Nice-Matin (Cannes)

« Pourquoi rentrer ? »

- VINCENT MENICHINI

A ans, Saïd Benrahma s’est fait une jolie réputation en Angleterre, où il brille depuis la saison dernière sous le maillot de Brentford (e de Championsh­ip). L’ancien Niçois, parti pour un peu plus d’un million d’euros, s’est confié à Nice-Matin.

Comment jugez-vous votre début de saison ?

Je n’ai repris qu’en août en raison d’une blessure au pied qui datait du mois d’avril. Du coup, je n’ai pu prétendre à jouer la CAN (gagnée par l’Algérie). Depuis quelques semaines, je monte en puissance. J’ai mis deux buts, fait deux passes décisives, ça revient bien !

Cet été, Aston Villa (Premier League) a fait le forcing pour vous recruter. Comment avez-vous vécu cette période ?

Brentford n’a rien voulu savoir. Il y avait une grosse offre sur la table (environ  millions d’euros). Pour un joueur qui arrivait de Châteaurou­x, c’était pas mal (sourires) ! Mais, en fait, c’était soit Neal (Maupay), soit moi. Neal était là depuis deux saisons, il avait la priorité et il est parti à Brighton.

La Premier League, c’est un rêve ?

Bien sûr... Ça n’a pas été facile, mais c’est la vie. La frustratio­n ne fait pas avancer. J’ai un coach extraordin­aire qui a énormément confiance en moi. Il m’a beaucoup parlé. J’étais heureux de rester pour lui. A Brentford, je ressens beaucoup d’amour. C’est essentiel à mes yeux, j’ai besoin de ça pour m’exprimer du mieux possible.

Depuis le départ de Neal Maupay, c’est vous le chouchou du public ?

J’ai une bonne cote. Ma vie est vraiment très cool. Personne ne me casse la tête. Brentford est un club familial. Je ne suis qu’à quinze minutes de Londres. C’est dans le stade de Brentford que j’ai joué mon premier match en pro. C’était avec Nice, en amical, on avait perdu -

(juillet ).

Avec Maupay, vous avez formé un duo de choc la saison dernière ( buts en Championsh­ip à eux deux)...

C’était incroyable. On se trouvait les yeux fermés. Je n’avais jamais connu ça avec un coéquipier. S’il était resté cette saison, on serait monté. Neal, je le connais depuis

Nice mais on n’était pas aussi proche. Dès mon arrivée, il m’a pris sous son aile. Il a été essentiel dans mon intégratio­n. Je ne m’attendais pas à ce qu’il en fasse autant. C’est devenu mon ami, mon frérot. Je ne parlais pas un mot d’anglais.

C’est vraiment très intense le football anglais ?

A l’entraîneme­nt, il faut toujours prouver. Il n’y a pas de répit. Au début, j’ai halluciné. Ils m’avaient acheté, je pensais que j’allais jouer direct. A l’entraîneme­nt, je me faisais découper. Le rythme n’est vraiment pas le même. Il m’a fallu deux mois pour m’adapter, ne plus être en asphyxie tout au long du match (rires).

Le choix de Brentford semble le bon un an plus tard...

J’avais très envie d’aller à l’étranger. A mon retour de prêt de Châteaurou­x, Nice voulait me garder mais je n’avais pas senti une grande confiance quelques mois plus tôt.

Avec Lucien Favre, le courant n’est jamais passé ?

C’était bizarre. Il ne voulait pas que je parte au début. J’ai raté les JO de Rio mais je n’ai jamais eu ma chance. Je me suis retrouvé en réserve. Il m’a dit que je n’étais pas un ailier mais il ne m’a jamais fait jouer à gauche... Favre, c’est un grand coach mais on ne s’est pas compris. C’était son choix. Dans le foot, c’est comme ça. Du coup, j’ai joué six mois en réserve avant d’aller en prêt au Gazélec Ajaccio. On m’a fait des promesses mais à mon retour on m’envoie à Châteaurou­x. Je suis parti seul depuis Toulouse, en voiture, dans la nuit. Je ne comprenais même pas ce qu’il se passait.

Cela vous a fait grandir ?

Oui, tout à fait, même si sur le coup, ça fait mal. J’ai un peu touché le fond. Je ne me sentais pas considéré. Mais ça rend plus fort. A Châteaurou­x, j’ai retrouvé Mouez (Hassen) et rencontré de belles personnes.

Michel Denisot, viceprésid­ent de Châteaurou­x, ne cesse depuis de vous envoyer des messages sur les réseaux sociaux...

Le jour où j’ai signé là-bas, il était dans les bureaux. Il ne me connaissai­t pas. Il m’a découvert sur le terrain. Depuis, il me suit de près. C’est touchant, c’est Denisot quand même (sourires).

Suivez-vous les résultats de l’ OGC Nice ?

Obligé ! Il y a tous mes compatriot­es (rires). J’aurais kiffé de jouer avec eux. Youcef (Atal), il fait du “sale” comme on dit. C’est un génie. Adam (Ounas), tout le monde connaît. C’est très, très fort. Dès qu’il va être à  %, il va faire beaucoup de bien. Boudaoui, il va vous surprendre. Il est méconnu mais attention à lui... Laissez-lui du temps ! C’est un super joueur. Nice ne va pas regretter de l’avoir fait signer. Ce sont tous des amis de la sélection, on s’appelle souvent.

Vous souvenez-vous de votre premier match sous le maillot niçois ?

Comment tu veux que j’oublie ? C’était chez moi, à Toulouse (octobre , ndlr). Le lendemain, NiceMatin avait titré “Benrahma a mis de la vie”.

Je débarquais de Colomiers, en U. Le monde profession­nel, c’était l’inconnu. D’ailleurs, j’ai une bonne anecdote. Lors de ce match à Toulouse, dans mon sac, je n’avais que des crampons moulés. La pelouse était très glissante, impossible de jouer avec. C’est Bosetti qui m’a prêté une paire de chaussures. Il faisait du  et demi, moi du  (rires)... En fait, j’aurais dû garder les crampons de Bosetti pour réussir à Nice.

C’est Claude Puel qui vous lance en profession­nel...

Je ne l’oublierai jamais. Je lui dis “Merci” tous les jours. Ses conseils me servent encore aujourd’hui. J’ai mis du temps à tout intégrer. Dès qu’il m’a vu en réserve, il m’a voulu dans le groupe pro.

L’année de la place (saison -), vous êtes pourtant prêté à Angers...

e Pas un bon choix. Je n’ai pas été assez fort mentalemen­t. Il y avait un groupe de fou, je jouais avec Hatem (Ben Arfa), mon joueur préféré depuis petit.

Un retour en France, c’est possible ?

Je suis très épanoui en Angleterre. Alors, pourquoi rentrer ?

 ??  ??

Newspapers in French

Newspapers from France