bler, j’ai pu suivre Gau­thier et te­nir Ro­main quelques tours. For­cé­ment, j’étais à 100 % et sur la du­rée de la manche, c’était en­core un peu li­mite. Mais j’ai vu que je pou­vais te­nir quelques tours. Quand tu pars avec des pi­lotes comme ça, tu vois et tu ap­prends des choses. »

Qu’est-ce qu’il te manque en­core au­jourd’hui pour te­nir le rythme du­rant toute la manche ? « Mon or­ga­nisme a be­soin de plu­sieurs courses en­core pour pouvoir te­nir. Ma zone de confort est ré­duite alors que pour Gau­thier et Ro­main, elle est plus grande et ils peuvent en­core en mettre à la fin. Dans tous les cas c’est en­cou­ra­geant et il faut pro­gres­ser en­core phy­si­que­ment. »

Tu es quel genre de pi­lote en course ? « Je pense être as­sez fin sur la moto et as­sez tech­nique. Je suis aus­si un pi­lote qui prend des bons dé­parts. Je dois en­core pro­gres­ser sur ma ca­pa­ci­té à dé­bran­cher quelques se­condes par­fois pour dou­bler un pi­lote. Il me manque ce grain de fo­lie, mais dé­jà cette an­née, ça va beau­coup mieux. »

Pré­sente-nous le team Ka­wa­sa­ki Geb­ben dans le­quel tu es… « Geb­ben est une grosse conces­sion en Hol­lande. Fin 2016, j’étais avec Bud Racing et le boss a contac­té Sté­phane Das­sé pour avoir un pi­lote en 450. On a trou­vé un deal pour faire les GP avec eux et l’élite avec Bud en 2017. Pour cette an­née, Sté­phane vou­lait ré­duire le nombre de pi­lotes et se consa­crer da­van­tage à l’eu­rope et au Mon­dial MX2. J’ai donc conti­nué avec Geb­ben sur le Mon­dial et le cham­pion­nat de Hol­lande. J’ai un an de contrat avec eux. C’est un team de pas­sion­nés et l’on pro­gresse dans la même di­rec­tion donc c’est cool. »

Après avoir fait des piges pour Ka­wa­sa­ki KRT l’an der­nier, il y a une grosse dif­fé­rence entre ta moto et celle d’usine ? « Grosse, non. Mais ça reste un team usine. Après chaque ses­sion, les mé­ca­ni­ciens branchent la moto et re­gardent tout. C’est un peu plus pous­sé. Au ni­veau des pneus aus­si, ils étaient in­croyables sur le dur. Ma moto ac­tuelle a une bonne base avec de bons mo­teurs pré­pa­rés par un Néer­lan­dais qui tra­vaillait chez KRT. On se rap­proche d’un team usine avec deux pi­lotes 450 et un bon sui­vi. »

Com­ment s’or­ga­nise ta vie ? « Je me suis mis en ap­par­te­ment avec ma co­pine du cô­té de Cha­lon-surSaône donc ça change (rire !). Cet hi­ver, j’ai pas mal bou­gé entre l’es­pagne et Hos­se­gor chez Bud Racing. Entre les courses, je reste chez moi la plu­part du temps et je me fais des ses­sions en Hol­lande. Je m’oc­cupe de ma mé­ca­nique moi-même, donc c’est un peu com­pli­qué. Mon père m’aide sur la grosse in­ten­dance mais il y a des mo­ments où c’est un peu chaud. »

Que re­tiens-tu de ces an­nées der­nières entre bles­sures, bonnes perfs et moins bonnes ? « Qu’après une bles­sure, c’est com­pli­qué de re­ve­nir. Quand on voit ce que Roc­zen a fait, je dis cha­peau. Je re­tiens qu’au ni­veau où l’on roule, il ne faut rien lais­ser au ha­sard et être à 100 %. C’est-à-dire être bien dans sa tête, être bien en­tou­ré, avoir du bon ma­té­riel et tout don­ner à l’en­traî­ne­ment. »

As-tu pen­sé ar­rê­ter à un mo­ment? « Ar­rê­ter, je ne pense pas, mais ça a été dur men­ta­le­ment. Les gens disent qu’on a de la chance de faire de la moto, c’est vrai, mais on tra­verse des mo­ments dif­fi­ciles dans une spi­rale né­ga­tive. Avec Hon­da Jtech en 2014, je n’avais pas le meilleur ma­té­riel et je ne m’étais pas suf­fi­sam­ment en­traî­né l’hi­ver. Ça a été une an­née noire et dif­fi­cile à vivre. Heu­reu­se­ment que j’ai pu re­bon­dir en Eu­rope avec Bud Racing en 2015. Il y a eu ma bles­sure en SX après. In­cons­ciem­ment, je pense que j’étais cons­tam­ment sur la re­te­nue par la suite. Le pas­sage en 450 n’a pas ai­dé non plus. C’est pour ça que cet hi­ver, je ne vou­lais pas faire de SX pour mettre toutes les chances de mon cô­té pour cette an­née. »

Qu’en est-il de ta si­tua­tion fi­nan­cière ? « Elle est nor­male. Je ne gagne pas comme un top pi­lote de GP mais pour cette an­née, j’ai de­man­dé uni­que­ment de quoi vivre. Je ne peux pas mettre de cô­té pour le fu­tur, c’est clair. Pour au­tant, je n’ai pas ame­né de bud­get et je ne ga­lère pas pour me nour­rir et m’or­ga­ni­ser donc ça me convient pour le mo­ment. On verra la suite. Je pour­rai faire comme les top pi­lotes élite qui ont dé­jà fait de belles car­rières et qui vont dé­sor­mais là où il y a de l’ar­gent. J’es­time qu’à mon âge, je peux en­core prou­ver des choses en GP et je ne vou­lais pas sor­tir de la boucle. »

Tu as la pos­si­bi­li­té de conti­nuer avec eux l’an­née pro­chaine ? « Pour le mo­ment, il ne faut pas y pen­ser. Il faut juste bien rou­ler. Si les ré­sul­tats sont là, le reste sui­vra. Le plus im­por­tant est de res­ter bien concen­tré et l’on verra en fin d’an­née. »

Tu dis­putes éga­le­ment le cham­pion­nat de Hol­lande, quelles sont les dif­fé­rences avec l’élite. « Les cir­cuits en sable sont dé­fon­cés et se rap­prochent plus de ceux que l’on a en GP. On peut voir aus­si que les sept ou huit pre­miers sont de bons pi­lotes du Mon­dial. J’ai aus­si toute la struc­ture sur place à chaque épreuve donc c’est un plus. »

Com­ment vois-tu ta car­rière évo­luer à moyen et à long terme ? « L’ob­jec­tif est de per­for­mer cette an­née et j’es­père que je se­rai en­core là l’an­née pro­chaine. Je ne veux pas me dis­per­ser en su­per­cross pour au contraire mettre toutes les chances de mon cô­té. »

Et dans dix ans ? « Je n’en ai au­cune idée. Je vis au jour le jour et j’ai dé­jà du mal à m’or­ga­ni­ser pour les pro­chains jours alors dans dix ans (rire !). Tant que je me fe­rai plai­sir à rou­ler, je conti­nue­rai. J’ai de nou­veau at­teint mon meilleur ni­veau donc on va conti­nuer comme ça. »

« À mon âge, je peux en­core prou­ver des choses en GP. »

Dans une ca­té­go­rie ul­tra­re­le­vée, Maxime tente de faire son trou. Le bi­lan est po­si­tif après les cinq pre­miers rounds.

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