Construc­tion high-tech

Dans le nord de l’Ita­lie, à Pia­cen­za, le chan­tier Ab­so­lute a ré­vo­lu­tion­né les codes de la construc­tion na­vale ita­lienne et mis en place un mo­dèle to­ta­le­ment in­no­vant. Nep­tune s‘est ren­du sur place.

Neptune Yachting Moteur - - Reportage Visite De Chantier - Texte An­toine Ber­te­loot - Pho­tos DR

Ab­so­lute, par­ti de presque rien en 2002, n’a ces­sé de gran­dir, d’in­no­ver et d’éton­ner pour de­ve­nir l’un des grands chan­tiers na­vals de plai­sance du pays. Le «presque» est im­por­tant puisque les femmes et les hommes à la tête d’Ab­so­lute portent le nom de Gob­bi, un chan­tier de ré­fé­rence ra­che­té par Azi­mut Be­net­ti en 2001, et qu’ils ont di­ri­gé plu­sieurs dé­cen­nies. Au lieu de par­tir si­ro­ter des cock­tails sur une île des Ba­ha­mas, Pa­tri­zia Gob­bi, son père et deux cadres de l’ex-chan­tier se sont as­so­ciés pour créer Ab­so­lute.

Tout pro­duire en in­terne

Mais pour im­po­ser une nou­velle marque dans un sec­teur concur­ren­tiel, Ab­so­lute mise d’em­blée sur la qua­si au­to­no­mie, soit pro­duire l’en­semble d’un ba­teau en in­terne, et mi­ser sur la mo­der­ni­té et la tech­no­lo­gie. Le chan­tier va vite. Les pre­mières an­nées voient l’ar­ri­vée d’un 25’, puis d’un 45’, sui­vi d’un 41 en 2004. La ma­chine est lan­cée et ne s’ar­rê­te­ra plus. En 2007, une nou­velle usine de 48 000 m sort de terre à Pia­cien­za,

où sont pro­duits tous les mo­dèles pré­sents et à ve­nir. Une chaîne lo­gique de fa­bri­ca­tion est mise en place, entre la stra­ti­fi­ca­tion, le mon­tage des amé­na­ge­ments, les élé­ments tech­niques (mo­teur, plom­be­rie, élec­tri­ci­té, élec­tro­nique), jus­qu’au test fi­nal en pis­cine. Toutes les étapes sont nor­ma­li­sées.

Pas de li­mite à l’ima­gi­na­tion

Au point de dé­part, il y a le bu­reau d’étude, où tra­vaillent en­semble des ar­chi­tectes na­vals, des in­gé­nieurs et des de­si­gners. Les échanges sont ra­pides et fruc­tueux, la libre ex­pres­sion est de mise et il n’y a pas de li­mite à l’ima­gi­na­tion, si ce n’est les grands prin­cipes de base que sont l’er­go­no­mie, l’élé­gance, la qualité et la ro­bus­tesse. Avec cette chaîne res­treinte, le che­min entre les dé­ci­sions et la construc­tion de­vient très court. Comment est fa­bri­qué un Ab­so­lute ? De fa­çon clas­sique, mais en ayant re­cours à des mé- thodes mo­dernes. Le clas­sique, c’est la stra­ti­fi­ca­tion ma­nuelle des élé­ments en po­ly­es­ter dans les 20 sta­tions de mou­lage de l’usine. Alors que toute la pro­fes­sion ne jure que par l’in­jec­tion et par l’in­fu­sion, Ab­so­lute reste fi­dèle à la voie hu­mide, plus fa­cile à contrô­ler, et plus simple pour dé­tec­ter un in­ci­dent et pour le ré­pa­rer. Pour contrer les re­jets no­cifs des ré­sines, le hall s’est do­té d’une énorme bat- te­rie de ven­ti­la­teurs et de filtres, qui re­nou­vellent la to­ta­li­té de l’air 29 fois par heure. De fait il n’y a au­cune odeur dans ce hall. En pa­ral­lèle, les in­gé­nieurs ont mis au point l’ISS (In­te­gra­ted Struc­tu­ral Sys­tem), un pro­cé­dé com­plexe qui per­met de fa­bri­quer les amé­na­ge­ments in­dé­pen­dam­ment de la coque. Tout com­mence dans l’ate­lier de me­nui­se­rie où un sys­tème au­to­ma­tique sé­lec­tionne

les plaques de contre­pla­qué spé­cia­le­ment fa­bri­quées pour le chan­tier. Celles-ci sont en­suite conduites sur un banc de dé­coupe nu­mé­rique qui taille et nu­mé­rote des cen­taines de pièces.

