Ro­cket

La chro­nique de Mi­ckaël Pi­chon…

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De­puis la der­nière “Ro­cket”, Zach a rou­lé le GP de Lo­ket. Une course dif­fi­cile mais je ne suis pas si mé­con­tent du ré­sul­tat parce que le week-end avait plu­tôt mal com­men­cé. C’est pas évident pour un jeune de rou­ler pour la pre­mière fois là-bas. Tous les gens que tu croises pensent bien à te rap­pe­ler que Lo­ket est une piste par­ti­cu­lière. Et à force d’en­tendre ça, Zach a fi­ni par se le mettre dans la tête alors que pour un pi­lote fran­çais, ce ne sont pas des condi­tions si par­ti­cu­lières. Au chro­no, il se classe 17e ce qui est plu­tôt pas mal. En qua­lif’, il est bien par­ti mais a rou­lé sur la dé­fen­sive dans le pre­mier tour et il s’est fait sor­tir. Il est re­par­ti loin et ter­mine 28e. Il a bien re­dres­sé la barre le di­manche mal­gré une mau­vaise place sur la grille. Il n’est pas trop mal par­ti en pre­mière manche, mais il s’est fait ac­cro­cher. Il n’est pas tom­bé mais il s’est re­trou­vé loin. Il s’est ba­gar­ré toute la manche pour fi­nir 18e. Ce n’était pas une manche fan­tas­tique mais il a te­nu sa place avec un rythme cor­rect. Il ne prend pas de risques et joue pla­cé. Il a ter­mi­né le week-end avec le même score en deuxième manche. Il s’est en­core fait em­me­ner au dé­part. Il était 30e au pre­mier tour. Il est re­mon­té 18e après une belle manche où il a fait pas mal de dé­pas­se­ments avec des bons chro­nos à la fin qui l’au­raient mis entre la 10e et la 15e place. Mais Zach n’a pas un tem­pé­ra­ment à prendre des risques, à se lâ­cher et à faire n’im­porte quoi. Il faut qu’il gère son temps sans prendre de risques. Il n’est par exemple ja­mais dans les vingt pre­miers lors du pre­mier es­sai. Pour lui, c’est un es­sai libre donc il y va tran­quille. Alors je lui rap­pelle par­fois que même si c’est un es­sai libre, ça n’in­ter­dit pas de se bou­ger un peu. J’ai par­fois du mal avec son ap­proche parce qu’il faut de la pa­tience et je n’en ai pas tou­jours. C’est un cé­ré­bral qui se pose presque trop de ques­tions. Il faut le pous­ser en per­ma­nence à chaque course, mais aus­si à chaque en­traî­ne­ment pour ten­ter de l’ame­ner à son meilleur ni­veau et à mon­trer ce qu’il sait faire. Et mal­gré ça, il n’ar­rive pas à rou­ler à son maxi­mum. C’est presque mon ca­rac­tère et ma dé­ter­mi­na­tion qui lui per­mettent de rou­ler. Si j’étais un pa­pa tout gen­til, je pense que les ré­sul­tats ne se­raient pas les mêmes. Je suis exi­geant et ça lui met sans doute un peu de pres­sion, mais c’est comme ça. En même temps, si l’on prend en compte son ni­veau des an­nées pas­sées, on voit qu’il réa­lise une belle pro­gres­sion. Il roule avec des gars qui se bat­taient pour des titres à 12 ans alors que Zach rou­lait très peu à cet âge-là. C’est sa deuxième an­née de 250, il dé­couvre en­core pas mal de choses. Le Mon­dial, c’est dif­fi­cile et même en tra­vaillant, les wee­kends de course sont fa­ti­gants. Et mis à part Pra­do, on ne re­trouve de­vant que des mecs de plus de 20 ans et sur­tout qui ont plus de 4/5 ans d’ex­pé­rience dans la cy­lin­drée. Mais les pro­chaines courses vont être com­pli­quées pour lui puis­qu’on a dé­cou­vert qu’il avait une pe­tite frac­ture au ni­veau d’une ver­tèbre. Un truc qui n’est pas grave, mais dou­lou­reux. Je suis dans une pé­riode où je me pose aus­si beaucoup de ques­tions sur l’ave­nir et je me de­mande à quoi vont bien pou­voir ser­vir toutes les dé­penses que l’on réa­lise au­jourd’hui. Est-ce que l’on va conti­nuer le team ? L’ar­rê­ter ? Pas­ser à l’en­du­ro ? Aller aux US ? Res­ter en cham­pion­nat de France? Au­jourd’hui, si t’es pas pi­lote KTM Red Bull, tu as très peu de chance d’être cham­pion du monde en MX2. Il n’y a qua­si­ment que des KTM Red Bull qui ont été ti­trées ces dix der­nières an­nées dans ce cham­pion­nat. En MX2, il y a plus de pi­lotes que de mo­tos dis­po­nibles. Les teams sont pour la plu­part en dif­fi­cul­té. Je me de­mande par­fois si je ne vais pas ap­pe­ler Mitch Pay­ton aux US. Je sais que Zach n’a pas le ni­veau, mais je pense que fi­nan­ciè­re­ment, c’est moins com­pli­qué là- bas. Chaque marque aligne en­core 4/5 pi­lotes en MX2 qui sont payés et qui touchent des bo­nus. Si Zach rem­pile pour 2/3 ans en Europe, il est à peu près sûr de ne rien ga­gner. C’est lé­gè­re­ment frus­trant. Ou alors il fau­drait qu’il ex­plose et qu’il soit dans les 5 l’an­née pro­chaine. On avait en­vi­sa­gé de faire le SX de La Trem­blade mais ça ne va pas le faire. Dé­jà, j’ai­me­rais bien que cette bles­sure au dos gué­risse et l’on au­ra que quinze jours après Lom­mel pour pré­pa­rer ce su­per­cross. Il a très peu rou­lé en SX. Il n’est pas prêt et la mo­to non plus. On ver­ra ce que l’on pour­ra faire en fin de sai­son. Le su­per­cross, je trouve ça bien, mais il faut y aller pré­pa­ré. Et avec les pro­grammes char­gés des GP, c’est com­pli­qué sur­tout que tu te re­trouves avec des mecs qui ne font que ça. Je connais trop la dif­fi­cul­té du SX pour me poin­ter à l’ar­rache avec Zach entre deux courses de cross. Mais Zach aime le SX et je suis cer­tain qu’il a du po­ten­tiel dans la dis­ci­pline. Il ai­me­rait bien rou­ler à Pa­ris et je trouve aus­si que ce se­rait bien. Mais il faut que l’on trouve le temps de s’y pré­pa­rer en fai­sant une course ou deux avant ou en al­lant dans le Sud. Il faut le faire cor­rec­te­ment, c’est tout. »

Mi­ckaël Pi­chon re­vient dans cette chro­nique sur la pro­gres­sion de Zach en GP. S’il est glo­ba­le­ment sa­tis­fait de son évo­lu­tion, il reste per­sua­dé que son fils n’évo­lue tou­jours pas à son vrai ni­veau. Et il le dit avec ses mots… « Au­jourd’hui, si t’es pas pi­lote KTM Red Bull, tu as très peu de chance d’être cham­pion du monde en MX2… »

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