Des contrôles qualité per­ma­nents

La suite est un gi­gan­tesque puzzle mon­té à la main, ajusté et col­lé, qui pren­dra place dans la coque res­tée dans le moule, puis stra­ti­fié à cette der­nière. Les avan­tages sont mul­tiples, dont une ex­trême ri­gi­di­té de la coque et des amé­na­ge­ments (tout est stra­ti­fié en­semble). Les sys­tèmes élec­triques et la plom­be­rie sont pré­mon­tés, et le gain de temps est ap­pré­ciable. En­suite les ba­teaux sont dé­pla­cés sur des cha­riots le long d’un grand quai à hau­teur de cock­pit, où ils pas­se­ront par dif­fé­rentes étapes jus­qu’aux ul­times fi­ni­tions. Du dé­but de la construc­tion à la fin, le chan­tier pro­cède à plus de 100 contrôles qualité. Les ba­teaux ter­mi­nés sont en­suite tes­tés entre deux et quatre jours en pis­cine avant d’être ex­pé­diés. Pour illus­trer cette sou­plesse, entre 2011 et 2018, le chan­tier a mis à l’eau dix-neuf nou­veaux mo­dèles, pro- cé­dé à cinq re­sty­ling im­por­tants et à trente plus lé­gers. Au­jourd’hui, Ab­so­lute se concentre sur deux gammes : les fly avec huit mo­dèles de 40’ à 72’ et les Na­vet­ta avec quatre mo­dèles de 48’ à 73’. Le chan­tier em­ploie 240 per­sonnes, et af­fiche un en­det­te­ment nul pour une ré­serve de 19 M d’eu­ros de cash. Ab­so­lute se dé­ve­loppe à l’in­ter­na­tio­nal no­tam­ment aux Etats-Unis et pré­voit en­core de ren­for­cer ce sec­teur. Une Na­vet­ta 68 est an­non­cée pour 2019.

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Au­cun mo­dèle ne sort du chan­tier sans avoir pas­sé plu­sieurs jours dans la pis­cine. Tous les équi­pe­ments, jus­qu‘aux mo­teurs, sont tes­tés ri­gou­reu­se­ment.

La coque est en par­tie mou­lée. Elle re­çoit main­te­nant son car­lin­gage, dont on note la den­si­té de la trame. Il se­ra en­suite stra­ti­fié à la coque.

Les pièces né­ces­saires à la fa­bri­ca­tion d’un ba­teau sont sto­ckées dans une tour, dont on dis­tingue l’en­trée. Elles sont en­suite triées au­to­ma­ti­que­ment et ré­par­ties dans les dif­fé­rents ate­liers.

Le hall d’as­sem­blage du gros oeuvre. Les coques ont re­çu les mo­dules d’amé­na­ge­ment et ont été sor­ties du moule. Le pont est po­sé et la struc­ture se monte.

Ab­so­lute a mis au point un pro­cé­dé ap­pe­lé ISS, qui con­siste à fa­bri­quer la to­ta­li­té des amé­na­ge­ments in­té­rieurs à l’ex­té­rieur de la coque. Au dé­part, le stock de contre­pla­qué est trié au­to­ma­ti­que­ment se­lon les be­soins, puis les plaques sont dé­cou­pées et nu­mé­ro­tées sur une ma­chine nu­mé­rique. Ces élé­ments se­ront en­suite as­sem­blés ma­nuel­le­ment.

Le ba­teau fi­ni passe plu­sieurs jours dans la pis­cine. Une der­nière étape avant l’ex­pé­di­tion par convoi ex­cep­tion­nel.

Les in­gé­nieurs, ar­chi­tectes, de­si­gners et le ser­vice mar­ke­ting se réunissent ré­gu­liè­re­ment pour échan­ger. C’est l’une des forces d’Ab­so­lute.

Le chan­tier dis­pose d’une frai­seuse nu­mé­rique cinq axes pour réa­li­ser des pièces com­plexes.

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